CAQ-ADQ – Partis politiques et mouches à miel

Pour moi, il n’y a rien de plus motivant qu’un article bâclé d’un journaliste biaisé. Aujourd’hui, c’est Robert Dutrizac qui s’est fait complètement remplir et qui n’a probablement même pas tenté de valider les propos absolument mensongers de l’académicien Guy Laforest, ancien président de l’ADQ de 2002 à 2004.

Selon cet « expert » de la question nationale, du fédéralisme canadien et des relations entre le Québec et Ottawa, « les libertariens ont tenté de prendre le contrôle du parti à deux reprises », soit en 2002 avec Léon Courville et Paul Daniel Muller, puis aujourd’hui avec Claude Garcia, Adrien Pouliot et les « X » du Réseau Liberté-Québec.

Premièrement, suggérer l’idée que des libertariens ont tenté dans les dernières années de faire quoique ce soit à l’Action démocratique du Québec est absolument loufoque et trahit une méconnaissance flagrante de la vie interne du parti des dernières années. Je ne sais pas si Robert Dutrizac a lu le livre des Courville/Muller intitulé Place à l’initiative, mais je vous assure qu’il n’y a rien  pour faire peur aux sociaux-démocrates dans cet essai. En fait, qualifier la vision proposée par les auteurs de « libertarienne » traduit bien davantage l’ignorance en matière de philosophie politique, à la fois de l’académicien et du journaliste qui reprend à son compte l’expression dans la conclusion de son article.

Mais depuis quand un journaliste se doit de s’intéresser aux idées, vous me direz? Ne raconte-t-on pas la politique comme on raconte une joute de hockey?

Pour ce qui est de l’influence des Garcia et Pouliot – qui se se joints cette année à la Commission politique de l’ADQ à la demande d’un chef que l’on croyait conservateur… – cela traduit bien la peur du noyau fondateur du parti envers ceux qui ont tenté, à quelques reprises, de réactualiser l’offre politique de l’ADQ en fonction des préoccupations d’une classe moyenne surtaxée et surimposée plutôt que sur leur lubie nationaliste. En effet, rappelons-le, l’ADN de l’ADQ repose sur le Rapport Allaire. Ce n’est qu’en 2006 que le chef Mario Dumont positionnait plus clairement le parti au centre-droit de l’échiquier politique.

Ils ne l’ont jamais accepté.

La vérité lorsqu’il s’agit des influences qui se sont exercées sur le chef adéquiste et qui ont fait évoluer son offre politique, elle est tout autre. Elle est dans le fait que l’influence réformatrice,

  • elle s’exerce non pas par un « courant libertarien doctrinaire », mais par des citoyens dévoués qui y sont dans ses pires moments.
  • elle s’exerce aux lendemains de 2003 et aux lendemains de l’élection de 2008 lorsque l’ADQ est au plus bas des sondages.
  • elle s’exerce par ceux qui restent aux lendemains d’une cuisante défaite alors que les grands penseurs, eux, s’éclipsent.
  • elle s’exerce par des gens de conviction à des moments où l’opportuniste n’y voit aucun gain personnel.
  • elle s’exerce par des bénévoles qui n’espèrent pas davantage que de contribuer à améliorer leur espace de liberté
  • par des bénévoles qui se voient écartés le lendemain d’une victoire inespérée pour se faire remplacer par la troupe des fondateurs, les Stéphane Le Bouyonnec et carriéristes politiques qui girouetteront jusqu’à faire lever le coeur des militants qui avaient osé croire en leur compétence et en leur professionalisme.
  • et oui, cette influence, elle s’exercera par des jeunes, parents et aînés qui sacrifieront soirées et fins de semaine pour garder en vie le parti jusqu’à ce qu’un contexte électoral avantage ceux qui ne rêvent que d’asseoir leur joli derrière sur un banc de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, Guy Laforest s’improvise historien et juge du haut de sa chaire universitaire les influences de ces gens qu’il ose qualifier de « doctrinaires », ce Guy Laforest que je n’ai seulement jamais rencontré durant toutes les années où j’ai milité à l’ADQ (2002-2009). Ce Guy Laforest, et sûrement quelques autres fondateurs sur lesquels se base un journaliste qui peine à faire la différence entre la droite fiscale dont l’ADQ se réclamait et une droite libertarienne qui a compris depuis des lunes que la politique n’est que le produit d’une lutte entre intérêts corporatistes.

Un parti politique au sommet des sondages n’a rien à craindre pour ce qui est de l’influence de gens qui ont véritablement à coeur de réformer le modèle québécois. Opportunistes et carriéristes politiques s’y agglutineront comme des mouches à miel. Ensemble, ils feront appel aux meilleurs spécialistes de communications pour vendre le rêve, l’illusion et des promesses qu’on sait ne pouvoir tenir.

Vous voilà réconfortés, dirigeants de la CAQ-ADQ. Pour un certain temps, vous n’aurez rien à craindre des gens qui ont véritablement à coeur de réformer le Québec. Profitez-en bien.

13 réflexions sur “CAQ-ADQ – Partis politiques et mouches à miel

  1. Lorsque je pense à Allaire, je pense a cette longue liste de pouvoirs qu’il voulait s’approprier avec l’ADQ. On a déjà bousillé les pouvoirs que nous avons…imaginez en demander d’autres. J’avais alors rayé ce parti instantanément qui m’apparaissait 3/4 séparatiste…donnez nous tout les pouvoirs et nous resterons avec le Canada. Non merçi!

    • Madame, il y a des «séparatistes», comme vous écrivez, qui sont de droite, comme vous. Serait-il possible de cesser de les décrire comme ayant la peste SVP. De vouloir le Québec indépendant est une idée noble, légitime et inclusive. Merci.

    • Stéphane…Je regrette… votre projet est loin d’être noble. Çela fait 30 ans que nous perdons du temps qui est si précieux, à discuter ad nauseam la séparation du Québec de l’un des meilleurs pays au monde. Ça va pas! Les deux solitudes sont içi au Québec. Les séparatistes nous gardent dans l’immobilisme, la pauvreté et arrêtent le Québec d’avancer et se défaire de son énorme dette, une des plus élevée au mo
      nde. L’obsession des séparatistes doit disparaître pour que nous rebatissions ce Québec qui croule et si on veut arrêter de reçevoir du BS ($8.6Milliards) des provinces riches du Canada. Les choses importantes glissent pendant que nous nous regardons le nombril.

    • Je vois que nos positions sont irréconciliables. Je suis incapable d’entrevoir comment une nation qui se donne un pays et qui s’occupe de ses affaires signifie immobilisme, pauvreté et recul. J’ai envie de bâtir le Québec comme un pays libre d’entrave fédérale, pour ne pas dire unitaire, avec un vrai échiquier droite, centre, gauche. J’ai tout aussi envie de payer notre dette, d’exploiter et de transformer nos ressources naturelles (et non de vendre notre sous-sol au moins offrant…) et de cesser de recevoir de la péréquation. Deux options se dégagent: signer la Constitution comme elle est (ce que vous devriez promouvoir sans relâche puisque vous ne voulez plus entendre parler d’indépendance et que vous êtes totalement satisfaite du Canada dans sa forme actuelle) ou de faire l’indépendance. Tant que la Constitution du Canada n’arborera pas la signature du Québec, il y aura des énergumènes comme moi qui défendront l’autre option. Sans rancune.

  2. Pingback: CAQ-ADQ – Partis politiques et mouches à miel | restonsadq.ca

  3. Je suis profondément dégoutée par cette fusion CAQ-ADQ qui démontre toute la mollesse de la droite que représentait l’ADQ, et ce, malgré le fait que pour la gauche bipartite de la Révolution tranquille (PQ-PLQ), cette droite était de trop, et il fallait à tout prix, la faire disparaître, avec ce parti qui dérangeait (ADQ)…

    Mais, la vraie droite au Québec va peut-être réellement se réveiller, et trouver un véhicule politique plus approprié pour défendre adéquatement ses convictions…

    Ce n’est qu’une petite droite fiscale qui vient de disparaître avec cette fusion…Ce sera une vraie droite, pas uniquement fiscale, qui renaîtra ailleurs…

    Après tout, les conservateurs ne se sont jamais limités à la droite fiscale, et ils sont aujourd’hui majoritaires à Ottawa et ce sont les trois chefs gauchistes qui ont perdu, grâce justement, à leur « coalition »…

  4. la rigueur journalistique manque cruellement au Québec et avec l’ unilinguisme jalousement préservé par nos bons défenseurs de la langue leurs incompétence est heureusement pour eux facilement dissimulé au bon peuple et ça ils le savent et ça les sert bien .

  5. À courte et moyenne échéance la population du Québec ne votera pas à droite, elle n’est pas prête, ou plutôt ça ne va pas encore assez mal dans les finances publiques.
    En attendant moi je ne vais pas encore attendre 10-15 ans avec des gouvernements Libéralo-Péquistes qui se relaient bientôt depuis un demi-siècle au pouvoir pour passer à l’action si minime soit-elle.
    C’est pourquoi en tant que membre de l’Adq je vais voter pour la fusion et devenir membre de la CAQ et d’y travailler de l’intérieur pour y faire valoir mes valeurs de droite, je pense que c’est une meilleure façon que de rester sur la touche et faire les gérants d’estrade et les j’aurais don du encore longtemps.
    Ce n’est que mon opinion, et sachez que je respecte la vôtre profondement, et ceux que vous appelez des opportunistes de sondages ne le sont pas tous, il y a aussi les réalistes qui ne se font pas d’illusion sur la nature humaine mais qui cherche à influencer et à entreprendre des actions pour le mieux-être de leur prochain.

    Joyeux Noel à tous et Bonne Année 2012

  6. A propos, a propos d’académicien, ll parait que le brillant libraire Gérard Collard, qu’on voit à la librairie Griffe Noire, envisage de se présenter pour devenir académicien !!!. Je pense que cela offrirait un second élan à l’institution, foi de Saint Maurien. Non?

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