L’héritage du révolutionnaire tranquille

En 2005, Claude Castonguay, que l’on aime surnommer « le père de l’assurance-maladie du Québec », se racontait dans Les mémoires d’un révolutionnaire tranquille. Sur la page du site Internet de l’éditeur Boréal, on nous rappelle « qu’on lui doit, à titre de conseiller politique ou de ministre, une réforme de la santé et des services sociaux, l’assurance maladie, le Régime des rentes, de même que la conception du régime d’assurance médicaments. »

Alors, si c’est le cas, il faut croire que M. Castonguay n’est pas tout à fait fier de l’héritage qu’il laissera aux Québécois, du moins, de ce qu’il est advenu des énormes systèmes – de santé et de retraite – dont il a été l’artisan.

À pareille date l’année passé, M. Castonguay proposait l’analyse La longévité: une richesse, soit « l’adoption d’une véritable politique du vieillissement actif » et encore une fois une grande messe où tous les acteurs seraient impliqués: : gouvernement, associations patronales, associations syndicales, responsables de la formation, les employeurs et les syndicats locaux. »

La solution proposée pour répondre à la pression résultant du vieillissement de la population? Que 86% des gens âgés de 60 à 64 ans travaillent au lieu des 39,7% actuellement! Simple, facile, mathématiquement souhaitable… mais absolument irréaliste! (Lire ici ce que j’en avais retiré). Inutile de faire remarquer que cette idée n’a pas fait long feu.

Cette année, M. Castonguay récidive et s’inquiète maintenant du fait que bien peu de Québécois auront épargné suffisamment pour préserver leur niveau de vie, une fois à la retraite. Ce qu’il propose dans Le point sur les pensions: que les travailleurs qui ne bénéficient pas d’un régime de retraite d’employeur (soit 66% des travailleurs) soient obligés de participer à un nouveau régime: un REER obligatoire géré par un organisme « indépendant » (!!!) du gouvernement.

Honnêtement, je n’aurais pas cru que cette idée méritait autant d’attention. Comment imaginer, dans un tel climat de grande méfiance des citoyens envers leurs institutions et à un moment où l’on constate l’échec des régimes étatiques universels, que l’on songe à un nouveau régime qui encore une fois, confisquerait une part importante des revenus des citoyens?

Eh bien, les réactions ont été nombreuses.

Richard Martineau dans Prendre un peuple par la main, s’insurge contre le fait que l’État infantilise encore davantage le citoyen. Éric Duhaime dans Privatiser le RRQ, souligne que « le vrai problème du RRQ découle du fait qu’on a rompu le lien entre l’effort et la récompense. Tous attendent passivement que le gouvernement donne à chacun un chèque de pension décent. » Pour lui, il est inconcevable que les cohortes plus jeunes assument les dégâts du régime de la RRQ. Autant privatiser tout ça, suggère-t-il!

Le chroniqueur David Descôteaux, dans Épargne, citoyen! ne trouve pas l’idée nécessairement mauvaise, mais pourquoi ne pas laisser les gens libres de choisir leurs gestionnaires? Le Minarchiste dans Le comble du paternalisme et Pierre Duhamel dans L’épargne obligatoire: une fausse bonne idée, soulignent que pour épargner, il faut d’abord être en mesure de dégager une marge de manoeuvre, puis il faut aussi que ce soit payant (que les taux d’intérêt encouragent l’épargne).

Enfin, le libertarien Martin Masse du Québécois Libre, dans 40 ans après votre santé, Castonguay veut mettre le grappin sur vos épargnes, nous fait réaliser qu’un révolutionnaire tranquille demeurera toujours, à quelque part, un révolutionnaire tranquille: solutions étatiques dites « universelles », confiscation de la liberté des individus, puis ultimement, la déresponsabilisation des citoyens.

Ce soir, M. Castonguay se désole de la réaction du gouvernement et critique l’égoïsme des élus. « Le gouvernement du Québec n’ose plus offrir quoi que ce soit de neuf sur le plan social », dit-il. Dans ce cas-ci, j’avouerai que c’est bien tant mieux. Et puis, à quoi s’attendait-il, au juste, de la part de ce gouvernement. A-t-il déjà oublié le traitement réservé au rapport du comité sur le financement du système de santé en janvier 2008?

Quant à moi, que le gouvernement n’ose plus imaginer de nouveaux programmes est une bonne chose. La préservation du niveau de vie à la retraite est une responsabilité individuelle. Le rôle de l’État ici est d’éviter l’extrême pauvreté, ce qu’il réussit très bien puisque « le Canada se classe au 4e rang des pays occidentaux ayant les plus bas taux de pauvreté parmi leurs aînés. » (Le point sur les pensions, p. 18)

Bien sûr, dans un monde idéal, les citoyens assument leurs responsabilités et chaque étape de la vie contient son lot de dépenses: études postsecondaires, éducation et garde des enfants, hypothèque, retraite, etc. Mais le Québec, nous ne le savons que trop, n’est pas ce monde où l’on prône l’indépendance financière, le principe de précaution et l’équité intergénérationnelle.

Bref, la cohorte des boomers doit sans doute beaucoup aux révolutionnaires tranquilles. Pour celles qui ont suivi, ça, c’est une autre affaire…

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À lire également:

Pierre Simard, dans Le Québécois crétin « On aura évidemment compris que le «père de l’assurance maladie» accrédite la thèse voulant que les Québécois soient incapables de gérer leur propre vie. »

Joseph Facal dans sa chronique Les cigales. « N’y a-t-il plus de limites quand il s’agit de protéger les gens contre eux-mêmes? »

Un excellent article dans Le Devoir: « Les Canadiens sont capables de choisir s’ils achètent une maison, s’ils éduquent leurs enfants correctement et quand épargner pour la retraite.»

19 réflexions sur “L’héritage du révolutionnaire tranquille

  1. Ça va faire les pompes à taxes. Le gouvernement ne fonctionne qu’à coup de taxes, que l’on nomme ça fonds des générations ou RRQ c’est la même chose. Au moins, si ça serait un plan de retraite par capitalisation et non par répartition, mais dans ce cas pourquoi avoir besoin du gouvernement? On a déjà l’assurance vieillesse pour tous, alors que ça devrait être juste pour les vieux BS. Pk devrais-je cotiser pour avoir un chèque de BS, si j’ai eu un bon travail?

    Ensuite, d’accord pour que l’âge pour recevoir son chèque de BS pour vieux soit à 65 ans, car on vie de plus en plus vieux. De même, 6 mois max de BS pour ceux en état de travailler, ça va faire le parasitisme. Pi école obligatoire jusqu’à 18 ans, avec l’énorme quantité de connaissance à ingurgiter et la concurrence mondiale, l’ingénieur d’aujourd’hui sera le contre-maître de demain. Pi hors de question de suivre une formation avant 18 ans, sinon pk finir son secondaire? Pour les hôpitaux, étatisation seulement pour les miséreux, on privatise pour le reste. Permettre l’entrée du privé dans les Universités aussi et améliorer la qualité de l’enseignement de la matière au primaire et secondaire, pas de sens que nous ayons un faible vocabulaire, plus important que faire ses accords, ça devient aliénant. Fini de niaiser les profs et étudiants normaux à faire du rattrapage. Il faut qu’en 6e on sache lire autre chose que des BDs. Algèbre en 6e, calculer pour calculer devient aussi aliénant. Ne pas sauter une année dans l’enseignement de matières, comme histoire (pas juste celle du Québec), philo, économie… De vrais cours de musique et d’art, avec de l’histoire, dessiner des visages, reconnaître musique des grands compositeurs… Plus utile que de subventionner des personnes de la « culture », il faut avant tout des gens cultivés, que l’on enseigne les matières comme du monde, la formation vient après le secondaire.

    Quoi d’autre? Ah oui! Établir un taux de taxation fixe pour tous à partir de disons 12 000$ Couper dans subventions protectionnistes aux poches et dans la TVQ d’autant, plus axer sur subventions à la recherche universitaire, faut pas oublier la culture scientifique! Faire comme en Slovaquie, diminuer du double du déficit le salaire des députés! Ensuite, abolir leur paye à vie après 2 mandats. Rétablir notre Conseil législatif (au suffrage) tout en diminuant le nombre de député à l’Assemblée, disons 75-75.

    Le seul Parti qui me semblerait assez ouvert d’esprit serait l’ADQ, mais qu’ils abandonnent l’idée du scrutin proportionnel, car aucun sens à donner la balance du pouvoir à des partis marginaux qui vont semer la pagaille à l’Assemblée. S’ils s’obstinent, ils peuvent être sûr que leurs réformes ne passeront pas…

    Et voilà, pas plus compliqué, reste le cas d’Hydro, SAQ, abolition des prix planchers-plafonds…

    Une économie du savoir et de la production, au lieu d’une économie de la redistribution et du clientélisme-protectionnisme!

  2. Lassitude. Cela résume mon état avec tous ces bien pensants. Évidemment je partage l’opinion générale de ce billet et des bloggeurs (presque tous disons). Que nous ayions encore dans le paysage politique des gens comme M. Castonguay, qu’ils puissent encore émettre une opinion digne de tout le branle-bas de comabt des derniers jours me désole. Il a le DROIT, bien sûr, mais que tout le Québec soit si interpelé par des idées si loufoques me jette par terre. Un REER OBLIGATOIRE! Non mais c’est presque pire que le communisme.
    On nous prend notre argent, on le donne au gouvernement (indépendant mon oeil), on récompense les dirigeants À MÊME NOS PLACEMENTS sans égard aux résultats.
    J’en peux plus j’vous dit.

    • Je propose depuis 4 ans à la ville de Québec de voir à la natalité: s’occuper substantiellement de la régénération de notre population comme accomplissement de développement communautaire économique et social dont être fiers. documents déposés. Mieux qu’un amphithéâtre multifonctionnel pour notre prospérité.

      Le modèle romantique familial ne suffit plus à la tâche depuis plus d’une génération. Je cherche donc une formule de régénération de population alternative pour une municipalité de plus de 50 mille habitants. Des femmes volontaires y trouveraient un support matériel et affectif responsable encadrant la réalisation de leur désir d’accomplissement moyennant leur aptitude à l’engagement. Comme dit la chanson de Robert Charlebois Mme Bertrand, aventurières, prière de s’abstenir.

      À titre d’exemple à mettre à niveau et pour partir la conversation, Walden Two, résumé du chapitre 16.

    • J’ai du mal à être d’accord avec vous.

      L’Afghanistan est un des pays les plus pauvres et c’est un des endroits au monde où le taux de natalité est le plus élevé. Je pense que l’encadrement en autorité, religieux, politique ou marchand peut être plus influent que le climat de prospérité.

      J’admets que la prospérité compte. J’ai vu en Suède à la suite de la réforme des années 90. J’ai vu en Europe à la sortie de la crise de 1929.

      Qu’est-ce que la prospérité, le PIB ou le revenu disponible ?

  3. A quand le temps où nos chers bébé boomers vont enfin comprendre qu’il est temps pour eux de nous laisser la place, NOUS générations plus jeunes, qui attendons depuis trop longtemps de prendre notre place dans un Québec des temps actuels….

    Aussi, y a-t-il moyen de faire comprendre à M. Castonguay qu’il a assez contribué a sa manière (un gros merci de NOUS mettre autant dans le trou avec votre réforme de la santé et des services sociaux, de l’assurance maladie, du Régime des rentes, et même de votre participation a la conception du régime d’assurance médicaments.)… Aussi, qu’il est temps maintenant pour vous M. Castonguay de prendre une retraite tranquille… et laissez-nous donc tranquille avec vos idées complètement farfelues et désuètes…

    L’intervention du gouvernement de bord en bord on en a plein le c….

    • Non. Castonguay n’est pas un boomer. D’ailleurs, la révolution tranquille ne s’est pas faite par des boomers mais POUR les boomers, cette cohorte qui était très très nombreuses et pour qui on a dessiné tout un ensemble de services publics.

  4. Je ne comprends toujours pas pourquoi on dit que notre système de santé est l’oeuvre de M. Castonguay. Le système de santé GRATUIT??? existait partout au Canada avant le Québec. Le systèm de santé GRATUIT???? a été donné aux provinces par le gouvt. canadien, tout en laissant le choix aux provinces de le gérer comme ils veulent. M. Castonguay a fait beaucoup de belles choses dans sa vie, mais il n’a pas inventé le système de santé puisque ce système venait du Fédéral, avec l’argent qui y était rattaché.

    • Vous marquez un point M. Brisson.

      J’ai lu de François Ricard La génération lyrique, l’expression qu’il a trouvé comme titre à ce livre sur la génération qui me suit de très près, les baby-boomers.

      Pierre Foglia a dit du livre à l’endos: C’est ce que j’ai lu de plus intelligent, depuis très longtemps, sur la modernité. le politique. la communication, le féminisme, l’éducation…

      je devrais peut-être relire.

  5. Il ne faut pas en vouloir à Claude Castonguay d’avoir proposé une telle mesure. C’est un social-démocrate de son temps qui pense que l’État est mieux placer pour gérer tous les aspects de la société. Dans le domaine des pensions de retraite, il faut que l’individu ait la liberté de choix et j’adhère à la proposition d’Éric Duhaime de privatiser la RRQ. La caisse de celle-ci va être vide en 2039, il faut que les jeunes générations puissent avoir leur propre système de pension et le modèle chilien a fait ses preuves. Si on ne fait rien, les moins de 40 ans ne vont pas vivre une belle retraite, il faut réformer la RRQ et vite.

  6. Simple journalier à la recherche d’emploi rénuméré de façon équitable, je vais d’un emploi à l’autre sans pouvoir me fixer. Pourquoi? J’ai le début de la cinquantaie et quand j’offre mes services c’est comme si on me dirait que je suis déjà dépassé. Comment peut-on économiser de l’argent quand on vous offre que tes temps temporaire, sur appel, contratuel ect.?
    Comment peut-on économiser quand on vous étouffe sous des taxes, des impôts, des salaires de famine. C’est pas la volonté qui manque à vouloir économiser. Mais même la recherche d’emploi est une bataille qui décourage. Les plus chanceux d’entre nous qui ont un peu de sous de côté n’ont même pas le goût d’épargné les taux d’intérêt bancaire étant trop bas. Qu’est ce que cela leur donnerait ? Ils deviennent la proie facile de fraudeurs du type Vincent Lacroix, Earl Johns, ou Bernie Madoff.

  7. M. Castonguay a présenté deux arguments pour défendre sa proposition de REER obligatoire:
    1) Ce serait bon pour ceux qui n’économisent pas suffisamment, car cela leur permettrait d’éviter une chute importante de leur niveau de vie à la retraite.
    2) Ce serait bon pour ceux qui économisent déjà suffisamment, car cela leur éviterait d’avoir à payer pour les moins prévoyants. (Étant donné que, contrairement à ce qu’a fait la fourmi par rapport à la cigale, les prévoyants seraient majoritairement incapables de laisser les imprévoyants mourir de faim…ou de vivre dans une grandre pauvreté).

    En mettant l’emphase sur le premier argument, M. Castonguay s’est fait critiquer, avec raison. On ne doit pas présumer que l’État sait mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux.
    Le deuxième argument est beaucoup plus soutenable, même s’il s’agit d’une prise de position en faveur des prévoyants, plus ou moins en défaveur des imprévoyants.

    Notez qu’on peut tirer des conclusions similaires relativement aux bienfaits de l’assurance maladie obligatoire… mise sur pied par ce même M. Castonguay…

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