Plamondon, Depardieu et le John Galt d’Ayn Rand

DictionnaireLiberalisme

« Mais au Carnavalgrad des joli-pensants, l’escroquerie du Bien risque encore longtemps de faire office d’hymne national. »

Voilà comment se termine une récente chronique de l’essayiste français Mathieu Laine, auteur des deux essais La Grande Nurserie et Post-Politique, deux bouquins que j’ai lus et qui m’ont inspirée dans la rédaction de Pour en finir avec le Gouvernemaman.

Dans sa chronique d’aujourd’hui, Mario Dumont répond en quelque sorte au chroniqueur Mathieu Bock-Côté qui de son côté, trouve « moralement injustifiable – et pour tout dire, moralement scandaleux » ce qu’il appelle « le magasinage fiscal des ultrariches à la recherche d’un petit paradis détaxé ».

J’avais moi-même réagi fortement lorsque le Parti québécois nouvellement élu introduisait un nouveau niveau de confiscation fiscal cet automne (voir un YouTube qui a été visionné plus de 23 000 fois et mon blogue intitulé « Maudits soient les « riches » québécois! »

Sophie Durocher réagit également suite à l’exode de Gérard Depardieu. Vous pouvez lire son blogue et écouter l’entrevue ici.

Mais celle qui avait prévu l’exode des créateurs (dans tous les sens du terme) est sans aucun doute Ayn Rand, auteur de Atlas Shrugged ou « La Grève » en français, livre publié en 1957! Que ceux qui regardent de haut l’oeuvre d’Ayn Rand se ravisent : ce que nous observons autour de nous n’est rien de moins que la conséquence d’une culture qui méprise des valeurs telles que l’effort, le travail, l’excellence et le succès.

Je reproduis donc plus bas le texte de Mathieu Laine qui est paru dans la revue Le Figaro et qui ajoute à la réponse de Mario Dumont et qui vous introduit au monde de John Galt.

La « grève » morale de Gérard Depardieu, Mathieu Laine (Source: Le Figaro)

« Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés ». En prononçant ces mots, Gérard Depardieu est devenu notre John Galt gaulois. « Qui est John Galt ? ». C’est précisément la question que posent sans cesse les héros énigmatiques d’un roman magistral, La Grève (Les Belles Lettres, 2011), que Gérard Depardieu et l’ensemble de ceux qui le comprennent et le soutiennent doivent lire au plus vite.

John Galt est un génial inventeur, créateur et philosophe qui, dans ce célèbre roman vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, se rebelle contre l’interventionnisme galopant d’un Etat oppressant et la compression des talents qu’il implique. Il emmène avec lui l’ensemble des innovateurs, des entrepreneurs, des génies de la culture et des arts qui refusent, comme lui, d’entretenir un système et des hommes politiques qui non seulement pompent leur énergie, s’accaparent une grande partie des fruits de leurs efforts, mais les pointent aussi du doigt, les menacent, et finissent, après les avoir spoliés, par les insulter.

Tous ces talents qu’on harcèle, qu’on bride et qu’on invective disparaissent littéralement. Ils font la grève. « Il y a une différence entre notre grève et toutes celles que vous avez menées pendant des siècles. Notre grève ne consiste pas à formuler des revendications, mais à les satisfaire. Nous sommes mauvais, selon vos principes : nous avons choisi de ne pas vous nuire plus longtemps. Nous sommes inutiles, d’après vos théories économiques : nous avons décidé de ne pas vous exploiter davantage ». Et c’est ainsi que, John Galt et ses disciples ayant quitté la scène, le moteur du socialisme s’arrête. La prise de conscience est radicale. Mais il est trop tard. Trop tard pour comprendre qu’en affaiblissant les hommes et les femmes qui réussissent, en tuant les incitations individuelles au dépassement de soi et à l’innovation, c’est toute la société qui s’effondre.

Cette révolte est morale. Elle est fondée et justifiée sur le plan éthique. « Nous sommes en grève contre l’auto-immolation. Nous sommes en grève contre le principe des récompenses imméritées et des obligations sans contrepartie. Nous sommes en grève contre la doctrine qui condamne la poursuite du bonheur personnel. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel toute vie est entachée de culpabilité ».

Ayn Rand, l’auteur d’origine russe de ce best-seller mondial, intitulé Atlas Shrugged en anglais (car Atlas, portant le monde, se révolte en secouant les épaules) a écrit sa prophétie en… 1957. Il aura fallu attendre 2011 pour que la France soit l’un des derniers pays à le traduire. Celle-ci vient cependant à point nommé, dans une France malade de son interventionnisme et de sa pression fiscale, qui n’ont cessé de croitre sous Nicolas Sarkozy comme sous François Hollande.

Sans même compter le délire des 75% et les chiffres effondrant avancés par notre Cyrano national, sentant monter jusqu’à son nez l’insoutenable captation, la véritable tranche marginale de l’impôt sur le revenu atteint désormais 64%, avec une tranche marginale officielle à 45% à laquelle il faut ajouter une surtaxe de 3% pour les revenus supérieurs à 250 000 EUR et des prélèvements sociaux de 15,5%. En Allemagne, on est à 27% ! Lisez Alberto Alesina, ce professeur de Harvard qui vient de démontrer à nouveau combien il est préférable de baisser les dépenses que d’augmenter les impôts pour relancer la croissance et l’emploi. Découvrez, au lieu de les tenir à distance, tous ceux qui, avant lui, ont compris et démontré les méfaits de l’hyper-impôt et l’élan libérateur, notamment sur le point fondamental de la solidarité et de la lutte contre la pauvreté, d’un changement de cap radical. L’innovation politique est là, la France ne l’ayant jamais tentée. Mieux encore : ceux qui ont essayé ont toujours été réélus. Voilà qui devrait convaincre.

Mais le plus pénible, et le plus inquiétant, est sans doute la montée de ce moralisme fiscal nauséabond, cette mise en fiches puantes, nominatives et dégradantes, de ceux qui ne font, pardonnez-leur, qu’exercer leur liberté inaliénable de circuler, après avoir osé penser, créer, inventer, et recruter. Que l’on soit riche ou pauvre, on ne quitte jamais son pays sans tristesse. La sécurité que l’on poursuit, et la liberté que l’on espère, ont cependant parfois plus de prix que ce déchirement intérieur.

Mais au Carnavalgrad des joli-pensants, l’escroquerie du Bien risque encore longtemps de faire office d’hymne national. A ceux-là, et surtout aux artistes en quête de popularité, osons leur dire : plutôt que de juger, d’insulter et d’ironiser, donnez, non des leçons, mais votre argent. Dépassez les 75%, puisque vous y croyez tellement. L’impôt volontaire existe. Il devrait être facilité. Ainsi, toutes les libertés seront respectées.

Mathieu Laine est président d’Altermind, enseigne à Sciences-Po et vient de publier le Dictionnaire du libéralisme (Larousse, 2012)

14 réflexions sur “Plamondon, Depardieu et le John Galt d’Ayn Rand

  1. 😀 J’ai toujours aimé vous lire, mais là ça vient de monter d’un cran!

    Mais pour tout les John Galt « célèbres » qui quittent avec fracas, combien d’autres, plus discrets, le font aussi?

  2. Voila un autre bel exemple de ce que j’ appelle  » le syndrome des faux Robin-des-bois ». Dans la catégorie de discours : » faites payer les riches « , l’argent ne va que très rarement aux pauvres; servant surtout à grossir la machine gouvernementale. Tantôt pour des subventions, tantôt pour permetre à des amis du système de s’ enrichir dans des postes souvent créés spécialement pour eux.
    Ces bien-pensants qui font la promotion du système de santé public et qui sont clients de cliniques privées, qui envoient leurs enfants dans des écoles privées tout en vantant les avantages du public perdent peu à peu de leur crédibilité.
    Et c’ est de cet éveil progressif que les tenants de la gauche aristocratique ont le plus à craindre. Le jour ou la population aura compris qu’ elle n’ a rien à gagner de ces hausses de taxes vertigineuses, peut-être que là, les choses se mettront à changer.

  3. Quel texte puissant.

    Merci Madame Marcotte.

    On peut également se demander combien de parasites viennent ici, vampiriser le système étatiste, alors que plusieurs talents efficaces nous quittent sans jamais revenir.

  4. Pingback: Plamondon, Depardieu et le John Galt d’Ayn Rand « Francaisdefrance's Blog

    • L’appauvrissement du peuple est une excellente strategie. Plus tu as de monde vivant au crochet du gouvernement plus tu as la chance de faire une tite révolution comme par example la séparation du Québec. Présentement 40 % et plus ne payent pas d,impôt.Attendez que le pourcentage passe le 50% vous verrez.

  5. Oui Bock-Côté ne comprend certainement pas le concept de liberté et de coercition – spécialité de l’état – donc pour lui c’est moral pour l’état d’utiliser la coercition pour te voler ta propriété mais c’est immoral de chercher à garder notre propriété et retrouver un espace de liberté – l’état c’est une gang de thugs – il est normal de chercher à se soustraire à cette gang de vautours (et non Mathieu – un peu plus de millions des riches ne fera pas baisser les lignes d’attentes dans les hôpitaux – sorry…)

  6. J’ai lu Atlas Shrugged, the Fountainhead, For the Nw Intellectual, The Virtue of Selfishness, We the Living il y a plus de 25 ans. Vous imaginez le calvaire que je vis depuis.

    De façon générale en Amérique, mais plus particulièrement au Canada et horriblement au Québec, les gouvernements successifs s’entendent sur une chose, tous partis confondus. Taxer la population jusqu’au point de bris. La différence sur les partis c’est qu’ils ne s’entendent pas sur ce point. Les « Conservateurs » nous en laissent seulement un peu plus que les « Libéraux » ou gauchistes mais tous s’accaparent notre bien.

    Ceci est un très bon article qui résume bien la situation en France. Et quand j’entend les Plamondons de ce monde crier à l’indépendantisme, mon dégoût pour ce genre de monde ne fait qu’augmenter.

  7. Les 40% de gens qui ne paient pas d’impôts seront toujours pour un gouvernement imposant et qui aime dépenser.C’est pour cela qu’il est si difficile de faire des changements dans la société. Ceux qui travaillent et qui gagnent leur vie n’ont pas le temps de manifester et de descendre dans la rue pour défendre leur opinion, de plus ils ne sont pas organisés.

  8. Pingback: Retour sur 2012 : L’année de la polarisation – Le blogue de Joanne Marcotte

  9. « …And folks, I think I can speak for everyone out there advocating following the advice of a 50 year old novel, set in an America that never existed; that when millions are losing jobs, losing homes, and losing hope; There’s nothing more… important than putting yourself FIRST.

    …and that’s the Word:

    Rand Illusion »

    Stephen Colbert, The Colbert Report

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