Le cancer de la corruption mérite plus qu’un « band-aid »

Je suis vraiment embêtée ces temps-ci. En clair, je suis loin d’être convaincue que les solutions que nous proposent les partis politiques vont permettre d’amoindrir le risque de collusion et de corruption des employés du secteur public, du personnel politique et des entrepreneurs véreux.

Ramener à 100$ la contribution annuelle à un parti politique, limiter le nombre de mandats à la mairie: solutions qui se comprennent bien mais qui sont loin de faire l’unanimité si on se fie aux nombreux auteurs de textes d’opinion qui en doutent (j’y reviendrai).

Ce dont je suis certaine, par contre, c’est que les solutions ne doivent pas se limiter à des remèdes superficiels. Elles doivent tenter de corriger les causes fondamentales de tous ces détournements de fonds et instituer un régime qui sache décourager les rapports incestueux entre le politique et les accros à l’État, que ceux-ci appartiennent au monde des affaires, syndical, ou aux ingénieurs sociaux et culturels qui entretiennent une relation de dépendance avec le portefeuille de l’honnête contribuable.

Je suis donc heureuse de lire le Tweet du chef de la CAQ ce matin. La question est à mon avis, la bonne.

Seulement, pour y répondre, il faut être prêt à remettre en question certaines fondations de notre modèle socio-économique.

PLUS DE CONCURRENCE

Parce que plus de concurrence veut aussi dire de remettre en question le monopole qu’exercent les syndicats de la construction sur la main-d’oeuvre. Pourquoi ne pas permettre, en effet, à des travailleurs ontariens ou d’ailleurs d’offrir leur expertise au Québec? Pourquoi ne pas également ouvrir à des fournisseurs hors-Québec? Et comment se fait-il que nous ayons laissé les entrepreneurs et la mafia se « partager le territoire », au grand détriment d’honnêtes entrepreneurs venant de régions plus éloignées?

L’absence de concurrence favorise un très petit nombre d’acteurs. Un très petit nombre d’acteurs et de soumissionnaires s’acoquine plus facilement avec un très petit nombre de fournisseurs d’ouvrage, de là, le potentiel de relations incestueuses désastreuses.

BARRIÈRES À L’ENTRÉE

Il ne fait pas de doute non plus que l’octroi des contrats est faussé par un ensemble de barrières à l’entrée qui avantagent les plus gros joueurs. En informatique par exemple, les normes ISO9000 et les exigences sont parfois disproportionnées avec les exigences réelles du travail. Pour l’avoir vécu, une petite entreprise en informatique a plus de chances d’obtenir un contrat au gouvernement en étant sous-contractée par CGI, DMR ou LGS que d’obtenir un contrat direct avec l’État.

Malheureusement, ce passage obligé gonfle la facture sous la forme d’une quote-part importante versée à la plus grosse entreprise.

NATIONALISME ÉCONOMIQUE

Finalement, la concurrence exige également que l’on interroge le biais favorable pour les entreprises québécoises. Comment viser le meilleur rapport qualité/prix si en partant, le choix est influencé par un désir d’interventionnisme économique accru de la part de nos élus?

Comment croire à la volonté de favoriser et d’encourager une réelle concurrence si, à la moindre occasion, le gouvernement, avec nos taxes et nos impôts (pire, avec la Caisse de dépôt) est tenté de « sauver » une entreprise défaillante qu’on soutiendra à coups de subventions par la suite?

N’y a-t-il pas une leçon à tirer de ce qu’on entend à la Commission Charbonneau ces jours-ci? Ne voit-on pas certains effets pervers de l’irrésistible envie qu’ont nos politiciens et des fonds des travailleurs à se prendre pour des entrepreneurs? La firme de Tony Accurso qui a bénéficié du financement du Fonds de solidarité de la FTQ (avec nos crédits d’impôt) nous a-t-elle coûté suffisamment cher? Instituant une culture de l’extra, le contribuable a non seulement participé à l’essor de l’entreprise, il encourage une compagnie qui le saigne à coup d’extras, de collusion et de corruption.

Au final, on aura financé la croissance de l’entreprise à coup de crédits d’impôts puis on aura payé plus cher pour des infrastructures publiques payées à coups de milliards de $.

Alors oui, demandons-nous comment on peut favoriser la concurrence, mais si on n’est pas prêt à réviser en profondeur les causes du mal, si à la première occasion, on est prêt à piger à deux mains dans la Caisse de dépôt et dans des fonds publics pour faire survivre des entreprises qui ne le méritent pas, oubliez ça!

Les contribuables ne demandent pas aux politiciens d’être des entrepreneurs et aimeraient que les entrepreneurs n’aient pas autant besoin des politiciens pour prospérer. Si les politiciens s’en tiennent à ça, j’ai la conviction que les effets seront plus durables qu’une simple limitation du nombre de mandats que peut occuper le maire d’une ville.

5 réflexions sur “Le cancer de la corruption mérite plus qu’un « band-aid »

  1. Bonjour,
    C’est un excellent papier. Ça pose aussi la question du rôle joué par les politiciens aujourd’hui. Lorsque je suis entrée au gouvernement en 1975, la participation d’un ministre à une activité publique était rare et lorsqu’un ministre acceptait une invitation, c’était un événement. Les invitations étaient, la plupart du temps, refusées. Dans le meilleur des cas, il se faisait remplacer par son sous-ministre.
    Aujourd’hui, c’est l’inverse. Le ministre s’est transformé pratiquemment en relationniste. Il se croit obligé d’être partout et accepte de jouer toutes sortes de rôles: entrepreneurs, invités dans des émissions de télé «légères» pour faire le clown ou faire rire de lui, commentateur de hockey (comme Denis Coderre, par exemple).
    La préoccupation première du politicien est d’être près «du monde» et c’est ce que la population souhaite, avec les résultats qu’on connaît. Au cours de ma carrière, je ne compte plus les occasions (inaugurations, expositions, réceptions) où j’ai vu les gens se ruer sur le ministre pour l’influencer dans sa prise de décision sur différents projets. Aujourd’hui, un politicien qui travaille dans son bureau à développer des idées, une vision et du contenu pour faire avancer la société, c’est l’exception! Est-ce que ça ne devrait pas être l’inverse? Mais on préfère laisser ce travail aux hauts fonctionnaires qui, la plupart du temps, n’ont aucune idée de ce que veut le ministre et qui doivent proposer leur propre vision (pourtant ce sont des non-élus). On peut aussi se demander si les politiciens qu’on choisit ont, dans certains cas, les capacités intellectuelles nécessaires pour occuper la charge qui leur est dévolue.Le rôle de relationniste devient alors le seul qu’ils peuvent tenir, sans trop s’enfarger.
    Mais peut-être aussi que la société québécoise étant maintenant «étatisée» au maximum, il n’y a plus grand-chose à «développer» et que le temps est venu d’élaguer des programmes pour permettre à la population de souffler un peu, côté impôt? Personne n’a envi de faire ça, C’est plutôt le contraire. Lorsque le ministre arrive dans un ministère, la première question que lui et son personnel politique se pose est: qu’est-ce que le ministre pourrait faire pour laisser sa marque? Réponse: faire des relations publiques(être présents) et créer, encore, de nouveaux programmes! Et la population en redemande! Aujourd’hui, la pirre erreur d’un ministre, c’est de pas être assez connu! Déprimant!
    France Gagnon

  2. Montréal est corrompue!
    On le sait tous: ces ripoux sont d’infâmes gauchisssses!
    C’est forcément la faute aux programmes sociaux, aux communisssses, aux syndicats, à Che Guevara, aux carrés rouges, aux «plateauniens-du-nowhere», à la médecine-pas-assez-à-2-vitesses, aux écoles publiques, à Léo-Paul Lauzon!

    Il ne faudrait surtout pas mettre ça au compte de Sainte-Avarice, matrone du capitalisme, hein? Quel blasphème!

    Louangeons la saine concurrence, mère de toutes les solutions, celle qui permet à un entrepreneur de dominer [manger] son voisin par sa $imple détermination et son ingénio$ité, celle qui élimine le concurrent jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une poignée de $urvivants se partageant le sommet de la colline en tout [collusion] respect!

    Non! Ce ne saurait être la faute de Sainte-Avarice!
    Pointons plutôt du doigt cette pulsion toute gauchisssse de quémander des infrastructures à ses gouvernements!

    L’hydre Duhaime-Marcotte-Elgrably nous fera bientôt oublier que ce sont les entrepreneurs qui corrompaient les fonctionnaires. Après tout, ce ne peut être que le la faute du gouvernement! Et ces pauvres entrepreneurs qui n’avaient pas le choix de se conformer pour survivre dans cette infâme machination!

    N.B
    Loin de moi l’idée d’épargner les fonctionnaires publiques et politiciens corrompus. Ils sont la honte de la fonction publique et méritent la prison tout autant que les entrepreneurs et fonctionnaires privés avec qui ils ont fait affaire. Ils ont trahi la confiance du peuple. Mais je sais pertinemment que sur ce blogue on ajustera le discours en fonction de l’idéologie (blâmer l’état) et on oubliera sélectivement la source réelle du problème: l’avarice, une plaie toute humaine que l’on sanctifie toutefois dans le discours capitaliste.

    • La gauche n’a certainement pas la solution. Donner encore plus d’implication du gouvernement dans nos vies ne serait qu’un fiasco.Il faut établir des contrôles .le gouvernement doit s’occuper des jeunes,des gens agés,et collecter les impots des gens qui travaillent.

    • Tony Accurso est coincé. Il a démissionné et ses entreprises sont à vendre. Il a raconté son parcours dans une récente entrevue.. Il a pris la relève de son père, au décès de celui-ci. L’entreprise embauchait 75 employés..

      Il s’est dit reconnaissant envers son ami Louis Laberge et aussi Claude Blanchet.. Ses entreprises ont pris de l’envergure avec l’appui du Fonds de solidarité..elles regroupent 3,500 employés.Un joyau québécois se vante-t-il.. Faudrait pas que les entreprises soient vendues à des étrangers..

      Tony Accurso était associé avec Marcel Melançon, leveur de fonds pour le PQ, dans l’entreprise Marton. Marton a construit le siège social de la FTQ.. Marton s’est aussi vu attribuer par décret du gouvernement péquiste la construction des centres de longue durée. Les coûts ont explosé.

      Accurso fait face à des accusations de corruption en ce moment. La Commission Charbonneau risque d’éclabousser d’autres politiciens et la relation incestueuse avec le monde syndical risque d’éclater au grand jour..

      Le monopole de la vertu dont se revêtent les gauchistes ce n’est que pure hypocrisie.

      La corruption sévit à droite et à gauche. L’occasion fait le larron…

      Je ne trouve rien de rassurant dans la nouvelle qui est sortie aujourd’hui à l’effet que le Fonds de solidarité songe à acheter les entreprises d’Accurso,,,

      Le Nationalisme québécois et ses dérives… l’obsession du repli sur soi nationaliste.. Un jour l’histoire enseignera le recul « qu’une génération de soixante-huitards nostalgiques » aura fait subir au Québec.

      Les générations qui suivent devront s’arranger pour réparer les dégâts du » balayage par en avant » que ces derniers leur auront laissé par pur égoïsme..

  3. Je pensais la même chose pourquoi pas accepter des soumissions de l’Ontario vu que c’est 30-40% moins cher de faire affaire avec eux… En plus il ne devrait pas avoir de compaggnie a numéros,

    Est ce que M. Accurso pourra être intérogé a la Commission…?

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