Élections 2012: Un Québec immobile; Un gouvernement immobilisé

On connaissait le Québec immobile. Voici maintenant le gouvernement immobilisé. C’est du moins ce que le « collectif » a choisi.

Amusant oui, d’interpréter les résultats comme si ce grand « collectif » constitué de l’ensemble des électeurs, devenait une seule personne. Ce Québécois, dans sa grande sagesse populaire, dit-on, aurait congédié le PLQ et voté pour l’alternance avec le PQ, quoiqu’à reculons puisqu’il ne veut absolument pas d’un autre cycle de discussions sur la souveraineté (28% seulement diraient « Oui » à un référendum).

Tout en mettant sur le « back-burner » la Coalition Avenir Québec avec un respectable 28% des voix, le « collectif » s’est assuré de lier les mains de la nouvelle première Ministre et lui a rendu la vie difficile pour ce qui est de mettre de l’avant son agenda souverainiste aussi bien que son agenda identitaire.

Cela dit, on le sait bien, ce « collectif » imaginaire n’existe pas. Ce qui existe, c’est un Québec profondément divisé en trois: les libéraux dont le parti semble indestructible, les péquistes en voie de perdition et un troisième ensemble hétéroclite de gens qui osent croire au changement que leur propose François Legault.

Cette élection-ci marque un tournant dans la politique québécoise et nos savants analystes-sondeurs devront se raviser. En effet, bien des choses qu’on considérait comme des certitudes sont tombées mardi soir dernier. Désormais, il faudra être prudent avant d’établir un lien entre le vote francophone et le nombre de sièges. De même, le lien entre le taux d’insatisfaction d’un gouvernement et le nombre de sièges mérite d’être revisité.

Et puis, qu’en est-il du taux d’insatisfaction des libéraux? Était-il bien réel? Virtuel? Ruelle?

Victoire du « wedge politics », s’il en est une, cette façon de faire de la politique en définissant des enjeux qui divisent et polarisent l’électorat. À ce titre, le Parti québécois de Pauline Marois (et de Jean-François Lisée) se mérite la palme d’or, particulièrement pour ce qui est de la polarisation linguistique.

L’AVENIR DES PARTIS EN JEU (écoutez ma chronique à MauraisLive ci-contre)

Tous les partis sont donc en sursis et sous la loupe des électeurs. À terme, pourrons-nous vivre avec trois partis qui cohabiteront ou retournerons-nous dans le bipartisme dès la prochaine élection? L’avenir des partis s’écrit à compter d’aujourd’hui mais la fin de l’histoire n’est pas encore connue.

Le PQ tentera-t-il de gouverner comme s’il était majoritaire? Continuera-t-il de tabler sur ses politiques identitaires radicales, dénoncées de plus en plus à la fois à gauche comme à droite?

La CAQ pourra-t-elle se distinguer par rapport au Parti québécois? Après tout, elle a la balance du pouvoir et devra se positionner sur les propositions d’un gouvernement péquiste, qu’elle le veuille ou pas. Comprendra-t-on dans 6, 12, 18 mois qu’après tout, le PQ et la CAQ, c’est du pareil du même? La première entente de cohabitation sera-t-elle d’augmenter les impôts des soi-disant « riches »?. Pénaliseront-ils ceux qui investissent en taxant davantage les revenus tirés de dividendes et gains de capital?

Finalement, le PLQ comprendra-t-il que pour augmenter ses parts du marché politique, il doit aller rechercher les voix stationnées pour l’instant à la CAQ, ce 700 000 personnes qui font ou défont des gouvernements au Québec? Qui avaient voté ADQ en 2007 mais qui s’étaient abstenues en 2008 pour réapparaître mardi soir en appui à la CAQ? Pourra-t-il se doter d’un nouveau leader capable de communiquer les défis qui nous attendent, un pédagogue qui en appellera au sens du devoir et de la responsabilité individuelle? Peut-on même espérer que le Parti libéral du Québec finisse par mériter son nom? Qu’il soit le défenseur de nos libertés individuelles et de la liberté économique plutôt que le gestionnaires d’une sociale-démocratie désuète, coûteuse et par surcroît, injuste?

Qui se méritera ces 700 000 voix la prochaine fois? Ces citoyens à vendre mais pas achetables. Ces gens qui ne sont attachés ni à un chef ni à un parti et donc, redoutables lorsqu’ils décident de s’abstenir de voter ou encore d’appuyer un parti plutôt qu’un autre. Chose certaine, il semble que désormais, on ne pourra plus les ignorer.

C’est à suivre…

17 réflexions sur “Élections 2012: Un Québec immobile; Un gouvernement immobilisé

  1. Madame, 2 choses: 1- si le vote indépendantiste n’avait pas été dilué le PQ serait majoritaire….qui êtes-vous pour critiquer 32% de la population qui a voté pour ce parti..2- je constate que la droite est bonne pour chialer, critiquer écrire de beaux textes mais pour se présenter??? pas assez de courage??? Que çà vous plaise ou non le PQ est au pouvoir même minoritaire et on verra pour l’avenir.

  2. Monsieur Jean-Paul, si le vote fédéraliste n’avait pas été dilué entre deux partis, le PLQ aurait encore été majoritaire et pour vrai! 😉

    • Je suis d’accord avec vous madame Lynda….mais nous vivons dans un système qui fait que le PQ est au pouvoir allons vivons avec…et remarquez que si Québec avait renouvelé sa confiance aux libéraux qui ont été super généreux avec elle, le libéraux seraient au pouvoir et madame Marcotte serait aux anges :o)

  3. J’ai pensé tout au long des élections ce qui est arrivé sauf le succes du parti libéral.Nous verrons comment les québécois vont vivre ce dérangement social qui ne semble pas intéressé par l’économie. Faut croire qu’il n’y a que la langue qui importe. faux problême. J’espère que l’on va la remettre sur la trac.On verra a la prochaine fois. Y a quelqu’un qui a déja dit ça.

  4. Madame Marcotte je disais que le parti libéral avait été généreux avec la ville de Québec pas avec vous….s’il l’a été aussi avec vous, tant mieux pour vous.

  5. Il y a des victoires qui ressemblent à des défaites et des défaites qui ressemblent à des victoires comme celle des libéraux le 4 septembre.
    Quelle opposition elle aura notre première ministre!
    Ouf! Elle aura besoin de chance. Ce sera intéressant.

  6. Le Parti Québécois a été élu et vous écrivez que «les péquistes sont en voie de perdition»… Trouvez l’erreur. Votre mépris, ou plutôt votre haine, du PQ et des indépendantistes vous font perdre tout sens des réalités. Revenez sur terre : les Québécois ont mis le PQ au pouvoir, minoritaire mais au pouvoir. Attendez donc de voir ce qu’il fera, vous en serez surprise.

  7. Ce qui me surprend des résultats de cette élection, c’est que malgré le front commum formé par les syndicats, l’opposition du gouvernement, les artistes, les journalistes, les médias, les étudiants, les carrés rouges et les sondeurs (oui les sondeurs) afin de dénigrer, piétiner, calomniser, accuser, ridiculiser et enterrer Jean Charest et le le parti libéral, ce dernier en est sorti la tête haute. C’est une honte que dans notre démocratie les médias soient utilisés impunément pour manipuler l’opinion publique afin de tenter de défaire un gouvernement. C’est un dangereux précédent.

  8. Gouvernement péquiste immobilisé?

    Rien contre ça, au contraire! Ils feront moins de dommages à notre économie que s’ils étaient majoritaires.

  9. «Le PQ tentera-t-il de gouverner comme s’il était majoritaire? Continuera-t-il de tabler sur ses politiques identitaires radicales, dénoncées de plus en plus à la fois à gauche comme à droite?»

    Avez-vous des preuves tangibles pour justifier cet énoncé qui me paraît plus que douteux? Parce qu’il faut jouer à l’autruche pour voir qu’il y a toujours des tensions linguistiques entre francophones et anglophones depuis la Conquête au 18e siècle.

    Le fait francophone au Québec est toujours menacé.«Une majorité des transferts linguistiques se fait encore au profit de l’anglais. En effet, 54 % des transferts sont effectués vers l’anglais contre 46 % vers le français», indique un document du Ministère de la Culture datant de 2006, selon un article du Devoir: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/122342/le-francais-continue-d-etre-menace-au-quebec. Le PQ est le seul gouvernement qui protège le français au Québec depuis l’adoption de la loi 101 en 1976, ne vous en déplaise.

  10. Pendant 200 ans, de 1759 à 1976, le français s’est maintenu au Québec sans loi 101.
    Je suis certain qu’il pourrait encore le faire encore longtemps.

  11. @ Anders Turgeon:

    Votre discours d’assìégé est digne du XIXe siècle. SVP sortez des Plaines d’Abraham et venez rejoindre le reste du Québec dans le XXIe siècle.

    Les gens sont devenus bilingues histoire de mieux gagner leur vie et ça ne veut pas dire qu’ils ont perdu leur français (ex.: Jacques Parizeau)!

    • Mon propos n’est pas de rester unilingue francophone si c’est ce que vous avez compris, et me semble que c’est tout ce que vous avez saisi de mon message. Ouvrez vos oeillères. Il est indispensable d’être bilingue au sein d’un Québec à majorité francophone entouré d’une mer anglo-saxonne, il est indispensable d’être bilingue. Ce que je veux dire, c’est qu’apprendre l’anglais ne doit pas se faire au détriment du français dans notre société. Il faut être aveugle pour voir que ce n’est pas le cas, surtout dans le milieu économique montréalais. Bref, lâchez-moi avec mon supposé « discours d’assìégé [qui] est digne du XIXe siècle ».

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