Décrochage scolaire: comment « fabriquer » des garçons en difficulté

Lorsqu’on lit le dernier essai d’Égide Royer (Leçons d’éléphants – Pour la réussite des garçons à l’école), il y a des moments où l’on se convainc presque qu’il nous faudra transformer nos écoles dans des institutions où l’on traite la santé mentale. Pour Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, les écoles ont besoin d’un nombre suffisant de psychologues, d’orthopédagogues, de psychoéducateurs, d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, etc.

Il faut aussi pouvoir compter sur des professionnels surspécialisés qui ont une expertise reconnue sur des questions comme l’autisme, le suicide, la psychose… Pour le professeur Royer, les enseignants seront amenés à enseigner à au moins 15% de jeunes qui de manière transitoire ou chronique, présenteront des problèmes de santé mentale.

Sur l’île de Montréal, 30% des jeunes de 20 ans et moins n’obtiendront pas leur diplôme de secondaire V. Au grand dam des gens qui veulent étendre la Loi 101 aux écoles non subventionnées du Québec, l’élève qui fréquente l’école francophone a deux fois moins de chances d’obtenir un diplôme de cinquième secondaire que l’élève qui fréquente l’école anglophone…

Comment expliquer, demande-t-il, qu’un système d’éducation qui dépense 2 milliards $ par année pour ses élèves en difficulté produise un système où le tiers des garçons n’obtiennent pas leur diplôme avant l’âge de 20 ans?

Pire, comment expliquer que le décrochage scolaire continue d’augmenter malgré les sommes importantes injectées dans le programme « Agir autrement » que l’on disait prometteur? (lire « E pour Échec » de Joseph Facal)

Il semble qu’une partie de la réponse réside dans le fait qu’il y a effectivement des différences entre les garçons et les filles et que la résolution du problème de décrochage des garçons doive en tenir compte. Avec un écart de 13% entre le taux de réussite des garçons et celui des filles, le Québec se retrouve parmi les États où la différence est la plus grande.

Il semble donc qu’au Québec, le décrochage ait un genre et il est masculin (En 2007-08, les gars représentaient 70% des élèves en difficulté d’apprentissage!)

Bref, un autre bouquin parmi tant d’autres, qui porte un diagnostic alarmant sur l’État québécois, cette fois-ci, en matière d’éducation, mais qui apporte néanmoins quelques éclairages intéressants. Selon le professeur Royer:

– La réussite scolaire repose davantage sur une relation positive avec un enseignant que sur le nombre d’élèves dans une classe ou même le niveau de formation du professeur.

– Les 3 facteurs les plus importants qui contribuent à un bon départ dans la vie sont 1) le style parental; 2) le fonctionnement familial et 3) la présence ou non de la dépression chez la mère (Remarquez l’importance de « l’effet famille » ici)

– Les élèves fréquentant des classes d’excellents enseignants apprennent deux fois plus rapidement que ceux des classes d’enseignants « médiocres ».

– Pour prévenir l’échec scolaire, deux cibles doivent être visées: 1) apprendre à suivre les consignes des adultes et 2) devenir rapidement un bon lecteur.

Bien sûr, il y a prescription de solutions et parmi celles-ci, on ne s’étonnera pas d’y voir un « carnet de santé en lecture » pour les garçons, des mesures de discrimination positive pour augmenter le nombre d’enseignants masculins, et des moments privilégiés où les gars se retrouvent entre eux et les filles entre elles.

Mais tout cela dit, comment expliquer qu’il y ait tant de réflexions, de forums, de colloques, d’experts-conseils en matière de décrochage scolaire pour si peu de résultats?

Comment expliquer que nous nous contentions, colloque après colloque, forum après forum, de répéter inlassablement le même diagnostic et d’ébaucher tout un éventail de solutions venant du plus haut palier ministériel en souhaitant des résultats tangibles?

J’admire et respecte ces gens qui partagent avec nous une petite fraction de leur savoir et qui prennent la peine d’écrire ces essais qui servent sans doute plus de carte de visite dans nos médias (écouter la très intéressante entrevue à Christiane Charette) que de lecture de chevet à des citoyens avides de savoir.

Mais entre vous et moi, il devient urgent maintenant de dépasser l’étape du diagnostic connu et de cesser de nous épancher sur des solutions universelles provenant des hautes instances ministérielles. Ce qui urge maintenant est d’identifier d’où provient la résistance au changement.

En effet, comment peut-on suggérer un traitement différencié du décrochage scolaire si on ne s’attaque pas à notre culture égalitariste et à un système d’éducation qui privilégie les « valeurs féminines »?

Comment peut-on suggérer des solutions plus ciblées sur les clientèles les plus à risque si on ne remet pas en question les programmes universels concoctés par les instances ministérielles ou étatiques?

Et oui, comment peut-on souhaiter une plus grande qualité de l’enseignement aux niveaux maternelle et 1ère année si on ne critique pas très fortement les droits acquis des enseignants et les conventions collectives qui permettent aux enseignants ayant le plus d’ancienneté de reléguer aux plus jeunes les classes les plus difficiles?

Selon Égide Royer, « le tiers des gens que l’on admet en Faculté d’éducation présentement ont des cotes R qui rendraient difficile de rentrer dans d’autres facultés. »

Il me semble qu’il y a là un indice nous permettant d’exiger que les directions d’écoles puissent embaucher des professeurs compétents et congédier ceux qui ne le sont pas. Après tout, si selon Royer lui-même, les milieux scolaires « fabriquent » en bonne partie, des garçons en difficulté, peut-être en fabriqueraient-il moins si enseignants comme parents respectaient un peu mieux la véritable nature de nos garçons et mettaient tout au haut de l’échelle des valeurs, la compétence.

17 réflexions sur “Décrochage scolaire: comment « fabriquer » des garçons en difficulté

  1. Je suppose que lorsqu’on a pas les moyens de prendre des actions (syndicats, bureaucratie), la meilleure facon d’avoir l’air de faire quelque chose aux yeux de la population est de toujours essayer de trouver le meilleur moyen de regler le probleme.

  2. Le système d’éducation du Québec est infesté de bureaucrates déconnectés de la réalité des enfants et des enseignants dans les écoles. Il y aurait un grand ménage à faire au MELS (3000 fonctionnaires) et dans les CS…
    Ainsi, l’argent irait directement dans les écoles…
    MELS$$$
    CS$$
    ÉCOLES$
    ÉLÈVE…

    Stéphane Roy
    titulaire au primaire

  3. Tous les  »acteurs » du monde de l’éducation sont d’accord pour affirmer que l’on est allé trop loin dans l’intégration des élèves en difficultés dans les classes régulières. On a fermé une grande quantité de classes spéciales et le résultat est catastrophique. Les enfants sans problèmes sont entourés quotidiennement par des pairs n’ayant pas les aptitudes pour fonctionner normalement dans une classe. On a même mis en péril la sécurité de nos jeunes car dans certains cas, en période de crise, les chaises et les bureaux traversent la classe de bord en bord…
    L’intégration sauvage a désintégré nos classes régulières…

    Stéphane Roy
    titulaire masculin au primaire, une espèce en voie de disparition…

  4. @Joanne….Et oui, je pense comme vous, le futur c’est par la psychologie et un enseignement qui motive les jeunes vers l’avantage des connaissances. Les jeunes sont sur l’adrenaline des jeux d’ordi, et lorsqu’ils arrivent à l’école….Zzzzzz!

    Notre manièere d’enseigner pourrait évoluer avec plus de technologie audio-visuel, animations, effects spéciaux etc.avec inter-activité, pour retenir l’attention et reactiver l’adrenaline.

    Si le système anglophone a moins de décrocheurs, il serrait peût être sage d’essayer de travailler avec eux (nos ennemis) pour connaître le système qu’ils exercent pour « motiver » leurs étudiants. Un rapprochement des deux solitudes pourrait nous être utile. Team work! Swallow your big francophone ego…and work together! We’re sinking….

    Une chose que je remarque depuis que je suis revenue au Québec est que les francophones en particulier, se chicanent au lieu de travailler ensemble. Les jeunes en général ,n’ont pas beaucoup de confiance en eux!

    En plus, notre gouvernement ne lache jamais ses débats infectes sur la séparation du méchant Canada, sur les mauvais anglais ou nos mauvais choix d’immigration…etc. What the hell! Tout ces négatifs jouent sur le psyche des nos enfants, le manque d’harmonie et l’atmosphère de victime éternelle jouent sûrement un role plus grand que l’on puisse imaginer, sur nos jeunes.

    Les bases de la nation sont branlantes, déstabilisées, cette société distincte toujours pas solide, cause une confusion chez nos jeunes ne sachant pas de quel côté se brancher!

    Je sais que je tape fort là dessus mais je pense vraiment que cette base que nous avons crée doit être très lourde a assumer surtout sur nos garçons. Il est temps de changer! C’est possible!

    Les Québecois ont beaucoup d’imagination, alors donnons leur la chance de trouver les solutions. Au diable le gouvernment et…l’autre affaire qui nous pend au bout du nez…vous savez quoi!

  5. Il ne faut pas oublier l’enfant dans son ensemble. J’ai 55 ans et je me souviens encore aujourd’hui avec délectation du programme de sport-étude de ma jeunesse. Nous étions aussi longtemps « en mouvements actifs » via les sports qu’assis dans les classe à l’écoute de nos professeurs. Je me souviens que les résultats scolaires étaient exceptionnels versus l’école publique. Ce sont nos parents qui nous le disait! Bien oui, nous étions une groupe de jeunes garçons étudiants « dans » le privé chez les frères de Saint-Gabriel quelque part au Québec. Mais c’est de part le génie de plusieurs pédagogues religieux de l’époque que nous, les jeunes, avons su bâtir un CAPITAL-SANTÉ et INTELLECTUEL dont je bénéficie encore largement aujourd’hui. Il ne faut jamais oublier l’enfant « énergique » derrière la quiétude des salles de classes.

    Du fond du coeur, merci à mes vieux profs de nous avoir enseignés à bouger et à étudier dans un espace-temps approprié. Plusieurs ont rejoints la tombe aujourd’hui. D’autres très âgés regardent éberlués le gâchis de notre société savante et enseignante.

    Et puis…il y a enfin l’espoir!

    • @Yvon….J’ai lu un article sur les besoins des écoliers d’activer le physique avec de l’exercise entre les cours. Apparament les écoliers avaient tous un meilleur niveau d’attention, et leur réussite était mesurable et impressionable. Comme je disais ici auparavant..y inclure un peu d’adrenaline aiderait.

  6. Pingback: lacapitaleblogue.com | links for 2010-09-22

  7. Quand même incroyable le nombre d’enfants dits en difficultés au Québec !!!! À croire que le Québec est une société de poqués, de loosers, de détraqués…Bientôt, il va falloir un psy pour chaque Québécois ! Et dire que dans les sondages les Québécois affirment être heureux !!! Si on est si heureux et bien, comment se fait-il que nous ayons tant de problèmes dans nos écoles ? Pourquoi tant d’anti-dépresseurs, de Ritalins, etc. ? La solution c’est qu’il faudrait faire table rase de tout notre système d’éducation et repartir à neuf. Les politiciens et les grands experts du MEQ ont échoué.

  8. Il est certain que le problème demeure complexe et qu’un ensemble de facteurs sociaux entre en jeu mais vous avez tout de même bien raison: dans ce débat, la question de la qualité de l’enseignement est toujours éludée. Concernant les propositions du professeur Royer, je dois dire que la dernière me laisse un peu perplexe: plus rapidement les jeunes élèves apprendront à lire et plus rapidement ils auront d’excellents arguments pour contester les consignes aberrantes des adultes, tout particulièrement celles d’enseignants mal formés et trop souvent eux-mêmes outrageusement incultes…

  9. Vous dites: «Les 3 facteurs les plus importants qui contribuent à un bon départ dans la vie sont 1) le style parental; 2) le fonctionnement familial et 3) la présence ou non de la dépression chez la mère (Remarquez l’importance de « l’effet famille » ici)»
    Le problème me semble bien là: la famille. Le règne de Narcisse l’a fait éclater et nous rend malades! Il faut donc une armée de soignants scolaires pour panser les symptômes des éclopés de nos petits couples éphémères, mais sans attaquer le cancer profond.
    Un vrai père (autant sinon plus qu’une vraie mère) est bon pour un gars et pour une fille. Mais qui sait être un vrai père aujourd’hui?
    Un vrai mari (autant qu’une vraie femme) est bon pour sa femme. Mais qui sait être un vrai mari aujourd’hui?
    Le modèle masculin n’est plus permis. Il reste donc le clown qui ne donne plus la force intérieure aux enfants qui n’ont d’autres choix que de recourir aux béquilles extérieures.
    C’est pourtant si simple! On peut accrocher sur une nuance ici ou là, mais qui peut nier que ce soit un fondement humain élémentaire?

  10. On a copié sur la France en mélangeant des étudiants de différents niveaux dans les classes, comment un prof peut-il enseigner comme du monde ensuite?

    Les étudiants doivent-être à niveau et je doute que sauter 1 ou 2 ans dans une matière soit une bonne idée.

    Aussi, les gars aiment moins se faire niaiser, il serait temps d’enlever les cours cucus de moral, éthique, religion, choix de carrière… pour plus de place au sport, sans virer fou.

    Déjà que notre système d’enseignement se nomme MELS ya un problème.

  11. Ah oui, concernant le sport au secondaire général, est-ce possible d’avoir autre chose que le foutu basketball et volley durant 5 années? Au primaire, il y avait plus de variétés.

  12. Je trouve sa triste qu’on ne semble pas parler des vrais choses dans ce livre. Au Québec les enfants ne sont pas élevés. Personne ne les amènes à s’élevés comme individu. Essayé de découvrir avec eux leur talent, les laissez exprimé leurs opinions et même si elle est contraire à la notre. Accepté leur critique. Respecté leur choix. Les chouchouté et les affectionné.

    Non la réalité c’est que les enfants sont une sous-catégorie d’être humain, parce qu’il ne rapporte pas de bidou$$$, ils entre dans la colonne dépense et ils n’ont pas le droit de vote.

    Il y a un article de loi au fédéral qui autorise d’utiliser la force nécessaire pour corriger un enfant. Si c’est ça l’éducation des enfants pour l’état on peut bien avoir de la difficulté à les instruire par la suite.

    Pauvres petits, ils sont seuls dans leurs cellules isolées ne connaissant la vie que seulement de ce que leur parent leur projette. Faire face à des problèmes d’adulte alors qu’il ne possède des moyens d’enfants, après on est indisposé que les enfants ments ou utilise des manigances pour déjouer les conflits, confrontation et ostilité .

    Réforme après réforme les résultats ne sont pas au rendez-vous. ÇA va prendre un coeur et de l’empathie pour attaquer le problème du décrochage scolaire. C’est ironique de constater que ce n’est pas un problème d’argent. Les socialistes pourraient alors sans régalé de ce problème, mais qu’elle serait alors leurs intérêts d’essayer de vouloir créer des individus heureux et individualisé et mature dans le statu quo actuel? Ca va à l’encontre de leur idéologie donc la solution doit venir d’ailleurs sinon les résultats ne seront pas au rendez-vous.

    Il va falloir s’avouer que les plus jeunes génération en tant que groupe son supérieur au plus vieille et ça ne prend pas un diplôme universitaire pour comprendre ça, c’est l’évolution humaine qui en témoigne. Ça m’écoeure de voir que le principe de l’ancienneté est appliqué dans les valeurs et attitudes. Faites-vous surprendre à vouvoyer un enfant, vous allez être perçu comme débile alors à partir de la c’est très facile de comprendre qu’on ne respecte pas les enfants. On exige le respect, mais on ne le donne pas en retour. Peut-on respecté le fait que les garçons ne sont pas comme les filles et n’adopte pas les mêmes comportement en classe. Il faut savoir respecté les enfants dans leurs genres, me semble que c’est une évidence, quand on en tien pas compte on n’obtien pas les résultats escompter.

  13. Pingback: Les jeunes du Québec décrochent « Renee Houde's Blog

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