Focus stratégique: l’État « Opérateur » remis en question

La communauté des affaires et les invités de SECOR ne le savaient peut-être pas, mais ils ont participé mardi le 9 novembre dernier, au Château Laurier à Québec, à un congrès du Parti libéral du Québec.

Décidément, plusieurs univers parallèles prennent la relève d’une élite politique complètement disqualifiée; à preuve, la multiplication des regroupements où l’on construit l’avenir dans un contexte apolitique (Réseau Liberté-Québec, l’initiative Focus Stratégique de SECOR, etc.)

Conférenciers, ateliers de travail autour de documents de réflexion, questionnaires orientés, plénière, puis aboutissement à de grandes orientations en fin de journée: tout y était. En prime, un discours du premier ministre du Québec, Jean Charest, sur l’heure du midi qui aura donné à bouffer aux journalistes qui lui reprocheront d’avoir fait allusion au rôle des parents dans la persévérance scolaire.

Pendant une bonne partie de la journée, chacun des invités s’est amusé à déterminer les priorités d’actions en matière de politique publique touchant les trois grandes priorités déterminées par les organisateurs de l’événement: 1) Savoir et compétences; 2) L’État: faire autrement pour faire mieux; 3) Nos ressources naturelles: se doter d’un cadre d’exploitation viable pour tous.

J’aurais bien aimé que le second atelier porte pour titre « L’État: faire moins » mais toujours est-il que c’est celui auquel j’ai participé. Je devinais bien où les concepteurs voulaient en venir (après tout, j’étais dans l’univers de la communauté des affaires), mais j’avoue que j’ai été épatée d’un certain tableau qu’ils avaient préparé en support aux discussions. Franchement, je n’aurais pas eu l’idée.

Après avoir défini trois grands rôles de l’État, les organisateurs ont réparti le budget des ministères du gouvernement du Québec et arrivent à des conclusions très intéressantes sur l’activité étatique.

  • Rôle de régulateur (lois et règlements): 11% des dépenses de l’État
  • Rôle de redistributeur (mesures fiscales et filet de sécurité sociale): 15%
  • Rôle d’opérateur (producteur de services publics): 60%
  • Service de la dette: 14%

L’originalité de cette répartition des rôles est dans le fait qu’elle illustre le véritable fond du problème et le terrain des futurs affrontements: les monopoles d’État en matière de services publics.

En ce sens, le discours de résistance des syndicats est mensonger en ce qu’il veut faire croire que la demande de réformes a pour conséquence de nécessairement diminuer les rôles de redistributeur et de régulateur de l’État. Or, comme on le voit clairement, les défenseurs du statu quo ne se battent pas pour mieux « redistribuer la richesse » (15%), mais s’égosillent à vouloir préserver leur monopole sur le 60% des dépenses publiques.

L’intention de Focus stratégique est donc claire:

Mais dans son troisième rôle, pourvoyeur de services publics, le bilan est très différent (peu performant, peu efficace). La situation est d’autant plus inquiétante que ce rôle s’étend à plusieurs volets de l’économie : santé, éducation, transports publics, etc.

Le rôle de pourvoyeur exclusif de services publics que se donne le gouvernement doit être revu, notamment dans le domaine de la santé. De nos jours, la prestation des services publics requiert flexibilité et agilité. Nos monopoles publics reflètent un autre âge, où ils étaient peut-être pertinents. Aujourd’hui, ils sont dépassés ou à requestionner.

L’État québécois devrait se concentrer sur ses responsabilités premières : définir les politiques, tel l’accès universel aux services, établir des normes et des standards, établir les règles du jeu et contrôler la qualité des prestations. Il doit par contre confier la livraison des services à des opérateurs qualifiés, publics ou privés, dans un contexte d’émulation, et de flexibilité et de qualité.

Une telle réforme entraînera sûrement des résistances, particulièrement dans le secteur de la santé. Car il s’agit d’une remise en cause des vastes réseaux de services publics. Mais la population québécoise est consciente que des changements sont requis pour pallier des carences inhérentes aux monopoles publics dans la prestation des services. Elle optera pour le changement.

L’essence de ce message se retrouve à peu près partout dans tous les derniers rapports commandés par le gouvernement du Québec. Bien qu’il sera vu comme révolutionnaire aux yeux des partisans des monopoles d’État, l’introduction de la concurrence dans la production des services publics ne serait, en réalité, qu’un premier pas vers le recentrage de l’État sur ses missions essentielles.

En ce sens-là, il aurait été bon que les mots traduisent bien l’intention des organisateurs.

À trop vouloir marcher sur des oeufs et n’insécuriser personne, on ne crée que confusion. Soyons clairs alors. Ce qu’il nous faut viser, ce n’est pas « Mieux d’État », mais « Moins d’État ».

13 réflexions sur “Focus stratégique: l’État « Opérateur » remis en question

  1. Je t’invite à lire, si ce n’est déjà fait, dans le Devoir d’aujourd’hui 22 novembre 2010, le texte écrit par un anthropologue Denis Blondin, qui s’intitule : « Gauche et droite, à chacun sa définition de la liberté »…

    On comprend bien en lisant ce texte, le côté essentiel de l’État pour la gauche, et la menace de la droite, mais ce qui surprend vers la fin, ce sont les propos de l’auteur qui semble lancer un appel presque « délirant » à la gauche, pour soi-disant « désamorcer l’élan de la droite »…

    C’est « délirant », puisque ça rejoint ce que la plupart de ceux qui se disent de droite au Québec, demandent à la gauche depuis quelques années, soit ; créer de la richesse, réduire les impôts, et mettre l’État au pas!!!

    « Sans trahir ses objectifs politiques, le discours de la gauche pourrait aussi invoquer la liberté réelle, la création de richesse – par exemple, la richesse collective des mines et de l’énergie, traduite aussi en richesse individuelle par la réduction des impôts et l’accès à de meilleurs services d’éducation ou de santé – ou la « mise au pas » de l’État du point de vue de la simplification, de l’efficacité ou de l’élimination des gaspillages. »

    On en demandait pas tant…

  2. Pingback: lacapitaleblogue.com | links for 2010-11-22

  3. 100% d’accord avec vous madame Marcotte…

    Et cette phrase résume tout:

    « Ce qu’il nous faut viser, ce n’est pas « Mieux d’État», mais « Moins d’État ».

    Par contre, dans leur rapport, il y a ça qui va contre votre/notre idée:

    « l’accès universel aux services »

    Allons-nous nous en sortir de ce dogme un jour?

    L’universalité des services c’est la BASE de tous nos problèmes…

    Le jour ou les « penseurs » seront capables de penser en fonction des besoins des plus démunis UNIQUEMENT, là, nous pourrons parler de social-démocratie efficace. Pas avant.

    • C’est vrai, mais l’universalité n’implique en rien qu’il y ait monopole public dans le financement et dans la production des services. Par exemple, dans les pays européens, il y a bel et bien universalité des soins de santé, mais il y a un système mixte à la fois dans le financement et dans la production. Ici aussi, le terme « universalité » est mal compris.

    • Ouin, la-dessus (i.e. universalité des soins de santé), nous serons jamais d’accords à 100%.

      Mais je suis d’accord que ceci serait déjà beaucoup mieux que la situation actuelle:

      « mais il y a un système mixte à la fois dans le financement et dans la production. »

      Mais je sais que vous êtes contre l’idée que l’état assure « l’universalité des services » dans plusieurs autres domaines que la santé…

      L’état québécois se donne BEAUCOUP trop de missions…

  4. p.s.

    Je trouve que ce bout est succulent:

    « En ce sens, le discours de résistance des syndicats est mensonger en ce qu’il veut faire croire que la demande de réformes a pour conséquence de nécessairement diminuer les rôles de redistributeur et de régulateur de l’État. Or, comme on le voit clairement, les défenseurs du statu quo ne se battent pas pour mieux « redistribuer la richesse » (15%), mais s’égosillent à vouloir préserver leur monopole sur le 60% des dépenses publiques. »

    Les syndicats suédois ont accepté de remettre en cause la façon de gérer le 60%… lorsque la crise a frappé la Suède…

    Le gouvernement pourrait facilement faire un référendum sur la question des syndicats… et si la/les question/s sont bien posée/s, le/s oui va/vont gagner et après ça, même si 200 000 syndiqués signent une pétition ou descendent dans les rues, le gvt pourra quand allé de l’avant avec les réformes.

    • Très bonne idée. D’ailleurs, si les sondages étaient mieux construits (rf. celui d’aujourd’hui), on aurait une meilleure idée de ce que croient les Québécois.

    • Nous n’avons pas de contrôle sur les sondages…

      Mais nous avons le contrôle de « notre » discours.

      Et un gvt a le contrôle sur les questions d’un éventuel référendum…

      😉

      Si nous demandions aux syndiqués s’il veulent avoir la possibilité de ne pas se syndiquer (et de ne pas payer de cotisations!), je pense que nous serions tous surpris par la réponse.

      Je pense aussi que si « nous » parlions de gestion locale vs gestion étatique centralisatrice « one size fits all », la plupart des syndiqués seraient de « notre » bord.

      Je pense qu’il faut changer notre discours et ne plus utiliser les termes droite gauche.

      Il faut mettre 90% des syndiqués et des ‘gauchistes’ de « notre » bord et isoler les idéologues qui les « brainwashent » et les contrôlent ($$$) depuis trop longtemps…

  5. Très facile. Faire la démonstration par tableaux simples du constat, et de futur. Par image seulement. Ça sera accessible pour tous les Québecois. Un peu à la Canoe de PKP. On sera accusé par contre de populisme. hihi

    Et surtout, cessez d’utiliser les termes droite, gauche, centre-droit, etc.

  6. Oui pour moins d’état car les monopoles d’état se corrompent. Là ou il n’y a pas de pression les gens s’asseoient sur leur confort et ne s’améliore pas. Pour quels motifs ils le feraient? La compétition au contraire force l’innovation, la productivité, la compétence. La compétition est l’essence du mieux faire à meilleur coût et à meilleur qualité. Il faut mettre nos institutions de monopole public en compétition c’est impératif.

  7. Pingback: Leitao: La façon de produire les services publics, c’est secondaire | Le blogue de Joanne Marcotte

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