Le « public » plus vertueux – Vraiment?

Avec ce qu’on entend jour après jour à la Commission Charbonneau, les hôtels de ville de Laval et de Montréal mériteraient d’être inondés de citoyens indignés.

Ajoutez à cela toute la mal gouvernance des gestionnaires des systèmes publics de santé, d’éducation et des transports et vous avez là au moins autant de raisons de souhaiter que se soulève la population dans un énorme mouvement de « Occupy l’hôtel de ville » ou « Occupy le gouvernement »!

Depuis la dernière crise économique et financière, de nombreux livres ont été écrits pour dénoncer les travers du capitalisme, du secteur financier et de la meute affairiste et corporatiste. Tout n’est pas rose bonbon à Wall Street, avons-nous conclu, quelques fois à tort, d’autres fois à raison.

Mais au Québec, la situation est tout autre même si quelques illuminés ont trouvé le moyen de comparer l’économie américaine à celle du Québec et à justifier leur campement dans les rues de Montréal et de Québec. Actuellement, l’ensemble des administrations publiques compte pour 46 % de toutes les dépenses encourues au Québec. 46! La moitié de ce qui dépense au Québec est sanctionné par un fonctionnaire quelconque et ses supérieurs!

Alors on attend encore de la part des indignés et des anarchistes du printemps qu’ils se manifestent avec au moins autant d’ardeur pour dénoncer les crapules des administrations publiques. Où sont-ils donc? Ne réalisent-ils pas que la paresse et la nonchalance avec laquelle le secteur public dépense sans compter nuisent à une meilleure répartition de la richesse? Aux plus faibles? Aux fameux 99%?

J’emprunte évidemment leur langage pour leur présenter un miroir et pour leur démontrer la faiblesse de leur vision. Cela dit, mes efforts seront vains. Pour les idéologues étatistes, le « public » sera toujours plus vertueux, plus juste et moins coûteux que son concurrent fondamentalement malhonnête assoiffé de profit.

Ce que nous voyons à l’écran à tous les jours est pourtant rien de moins que l’échec de nos administrations publiques. Lysiane Gagnon dans un billet des plus pertinents intitulé La double trahison:

La commission Charbonneau est en train d’apporter un flagrant démenti à ceux qui nous ont répété pendant des années que la corruption, dans la voirie québécoise, tenait au fait que le ministère des Transports s’était privé de son expertise en matière d’ingénierie au profit du secteur privé.

Autrement dit, proclamaient d’une seule voix les commentateurs à la traîne du syndicat des ingénieurs du MTQ, tout le mal venait de ce que les ingénieurs du privé assoiffés de profit avaient succédé aux anges gardiens qu’étaient les ingénieurs du secteur public.

Plus j’y pense, plus tout ceci va bien au-delà du financement des partis politiques. Cela a à voir avec une culture qui fait peu de cas avec le manque d’intégrité, d’honnêteté et de droiture. D’ailleurs, ceux qui travaillent ou ont travaillé dans la fonction publique le savent bien. Le gaspillage, ils le côtoient à tous les jours et dans tous les domaines: dans les infrastructures, bien sûr, mais aussi en culture, en éducation, en santé et en subventions de toutes sortes. Voilà, en effet, ce à quoi mènent la permanence, la sécurité d’emploi, la non mobilité du personnel et des emplois protégés à vie.

Existe-t-il des solutions pour enrayer la corruption? Nathalie Elgrably nous en propose quelques-unes:

Par exemple, il pourrait imposer une certaine rotation des fonctionnaires en position de pouvoir afin qu’ils n’aient pas le temps de tisser des liens avec des entrepreneurs. Il pourrait également exiger qu’aucun fonctionnaire ne puisse prendre de décisions importantes sans l’approbation d’une seconde personne qui lui serait affectée chaque fois de manière aléatoire. Comme la corruption résulte du pouvoir discrétionnaire, ce n’est qu’en restreignant ce dernier qu’on pourra assainir l’environnement d’affaires.

Nathalie est aussi lucide en reconnaissant que la véritable solution qui s’impose ne sera pas appliquée. Parce que dans le fond, comme elle le dit, « pour limiter le potentiel de corruption, il importe de réduire la taille de l’État. Quand les administrations publiques auront moins d’argent à dépenser, les fonctionnaires mafieux perdront leur pouvoir d’extorsion et les rapaces qui gravitent autour d’eux disparaîtront. »

8 réflexions sur “Le « public » plus vertueux – Vraiment?

  1. Citation:  »Nathalie est aussi lucide en reconnaissant que la véritable solution qui s’impose ne sera pas appliquée. »
    Question: Pourquoi toujours laisser des failles dans le système alors qu’il est possible de les colmater?
    Réponse: Pour laisser les pourris en profiter.
    La vraie question est alors: Qui laisse les pourris en profiter pour avoir un retour d’ascenseur?

  2. On n’enrayera jamais la corruption que le public ou le privé en soit responsable. Cette guerre public-privé est contre-productive. Elle ne sert qu’à polariser les positions entre les tenants de la gauche et de la droite. Faire le procès du public ou du privé sur la base de la corruption ou prétendre que la corruption est le problème, c’est poser un mauvais diagnostic. D’après moi, la corruption est une conséquence de la perte graduelle du collectif au profit de l’individuel.

    C’est la montée en force de l’individualisme et de l’égoïsme qui conduit à rejeter en bloc tout effort collectif visant le bien commun. « Moi je peux mieux m’en sortir, pourquoi alors devrais-je faire un effort pour que ceux qui sont moins capables puissent en bénéficier autant que moi? » « Je ne suis pas malade, pourquoi devrais-je payer pour ceux qui le sont? » « J’ai terminé es études, mes enfants sont grands, pourquoi devrais-je payer des taxes scolaires? » « Pourquoi devrais-je payer pour des soins à domicile aux personnes âgées, pour des frais de garderie, pour des congés parentaux, etc? » On le voit, cette mentalité ne fait de place qu’aux bénéfices qui nous profitent et rejette tous les autres programmes gouvernementaux. Rejet d’une société qui s’entraide, se serre les coudes et fait preuve de solidarité en tentant de minimiser les écarts de richesse qui laissent les plus pauvres dans le besoin.

    Bien beau de propager comme vous le faites que la responsabilité individuelle, la liberté individuelle, la déréglementation, l’abandon des services publics et le recours au secteur privé vont régler nos problèmes de santé financière, de reprise économique et de productivité, etc, Je n’y crois pas. Les exemples que nous fournissent nos voisins américains nous prouvent d’ailleurs le contraire. La crise de 2008, n’a pas été causé par les états, elle a été causée par la cupidité des banques d’affaires.

    Les problèmes du capitalisme sont réels, nier que le capitalisme tel qu’il a évolué a besoin d’une réforme en profondeur ne réglera pas les problèmes des sociétés occidentales. Les paradis fiscaux, la focalisation sur le profit à court terme, la tyrannie des états financiers trimestriels toujours en croissance, la prise de contrôle des conseils d’administration des entreprises par les gestionnaires de fonds spéculatifs et de caisse de retraite, la marginalisation des entrepreneurs dans les décisions qui affectent leur entreprise, l’embauche de pdg mercenaires, la rémunération stratosphérique de ces pdg, la rémunération sous forme d’options d’achat, sont les causes profondes de la dérive du capitalisme.

    Les tenants des droits individuels, les promoteurs de la réduction de l’état, les adeptes de liberté, oublient trop facilement que la loi de la jungle n’est pas une solution. Dans une société civilisée, il y a moyen d’être un capitaliste, i.e. quelqu’un qui mise sur la propriété privé et la recherche du profit à l’intérieur de balises qui permettent à tous d’avoir les mêmes chances de succès. Dès lors que ces balises disparaissent, on voit apparaître les prédateurs qui n’ont que faire de l’éthique, de l’honnêteté, de la probité. Qu’ils soient dans le public ou dans le privé, ces rapaces n’ont aucune retenue, le bien commun devient un obstacle à l’enrichissement, obstacle à contourner de toutes les façons inimaginables, même celles illégales.

    Si le ministère des Transports n’a plus la capacité de faire un devis, de surveiller un chantier, de juger de la pertinence des extras, il n’a plus la capacité d’éviter la corruption. Si ceux qui sont chargés de ces tâches, qu’ils proviennent du public comme à Montréal ou du privé comme au ministère du Transport, sont des gens malhonnêtes, la population se fera voler et ce n’est certes pas la grosseurs des organisations publiques qui y changera quelque chose, vous le verrez avec la kyrielle d’accusations qui s’apprête à pleuvoir sur la tête des politiciens et fonctionnaires des petites municipalités.

    Nous ne sommes pas les seuls au Québec à souffrir de cette pathologie, c’est la même chose partout dans toutes les sociétés. Celles qui pavoisent et qui se croient à l’abri, ont simplement les yeux fermés. Même chose dans le privé, sauf que là, ce n’est pas la population qu’on entube, ce sont les actionnaires. Non madame, il faut résister à la tentation de promouvoir les vertus du privé et décrier le secteur public. le problème de corruption à ses causes propres et le public et le privé n’ont ni l’un ni l’autre le monopole de la vertu.

  3. Je suis à 100% d’accord avec vous et avec Madame Gagnon.

    Ça fait 50 ans que les collectivistes nous gavent avec la pseudo supériorité du bien-être de la philosophie socialiste alors qu’ils oublient de nous mentionner que cette philosophie est appliquée par des êtres humains avec toutes leurs « caractéristiques ».

    Selon leur philosophie, les travailleurs sont suffisamment compétents et intelligents pour savoir créer de la richesse mais trop stupides et trop idiots pour savoir « bien » dépenser cette même richesse d’où leur omniprésence tentaculaire et opressive dans tous les aspects de nos vies. Ils nous arrachent un à un nos fragments de liberté en prétendant faire mieux que nous, pauvres humains, dans le domaine des déboursés en dilapidant de façon totalement irresponsable et partisane (les exemples sont légion au Québec!) NOTRE argent.

    Bien sûr qu’ailleurs, la corruption existe mais une chose est claire: plus l’État est lourd dans l’administration et plus la corruption est rampante car il n’existe aucune imputabilité dans le domaine public. Au contraire, dans le privé, la société qui pratiquerait ce genre de chose s’excluerait elle-même du domaine dans lequel elle exerce ses compétences en devenant non-compétitive. De plus, le domaine public est un monopole dont la clientèle est totalement captive. Au privé, on a DES CHOIX. On n’aime pas la façon dont une société gère les choses? On va ailleurs. Pas au public.

    Le respect des droits individuels est le seul rampart contre l’aggravation de la corruption dans le domaine public.

    Starve the beast!!!

  4. Lucide ?

    1. Faire la rotation des fonctionnaires ?
    2. Toujours avoir un 2e fonctionnaire qui va vérifier ce que le premier fait ? On appelle ça de la redondance.
    Ces solutions ne sont pas applicables dans la vraie vie.

    Pour changer la mentalité des fonctionnaire, il faut leur enlever leurs privilèges. En même temps qu’on va réduire la taille de l’état à cause d’une décote de notre cote de crédit prochaine, il faudra supprimer la permanence, commencer à mettre des cadres inutiles à la porte et les rendre imputable. Finalement règler le problème des déficits des caisses de retraites en les remettant au pair avec le privé aidera aussi. Il y a tellement de fonctionnaires qui s’accroche à leur emploi juste pour leur pension.

  5. Tout cela nécessitera que l’on passe d’une culture de la quantité à une culture de la qualité. Tant le privé que le public est capable de produire en masse de la qualité. Comment ? En évaluant la qualité de la valeur ajoutée!

  6. « que se soulève la population dans un énorme mouvement de « Occupy l’hôtel de ville » ou « Occupy le gouvernement »! »

    Impossible. les mouvements d’occupation veulent plus de gouvernement. Si le gouvernement va mal, c’est parce que le méchant privé est trop puissant et qu’il influence trop le gouvernement. Il faut donc plus de gouvernement

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