Gaz de schiste (3): Moratoire ou pas?

La prestigieuse revue The Economist pouvait bien s’étonner de l’attitude des Québécois face à la découverte de gaz naturel dans son sous-sol. Car au Québec, voyez-vous, le débat n’est pas de savoir SI et COMMENT on encadre le développement des gaz de schiste mais bien si on imposera ou non un moratoire sur l’exploitation… et même l’exploration de la ressource.

Ne soyons pas naïfs: il y a d’abord les étatistes qui veulent que tout cesse, le temps de nationaliser la ressource et de faire comprendre aux compagnies « étrangères » qu’elles ne feront pas de profits « sur le dos des Québécois »! Et ne doutez pas de leur efficacité!

Le climat est tellement tendu que les investisseurs en sont rendus à perdre patience. Plus récemment, Jean-Pierre Thomassin, directeur de l’Association de l’exploration minière du Québec, donnait sa démission. « J’en ai marre, avouait-il. Je suis fatigué du climat actuel, malsain qui entoure le développement des ressources naturelles. »

Pourtant, pour certains de ces nationalistes protectionnistes, le gaz de schiste passe tout à coup le test de l’acceptabilité sociale s’il est exploité par l’État plutôt que par l’entreprise privée. Curieux, non?

D’autres en ont contre l’industrie minière tout court. Non seulement viole-t-elle la nature, croient-ils, mais elle abîme le patrimoine québécois en laissant derrière elle des montagnes de détritus et des villages fantômes. Les redevances qu’en retire l’État québécois justifient-ils vraiment, à eux seuls, les emplois créés en région, se demandent-ils?

Alors sur ce dernier point, soyons honnêtes, c’est une question qui mériterait bien une réponse… À lire ce que nous rapportent les médias, il est loin d’être évident que les Québécois en retireront quoique ce soit! Après tout, qu’est-ce que c’est que ce congé de redevances durant 5 ans?

Les environnementalistes réprouveront l’exploitation d’une ressource qui affectera négativement le bilan québécois des émissions de gaz à effet de serre. Mieux vaut, croient-ils, importer de l’ouest du pays, pour 2 milliards $ de gaz naturel. Au moins, les GES émis pour les produire ne seront pas les nôtres… et le Québec pourra continuer de servir des leçons aux autres provinces et États de l’Amérique du nord!

Et puis, il y a bien cette Coalition « Pour que le Québec ait meilleure mine » (remarquez la participation de la CSN ???) qui sous le couvert de bonnes intentions, traduisent bien leur intention de contraindre sinon de tout simplement chasser l’industrie minière. Il faudra surveiller à cet effet le prochain film de Richard Desjardins qui sera sans doute dévastateur pour cette industrie dont on semble ne plus vouloir.

Du côté des simples citoyens, il y a bien ceux-là, dont un très célèbre metteur en scène, qui réalisent tout à coup qu’ils n’ont aucun droit de refuser qu’une compagnie minière vienne s’installer chez-eux pour y faire de l’exploration du sous-sol de leurs terres. Comment? C’est permis ça?, s’étonne-t-on.

Mais il y a également ces groupuscules qui désinforment, manipulent, effraient et qui s’offrent même en spectacle lors des audiences publiques. Ils s’amèneront même avec une bouteille contenant un liquide provenant d’un bassin d’eau de fracturation qu’ils auront prélevé eux-mêmes. À remarquer dans cet article le peu de cas que fait le journaliste pour le Mouvement d’appui au gaz de shale versus la prestation du citoyen préleveur de liquide.

À la surprise de certains, des éléments de la droite québécoise expriment, eux aussi, leurs doutes. Le libertarien Martin Masse se dit même tenté d’appuyer un moratoire. Le principe qu’il défend: la protection des droits de propriété des citoyens. « Voilà un bon dossier où les libertariens doivent absolument se démarquer de la droite affairiste et corporatiste et défendre les citoyens ordinaires pour rester crédibles, même si ça signifie qu’on se range pour une fois du côté des bien-pensants étatistes », conclut-il.

L’Antagoniste ira un peu plus loin. Comme les redevances versées à l’État ne serviront qu’à financer l’expansion du gouvernement, autant s’en passer! Nous sommes ici dans une approche « Starve the Beast », ce qui n’est pas bête (get it?) étant donné la plus récente et convaincante des démonstrations de notre ministre des Finances de son incapacité à contrôler ses dépenses.

Et pourtant… il se trouve qu’il n’y a que 30 puits de forage au Québec et qu’une dizaine à peine est prévue pour 2011. Des représentants de l’industrie ont beau nous dire qu’ils n’en sont qu’à la phase d’exploration, rien n’y fait.

Les quelques économistes spécialisés dans les enjeux énergétiques que j’ai consultés de même que la présidente de Gaz Métro, Sophie Brochu, ont beau parler de « projet pilote », de « projet de démonstration », de « phase de cueillette de données », l’épisode du gaz de schiste aura encore une fois démontré l’immaturité et le manque de rigueur de notre gouvernement et de sa fonction publique.

Et que penser de l’improvisation totale d’une Pauline Marois du Parti québécois, attitude dénoncée par André Boisclair, par ailleurs un ancien ministre de l’Environnement!

À la fin, si un moratoire sur l’exploitation est souhaitable et nécessaire d’ici à ce qu’on ait révisé en profondeur la Loi sur les mines, la question du moratoire portant sur l’exploration n’est peut-être même plus pertinente. À la fin, toute cette dramatique aura refroidi les ardeurs des véritables preneurs de risque et entrepreneurs, et ils auront vraisemblablement conclu qu’au Québec, « We’re closed for business ».

À suivre: Gaz de schiste (4): Quel modèle de développement?

21 réflexions sur “Gaz de schiste (3): Moratoire ou pas?

  1. C’est drôle, la première réflexion que j’ai eu lorsqu’on a commencé à parler contre l’exploitation des gaz de schiste, c’était justement que le débat ne pourrait s’éterniser car les entrepreneurs nous prendraient pour des fous et s’en irait ailleurs!

  2. Ma santé, mon air et mon eau m’appartiennent, si des industries viennent polluer mon environnement pour que eux seulement en plus s’enrichissent et bien jamais les gens concernés vont accepter cela. Lors de la nationalisation de l’électricité et bien le gaz et le pétrole étaient inclus dans le contrat citoyen, nous assistons au vol de centaines de milliards de $$$ de nos richesses en ce moment. Bien des gens du peuple québécois dorme au gaz, réveillez-vous, il ne restera plus aucune richesses pour les générations suivante, une vie de misère les attends. Personne, pas même un premier ministre va venir brimer mes droits à ma santé, on se dirige tout droit vers une guerre entre citoyens et gouvernement, ce gouvernement est en train de ternir à tout jamais l’image de l’Association gazière du Québec par un très mauvais encadrement.

  3. C’est exactement ça, Joanne…

    Le PQ et QS veulent un moratoire parce qu’ils veulent que cette ressource soit « nationalisée », c’est tout…

    Ils ne veulent pas que le Québec s’enrichisse de façon « indirecte », comme avec toutes les autres entreprises privées, par le biais des taxes et des impôts…

    La « gauche » est comme ça, elle veut le contrôle de TOUT, via l’État…

    On peut appeler ça de l’étatisme, du socialisme, ou de la social-démocratie, mais en réalité le but ultime est le « communisme »…

    • Et l’article du Devoir d’aujourd’hui est très révélateur: Bernard Landry qui propose que l’État soit « partenaire » de l’entreprise privé et qu’il s’investisse dans l’exploitation du gaz de shale. Il semble donc que ce qui est bon pour l’individu ne l’est jamais pour l’État! Quand on est surendetté, qu’on a plein d’obligations et qu’on est pas sûr de nos revenus dans l’avenir, on n’investit pas dans des secteurs risqués.

  4. Voilà un bon tour d’horizon pour voir les positions des différents acteurs dans ce dossier complexe. Ce que je vois du côté du gouvernement, c’est une peur bleue de l’opinion publique. Acculés au mur, j’ai l’impression qu’ils seraient prêt à laisser partir une industrie lucrative pour préserver leur électorat. Mais…je peux me tromper! Il faut se méfier des discours officiels rapportés dans les journaux…

    Je voudrais commenter sur l’affirmation suivante:

    « il ne restera plus aucune richesses pour les générations suivante »

    Voici un postulat sur lequel s’appuit la rhétorique solidaire et activiste. Qu’en est-il en réalité??

    Prenons le fer, par exemple. Cette ressource vendue pour pas cher sous le régime de Duplessis….En reste-t-il du fer??

    Il en reste EN MASSE du fer. À ceux qui se scandalisent de laisser aller « nos » ressources, je vous lance un défi: redémarrez un projet de fer, ça vous tente? Allez-y! Il n’y a pas PERSONNE qui vous en empêche. Faut juste trouver les milliards nécéssaires…faire les demandes de permis, les études de faisabilité, négocier avec les autochtones etc…

    On est dans un pays libre. Ce qui manque au Québec, ce sont des gens qui ont le sens de l’entrepreunariat. Il manque aussi cruellement de géologues. Certains été, il faut faire venir des étudiants d’ailleurs…Ce n’est pas nos ressources qu’on donnent aux étrangers…ce sont nos jobs!

    A regarder le taux de décrochage et le manque d’ambition, je suis bien d’accord pour dire que c’est la misère qui attend le peuple du Québec.

  5. « Quand on est surendetté, qu’on a plein d’obligations et qu’on est pas sûr de nos revenus dans l’avenir, on n’investit pas dans des secteurs risqués. »

    À mon tour d’aimer beaucoup!!

    D’autant plus que ça avait été fait dans le passé: SOQUEM (Société québécoise d’exploration minière) et
    SOQUIP (Société québécoise d’initiative pétrolière)
    Ces sociétés avaient été créé dans les années 60-70. (Tsé les années où on ne regardait pas à la dépense…).

    Soquip a été fermé en 1984 (sous le règne du PQ!) et Soquem est maintenant une filiale de la SGF.

    Voici d’ailleurs un article intéressant à lire (très instructif le dernier paragraphe qui vous donne raison, Mme Marcotte):

    http://www.theglobeandmail.com/report-on-business/article857035.ece

    C’est fou…Déjà, en 2006 un journal anglais (le Globe and Mail) décrit les rêves d’un entrepreneur, M. Lavoie de Junex (il travaillait à l’époque sur son projet de pétrole à Gaspé)! Au Québec, à part le journal les Affaires, qui connaissait M. Lavoie? Qui en a dressé un portrait positif?

    On a un sérieux problème culturel au Québec. Ceux qu’on porte aux nues, ce sont ceux qui aiguise notre sentiment de victimisation. Et ça, M. Khadir l’a bien très compris.

    • « On a un sérieux problème culturel au Québec. »

      Ça c’est vrai, ca affecte surtout les Québecois de souche. C’est le sentiment de l’envie et le complexe d’infériorité qui en anime beaucoup.

      Ils sont toujours en train de gratter pour trouver une façon de faire de l’argent facile. Ils essaient de calculer les revenus des autres pour trouver ou pourrais être situé l’arbre ou pousse les billets verts.

      Quand ils apprennent que tu as des problèmes, ils ont le petit smile au visage et quand ils apprennent que les affaires réussissent bien tu vois que ça les affecte négativement.

      Moi je mets cette attitude humaine fessant parti du risque à investir au Québec. Il y a un coût relié à cette attitude, le prix va en être une réduction des profits que vous n’auriez peut-être pas dans une autre province ou pays.

      Les socialistes gauchistes en sont une preuve, ils en ont toujours contre Péladeau et Desmarais. Les fortunes légitimes les écoeures, remarqué qu’on ne les entend jamais parler contre les vrais trous culs de première millionnaire tel, Mom Boucher et Vito Rizuto ceux qui se nourrisse de la misère humaine sur toutes ces formes.

      Pour ce qui est du texte de madame Marcotte, je remarque qu’il y a problème.

      1.Le contrôle, pas dans le sens de vigilance et qualité des travaux, mais dans le sens de mains mise.

      2.L’illusion d’argent facile, bref ça ressemble à un héritage qu’on essaie de diviser, ces conflits arrivent dans les meilleures familles. Quelle erreur d’avoir créé cette illusion alors que nous étions en exploration. Cette erreur n’en serais peut-être pas une dans une autre province.

      3.La peur de mourir ou de subir préjudice.

  6. Pingback: lacapitaleblogue.com | links for 2010-12-15

  7. Martin Patriquin: l’auteur du fameux article du MacLean’s sur le Québec corrompu!!

    Eeeh non…Je n’avais pas fait le lien! Le nom m’était vaguement familier mais…c’est tout.

    Toute une coïncidence!

  8. Connaissez-vous la dernière nouvelle? L’eau n’est plus gratuite! Oui oui, il va falloir payer une taxe pour, euh une redevance pour son utilisation par les compagnies. La facture sera payée par les consommateurs. Je me demande si ça inclus Hydro-Québec… Et certains illuminés trouvent que le prix n’est pas assez élevé!

    Me semble que l’eau est à la base gratuite, lorsqu’on paye une bouteille d’eau, ce n’est pas l’eau qu’on paye, mais l’énergie déployée pour la rendre accessible, en fonction de l’utilité rendue, comparée aux autre produits-services selon les besoins particuliers des consommateurs.

    C’est la même chose pour le gaz de schiste. Qui l’a crée? Mère nature ou le père céleste pour les croyants. L’effort ne vient pas de nous, et pas plus nous ou l’État qui l’a trouvé. Oui ça prend de l’eau qu’on pollue pour l’extraire, alors il faut juste demander aux compagnies de la dépolluer à ses frais pour ensuite la rendre accessible. Ça dépasse le simple droit ou permis d’exploitation du terrain payé au prix du marché.

  9. Ce n’est pas de nationalisé les ressources la problèma tique majeur. C’est l’intégrité du territoire qu’il faut défendre. Qu’ils soient souvereniste ou non. les québeçois de toutes orignines, croyances, couleurs politiques doivent se ralier pour contrer un dévelloppement nosif pour son intégrité territorial. La seule réel solution c’est de se donné le pouvoir total sur notre territoire.Et la seule façon de le faire à la face du monde est d’être enfin maître chez nous.

  10. Je suis enthousiasmé de la voir la lourdeur de vos arguments populistes. En ce qui a trait aux véritables preneurs de risques, laissez-moi rire. Ces entrepreneurs sont des bénéficiaires du BS de luxe. Ils ont bénéficié du laxisme gouvernemental.
    Et vous les qualifiez de héros.
    Excusez-moi mais cette attitude n’est même pas celle d’une carpette, mais plutôt d’une sous-sous-carpette.
    Vive la libaarrrté de se faire avoir.
    Toujours très heureux de constater la profondeur abyssale des arguments de la droite.

    • Qu’entendez-vous par arguments populistes? sûrement pas des arguments qui plaisent à la majorité « populaire » laquelle est évidemment adepte de la pensée également populaire , dite aussi pensée unique et bien sûr toujours de gogauche. Je ne pense pas que Mme Marcotte flatte la population avec des arguments populistes comme vous dites. Elle a le courage d’aller à contrecourant de cette pensée, comme tout poisson vivant seul peut aller… Je ne pense pas que vous soyez instruit de la problématique de la démarche d’exploration minière, gazière et pétrolière avec les énormes risques que courent ceux qui osent s’y aventurer. ca n’est surtout pas le rôle du gouvernement et on on a eu la preuve par les échecs lamentables des sociétés d’état québécoises (SOQUEM et SOQUIP) qui s’y sont essayées. Oui ce sont des héros comme Jean-Yves Lavoie qui osent explorer avec les risques liés à cette exploration et qui ne méritent pas le mépris que vous leur exprimez. Vous devriez accompagner un géologue sur le terrain, ça vous ferait grand bien!

  11. Bonjour.

    Je suis pour le l`exploitation du gaz de shiste.En autant que l`exploitation se fasse proprement.Mais, comme bien du monde le pense.Ca vaut tu la peine de le faire avec les ridicules sommes demandé en redevances gouvernementale ?

    Récemment l`état a demandé une redevance sur L`exploitation de notre eau.Les sommes demandé au litre d`eau ont bien fait rire du monde.La question qui se pose,Doit-on Donner nos ressources naturelles aux étrangers ? NON.

  12. C’est amusant ce débat. Le moratoire ne servirait qu’à attendre un changement de pouvoir et permettre au PQ de nationnaliser l’exploitation des gaz de schistes.
    Ce que les gens ne réalisent pas c’est qu’une fois nationnalisée, l’exploitation se fera avec toute l’incompétence et toute l’inefficacité propre au gouvernement. Et allez vous plaidre si la méthode d’exploitation vous cause préjudice. Vous irez en cour et aurez à payer vos frais et ceux de l’État en même temps.

    • Bien sûr d’un côté il y a le méchant gouvernement , les syndicats et tous les gauchistes qui veulent nationaliser. Et de l’autre il y a les bons qui sont les héros de l’entreprise privée.

      Eux, ils savent prendre des risques.

      C’est ainsi qu’ils mettent à risque nos terres, notre eau les populations environnantes pour leurs propres bénéfices.

      Mais ma chère Johanne, c’est du socialisme. Vous êtes socialiste. Ils privatisent nos ressources et socialisent les risques.
      C’est vrai, il prennent des risques ces entrepreneurs.

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