Loi anti-briseurs de grève: c’est quoi le problème?

Je m’étais dit que je ferais ça un jour: me taper une journée de commission parlementaire. De la première minute à la dernière… à tweeter ce qui m’apparaissait intéressant. La journée s’est terminée vers les 18h22. Je le sais: ça prend fou.

Mais il semble que je n’étais pas la seule intéressée au sujet. Le président de la Commission débutait la journée en demandant à certaines personnes de se rediriger vers une autre salle où seraient installés des « feeds ». Pour des raisons de sécurité, il fallait diminuer le nombre de personnes dans la salle, disait-il, comme quoi le syndicalisme est bel et bien une des pierres angulaires du modèle québécois!

Bien sûr, les journalistes avaient salivé à l’idée que le député préféré des Québécois, le très distingué Amir Khadir, puisse s’en prendre au grand patron de « l’Empire » (!!!) Quebecor, mais cela ne s’est pas produit. Le député de Québec solidaire s’est vu refuser le droit de parole par les autres partis politiques.

Je pourrais tenter de vous résumer ce qui s’est dit par ceux que les parlementaires ont jugé bon d’inviter. Je pourrais également vous faire croire que ce dont il était question se résumait à « moderniser » les dispositions anti-briseurs de grève.

Ce que j’y ai vu est tout autre chose: des parlementaires péquistes (et certains libéraux) qui répondaient à une pression de leurs alliés traditionnels, les organisations syndicales, afin de resserrer davantage les mesures anti-briseurs de grève. À terme, selon le projet de loi péquiste #399, on ne devrait pas permettre à un employeur de poursuivre ses activités en cas de conflit, grève ou lock-out. Point! Paragraphe!

Ce que j’y ai vu? Un défilé des interlocuteurs privilégiés du gouvernement: organisations syndicales d’un côté, organisations patronales de l’autre. Goliath contre Goliath, comme me le suggérait l’animateur du 103,5 FM lors de ma chronique de ce matin.

Les parlementaires avaient beau vouloir faire croire qu’ils ne s’immiscaient pas dans un conflit privé, la liste des invités prouvaient le contraire. Le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal, la Fédération nationale des communications, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec coloraient et influençaient hors de tout doute les échanges.

On a même pris soin de faire partager les craintes du président du syndicat des travailleurs du Journal de Québec (!) à l’effet qu’il se préparait peut-être un autre lock-out dans leur entreprise, ce que le président de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau a complètement trouvé insensé.

D’un côté donc, du côté syndical, on prétendait vouloir « retrouver l’esprit de 1977 », restituer l’équilibre dans les relations de travail qui selon eux avantageait les employeurs, avoir à coeur le droit du public à l’information et se préoccuper de la concentration de la presse.

De l’autre, on soulignait que 98% des renouvellements de conventions collectives se faisait sans conflit de travail (Qu’est-ce qu’on fait ici? se demandait le président du CPQ), que le déséquilibre des rapports de force était plutôt à l’avantage des syndicats et que les entreprises faisaient face à un ensemble de contraintes (mondialisation, concurrence, nouvelles technologies) les obligeant parfois à renouveler leur modèle d’affaires.

Et puis, bon sens, si le législateur s’aventurait à « patcher » la loi anti-briseurs de grève, mieux valait corriger le Code du travail au grand complet!

Bref, à la fin de journée, une chose m’apparaissait très clairement. D’une part, personne ici ne représentait véritablement la population et deuxio, la discussion était d’une parfaite inutilité.

Sérieusement! En quoi resserrer les mesures anti-briseurs de grève allait faire progresser le Québec? N’y a-t-il pas d’autres questions qui préoccupent davantage les contribuables? Daniel Audet, dans son dernier de 5 textes en suggère plusieurs. En voici quelques-unes de mon cru:

  1. Est-ce que le syndicalisme tel que pratiqué au Québec aide ou nuit à la prospérité globale du Québec? Plusieurs chaires de recherches (Chaire sur la prospérité et la productivité du Québec), thinktanks (Institut Fraser), rapports (celui de Pierre Fortin faisant mention de l’importance de l’organisation du travail comme facteur de productivité) ont statué que ce syndicalisme nuisait, était trop rigide, etc.
  2. Le problème est-il la concentration de la presse ou plutôt un manque de diversité des opinions, particulièrement dans nos réseaux publics (Radio-Canada, Télé-Québec)?
  3. Est-il sain que les journalistes reporters soient syndiqués? Peut-on vraiment croire qu’ils sont objectifs?
  4. Est-il normal que les organisations syndicales utilisent les cotisations pour faire de la propagande idéologique et de l’action politique?
  5. Est-ce normal d’être obligé d’être syndiqué et de payer des cotisations syndicales, quelques fois même lorsque le syndicat ne défend pas nos intérêts?

Si on avait vraiment à coeur la prospérité du Québec et le droit du public à une information objective, la réponse à ces questions serait, à mon avis, beaucoup plus utile que ce dont discutaient nos élus cette semaine.

Malheureusement, s’atteler aux problèmes structurels du Québec n’est pas ce qui préoccupent nos parlementaires! Mieux vaut, pour eux, s’en tenir à répondre aux intérêts de leurs clientèles respectives et à préparer… la prochaine élection.

À lire:
Daniel Audet, Ces syndicats qui nous gouvernent 1, 2, 3, 4 et 5
IEDM, Le modèle de syndicalisation québécois: une anomalie à corriger
Article de La Presse, La loi anti-briseurs de grève est-elle désuète?
Code du travail: réformer la notion de travailleur de remplacement, de Québec-Droite
Pour ces chroniques visiblement pro-syndicales: Michel David, Sophie Cousineau

9 réflexions sur “Loi anti-briseurs de grève: c’est quoi le problème?

  1. Pingback: Tweets that mention Loi anti-briseurs de grève: c’est quoi le problème? « Le blogue de Joanne Marcotte -- Topsy.com

    • Il est très évident que la majorité des québécois préfèrent jouer aux jeux sur internet que lire vos articles. Comprenons quand même que beaucoup de québécois ne payent pas d’impôt donc tout ça ne les intéressent pas. Que le gouvernement provincial,municipal, donne des augmentations que les québécois travailleurs n’auront pas avant plusieurs années,la majorité des Québécois s’en fout carrément.

  2. Pauvre québec, ton système imunitaire est tellement fort qu’il finira pas te tuer en pensant qu’il survivra à tout. Le système démocratique est le pire… mais on en connait pas de meilleur!

  3. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du jour 02/04/2011

  4. Le problème, le 1/3 des québecois font vivre l’autre 2/3 qui eux n’en ont rien à foutre des idée de la droite. Mais les 3/3 ont le droit de vote. Alors qui pensez-vous que les partis politique chercheront à séduire?

  5. Il faut être syndicaliste pour vouloir faire croire que le droit d’accès à l’information passe nécessairement pas les journaux. Aujourd’hui, ce droit passe par Internet. Ça fait plus de 6 ans que je ne suis plus abonné à un journal et je suis mieux informé que la majorité de gens que je côtoie. Pourquoi? Parce que, quand je cherche de l’information sur internet, j’ai automatiquement accès, et ce gratuitement (je sais, moi non plus je n’aime pas le mot « gratuit »), à différents points de vues, ce qui n’est jamais le cas dans un journal.

  6. Bonjour, juste un petit coucou en passant furtivement et venant de lire votre article (loi anti-briseurs de grèves) n’étant pas Canadien et encore moins Québécois, mais tout simplement Français et ayant de mon coté participé à la vie syndicale ouvrière (aujourd’hui à la retraite depuis 10ans) je suis étonné par une question §5 : « Est-ce normal d’être obligé d’être syndiqué et de payer des cotisations syndicales » donc personnellement je serais tenté de répondre, en droit universel il n’y a aucune obligation d’adhérer à un syndicat ou une association ce qui est le même chose. Très cordialement
    Au fait je me présente tout de même , mon nom est Christian-Bernard Vidal, je suis présent sur Facebook

    • Bonjour! Eh bien, ici, dans le domaine de la construction par exemple, vous ne pouvez travailler si vous n’adhérez pas au syndicat. Dans la fonction publique également.

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