Flat tax: Denis Julien répond à vos commentaires suite à sa lettre ouverte

Denis Julien répond ici à certains des commentaires qui ont été faits suite à sa lettre ouverte.

Suite à mon texte « Jeff Plante et la flat tax », quelques réflexions sur le contenu du texte ou encore sur la flat tax en général ont été exprimées. Je veux répondre rapidement à certains de ces points.

Je réponds en débutant à M. Chouinard en ce qui touche la confusion entre équité et égalité. Il s’agit d’une réflexion tout à fait juste de sa part. Je ne confonds pas équité et égalité dans leurs principes, sachant bien qu’une personne qui gagne 200 000 $ paiera beaucoup plus d’impôts qu’une personne qui en gagne 100 000 $, peu importe si le taux marginal d’impôt est le même ou différent pour les deux personnes.

Ce à quoi je réfère dans le texte est la situation réelle du Québec. À tort ou à raison, nos politiciens ont structuré un système où environ 40% des contribuables ne paient pas d’impôt. Donc, la facture se partage entre la classe moyenne, moyenne supérieure et les riches.

De plus, l’hypothèse de base de l’Institut Fraser était qu’en passant à la flat tax, on continuait de prélever les mêmes recettes fiscales. Précision supplémentaire : les finances publiques provinciales accusent un déficit annuel, plus ou moins bien caché, de 2 à 3 milliards de dollars.

Les simulations de l’Institut Fraser laissent voir qu’il y a un risque élevé qu’un transfert à la flat tax augmente la part des impôts payés par la classe moyenne et diminue celle des riches.

Objectivement, en terme fiscal, cela s’appelle une diminution de la progressivité. On pourrait aussi avec certaines combinaisons d’exemptions et de taux d’impôt, augmenter la part payée par ceux qui n’en paient pas actuellement et diminuer celle des autres. Souhaitable ou pas en terme fiscal, ce serait encore une diminution de progressivité.

On peut être un politicien et trouver de grandes qualités à un système fiscal moins progressif. Il faut juste le dire. Jean-François Plante, lors d’une entrevue à la radio, justifiait la flat tax en alléguant que la classe moyenne profiterait de l’allègement. Si c’est le cas, pour les mêmes recettes fiscales, cela veut dire que d’autres, pauvres et riches, en paieraient plus.

Par ailleurs, s’il supposait que globalement, les impôts diminueraient, il doit préciser où il coupe dans les dépenses ou si il aura recours à un déficit.

En effet, si on accepte de diminuer les recettes globales et donc, d’abaisser les impôts de l’ensemble des cotisants, on augmente donc le déficit actuel et ainsi la dette, ce qui équivaut à transférer à plus tard la facture d’impôt. Encore là, ce n’est pas équitable pour les jeunes.

Souvent, le problème avec les politiciens de gauche comme de droite est que leur discours se cantonne à la colonne « revenus » et rarement à la colonne « dépenses ». Le grand défi au Québec concerne surtout le contrôle des dépenses. Un véritable conservateur fiscal s’en préoccuperait davantage, autant à Québec qu’à Ottawa. Ces dépenses qui augmentent à une vitesse du double de celui du PIB rendent inepte et malhonnête toute promesse de diminution des impôts.

Il est vrai qu’une baisse du taux marginal d’imposition le plus élevé augmenterait dans le moyen terme l’incitation à travailler et donc, les recettes fiscales. L’exemple de l’ère Reagan est frappant à cet égard. Toutefois, Reagan a légué à l’Amérique des déficits records parce que ses dépenses augmentaient plus rapidement que ses revenus. Je vous le rappelle, on juge un conservateur fiscal surtout à son contrôle des dépenses et moins à sa manière de pressurer plus ou moins efficacement les contribuables.

J’ai entendu également M. Harper souligner qu’il était de l’école des gens qui pensent que toutes les taxes sont mauvaises, plutôt que de celle qui distinguent entre « bonnes taxes » et « mauvaises taxes ». Je vote conservateur et comprend le besoin du premier Ministre à répondre parfois en boutade à un journaliste qui ne comprend pas grand-chose. M. Harper est économiste.

Il sait très bien qu’à recettes fiscales égales, certaines taxes nuisent plus que d’autres (une taxe à la consommation nuit moins que l’impôt sur le revenu en ce qui touche les incitations à travailler et à épargner).

J’aimerais quand même prendre le premier Ministre au mot. Puisque les taxes servent à payer pour des dépenses gouvernementales, j’aimerais qu’il me dise quelles sont les mauvaises taxes qui financent présentement de mauvaises dépenses. Il a ma permission d’abolir les unes et les autres. Il pourrait faire une campagne électorale très prometteuse sur cette question.

Denis Julien

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