Mieux dépenser et mieux financer (1) : il aurait fallu “moins dépenser” et “quoi financer” !

Quand un groupe “indépendant”, le Comité consultatif sur l’économie et les finances publiques, n’arrive pas à imposer au ministre Raymond Bachand (paradoxalement, le co-président du comité!) que le Québec doit revoir son offre de services publics, c’est qu’on ne peut plus rien attendre de personne.

En effet, quand le “méchant droitiste” Robert Gagné et le “Chicago Boy” Claude Montmarquette baissent les bras devant la peur de la controverse, c’est que la stratégie d’intégration de ces experts a peut-être réussi, ou qu’eux-mêmes ont perdu tout espoir de faire entendre raison… et n’y croient plus.

Après avoir rappelé donc, l’échec des exercices passés portant sur le “moins d’État” (Groupe Gobeil en 1986, Comité Poulin en 1991, Groupe Facal en 1997 et la “réingénierie” de 2004), les auteurs du deuxième fascicule évite LA principale raison de l’état de délabrement: l’État en fait trop!

« Les questionnements sur le panier des services publics n’ont pas donné de grands résultats au Québec, jusqu’ici. Depuis un quart de siècle, plusieurs rapports ont été remis au gouvernement, dans lesquels leurs auteurs recommandaient de couper ou de réduire certains services.

Les suggestions de coupures ou de remise en cause du panier des services publics se sont chaque fois heurtées à de fortes oppositions, provenant des clientèles directement concernées, et conduisant à leur rejet. (…) Le comité a donc décidé de centrer sa réflexion sur les façons de dépenser, en prenant bien soin d’isoler cette question de toute référence à une redéfinition des services publics.” (p. 27)

Plus loin, le comité se veut encore plus rassurant. “Beaucoup de choses peuvent être faites, sans remettre en cause le panier de services publics offerts par l’État québécois à la population.” Coudon, viande, qu’est-ce que c’est que ce patin artistique? Entre vous et moi, cela ressemble à un énoncé qu’on aurait promis à des groupes d’intérêt qui réussissent à écarter certains sujets de l’agenda public. (Lire « Par temps de négociations, ce n’est pas le temps de dire qu’on veut couper des services, et donc des fonctionnaires »)

Surprenant tout de même, avouons. Dans le premier fascicule, on avait rigoureusement démontré que le Québec finance 26% de plus de services publics que l’Ontario, que “si le Québec offrait aux citoyens le panier de services financé publiquement par l’Ontario, il réduirait annuellement ses dépenses de 17,5 milliards de dollars.”

Logiquement, on aurait donc dû s’attendre à ce que soit interrogé le “quoi”. Il aurait été intéressant, par exemple, que le Comité élabore davantage sur son concept de « services privés financés collectivement ». Peut-être y a-t-il une base ici pour distinguer ce qui relève de la responsabilité collective de la responsabilité individuelle. Un tout petit bas de page tente timidement un premier jet: « Il s’agit de services privés par opposition à des services publics par nature, tels la défense, la justice, les affaires internationales ou des volets de la santé publique comme la vaccination contre le virus de la grippe A(H1N1). » Intéressant…

Mais non. Il semble que “préserver les services publics” devient une question de valeur.

Bon. Il se trouve qu’encore une fois, le gouvernement se trouve des alliés pour l’encourager à éviter les débats fondamentaux. Remarquez, ce n’est pas qu’au Québec que cela se passe. Notre gouvernement fédéral veut également s’épargner les solutions politiquement risquées.  Andrew Coyne du Macleans met d’ailleurs en relief l’importance de la hausse des dépenses des dernières années:

But with or without the GST cut, we’d still be in surplus—yes, even today—had the last two governments shown the slightest discipline in spending. Had the Liberals, after 2000, held spending growth to a rate sufficient to cover increases in population and inflation—that is, had they held spending constant in real per capita terms—they would have left the Tories with a budget of $148 billion in fiscal 2006, instead of the $175 billion it turned out to be. Had the Tories done the same, we’d be spending $169 billion in the current fiscal year—not $242 billion. In other words, the federal government is today spending nearly 50 per cent more real dollars per citizen than it did a decade ago. That’s why we’re in this mess.

Exactly !

À suivre…

2 réflexions sur “Mieux dépenser et mieux financer (1) : il aurait fallu “moins dépenser” et “quoi financer” !

  1. Félicitations pour votre nouveau parti. Ayant été membre du parti libéral pendant plusieurs années, je constate que cette facon d’administrer le Québec avec Bachand et autres, on ne pourra jamais réduire l’administration et les dépenses du gouvernement. Je vous suivrez dans toutes les étapes de l’évolution de votre parti.
    Bonne chance

  2. Pingback: Institut du Québec: Un rapport inutile | Le blogue de Joanne Marcotte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s