Sommet de l’éducation: Et la responsabilité des étudiants?

PierreDuchesne2C’était prévisible. Le Sommet sur l’éducation de Pierre Duchesne dérape et échoue. Si la seule résultante de cette « réflexion » à grand déploiement se résume à une indexation des droits de scolarité, c’est qu’on aura, encore une fois, plié devant un lobby capricieux et ses alliés naturels. Comme l’écrivait Mario Dumont récemment, « la peur de la rue mène le bal ».

Soyons clairs. Ce « Sommet » n’avait pas lieu d’être. L’institut progressiste du Nouveau Monde a beau parcourir le Québec aux frais des contribuables, le Gouvernement a beau faire croire qu’il consulte, Martine Desjardins a beau vouloir s’improviser gestionnaire d’universités et faire le procès des recteurs, les véritables questions ne se posent pas.

Les trippeux de chiffres et d’algorithmes de financement débattront de leurs formules respectives, mais en bout de piste, le fameux « contrat social » n’est jamais effleuré ni remis en question. Pire, tout ce vacarme est fondé sur la fausse prémisse que la hauteur des droits de scolarité est un facteur déterminant dans l’accessibilité aux études. Ce qui est faux. Et archi-faux si des programmes de soutien financier sont conçus pour les étudiants provenant de milieux moins aisés. J’en sais quelque chose.

L’occasion était pourtant belle. On parle beaucoup de « contrat social » au Québec, une forme d’entente tacite entre le Gouvernement et les citoyens, veut-on nous faire croire. Mais en supposant que ce contrat social existe et qu’il ne soit pas le simple fruit de victoires clientélistes, la notion de « contrat » implique une notion d’engagement. Une notion de responsabilité. Dans ce cas-ci, la responsabilité des étudiants à jouir du cadeau inestimable d’une scolarité qui leur est offerte, en grande partie, par l’ensemble des travailleurs  du Québec.

Or, dans le contrat social québécois, il semble que le seul qui s’engage vraiment soit le contribuable. Est-il seulement permis que l’étudiant soit appelé à respecter sa part du contrat ? Est-il seulement permis de lui demander poliment d’au moins respecter la liberté des autres étudiants d’accéder à leurs cours ? En tout cas, ce serait un bon début.

Quelques  indicateurs du ministère de l’Éducation pourraient également inspirer les échanges si on voulait vraiment débattre de la question du fameux contrat social.

Seulement 44% des élèves inscrits à la formation pré-universitaire au Cégep obtiennent leur diplôme au bout des deux années du programme. Il en faut cinq pour atteindre un taux de 72%. Pour la formation technique, les chiffres sont renversants. Seulement 32,5% des élèves terminent dans un délai de 3 ans. Tout juste un peu plus de la moitié (53%) arrivent au diplôme au bout de 5 ans ! Je vous rappelle que l’éducation au cégep est gratuite !

Enfin, pour le baccalauréat, seulement 67% des étudiants sortent avec un diplôme. Autrement dit, le tiers des étudiants au 1er cycle ne terminent pas leur programme d’étude. Rappelons, ici aussi, que selon les indicateurs du Ministère, la moyenne des droits de scolarité est de 2 415$ au Québec et de 5 742$ dans le reste du Canada (chiffres 2010-2011).

Dans un monde normal, on sait que la gratuité engendre le gaspillage. On doit le constater. Gaspillage, il y a. Là comme ailleurs, de précieuses ressources ne sont pas allouées de façon optimale et les questions de fond ne sont même pas effleurées.

Qu’est-ce qu’on enseigne dans les universités ? Y a-t-il adéquation entre ce qu’on y enseigne et les besoins d’une économie prospère ? L’enseignement supérieur doit-il vraiment être « pour tous » ou s’agit-il ici d’une dérive de la démocratisation idyllique d’un système d’éducation? La formation des maîtres est-elle adéquate ? Peut-on se pencher sur le monopole qu’exerce le ministère de l’Éducation sur le socio-pédagogisme ? La recherche et l’innovation y sont-elles encouragées ? Certaines universités sont-elles devenues des foyers de propagande idéologique ?

Pour le reste, je vous réfère à la conclusion d’un excellent article de Pierre Simard ce matin.

Ce n’est que lorsqu’on obligera nos universités à tirer une large part de leurs revenus des droits de scolarité qu’elles seront forcées de faire le ménage dans leurs programmes de formation et de se concentrer sur ceux qui ont une valeur ajoutée pour les étudiants. On stimulera ainsi la concurrence entre nos universités.

Quand une partie importante de leurs revenus sera tributaire de leur capacité à convaincre les étudiants et le marché de l’emploi de la qualité de leurs programmes, nos universités n’auront guère d’autre choix que de viser l’excellence.

11 réflexions sur “Sommet de l’éducation: Et la responsabilité des étudiants?

  1. Bien que votre propos soit fort intéressant Madame Marcotte, je mettrais un bémol par rapport à la notion de diplomation.

    En fait il s’agit d’une interrogation visant à mieux se positionner par rapport au contexte actuel., Je me demande si dix personnes ayant obtenus un baccalauréat en administration soit l’équivalent 300 cours de 45 heures contribuent plus que 300 francophones ayant réussit à titre d’exemple, un cours d’anglais de 45 heures?

  2. Bien que certaines de vos questions soient pertinentes et que j’apprécie votre pragmatisme, vos conclusions (plutôt celles de Pierre Simard) provoquent un malaise chez moi, comme celle voulant que l’éducation universitaire soit arrimée aux besoins du marché. Au contraire, le savoir et l’apprentissage de la vie de citoyen devraient être privilégiés, non?

    • Le savoir? Bien sûr. Mais il ne faut pas nier que les gens vont à l’université pour y apprendre une expertise et pour préparer un parcours professionnel. Prioriser l’apprentissage de la vie de citoyen? En tout cas, je ne demande pas ça à l’université. Qui plus est, je ne leur ferais même pas confiance pour le faire.

    • S’il faut attendre à l’université avant d’apprendre à être civilisé (car « apprentissage de la vie de citoyen » est un brouhaha sans véritable sens), on a un problème…

    • @Joanne Marcotte

      Je crois que nous ne sommes absolument pas d’accord sur l’implication citoyenne. Vous privilégiez une approche davantage mercantiliste de l’université alors que je suis pour apprendre à être citoyen, dans le sens apprendre le fonctionnement de la vie démocratique. Mais la démocratie étudiante est très imparfaite, surtout quand une clique fait pencher tout le monde de son bord. Cela dit, je vous lis, car contrairement à beaucoup de mes confrères de gauche, je suis intéressé à connaître un point de vue de droite, différent du mien, et à le confronter.

      @libjim:

      Je définis le concept d’apprentissage de la vie de citoyen par la vie démocratique universitaire, microcosme de notre démocratie. Et je vous donne raison dans le sens où apprendre à être citoyen se fait même à partir du secondaire, lors d’élections étudiantes. Cela dit, je n’ai pas employé le terme « civilisé ». D’où le tenez-vous?

  3. Aux dernière nouvelles Martine Desjardins et la FEUQ s’opposent à l’indexation et l’ASSÉ organise une belle manif le 26 février.

  4. l’ASSÉ, l’art de se tirer dans le pied
    http://delorimier.wordpress.com/2013/02/05/sommet2013-lasse-lart-de-se-tirer-dans-le-pied/
    « on aimerait rappeler à cette classe d’étudiants la plus militante que le PQ que vous attaquez et que vous décriez tant aujourd’hui a payé le prix fort électoralement afin de porter vos revendications à l’Assemblée Nationale. Il l’a fait car l’ensemble de sa députation y croyait. Lors de ce printemps en ébullition au Québec, ce n’est pas banal de rappeler que l’un des vecteurs qui a permis d’étendre l’appui aux revendications étudiantes c’est justement la légitimité que le PQ leur a donné en les appuyant dans l’antre des parlementaires. »

  5. Quelle étrange idée que de vouloir établir des « règles » avec des « anarchistes » ! Parlez-en aux humoristes, avec leur idée de leur venir en aide! Ces extrêmistes ne sont pas de bonne foi. On peut gager que même s’ ils obtiennent la gratuité comme ils le demandent, ils trouveront autre chose, question de nuire à l’ économie.

  6. Excellent billet. Je me permets d’ajouter que la notion de contrat social (au 21e siècle, du moins) n’est qu’un « argument » de gauche de plus pour justifier les exactions de l’État

  7. Coursera est un site web de qualité ou de grandes universités donnent plusieurs de leur cours gratuitement (Droit, Comptabilité, Informatique etc…) Princeton, Stanford, Penn State, CalTech et j’en passe. Ils offrent une myriade cours et une lettre attestant que le cour a été complété. Ils n’ont pas eu besoin de sommet ou de boycott et ces universités américaines les offrent de leur propre gré

    https://www.coursera.org/

    Mon point est le suivant: pourquoi au Québec il y a toujours de grands sommets pour des problèmes qui n’en sont pas.
    Comment se fait-il que des agitateurs comme l’ASSE soient légitimisés.

    C’est comme si une association de clients de restaurants de Montréal organisaient une rencontre pour faire fixer les prix des menus… en invoquant qu’il s’agit la d’un vrai debat de societe. Le Québec devient la risée de toute l’Amérique du Nord.

  8. Pingback: L’assistance sociale au Québec. | Le Blogadoom

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