Démissions au PQ: le rejet du clientélisme?

« Je n’ai aucun commentaire à faire sur mon entourage. C’est moi la chef », répondait Pauline Marois aux journalistes qui voulaient la faire réagir aux critiques portant sur son entourage. Aujourd’hui trois de ses députés vedettes annonçaient leur démission du Parti québécois. On dira ce qu’on voudra, c’était là une réponse d’un vrai chef.

Cela dit, il apparaît que Madame Marois ait sous-estimé la résolution de ces trois boomers indépendantistes à faire connaître leurs voix, qu’il s’agisse de celle concernant la mission première du Parti québécois (la souveraineté), la façon de « faire de la politique autrement », ou encore leur positionnement portant sur le projet de loi privé 204 du maire Labeaume.

Après avoir retiré au SPQ-Libre son statut particulier, il semble donc que le leadership du Parti québécois n’ait pas craint de se départir des plus grands défenseurs de la souveraineté (Lapointe) et du volet identitaire (Beaudoin, Curzi).

Peut-on y voir que l’on prend plus au sérieux la menace posée par le mouvement de Legault plutôt que celle du camarade Khadir de Québec solidaire? Réalise-t-on, comme le groupe de Legault, que la population ne carbure plus à l’utopie de la souveraineté? Croit-on que la bulle Khadir va éclater, que la population aura finalement peur de son radicalisme et que les souverainistes hésiteront à rejoindre les rangs de Québec solidaire?

Qui sait? Mais à entendre Madame Marois, on pourrait comprendre qu’elle veuille investir davantage du côté des plus jeunes militants de son parti, cette « jeunesse fringante » gourmande de pouvoir et de politique partisane, qui lui fait confiance à 93% et surtout, qui veut diriger et gouverner le Québec!

À cet égard, le tweet de Jonathan Valois, ex-jeune-péquiste, est assez révélateur: « Place aux jeunes », lançait-il à ses abonnés sur Twitter. « Next », comme diraient les anglais.

Le rejet du clientélisme?

Quant aux démissionnaires, je voudrais bien, oui, les croire lorsqu’ils évoquent qu’il s’agit d’une question de principes et qu’ils voudraient en finir avec le clientélisme et la ligne de parti. « Je ne pourrai pas personnellement me regarder sereinement dans le miroir. Mon seuil de tolérance éthique personnel a été atteint », déclarait Pierre Curzi.

Mais vous me pardonnerez mon cynisme. Si Jean-François Lisée, en entrevue à RDI, prétend que les démissionnaires rejettent l’approche clientéliste du duo Marois/Maltais, je crois plutôt que les Beaudoin/Curzi/Lapointe ont tout simplement une autre clientèle à qui ils veulent plaire: les souverainistes purs et durs, les éternels inquiets de la survivance du fait français en terre québécoise, et Montréal.

Dans un cas comme dans l’autre, les clientèles existent bel et bien. Elles sont simplement différentes.

Purs et durs vs. l’accession au pouvoir

Nous assistons aussi à une xième bataille entre deux groupes: celui qui veut faire avancer une cause – celle de la souveraineté – et celui qui vise à gouverner, cette dernière se devant d’être à l’écoute d’autres voix que celle de l’élite souverainiste montréalaise (parlez-en au Bloc québécois!)

De plus en plus, force est de constater qu’il est devenu difficile de faire cohabiter au sein d’un parti politique les promoteurs de grands idéaux (quels qu’ils soient) et les gens qui visent le pouvoir. De toute évidence, ces députés démissionnaires n’avaient plus le profil de l’emploi: celui du parlementaire fidèle à la ligne de parti. Boomers, expérimentés, probablement indépendants de fortune, engagés pour la cause, pourquoi s’y plier, en effet?

La triste réalité, c’est que la liberté dont bénéficient les gens à l’extérieur des partis politiques est trop précieuse pour se convaincre de participer à la joute politique et partisane.

20 réflexions sur “Démissions au PQ: le rejet du clientélisme?

  1. Le PQ est en train d’imploser. Il est en train de mourir à petit feu et de laisser tous ses atouts de côté. Où est le parti que les Québécois ont chéris, le parti jeune, rebelle, fougeux? Le coeur du problème est là. Arrêtez de blâmer le leadership de Pauline, le cancer est généralisé, c’est le parti lui-même qui fait du sur place et qui cesse d’innover. Je me permets de placer un lien vers mon billet personnel à ce sujet, http://www.jeffmorency.wordpress.com

  2. il est grand temps pour pauline de faire un grand ménage au sein de ce parti, et de laissé la chance au jeune de se faire valoir, et de laissé partir enfin ceux qui non pas leur place.

  3. Suis-je d’accord avec tous ce qui entoure le projet du Colisée? Non. Mais à un certain moment donner, il faut savoir faire la part des choses et regarder un dossier objectivement et selon ce que veux une population.

    Premièrement, il prétende que ceci va bâillonner toutes personnes de faire des poursuites et que ceci est anti-démocratique et que cela va contre les principes de nos trois amigos…
    Ce qui est complètement faux et personne ne les reprends..comme si cela était correct de mentir sous toute connaissance de cause et pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une Municipalité/Ville fait ce genre de demande et par le passé, cela ne leur a pas causé de problème… Ni à tous ceux qui vomissent sur le dossier présentement.

    Mais bon c’est du hockey! « Bell » hypocrisie dans ce dossier et de la part de PLUSIEURS personnes!

    Le PQ est roi et maître dans l’art de se tirer dessus, je ne sais pas s’ils vont avoir la même couverture négative et péjorative que l’ADQ a eu avec la saga Taillon?

  4. Oui le PQ est en éternelle remise en question. Ceci ne fait que retarder son accession au pouvoir donc, à la souveraineté.
    Cependant, les Gens qui jouissent de cette liberté loin de la partisanerie politique, devront un jour ou l’autre prendre position. Trop facile de parler des estrades. Un jour faudra patiner sur la glace…

  5. Une soupe est bonne quand tout les ingrédients sont parfaits, mais s’il y a une mouche alors la soupe se retrouve au poubelle. La mouche au PQ c’est Pauline. N’ayant jamais gagné sa propre course au leadership et quitte le parti pour ensuite revenir et etre couronner par acclamation suite au départ de Boisclaire. Qu’on la remplace avant que les efforts de René-Levesques ne le suivent dans sa tombe.

    • Pour être cuisinier moi-même, et avoir fait souvent de la soupe pour mes enfants et mes petits-enfants, je trouve que un bon cuisinier se doit de discerner et d’éviter le gaspillage… À mon avis la mouche peut être enlever, sans nécessairement tout gaspilller… à moins de vouloir noyer le bébé avec l’eau du bain. Ce débat a assez duré et l’assemblée souveraine du dernier congrès nous a fait la preuve qu’il y avait au moins quatre mouches de plus que celle que vous décrivez… Chez les mouches, il faut savoir que certaines sont plus agacantes que d’autres, mais ne piquent jamais… Relisez Le Cocher et la Mouche de LaFontaine. Et surtout, dans une période d’austérité financière, évitons de tirer ou de piquer sur ceux et celles qui nous ont permis et nous permettent de remplir notre bol à satiété jusqu’au temps ou nous n’aurons plus assez de soupe pour y voir tremper la mouche… R.L.

  6. Le paysage souverainiste est en profonde mutation, de plus en plus de voix s’éteignent…

    Après la déconfiture du Bloc Québécois aux élections fédérales, voilà que des ténors du Parti Québécois tirent leurs billes du jeu…

    Ces résidus de la passion des années 70 sont de plus en plus rarissimes; on chantait la souveraineté, sur la Montagne, et nous voilà plutôt sur le bord du précipice…

    Bien du pain sur la planche pour les philosophes, sociologues ou anthropologues… la nation québécoise n’est plus maintenant qu’un ombrage, qu’une pétition de principe, que quelques mots sous forme d’une amendement dans la loi fédérale…

    Quarante ans de souverainisme et nous voilà vaincus par une vague orange ou une chicane de clochers autour de la construction d’un amphithéâtre?

    Que reste-t-il de nos amours?

    Pathétique…

  7. Les 40 dernières années n’ont été que le dernier souffle de ce qui reste de peuple d’origine française en Amérique du Nord. C’est le contexte de prospérité économique d’après guerre et le baby boom qui a suivi qui a permis une telle envolée d’un désir de reconnaissance par une jeunesse nombreuse et forte.

    Certains politiciens en ont profité motivés et entraînés par les idéaux nationalistes alors dominants. Mais les temps changent. Avec les vagues d’immigration qu’à connu le Québec fin 80 et début 90 et qui continue encore, il faut être aveugle et fortement illusionné pour penser que cette ferveur nationaliste pourra persister. Au contraire, elle est vouée à s’éteindre et nous assistons présentement au début du phénomène.

    Pathétique certes pour les gens qui y ont crû mais surtout pour ceux qui devront payer la facture laissée par une génération qui a crée une sociale-démocratie insoutenable au plan économique. Quel beau cadeau elle a dont laissé aux générations qui leur succéderont.
    Irresposables,  »Shame on you ».

  8. Très belle analyse. Il y a un point qui me chicotte: c’est quand je lis des commentaires qui traitent des boomers. En étant un moi-même, je voudrais seulement rappeler que toute organisation a particulièrement besoin des jeunes pour leur énergie et des plus vieux pour leur expérience. Et c’est deux qualités ne s’achètent pas.

    Ceci dit, nous voici dans un nouvel épisode de la dance démissionnaire des missionnaires péquistes. Après les démissions de Marois, Landry et Parizeau, ils sont maintenant trois cette fois à abandonner leur mission, à défroquer. Mais où était Parizeau? Dans le bureau de son épouse Lisette. Ne faisait-il que l’accompagner dans l’épreuve?

    Qu’a-t-il de si important l’amphithéâtre pour le PQ? Il sera à Québec, là où l’ADQ a pris racine. Dans la région où le référendum de 1995 a été perdu, celui de Parizeau justement.

    Une élection gagnante, ça se prépare longtemps à l’avance. Un référendum aussi.

  9. La triste réalité, c’est que la liberté dont bénéficient les gens à l’extérieur des partis politiques est trop précieuse pour se convaincre de participer à la joute politique et partisane.

    C’est inquiétant comme conclusion. Comment vous voyez alors le paysage politique? Même dans le RLQ, il faut des compromis, alors un petit sacrifice de liberté est toujours nécessaire.

    • Bonne question. Peut-être qu’un peu plus de liberté à l’intérieur des partis politiques ne nuirait pas.
      Des votes libres par exemple, sur des enjeux régionaux.
      Mais pour cela, il faudrait une plus grande maturité de la part des médias qui n’y verraient qu’une contestation du leadership du chef en place.

    • En lisant tous les articles dessus, je pense que le vrai enjeu c’est la politique tiède de Marois sur l’indépendance. Soit tu le veux, ou tu ne le veux pas. Il n’y a pas des positions intermédiaires. L’amphithéâtre, c’est juste la goutte pour les 3, excusez-moi, 4 députés qui ont démissionnés.

      On peut bouger un peu sur l’axe gauche-droite, pas sur un oui ou un non.

    • Je crois bien que vous avez raison.
      Ajoutez à cela des boomers frustrés de ne plus être dans le cercle immédiat d’une chef, et vous avez là tous les prétextes nécessaires pour quitter le navire.

  10. Que de rebondissement soudain…

    Voici une copie d’une partie de la lettre que je viens de faire parvenir à Jean-Martin Aussant…

    Au nom de tous les québécois, MERCI !

    C’est avec un enthousiasme débordant que j’ai appris ce midi votre démission du parti québécois et la profonde remise en question que cette décision suscitera auprès de tous les citoyens du Québec.
    Vous êtes à mon humble avis l’un des atouts primordiaux à la définition du nouveau projet de société que nous aurons à définir ensemble pour notre nouvelle nation à définir.
    Assez c’est assez !!!
    La confiance qui m’habite en ce moment se veut particulière considérant le fait que notre volonté commune semble être de reprendre en main notre avenir collectif.

    Il ne me fait aucun doute à l’esprit que si nous perpétuons cette attitude de bonne foi sur notre ouverture d’esprit et notre bonne volonté, nous parviendrons à relever les défis majeurs qui nous guettent, et ce, le temps d’une génération.

    Nous nous devons tous et chacun, de relever nos manches et sur des bases altruistes sans précédent et sur la constance d’un travail quotidien, de se mobiliser afin de contrer le mensonge, les fausses promesses et tout ce non-respect à l’égard de nos générations futures.

    Nous nous devons aussi de contribuer à notre mieux-être collectif en dénonçant toutes formes de corruptions des gens qui abusent de leurs forces ou de leurs pouvoirs. Il est de notre devoir et de notre responsabilité individuel et collective de le faire. Mettons ensemble l’épaule à la roue du bien afin de contrer le mal. À mes yeux, ce que vous venez de faire en est une preuve tangible.

    Nous nous devons dorénavant de mettre nos talents respectifs au service de tous les citoyens et il est grand temps que cesse cette attitude égoïste que de faire passer l’argent devant le talent et le bien commun. Ces gestes doivent cesser dès maintenant.

    M. Valois a entièrement raison, il est grand temps de faire place au jeune et ce sous les judicieux conseils de nos aînés…

    L’avenir de tout peuple appartient à ses jeunes. Ils ont aussi droit à l’erreur. Il s’agit simplement de leurs faire confiance….

  11. Autres temps autres moeurs ..le P.Q .est rendu plus vieux que les partis qu’il avait si bien dénigrés..Leurs remises en question de l’article 1 et, prendre le pouvoir puis faire référendum ou annoncer un référendum au début sonne comme une vieille cassette pour ne pas dire un vinyl avec l’aiguille qui est accrochée. Et, qui reprend tout le temps la même rangaine….

    De plus, pour diriger cela prend un savoir faire des finances et Mme Marois ne connaît que les dépenses superficielles .Dois-je faire un rappel de tout les ministères qu’elle a essayée de gérer??

    Naturellement beaucoup oublis que la règle numéro un (1) d’un gouvernement est de gérer adéquatement l’argent du peuple

    Le peuple québecois attend encore les médecins et infirmières que le P.Q. ont remerciés et, ceci n’est pas un rêve…

    Un petit réveil S.V.P.

  12. Le PQ est un parti socialo-démocrate comme le PLQ, (soi-disant libéral), sauf qu’on doit se taper le nationalisme à la con (sans être oppressé). Pi là, des gros membres n’acceptent pas que leur parti soit d’accord avec des fédéralistes socialistes pour l’histoire du nouveau Colisée multichose amphi. Alors, vu leur plan de moufette, faut revenir à la « nation » anachronique. Bref, interventions, taxes, interventions…

  13. Joanne, j’ai lu ton article: je n’aurais pas dit mieux!
    C’est exactement ça: c’est le même problème que vivait dès son origine le PQ et qui perdure et ce, depuis sa fondation avec Gilles Grégoire et René Lévesque: les purs et durs, donc les radicaux et les étapistes si bien décrits dans le livre Les Héritiers de Papineau de Pierre Vallières. De plus, la dimension empirique que tu décris m’apparaît être là essentiellement la problématique viscérale, jamais guérie, jamais traitée de la méfiance innée de ces deux antagonistes… Malheureusement, la société québécoise dans son ensemble plus attirée par le nihilisme des jeux et du folklore de surface n’a pas jamais voulu prendre en main son histoire, ses racines, son présent et son avenir. J’ai à coeur comme citoyen de désirer un système d’éducation qui favoriserait la formation intégrale dans toutes les vies de l’élève. Cessons d’opposer culture, littérature, philosophie, sciences humaines aux sports, au capitalisme et au financier! La politique par essence, signifie toujours ce qui concerne les citoyens de la Cité. Déjà, nos ancêtres les Grecs avaient résolument et fermement donné des mains à cette anthropologie et pédagogie. À écouter, à lire plusieurs réactions sur les derniers événements de la cité québécoise. Il me reste un goût amer de constater hélas notre faible capacité de réfléchir, de discerner, de cohérence et d’actions porteuses de promesses… L’anarchie entretenue volontairement par ceux qui ont échoués politiquement et créés cet état de fait, n’a rien de bonne augure… Cessons de dire l’éducation c’est l’héritage d’un peuple, prenons plutôt les moyens de faire surgir cet héritage par des citoyens et des citoyennes désireux de s’impliquer comme parents, comme éducateurs, comme stimulateurs, comme témoins et surtout, comme adultes tournés vers un avenir nécessairement différent d’eux-mêmes… Faisons confiance, la relève est là! En ce sens, je vois chez toi cette confirmation d’une relève sérieuse! Bravo, je t’embrasse! R. Lavoie

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