Réaction de l’APGQ au rapport du BAPE: « Y’a personne qui veut acheter au Québec! »

En juillet dernier, l’ex-président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), André Caillé, était optimiste. « Nous pourrions produire (du gaz de shale) d’ici 2015 », confiait-il au Journal de Québec. « Mais encore faut-il avoir un environnement stable et prévisible, ajoutait-il. On n’a pas raison de s’inquiéter du financement. L’incertitude est plutôt au niveau de l’encadrement. »

Trois mois plus tard au 2e congrès annuel de l’APGQ (1), soit en octobre 2010, alors que son porte-parole se relevait d’une tournée d’audiences pour le moins houleuses avec la population, l’industrie prévient maintenant que les investissements privés nécessaires à l’exploitation n’étaient pas encore acquis. « Ces investissements n’auront pas lieu avant qu’il y ait une acceptabilité sociale au Québec », déclarait Michael Binnion, le président de Questerre.

Enfin, aux lendemains du rapport du BAPE commandé par un ministre de l’Environnement fraîchement en poste, voilà que le nouveau président de l’APGQ, Lucien Bouchard, révèle une vérité qui pourrait probablement s’appliquer à plusieurs autres secteurs de l’économie québécoise: « Y’a personne qui veut acheter au Québec présentement! »

On ne connaîtra probablement jamais comment « l’industrie » a véritablement accueilli les recommandations du BAPE et ce n’est certainement pas l’attitude politiquement correcte et ultra-diplomate de l’ex-premier ministre Bouchard qui nous offrira des indices.

Mais entre vous et moi, après tout ça, quel investisseur « étranger » le moindrement lucide pourrait vouloir venir risquer son capital au Québec, un environnement aussi réfractaire au développement économique que le nôtre?

Après tout, l’industrie n’a-t-elle pas été flouée, comme nous tous d’ailleurs, par un gouvernement apparemment favorable à l’introduction d’une nouvelle industrie au Québec, mais qui n’a pas été assez futé pour remplir le rôle qui était le sien? En effet, l’étude du BAPE ne vient-elle pas confirmer l’échec lamentable d’un gouvernement et de sa fonction publique dont le rôle était d’assurer une veille technologique des méthodes d’exploitation du gaz de shale, une nouvelle législation, un encadrement plus serré et une modernisation d’un système désuet d’octrois de permis et de redevances?

Cet « environnement stable et prévisible » que se doit de créer un gouvernement dont la priorité est le développement économique, qu’en est-il?

Et puis, quel investisseur pourrait avoir le goût de risquer de ses avoirs dans une culture aussi méfiante de l’entreprise privée? N’est-il pas devenu clair que les lobbies que l’on voit défiler sur les ondes de la télévision publique n’ont qu’un seul objectif: nationaliser la ressource et « chasser » les « étrangers »?

À preuve, la porte-parole du Parti québécois qui, sur les ondes de RDI, mettait en garde la population: « Il faut être très prudent concernant la continuité de la fracturation hydraulique », raconte-elle. S’opposant même à des fracturations additionnelles, « on a peur que l’industrie découvre un potentiel qui lui permettrait de négocier des compensations encore plus généreuses », complète-t-elle… probablement lorsque viendra le temps de la nationalisation de la ressource. Le porte-parole de Maîtres chez-nous serait bien d’accord: « On devrait contrôler de façon majoritaire l’industrie », disait-il. Eh bien, c’est fait.

Dans un contexte où le prochain gouvernement risque d’être péquiste, souverainiste, et qui a un sérieux penchant pour la nationalisation des ressources énergétiques québécoises, croit-on sérieusement que l’on pourra attirer des investissements privés? Sérieusement?

Quand 51% des taxes sur la masse salariale et 33% des impôts sur le capital prélevés par l’ensemble des provinces canadiennes, sont prélevés au Québec? Sérieusement? Et on n’a pas parlé des relations de travail et des syndicats encore! Misère… (Lire Faire des affaires au Québec – Pierre Duhamel)

Alors je comprends les Junex, Talisman et Questerre d’être prudents, d’autant que le prix du gaz ne les incite pas à accélérer la cadence non plus.

Et je comprends leur porte-parole. « Les gens ne resteront pas là indéfiniment s’ils n’ont pas un minimum de certitudes qu’ils vont pouvoir produire », disait-il en conférence de presse. « Moi, je souhaite que cela soit rentable, mais si ce ne l’était pas… » Et puis, « Entre le potentiel et sa réalisation, y’a un monde, surtout quand il s’agit de le faire avec rentabilité », ajoutait-il.

Hmmm. En vérité, je parierais que les discussions auxquelles nous ne participerons pas sont de tout autre nature. Et que le mandat qu’a confié l’AGPQ à l’ex-premier ministre Bouchard a évolué depuis quelques jours.

Et ce mandat, si c’était moi, serait le suivant: « Officiellement, on va jouer la game, mais en réalité, tente de récupérer la mise et sors-nous d’ici opc avec le moins de dommages possible. »

__________

(1) Lors de cet événement, l’on raconte « qu’un scénario « conservateur » de l’APGQ prévoyait la construction de 150 nouveaux puits par année à partir de 2012 se traduirait par 5500 nouveaux emplois et des redevances gouvernementales de 43 millions $ dès 2015. Le ministère des Finances du Québec, de son côté, entrevoit des redevances de 87,4 millions $ et 6000 emplois en 2015, si 200 puits par année étaient forés. » (Source: Agence QMI)

Lisez également La facture de 15 milliards $ de Pierre Duhamel

15 réflexions sur “Réaction de l’APGQ au rapport du BAPE: « Y’a personne qui veut acheter au Québec! »

  1. Pourtant le BAPE n’a pas mis fin à l’aventure du gaz de shale. Il l’a seulement retardé de deux ans, le temps que l’on définisse un encadrement normal pour ce type d’exploitation. Je vous trouve bien pessimiste.

  2. Je suis dégoûtée autant que vous mais je ne serais peut-être pas prête à tout mettre cet échec sur le dos du gouvernement. Certes il a des torts (son premier tort est d’être au pouvoir mais, que voulez-vous, on est pogné avec!). L’autre tort serait peut-être d’être lâche et de se laisser influencer par les groupes de pression. Mais là, on ne peut en faire le reproche qu’aux libéraux. Qu’est ce que se serait avec le PQ!!

    Je mettrais d’abord et avant tout la faute sur nous, la société. Notre hypocrisie (en effet très bon article de M. Duhamel: la facture de 15 milliards).

    On est dans une société complètement sclérosée. Près de chez moi, ça fait des années que le stade Uniprix veut agrandir pour la coupe Roger de Tennis qui se tient annuellement à Montréal. Ben ils ne peuvent pas!! Because la coalition des amis du parc Jarry. Eille, ça ne se fait pas augmenter d’un étage un bâtiment. Leur argument: ça dépasse quelques gros arbres qui sont dans le parc!!

    à quelques centaines de mètres, un bâtiment va être converti en condos. Encore des batailles, encore des coalitions, des demandes de moratoire (un autre)!! Sans parler des compensations qui se chiffrent en centaines de milliers de dollars que l’entrepreneur devra verser en compensation pour ne pas faire de logements sociaux inclus dans l’immeuble.

    http://www.pressegauche.org/spip.php?article6638

    Ouaip. Quand il n’y a plus moyens de RIEN faire, c’est pour ça qu’il n’y a personne pour acheter.

  3. Même si c’est difficile à prendre aujourd’hui parce que le Qc à tellement besoin de renflouer ses caisses économiquement… lorsqu’il y a moyen de faire de l’argent, il y aura toujours preneurs!. Je ne m’inquiète pas.

    Si il y a une manière plus sécure environmentalement de fracturer.. ceux qui veulent s’Iimpliquer la trouveont avant 2 ans. Je l’espère bien.

    Ian dit qu’il est lui même impliqué dans l’industrie du gas de shale, si j’ai bien lu. J’ai demandé a Reynald, mais je n’ai pas eu de réponse. Et vous ou Denis?

  4. Tous ces imbroglios proviennent directement du manque total de leadership du gouvernement actuellement en place (…et pauline n’a pas plus d’ascendant que Jean Charest!) qui se préoccupe beaucoup plus de sa popularité à reconquérir que de l’intérêt des Québécois.

    C’est désespérant!!!

    Y’a quand même un peu d’espoir avec François Legault mais je préfère attendre et voir son programme avant d’étaler mon « euphorie »…

  5. Pourquoi les gouvernements et les administrations locales ont-elles si peur?

    Très bonne question.

    Personnellement, je mets ça sur le compte de la lâcheté, la peur de perdre des votes. M. Charest aurait dû avoir le courage de dire qu’il y avait des risques mais que le gouvernement mettrait tout en oeuvre pour surveiller étroitement l’industrie. Et il aurait dû ne pas se plier au groupe de pression qui ont pris le contrôle de l’information (ou de la désinformation) dans ce dossier.

    C’était stupide de nier les impacts environnementaux. Les gens sentent bien qu’on les prend pour des imbéciles (avec raison). Cependant, ces mêmes gens ont-ils la maturité pour comprendre que dans la vie, il y a des risques, des impacts?

    Mais, par les temps qui courent, ça n’a tellement pas la cote, l’exploitation des ressources. Cette activité est perçue par plusieurs comme des agressions à la déesse Gaïa. Alors, le gouvernement agit mais discrètement, pour ne pas heurter les sensibilités vertes de certains.

    Dans d’autres cas, il attend de voir comment la population va réagir avec certains projets, laissant les compagnies se dépatouiller par elles-mêmes. Ce n’est qu’après, quand ils sentent le vent favorable qu’ils se mettent en avant.

    Le courage politique fait défaut à certains!

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