Les majorettes du Bloc

Ça y est. Le cirque est revenu en ville. Durant les prochaines semaines, on s’excitera des propos des uns et des autres, on tentera de voir qui a « gagné » la journée, qui a eu l’air le plus fou, qui a menti, qui a « marqué des points » et bien sûr, on nous submergera de fréquents et nombreux sondages.

Y’a rien comme un bon sondage pour rendre la chose excitante, non? Après tout, on parle ici d’une course, d’une course électorale. D’un événement précieux dans une démocratie où différents leaders nous font part de leur vision du Canada, de leur philosophie politique, de ce qu’ils proposent pour assurer la sécurité des citoyens et créer un climat propice à l’amélioration de leur qualité de vie.  C’est pas beau, ça?

OK. Je le sais bien. Ce ne sera rien de tout ça. Il y aura d’abord l’éternel débat sur la pertinence du Bloc qui resurgira, comme on l’a vu cette semaine. En effet, il aura suffit d’une entrevue au Devoir avec le  sénateur Jean-Claude Rivest pour que nous nous réinterrogions une Xième fois sur la pertinence (je dirais la non-pertinence) du Bloc au Parlement canadien.

Nostalgique du temps où « les histoires du Québec faisaient l’agenda », le sénateur s’inquiète et se désole. « Ce qui me fatigue beaucoup, dit-il, c’est l’espèce d’inconscience des grands partis fédéraux qui ne s’intéressent plus du tout aux réalités québécoises. »

Boo hoo hoo…

Et si c’était le Québec – et notamment les quelque 38% d’électeurs québécois qui votent Bloc – qui en étaient la cause? Il vient un temps où l’on récolte ce que l’on sème, non? Et puis, si plusieurs Québécois en ont marre de ces foutus débats constitutionnels et de la susceptibilité québécoise en matière d’identité, imaginez comment les autres Canadiens peuvent en avoir ras le pompon.

Imaginez. Quand 45% des résidents de Toronto et 39% des résidents de Vancouver sont nés à l’étranger (Source: ici), peut-on honnêtement demander à ces néo-Canadiens d’être à l’écoute des revendications d’une province qui n’a de cesse de revendiquer, réclamer… et maintenant bouder le Canada? Qui doit comprendre la nouvelle réalité, ici: les Québécois repliés dans leurs derniers retranchements ou les citoyens du ROC (Rest of Canada) affairés à produire richesse et qualité de vie pour leurs descendants?

Je ne serai donc pas de l’avis de Patrick Lagacé qui semble endosser l’idée du sénateur Rivest que « si le Bloc existe, c’est parce que les trois autres partis sont nuls. » Trop facile et typiquement québécois. Non. Si le Bloc existe, c’est que les Québécois eux-mêmes choisissent un rôle de majorette plutôt que de jouer la game. Une majorette, c’est bien joli, ça fait des sparages, ça fait du bruit, ça fait de jolies pirouettes et peut même quelques fois faire fantasmer… mais ça ne joue pas au football. (Lire édito de André Pratte, Ces élections et le Québec)

La bonne nouvelle est toutefois celle de constater qu’il y a de plus en plus de gens qui réalisent l’étrangeté de la position bloquiste. Jean-Luc Mongrain, fait remarquer l’importance du message qu’envoient les Québécois aux autres partis fédéraux lorsqu’ils élisent autant de bloquistes: « Ça donne rien d’aller là! ». Un bloquiste n’a donc pas à s’offusquer que l’objet des élections ne soit pas les intérêts des Québécois, mais bien plus de ceux qui sont à l’écoute (le ROC). Pleurnicher serait faire preuve de la plus grande hypocrisie.

Lysiane Gagnon dans Québec, le grand absent, et Denise Bombardier dans Les indifférents, le reconnaissent tout autant.

Lysiane Gagnon:

« … c’est le Québec lui-même qui s’est expulsé du décor. Il ne sort de son camp retranché que pour réclamer de l’argent, encore de l’argent, toujours de l’argent, sans par ailleurs daigner participer à la vie politique du pays. Comme un ado boudeur qui n’ouvre la porte de sa chambre que pour demander ce qu’il y a pour souper. »

Denise Bombardier:

« La donne politique actuelle, où nous nous croyons astucieux de voter pour le Bloc québécois élections après élections sans souhaiter de référendum sur l’indépendance au Québec, rend impuissants tous ceux qui doivent parler et agir au nom du Québec. En ce sens, nous nous sommes condamnés à être perçus comme une province comme les autres et peut-être moins que d’autres (l’Alberta, par exemple) aux yeux des Canadiens. Les deux solitudes d’hier se sont transformées ainsi en deux indifférences sans qu’une larme soit versée de part et d’autre. »

Et puis, il y a bien aussi Richard Martineau dans Dégonflé à bloc qui implore les Québécois de « tirer la plogue et de sauter sur la patinoire au lieu de rester dans les estrades » et le texte de Jérôme Lussier.

Bref, les électeurs qui voteront Bloc québécois ont bien le droit de le faire. Mais de grâce, ne pleurnichez pas si on vous ignore. Vous l’aurez bien cherché.

29 réflexions sur “Les majorettes du Bloc

  1. Je suis un néo-Canadien (venant de Belgique) et je vis au Québec depuis 10 ans. J’avoue que je n’ai jamais très bien compris pourquoi autant de Québécois votent pour le Bloc. En remontant dans le passé, je peux à la limite comprendre pourquoi des gens auraient voulu voter pour un parti comme le BQ. Mais , présentement, je n’en vois pas la pertinence politique. J’ai plutôt l’impression que voter pour le Bloc contribue à « bloquer » l’évolution du Québec au sein du Canada. Alors, pouvez-vous m’expliquer pourquoi autant de Québécois et Québécoises votent pour le Bloc depuis de si nombreuses années ?

    • Difficilement autrement que par une attitude dénoncée dans les différents articles dont je fais mention dans mon texte. En simplifiant à l’extrême, l’échec de l’Accord du Lac Meech a fait énormément de tort. Si cela vous intéresse vraiment, lire sur le sujet. Pour ma part, tout ça, c’est du passé. Le Canada a évolué et le Québec doit se prendre en main. Voilà.

    • Pourquoi tant de Flamands ont voté pour le Vlaams Blok, plutôt d’opter pour VU, ou NVA après?
      Même si c’est le CVP qui a fait le plus pour la cause flamande?
      Parce qu’ils s’en fou de la politique, ils veulent juste ‘protester contre’.
      La plupart des gens ne sont pas interessé en politique. Si leur decision bloquent la politique (quel jeu de mots), tant mieux pour eux.
      Jusqu’ici la partie belge de la discussion 🙂

  2. Parfois je me demande, si ce qui pousse certaines personnes à voter pour le Bloc, n’est pas un foutu « complexe d’infériorité » ou de « colonisé » qui leur fait croire qu’ils sont mieux représentés par des gens qui agissent comme un « syndicat », alors que c’est le « boss » qui leur a permi d’avoir un emploi!!!

  3. Si un vote pour le bloc c’est de choisir  »un rôle de majorette plutôt que de jouer la game » , alors en reviendrait-il a dire qu’un vote pour un candidat indépendant (tel qu’André Arthur) serait aussi jouer un rôle de majorette puisqu’on vote pour un candidat qui n’est pas lié a aucun des partis qui pourrait potentiellement atteindre le pouvoir?

    • Non pas réellement. Peut-être qu’en situation ou le parti au pouvoir est majoritaire effectivement le bloc n’a aucun pouvoir. Pas juste les bloc, tout parti d’opposition. De plus , si on suit cette logique, aussi bien ne pas voter pour andré arthur puisqu’un vote conservateur ferait pareille, et peut-être meme meux puisqu’il ferait parti du parti au pouvoir.

      Mais pour en revenir au bloc : voté pour le bloc, effectivement, c’est voté pour un parti qui se retrouve dans l’opposition. Mais je crois qu’il serait faux de penser qu’un parti d’opposition n’a pas d’utilité. Il sert principalement de garde fou au parti au pouvoir. Par ailleurs, je crois que dans un contexte de gouvernement minoritaire, tout opposition bien structuré a un pouvoir réelle.

      Mais bon, je crois que c’est un débat plutot complexe ou la réponse absolu est assez dure à prouver.

  4. Faut aussi comprendre, que l’on aime entendre ceci ou non, mais les médias pardonnent beaucoup au BLOC. Faites simplement regarder les différents médias. Éplucher les articles des « travers » ou faux pas des partis dit fédéralistes comparativement à ceux qui sont « contre » ou dénote les faux pas des bloquistes.

    Combien d’article avons nous lu des commentaires de pseudo journalistes (Pierre Foglia je crois) qui disent que nous devrions nous faire enlever nos enfants si nous votons pour le PCC ou le député péquiste qui dit que ceux qui votent pour le PCC devraient être médicamentés!!! Que l’ADQ c’est des petits rats, etc, etc. Pourtant personne ne s’offusque de quoi que ce soit.

    Mais si un éditorialiste, chroniqueur, journaliste ou politiciens ose critiquer ou même relever des fait véridique contre le modèle Québécois, le Bloc ou le PQ, à bien là, ils sont prêt à s’arracher la chemise de sur le dos et crier au Québec bashing.

    Alors faut-il se surprendre quand la nouvelle est modelé pour avantager un adversaire et perd toute objectivité, le bon tit peuple (Comme Pauline l’a si bien dit) suit sans dire un mot. Les Québécois sont des petits suiveux, des moutons.

    Le Bloc/PQ crient sur tout les toits qu’il faut créer de la chicane, de la confrontation et de l’éloignement et que le tout sera de la faute d’Ottawa.

    Trois questions me viennent à l’esprit quand je vois ceci;

    1- Où est la logique dans leur énoncé, depuis quand que la provocation est un bon modèle d’affaire?

    2- Comment peuvent-ils prétendre être de bonne foi pour les intérêts des Québécois?

    3- Si les gens trouve cet énoncé « normal », alors pourquoi chiale-t-il lorsqu’Ottawa les ignores?

    Sur ce, bonne soirée à tous.

  5. Très bon texte, Joanne. Les médias écrits n’ont vraiment pas de pif. Sinon, ça ferait longtemps que tu aurais ta chronique dans Le Soleil ou dans Le Journal de Québec. Réveillez-vous les boys!!!

  6. Madame Marcotte,

    Vous dites que le Québec doit se prendre en main. Voilà une bonne idée. Le Québec n’a plus rien à attendre du Canada. Tous les gouvernements fédéraux lui a nuit depuis des lunes.

    C’est un québécois qui a raptarié la constitution sans notre accord. Le scandale des commandites a été orchestré par plusieurs québécois. De plus, les élus québécois actuels du PCC sont-ils vraiment là pour nous faire avancer? Poser la question, c’est y répondre.

    Il est effectivement temps, Madame Marcotte, que le Québec se prenne en main!

    p.s Ne me dites pas que j’ai mal compris votre commentaire. Je tente simplement d’en faire ressortir les nombreux paradoxes.

  7. « 45% des résidents de Toronto et 39% des résidents de Vancouver sont nés à l’étranger »
    Et plus souvent qu’autrement votent à gauche. Le pays reçoit-il trop d’immigrants? Je dis oui. Voilà une question bien plus importante pour l’avenir du Canada que le radotage sur la présence du BQ à Ottawa.

  8. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du jour 03/28/2011

  9. Ce texte est simplement un mépris de la démocratie.

    Un gouvernement élu se doit de gouverner également pour toutes les provinces, peu importe leur allégeance. Les ristournes particulières pour ceux qui ont voté « du bon bord », c’est faire un saut en arrière jusque dans la grande noirceur de Duplessis. Assumer que les politiciens nous ignorerons de par notre allégeance, c’est entériner ce mépris de la démocratie. C’est accepter qu’un gouvernement ne gouverne pas un pays, mais bien seulement ceux qui ont voté pour lui.

    Ceux faisant preuve de grande hypocrisie ne sont pas les québécois votant Bloc – et demandant la même attention que les Albertains-, mais bien ceux qui osent prétendre que la démocratie est précieuse mais qui refusent son application éthique et intègre.

  10. C’est pourtant facile à comprendre… Le pourcentage obtenu par le Bloc est identique à celui des québécois favorables à l’indépendance du Québec. Les libéraux sont encore au purgatoire, suite au scandale des commandites. Le NPD et le Parti Vert n’ont pas d’organisations sur le terrain et la très grande majorité des québécois ne s’identifient pas aux politiques de droite des conservateurs…

    Et vous, vous appuyez Stephen Harper ?

  11. Bien dit Mde Marcotte, le Bloc ne sers qu’a une chose à Ottawa, faire reculer le Québec et chialer sur tout il porte bien leur nom. Ceux qui votent Bloc ne comprennent rien à la politique et c’est malheureux pour nous qui souhaite une province des années 2011 et non des années 1949.
    En tout cas Duceppe pour un ancien Maxiste Léniniste il s’en est très bien tirer avec 20 ans a nous représenter tout croche à Ottawa.
    Merçi Mde Marcotte pour vos propos toujours pertinents.

  12. Et le même argument pourrait être appliqué à l’ADQ. Pourquoi une circonscription voterait-elle pour un parti marginal alors qu’elle pourrait appuyer un parti qui peut prendre le pouvoir (PLQ – PQ) ?

    Nous sommes prisonniers du systèeme parlementaire britannique qui favorise le bipartisme. L’ADQ et le RLQ devrait donc s’engager à exiger la réforme du mode de scutin vers une proportionnelle.

    N’avez-vous pas remarqué qu’un gouvernement minoritaire est ce qui se rapproche le plus d’une démocratie ?

    • Lutopium:

      L’ADQ a au moins une chance d’éventuellement prendre le pouvoir (il a déjà passé près…); le Bloc n’en a AUCUNE!! Nil. Nada. Zéro. Même en 100 ans…d’où l’interrogation très légitime de plusieurs Québécois et Canadiens sur la logique qui anime les électeurs du Bloc…

      Si ces électeurs bloquistes sont philosophiquement à gauche, ce qui nous est permis de presque reconnaître compte tenu du passé communiste et syndicaliste de la nomenklentura bloquiste, ils seraient au moins beaucoup plus avisés de voter NPD qui, LUI, a une xhance d’éventuellement prendre le pouvoir.

      Pourquoi voter pour de (mignonnes?) majorettes lorsque l’on peut voter pour un club solide et qui joue, LUI!!!

    • Je suis pour le système Brittanique. La representation proportionnel donnent trop de petits partis. Ça veut dire qu’il y toujours des coalitions, et que les mesures dur mes necessaire ne vont jamais se prendre, parce qu’il y a toujours un parti contre.
      L’ADQ a déjà gagné plus de sièges que le PQ. Alors, surement qu’ils peuvent le repeter?

    • L’ADQ est un parti qui peut réellement aspirer à prendre le pouvoir (et c’est presque arrivé en 2007 rappelez-vous). Le Bloc, en présentant des candidats dans seulement une province, ne le peut pas. Les autre citoyens Canadiens sont vraiment à bout de devoir supporter, au nom de la démocracie, un parti régional qui ne travaille pas pour l’ENSEMBLE des citoyens de ce pays. Ce parti serait déjà un peu plus légitime si il avait une envergure nationale. Ça c’est déjà jasé de faire du bloc un parti national, prônant la décentralisation et l’autonomie des provinces, ce qui pourrait trouver des appuis ailleurs au Canada.

  13. Le Bloc sert à mieux ancrer le Québec au Canada en illustrant comment le Canada est capable d’accepter et même d’incorporer les points de vue très différent qui composent le Canada moderne.

    Le gouvernement fédéral ne contrôle pas beaucoup de leviers qui comptent pour les citoyens, ce sont les provinces qui s’occupent des choses importantes: santé, éducation, main d’oeuvre, développement du territoire, transports etc.

    Le Bloc enfin ne fait que veiller à ce que le fédéral ne s’accapare pas d’autres pouvoirs.

    Les conservateurs auront leur majorité, les libéraux vont s’effondrer en Ontario et le Bloc sera l’opposition officielle de Sa Majesté !

  14. Madame Marcotte: « L’échec du Lac Meech… » Hum…

    Ça fait près de 30 ans maintenant et je suis assuré qu’aucun bloqueux ne se rappelle des articles de cette entente d’autant plus que les séparatistes de l’époque, Jacques Parizeau en tête, étaient nettement CONTRE cette entente.

    Alors, lorsqu’ils viennent nous remettre Meech sous le nez, ils peuvent aller se rhabiller.

    Peut-être serait-il bon de rappeller au kamarade Duceppe les sages paroles du fondateur du Bloc, Lucien Bouchard lors de la fondation de ce parti il y a plus de 25 ans: « Nous mesurerons notre succès à la BRIÈVETÉ de notre mandat! »

    • Bravo pour l’analyse. Maintenant, chers fédéralistes, faites nous signer cette Constitution dans laquelle vous vous sentez si bien. Le débat que vous méprisez tant en sera terminé.

  15. Super texte, Mme Marcotte,

    j’adore vote analogie avec les majorettes.

    Incroyable de voir la comparaison du bloc avec des partis marginaux.

    La raison d’être du bloc N’EST PAS de prendre le pouvoir!! Ce parti n’a pas de candidats dans les circonscriptions à l’extérieur du Québec!

    Rien à voir avec l’ADQ ou Québec solidaire qui eux, aspirent, en principe, au pouvoir et à gouverner la province. Même si pour l’instant, ils ont tout une côte à monter.

    Mais peut-être qu’après tout je me trompe sur les intentions RÉELLES de Québec Solidaire. Peut-être que ce parti se voit davantage tenant le rôle de gérant d’estrade, tout comme le bloc.

    Au fond, il n’aurait peut-être aucune intention d’avoir la responsabilité de gouverner.

    • Merci isabelle. Je pense que le rêve de QS c’est d’avoir une représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale.
      Si c’est le cas, ils auraient tout un pouvoir.

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