Les manifestes du ras-le-bol et la prochaine bataille

Si 2010 aura été une année faste pour les centrales syndicales du Québec, ces dernières auraient mieux fait de dire merci aux contribuables et de s’effacer pour quelque temps. La sortie contre une droite à leur avis, provocante, est en effet, loin d’avoir servi les gens qu’ils représentent.

Bien au contraire, elles auront fait monter la pression, exprimer un état d’exaspération généralisé et cette première semaine de 2011 aura été celle des manifestes du ras-le-bol.

Nathalie Elgrably-Lévy dans Le déclin de la gauche: « Ras-le-bol d’être captif d’un système de santé qui rationne les soins. Ras-le-bol d’un système d’éducation qui privilégie un nivellement par le bas et produit des décrocheurs à la pelle. Ras-le-bol d’entendre que la dette publique et les déficits gouvernementaux importent peu. »

David Descôteaux dans La soviétisation tranquille: « On paye beaucoup d’impôts et de taxes au Québec. Mais bonne chance pour trouver un médecin de famille, un pédiatre ou une garderie. Et pour attendre moins de 18 heures à l’urgence. Mais au Québec, on préfère donner l’argent au système, au lieu de le donner aux citoyens. Avec les résultats qu’on connaît. Une soviétisation tranquille. »

Philippe, le Minarchiste, dans Provocante: « Super Claudette s’amuse à dire que la plupart des Québécois n’ont pas les moyens de se payer les libertés que le RLQ cherche à promouvoir. Moi je crois plutôt que les Québécois n’ont plus les moyens de se payer le 30% de plus que ça coûte au Québec pour construire des infrastructures, grandement dû au monopole syndical sur la main d’oeuvre dans le domaine de la construction. Nous n’avons plus les moyens d’une fonction publique obèse.

Nous n’avons plus les moyens des plans de retraite dorés de nos fonctionnaires, alors que la plupart de ceux qui paient pour cette retraite risquent de se retrouver dans la pauvreté dans leur vieillesse. Nous n’avons plus les moyens des quelque 224 milliards de dettes que notre gouvernement a accumulés jusqu’ici parce que nos politiciens sont incapables de tenir tête aux Claudette Carbonneau et Réjean Parent de ce monde. »

Et comment mieux exprimer que le maître YGreck,  l’injustice intergénérationnelle qui en résulte et qui est occasionnée également par notre soif de s’offrir des services dont nous n’avons pas les moyens de nous payer.

Et puis, il y a le ras-le-bol vis-à-vis les Drama Queens du statu quo et de l’immobilisme: ces leaders syndicaux qui n’ont pour stratégie que de s’acharner à museler leurs adversaires ou encore ces vedettes écologistes qui empêchent que parvienne aux citoyens une information factuelle et crédible (notamment sur le sujet chaud de l’heure: le gaz de schiste). Quand Marie-France Bazzo elle-même en vient à dire que la culture syndicale l’énaaarve… y’a quelque chose qui se passe au Québec!

Pas étonnant, donc que The Economist (qui n’est certes pas un brûlot populiste!) ait choisi pour la Une de son premier numéro de l’année, une référence à une confrontation inévitable entre les gouvernements et les syndicats DES SECTEURS PUBLICS.

Pierre Duhamel, dans Les syndicats, l’État et moi, explique bien la stratégie syndicale: « Les syndicats n’ont pas seulement investi l’État; à les entendre ils seraient DEVENUS l’État et ils incarneraient à eux seuls le bien commun. (…) Les syndicats défendent forcément toute croissance des dépenses publiques et s’inquiètent de tout changement susceptible d’apporter plus de transparence ou d’efficacité. »

Pas étonnant non plus que des États américains songent à restreindre le pouvoir syndical afin d’assainir leurs finances publiques. En banissant l’adhésion et la cotisation obligatoire, en remettant en question les généreuses caisses de retraite et l’impact à long terme de certaines clauses des conventions collectives, les gouverneurs croient dégager une marge de manoeuvre et mieux équilibrer leurs finances.

L’heure est donc venue de tout revoir et à mon avis, tout doit être mis sur la table. À terme, le panier de services devra être réévalué, les citoyens devront se responsabiliser davantage, mais des tabous jusqu’à présent impossibles de transgresser doivent également faire partie de l’équation.

Les stratégies syndicales sont bien connues. J’en fais d’ailleurs une énumération dans l’entrevue que j’ai accordée hier au 93,3 avec Louis Lacroix. Dans les prochaines années, si nous faisons preuve d’un minimum de décence, plusieurs acquis seront remis en question. Comme le raconte Joseph Facal qui explique comment la Suède a rétabli une certaine santé financière: « Aucun secteur, absolument aucun ne doit être épargné. Cela ne peut marcher, explique Persson, si le peuple se convainc qu’un groupe de gens en particulier réussit à se défiler. Chacun doit contribuer selon ses moyens, mais TOUS doivent contribuer. »

Dans ces conditions et en tenant compte du fait que selon l’expérience suédoise, « il faut travailler simultanément sur la colonne des revenus et celle des dépenses, mais faire plus de réductions de dépenses que de hausses d’impôts et de taxes », si j’étais à la tête des centrales syndicales québécoises, je filerais doux.

26 réflexions sur “Les manifestes du ras-le-bol et la prochaine bataille

  1. Je suis de gauche ET d’accord avec vous. Le corporatisme réactionnaire me pue au nez. Maintenons le dialogue citoyen sans trop polariser le débat.

  2. Le Québec souffre d’hypertension syndicale… qu’on appelle aussi dans le langage médical le tueur silencieux. Nous risquons un ACV fatal! Il est temps d’intervenir…

  3. On doit changer les choses au Québec et faire le ménage. Ça ne me tentera pas de payer (j’ai 27 ans) dans 20 ans pour les dégâts de la génération du Baby-Boom. Il faut faire un virage et le faire maintenant. Le RLQ doit continuer de faire pression sur le gouvernement pour qu’il mettre en place un programme réformiste. Cela ne sera pas facile mais il ne faut pas lâcher. Continuez votre bon travail Mme Marcotte.

    • Je suis un « boomer » et je trouve votre affirmation déplacée, voire impertinente.

      La plupart de boomers (sinon TOUS les boomers) étaient encore en culottes courtes sur les bancs d’école et n’avaient pas le droit de vote lorsque la Révution (L’illusion?) tranquille (1960-1966), moment charnière de la pensée gauchiste au Québec, battait son plein. Les principales figures de proue étaient les René Lévesque, Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme, Paul Gérin-Lajoie, Pierre Laporte (assassiné par les felquistes!) et l’on peut difficilement les qualifier de « boomers » (la plupart sont nés au début du XXe. Siècle)!!!

      De plus, la pensée gauchiste prévalait à l’époque dans presque TOUS les pays industrialisés et pas seulement au Québec. Vous devriez plutôt blâmer la génération des pré-boomers s’il y a quelqu’un à condamner!

      Je crois personnellement qu’ils avaient de très bonnes raisons de vouloir cette révolution. Ils sortaient tout juste de la Deuxième Guerre Mondiale et avaient vécu les années de la « Grande noirceur » de Duplessis avec le soutien de l’autorité cléricale et voulaient se libérer des lourdes chaînes de cet héritage encombrant mais comme tout mouvement dans un sens inversé, ils ont oublié de s’arrêter au centre et ils ont continué dans l’excès vers la gauche (omniprésence de l’État et des syndicats) avec, je vous le concède, le concentement de la plupart des boomers.

      Il est injuste d’accuser « les » boomers pour tous les excès engendrés par les décisions des années soixante. Je crois également qu’il est dangereux de faire des généralités: LE parti de gauche de l’époque de l’après-Révolution tranquille était le Parti Québécois et à ce que je sache, il n’a jamais été élu à l’unanimité…il a même perdu l’un de ses référendums à l’époque où les boomers pesaient lourdement au Québec non?

    • Vous n’avez pas tord Simon. Ce ne sont pas les « bommers » qui ont donnés le départ aux interventions socialistes de l’État mais ce sont eux qui les ont emplifiées et qui refusent de les changer. Les Charest, Bachand, Marois, Curzi, Kadir, Charbonneau et autres sont des bommers.

    • M. Leduc,

      Il vous faudrait peut-être mieux vous renseigner puisque, pour votre information, ce ne sont pas « les boomers » comme vous dites, qui ont amenés les programmes sociaux au pays mais bien, la génération PRÉ-BOOMERS.

      Les boomers, par contre, se sont laissé « berner » par ces PRÉ-BOOMERS tels: René Lévesque, Jacques Parizeau, Bernard Landry pour ne nommer QUE les plus récents c’est-à-dire ceux que vous connaissez « le plus »…

      Toutefois, après la dernière guerre mondiale, je crois que cette génération avait envie « de vivre – de croire » à des lendemains – de là la procréation ie.: génération boomers.

      Là où, à mon avis, les boomers ont fait défaut, c’est de croire que le baril ($$$) resterait sans fond ce qui est d’ailleurs ce que certains – y comprit génération X, Y, syndicats, semblent toujours vouloir croire.

      Seulement, au Qc surtout, il semble que plusieurs (syndicats et politiciens) veulent continuer à faire croire « que tout va bien dans le meilleur des mondes et que les solutions, ne consistent qu’à constamment augmenter l’État, les dépenses etc. »

      La gauche au Qc est le PQ, l’extrême gauche QS, le centre gauche le PLQ; mais il faut reconnaître qu’aujourd’hui entre le PQ et le PLQ, les différences sont tellement apparentes que l’on peut facilement mettre les deux Partis dans le même panier.

  4. Pour contré l’écart monétaire que suggérer vous comme action? Qu’est ce que m. et mme tout le monde peuvent faire ? Si comme à l’instart des gens qui n’ont pas répondu au formulaire de statistique canada, une majorité de gens n’enverraient pas leurs rapports d’impôt, qu’est ce que cela aurait comme impacte dans nos gouvernements. Ils peuvent pas tous nous mettrent en prison en même temps.
    Le temps des manifestations et démonstrations populaires est bien révolu. Ca prend des actions concrètes et directes. Alors que suggérez-vous?

  5. @François 1er
    Je suis aussi un babyboomer, quoique à la limite car né en 1945. Les babyboomers sont responsables de pas mal d’illusions dont une à laquelle je suis particulièrement sensible: Ce sont ceux de ma génération qui ont fait croire aux jeunes que l’apprentissage du français, des maths, des sciences etc.. à l’école devait être un jeu, une démarche agréable et facile. On a complètement occulté hypocritement la notion d’effort, oui l’effort essentiel au début de toute démarche d’apprentissage de connaissances nobles. On a créé « l’illusion tranquille » d’une éducation facile et nous récoltons ce que nous avons semé: des milliers de jeunes désillusionnés, décrocheurs et sans emploi, un championnat canadien!

    • Le Rapport Parent qui marque le début de l’ère de l’illusion en éducation date du début des années soixante où les boomers usaient leurs culottes courtes sur les bancs de l’école primaire… Les années subséquentes n’ont fait que d’entretenir cette vision plutôt rétrécie et bourgeoise.

      Ça fait « in » de critiquer les boomers pour tout ce qui va de travers au Québec et dans le monde, bien installé dans le confort de son salon, mais à l’échelle sociale, il est beaucoup trop tôt pour juger des résultats des décisions prises par cette génération car nous subissons encore les résultats des décisions prises par la gérération précédente à celle des boomers (nos parents!) qui étaient au pouvoir au début des années soixante.

      Nous sommes endettés et nous vivons au-dessus de nos moyens soit mais il faut reconnaître que nous avons quand même avancé comme société par rapport aux années de la Grande Noirceur et que les générations qui nous suivent, bien que critiques à notre égard, ne remettent pas en question la plupart les avantages qui découlent de notre situation et des découvertes faites durant ces années des boomers, Internet en étant un pétant exemple.

  6. Le RLQ a commencé à sortir les québécois de l’hibernation de la révolution tranquille.
    Cependant, il ne faudrait pas que ce mouvement dépasse le centre-droit même si je « déteste » ces mots droite et gauche.
    Nous sommes dans un cul-de-sac, pognés avec un vrai parti gauchiste et un parti qui tire vers la gauche pour se faire élire et « tromper » le peuple par toutes sortes de stratagèmes mensongés.

    Fernand Cloutier
    Val-d’or

  7. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du jour 01/09/2011

  8. Comment penser une seule seconde que des lâches comme Charest ou Marois vont s’attaquer aux syndicats ??? je n’y crois pas. Il faut attendre le FMI. Il est à prévoir que le Québec va dépenser jusqu’à l’extrème limite de la carte de crédit avant de réagir ou d’être forcé de la faire. Tous les politiciens québécois sont fiers des avancées syndicales ! Plus aveugle, lâche, irresponsable, incompétent qu’un politicien québécois tu meurs.

  9. @François 1,

    Au fond, l’essentiel n’est pas de savoir à qui la faute, mais d’admettre que le Québec actuel fonce droit dans un mur, et qu’un sérieux changement dans notre modèle québécois est crucial.

    Et pour celà, il ne faut surtout sur nos puissants syndicats (ni nos partis politiques provinciaux traditionnels), qui en paroles se disent très solidaires, mais dans les faits se montrent très égoïstes en voulant conserver voire élargir leurs acquis, indépendamment de la capacité de payer du Québec d’aujourd’hui…et surtout celui de demain.

    Le combat du RLQ est pour beaucoup, avec raison, un combat pour l’équité intergénérationnelle. De ce point de vue, les préoccupations de la jeune génération dont fait partie M. Leduc (ci-haut) sont parfaitement légitimes.

    • Je crois personnellement que notre combat en est un de LIBERTÉ et des RESPONSABILITÉ plutôt que d’équité mais votre vision est toute aussi bonne que la mienne.

      L’important est de faire réaliser aux Québécois que l’État n’est pas une entité ésotérique et nébuleuse qui a à coeur notre bienfait mais plutôt qu’il est composé de politiciens (que nous considérons tous comme aussi peu crédibles que des vendeurs de « chars de seconde main »!) et de bureaucrates syndiqués mur-à-mur qui ont leurs propres priorités et leurs propres intérêts corporatifs à défendre bien AVANT les nôtres.

  10. Fernand Cloutier,

    P.V.I., la « preuve » que vous offrez fut écrite NON PAS par Paul Desmarais puisqu’il est indiqué ‘FICTIF’ au côté de son nom.

    L’auteur du texte est donc Robert Barberis-Gervais, engagé dans la cause séparatiste depuis les années ’60, membre du Comité national du programme du P.Q.

    Robert Barberis-Gervais = PAS tout à fait objectif et NON partisan 😉

    P.S.: aucune preuve de quoique ce soit ici désolé.

  11. Bonjour Joanne!

    Je crois que la population en a assez du blanchiment de responsabilité; pas dans ma cour, pas mon problème, pas mon département, pas de ma faute, pas moi, pas toi, pas le provincial, pas les synidcats, pas le fédéral, pas personne!! Ça suffit!

    Vaut mieux se responsabiliser et de prendre les mesures qui s’imposent, comme celui de revoir tout le panier de tous les services gouvernementaux, avant qu’on nous impose, comme la Grèce et l’Irlande, les solutions que nous connaissons déjà mais qu’aucun veuille « mettre ses culottes » et mettre en application.

    J’ajouterai à Reynald Du Berger qu’il n’est pas encore trop tard pour intervenir, mais les artères sont sérieusement congestionnées.

  12. Pas étonnant non plus que des États américains songent à restreindre le pouvoir syndical afin d’assainir leurs finances publiques.
    ——————————————

    Faudrait commencer par restreindre le pouvoir patronal, ou la sangsue des sangsues, et après on regardera du côté du pouvoir syndical. Autrement, votre discours est résolument stupide.

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