Et si on abolissait le droit de grève dans le secteur public?

On le sait. Le droit de grève dans le secteur public est un puissant pilier du modèle québécois. Non pas parce que le droit de grève est illégitime, mais parce qu’il bénéficie d’un double monopole: celui de la prestation des services par des monopoles publics et celui du monopole syndical. Quand il y a une grève des employés du gouvernement dans un secteur donné, c’est pas compliqué. Tout le monde est en grève.

Tout de même paradoxal cette notion de droit de grève dans le service public, non? D’une part, on croit au service public. Le secteur public (syndiqué) serait garant de la qualité des services, dit-on. Il serait garant d’une meilleure accessibilité aussi. Et puis, le secteur public ne serait pas miné par cette malheureuse notion de profit. Le secteur public est noble, généreux, équitable, bref, il a toutes les vertus.

Et pourtant…

En cas de conflit de travail, comme par hasard, tous ces beaux principes tombent. On n’hésite pas à prendre en otage des citoyens, souvent les plus vulnérables, et à les priver de services essentiels: transport en commun, garderies, éducation, santé, etc. Parce ce que ce qui compte vraiment, soyons francs, ce sont les conditions de travail des employés.

Au Québec, le droit de grève dans le secteur public est un puissant levier du pouvoir syndical et est une pièce maîtresse du modèle québécois. C’est un instrument de co-gouvernance et un instrument qui prend en otage une population vulnérable. C’est aussi un acquis très très coûteux, d’autant plus qu’il a été démontré que les conditions de travail du secteur public, n’ont pas d’effet d’entraînement sur les conditions de travail des gens qui sont dans le secteur privé.

Autrement dit, ce n’est pas parce que le gouvernement offre à ses employés des augmentations de salaires, la sécurité d’emploi, des fonds de pension à prestations déterminées et des banques de congés de maladie, que ceux de l’entreprise privée profiteront des mêmes avantages. Bien au contraire, des fonds de pension à prestations déterminées, il en existe presque plus dans le privé!

Alors la question se pose. À un moment où on veut resserrer les finances publiques, est-il légitime pour un gouvernement de retirer le droit de grève à ses employés? Comme le fait le gouvernement de l’Ontario avec les enseignants, par exemple.

Il faut le dire. La dynamique politique en Ontario est absolument différente de la nôtre. Chez notre voisin, le spectre idéologique est bien représenté: le NPD à gauche, le Parti libéral au centre-gauche, et le Parti conservateur à droite. Pour arriver à l’équilibre budgétaire d’ici 2017-2018, le PM McGuinty s’allie tantôt le NPD pour augmenter les impôts, tantôt le Parti conservateur pour diminuer la croissance des dépenses. Oh! Nous sommes loin de la révolution du gros bon sens de Mike Harris, soyez rassurés. Mais somme toute, la volonté du gouvernement exprime peut-être bien une certaine gêne à avoir fait grimper le déficit à 15 milliards$ et possiblement un profond malaise à se qualifier maintenant pour la péréquation canadienne…

Rien de tel au Québec, toutefois. Tous les partis politiques au Québec ne savent pas dire « Non ». Tous! Pire, déjà le gouvernement Marois plie les genoux devant les revendications des étudiants; qu’est-ce que ce sera devant les syndicats?

Au Québec, 93% du déficit prévu par le gouvernement du Québec a été touché en 2 mois.  Comme l’explique Ian Sénéchal, le gouvernement pensait voir augmenter ses revenus de 6.4% lors des premiers mois de l’exercice financier. Or, il a vu ses revenus fondre de 50 millions. Trop d’impôt tue l’impôt.

De toute évidence, les sources de revenus sont soit épuisées, soit totalement hypothétiques (ex: redevances sur l’industrie minière). Pas le choix. On va devoir jouer sur les dépenses un jour. René Lévesque l’avait fait. Lucien Bouchard l’avait fait. Des gouvernements péquistes, de surcroît.

Alors oui, si d’aventure, Pauline Marois recourait à des mesures d’austérité, il serait parfaitement justifié de retirer le droit de grève pour protéger les citoyens, au moins temporairement.

Entre vous et moi, toutefois, le leadership politique requis pour faire « rebondir » le Québec et nous sortir de l’impasse risque de ne pas être là. Dans un contexte de resserrement budgétaire, les groupes d’intérêts feront la queue pour préserver leurs privilèges et Pauline Marois cédera.

Parce qu’avec Marois, négocier avec les syndicats et la rue, c’est rien de moins que plier les genoux et céder.

Mon passage à Franchement Martineau, mercredi le 12 septembre sur le sujet:

Partie I

Partie 2

5 réflexions sur “Et si on abolissait le droit de grève dans le secteur public?

  1. bravo mme Marcotte…Encore en 2012 la force,l intimidation,l agressivité,les menaces et la démagogie de nos syndicaleux leurs permettent d imposer leur loi…A bas le droit de grève dans le secteur publique…

  2. Le problème des finances publiques ne se posent pas uniquement en terme de groupes de pression des travailleurs. Oui, il y a de l’abus corporatiste chez certains syndicats, mais c’est très réducteur comme analyse. Oubliez vous les lobbys des transnationales qui nous volent littéralement nos impôts en subventions et en demandant des investissements en infrastructures qui ne sont même pas rentabilisés par les investissements privés.

    Vous semblez oublié qu’à salaire égal 50 000 $ au privé ou au public, celui au public coûte dans les faits 25 000 $ puisque 50 % du revenu du fonctionnaire est reversé en impôt. Il est bien plus rentable d’avoir un fonctionnaire qu’une firme privée pour gérer nos services publics.

    Dans certaines régions, le public agit ainsi comme un levier au développement régional en permettant une diversification de l’économie. La question qui se pose est plutôt comment s’assurer que l’État soit flexible dans sa réponse aux besoins humains. Certains État mettent en concurrence les syndicats de la fonction publique (col bleu) et firmes privées dans l’octroi de contrat public… et il s’avère que souvent ce sont les syndicats publics qui coûtent moins chers. Vous devriez nuancé vos propos.

    • J.-P. Lord
      Je me fous qu’en l’occurrence votre calcul soit véridique. Il reste pour moi que le paiement des fonds de pension de la fonction publique (extrêmement coûteux dans plusieurs secteurs, ex. : Hydro-Québec) par les travailleurs non fonctionnaires est une aberration majeure dont il faut se débarrasser au plus tôt. Calcul rapide : quand un ingénieur d’Hydro-Québec peut amasser un demi-million $ en fonds de pension en 20 ans de service, ce qui prendrait pour un gars ordinaire 25 ans en mettant 20 000 $ dans un REER, sur un salaire brut, disons même confortable de 75 000 $ par année (donc 41 000 $ clair), et en vivant sur les 21 000 $ restants, il y a quelque chose qui ne marche pas quelque part. Et ça en supposant que le REER ne s’effondre pas en cours de route, alors que pour l’ingénieur sa pension est garantie… Wow! Quelle épargne de choisir le syndicat public! Ce sont des parasites bien joufflus de la société. et, de toute façon, on le sait, quelqu’un qui est syndiqué, surtout dans la fonction publique ultra compartimentée, c’est quelqu’un de qui on attend aucune initiative, dont on met au rancart celles qu’il pourrait avoir, et qui doit suivre sa feuille de travail précise sans y déroger. Autant pour le service au public!

  3. Étant donné qu’un monopole, les employés sont des privilégiés. De même, pour ce qui est du salaire, rien à voir avec les conditions de travail, car dépensé dans ses temps libres. De toute façon, il faudrait tout privatiser, comme ça les mauvaises méthodes disparaîtront, elles ne se généraliseront pas et les bonnes resteront. Il faudrait aussi permettre à n’importe qui le désire, selon leurs capacités, d’offrir leurs services comme enseignant. Ça sera aux écoles, selon les différents niveaux d’enseignement donnés, de choisir ses profs et étudiants. Pour permettre la transition, émettre des bons d’études. Pas de société libre sans enseignement libre. En passant, les médias aussi enseignent et pourtant pas étatisés.

  4. Et la sécurité d’emploi garantie à vie, ça vaut combien sur une base actuarielle? Les régimes de retraite dorés à prestation déterminée garantie à vie, ça vaut combien? La rénunération globale d’un prof. s’étend débordre largement le salaire et les 180 jours de travail par an. Les coûts réels associés à la rémunération d’un prof s’étendent sur l’ensemble de la vie du prof. i.e.bien au-delà des années durant lesquelles travaille le prof. Par ailleurs, pourquoi ne pas évaluer les profs conventionnés mur à mur? S’ils sont compétents, ils n’auront rien à craindre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s