Démocratisation de l’éducation = gratuité?

ClassesLa gratuité de l’enseignement universitaire serait justifiée par la « démocratisation » de l’éducation, nous dit-on. Le droit d’accès à l’enseignement supérieur du plus grand nombre serait brimé, semble-t-il, si l’étudiant contribue au financement des universités.

Certaines personnes nous ont rappelé cette semaine que le Rapport Parent des années 1960 visait la gratuité de tous les niveaux d’enseignement, incluant le niveau universitaire.

Faisant reposer leur argumentaire sur un des textes sacrés de la Révolution tranquille, les défenseurs de la gratuité semblent croire que les conclusions du rapport sont intemporelles et que les solutions d’autrefois sont aussi valables et applicables en 2013 qu’elles ne l’étaient dans les années 60. Qu’importe le ratio de 8 travailleurs pour un retraité ou l’endettement public insignifiant de l’époque ; qu’importe les avancées technologiques qui colorent l’enseignement d’aujourd’hui, la culture de la gratuité ne cesse de revendiquer ses droits.

Mais que doit-on comprendre lorsqu’on parle de « démocratiser » l’enseignement ? Guy Rocher, un des auteurs du fameux rapport Parent, nous l’a rappelé récemment.

Il est nécessaire que chaque étudiant puisse poursuivre ses études jusqu’au niveau le plus avancé qu’il est capable d’atteindre, compte tenu de ses aptitudes et de ses succès scolaires» (volume 4, paragraphe 12 du Rapport Parent).

L’intention était tout à fait louable. L’accès aux études ne doit pas être conditionnel à la situation financière de son milieu familial ni réservé à une certaine élite. Or, il n’y a personne qui va me convaincre qu’un étudiant québécois ne puisse poursuivre ses études pour des raisons financières. J’en sais quelque chose.

Il n’y a pas de problème d’accessibilité aux études au Québec ! Le problème, c’est qu’on a peut-être oublié la dernière partie de la phrase citée plus haut, le « compte tenu de ses aptitudes et de ses succès scolaires ».

Ce n’est donc pas la démocratisation de l’enseignement supérieur que le Québec a mis de l’avant, mais bien la « massification » de l’enseignement. Tout le monde peut y accéder. Vous n’avez qu’à choisir un programme peu exigeant où les critères discréditent à toute fin pratique la profession, et le tour est joué.

Réfléchissons. Est-ce qu’un système d’éducation est plus « démocratique » lorsqu’on abaisse les exigences au point où la teneur et donc, la qualité de l’enseignement en souffre? Il me semble que l’idée derrière la démocratisation de l’éducation ne devait pas tant résulter dans un immense projet de nivellement vers le bas, mais bien de nous assurer que pour aucune considération, les enfants provenant de familles moins aisées seraient lésés?

L’ILLUSION DE LA GRATUITÉ, PIÈCE MAÎTRESSE DU MODÈLE QUÉBÉCOIS

Je trouverai toujours curieux comment notre culture de la gratuité est pernicieuse, comment elle réussit à fausser tous les débats. En santé, par exemple, on nous fera croire qu’un système véritablement « universel » en sera un qui sera totalement financé par les impôts, donc, gratuit pour près de la moitié des contribuables. Rien de plus faux. La grande grande majorité des pays ont des systèmes de santé universels mais ont des modes de financement mixtes, souvent avec des frais utilisateurs.

Au Québec, la gratuité est probablement une des composantes les plus importantes du modèle québécois. La gratuité, pour certains, c’est ce qui leur permet de nous faire croire que nous sommes progressistes, solidaires, civilisés, sociaux-démocrates, bref, différents des maudits américains.

La gratuité est aussi une stratégie qu’utilisent parfois les politiciens comme monnaie d’échange. Vous aurez des garderies à 5$ (la gratuité, on s’entend-tu ?) si vous signez ici – référence ici au Sommet de Lucien Bouchard de la fin des années 90.

La plus récente version de ceci vient de mon grand ami Richard Martineau. « Je suis pour la gratuité des études universitaires mais les étudiants qui y accèdent devraient avoir de maudites bonnes notes pour y entrer », nous dit Richard.

Mon ami Martineau est encore trop généreux. En regardant les comptes publics où le Québec s’endette à coups de 10 milliards $ par année, n’a-t-on pas encore compris la nature de la bête. Dans une culture comme la nôtre qui baigne dans l’idéologie de l’égalitarisme, où on méprise l’effort et la réussite, vous croyez vraiment qu’on va réussir à contingenter les programmes universitaires de façon à refuser les étudiants qui ne s’y qualifient pas ?

Dans une culture où on est même incapable de faire doubler un jeune au primaire ou au secondaire pour ne pas brimer sa confiance en lui, vous croyez vraiment que nos chefs de départements et facultés universitaires vont pouvoir rehausser les critères pour n’y sélectionner que les meilleurs? Vous avez entendu tout le tabac autour de la « sélection » des élèves dans les écoles privées et maintenant dans les écoles publiques ?

T’es trop bon Richard, quoiqu’en pensent les étudiants radicaux anarchistes dont tu as été la cible. La gratuité universitaire n’est ni souhaitable, ni pensable, ni même faisable. Dans le présent contexte, de grâce, n’ajoutons pas aux illusions…

17 réflexions sur “Démocratisation de l’éducation = gratuité?

  1. Est-ce qu’on pourrait parler d’autres choses que de la gratuité universitaire….Le problème est beaucoup plus bas, il vient du primaire et du secondaire. Avant de parler université, il faudrait qu’on arrête d’en échapper en chemin. Il faudrait également valoriser les métiers, les techniques. Si on forme que des universitaires, on va manquer de main d’oeuvre spécialisé qu’on devra aller chercher ailleurs….Il faut réaliser qu’on ne peut envoyer tout le monde à l’université et qu’on doit faire de bons programmes pour ceux qui n’iront pas et pas juste à cause des coûts. Ca fait plus d’un an qu’on entend les carrés rouges qui, à mon point de vue, ont déjà gagné sur toute la ligne, on peux tu avoir la paix avec leurs revendications injustifiées et leurs caprices d’enfant roi !!

  2. Je suis bien d’accord avec Claudette, l’université doit être un moyen pour arriver à ses fins et non une fin en soi. Il me semble que les débats autours des frais de scolarité occultent complètement cet élément, comme si tout le monde se devait d’y mettre les pieds pour devenir  »quelqu’un ».

    La question devrait simplement être  »comment s’assurer que ceux qui sont suffisamment travaillant et/ou talentueux pour se réaliser à l’université ne soient pas coincés pour des raisons familiales (manque de modèles, etc.) et financières (parents dans la zone grise financière pour les prêts et bourse ou aucun support parental)?

    Quand j’y pense, c’est presque insultant pour la majorité de mes amis qui n’ont  »qu’une » technique ou  »qu’un » professionnel!

    Le pire c’est qu’un diplôme universitaire ne garanti pas un emplois et un bon salaire. Étant prof au cégep captif de la loi de l’ancienneté je sais de quoi je parle!

    • Enfin un prof qui a les 2 pieds sur terre, merci Martin . Votre phrase sur vos amis techniciens en dit long sur ce qu’est devenu l’éducation . Point de salut pour ceux qui n’ont pas été à l’université , vraiment triste d’oublier tous ces gens dont on a grand besoin au Québec . Bonne soirée

  3. Il semble que la gratuité, soit le sommet de la médiocrité.

    Quel employeur de calibre national ou international, des firmes de consultants, embauche des diplômés de l’assistance sociale, universitaire québécoise ?…

    CH

  4. Je suis d’accord avec Mme Préfontaine et M. Matteau. Aller à l’université c’est bien mais on peut réussir sa vie autrement. Nous avons d’excellents programmes techniques au Cégep, sans droits de scolarité à défrayer. Le diplôme obtenu donne accès à des emplois lucratifs et intéressants.
    Ce bras de fer pour obtenir la gratuité des études universitaires et ce faux problème de l’accessibilité me font penser à Don Quichotte et à son monde imaginaire et dépassé. Allons-nous continuer à nous battre contre des moulins-à-vent alors que les autres sociétés dépensent leur énergie pour résoudre les vrais problèmes de l’heure.
    En ce qui concerne l’éducation nous avons plutôt des problèmes de décrochage en secondaire 3 et des problèmes de qualité des apprentissages. Nous ne sommes plus en 1960, la société a changé et les problèmes ne sont plus les mêmes.

  5. Ce qui est curieux c est que tout a l air de commencer avec une certaine réforme de l éducation et deviné c est qui as fait cette réforme
    Sont travail de destruction n étais pas terminé

  6. Il arrive de me dire que le Québec, tout au moins le modèle québécois, est basé sur des grands mythes fondateurs qui ne sont jamais remis en question. Le mythe de la « grande noirceur » avant la « révolution tranquille »; comme s’il n’y avait rien eu avant. Le mythe de la « conquête par les Anglais », alors que la bataille des plaines d’Abraham n’est qu’un tout petit épisode de la guerre de 7 ans. Je pourrais en énumérer presque sans fin. Le problème c’est que les média habituels ne font que répéter ces histoires, charmantes peut-être, mais fausses. C’est un peu comme une bible locale québécoise avec des histoires que l’on ne peut pas remettre en question. Il faut y croire, sous peine d’être pointé du doigt.

  7. Nous n avons vraiment pas le temps de vraiment travaillez vers un bon systeme bien solide pour l education pour nos jeunes. Nous sommes trop occupes, il nous faut parler de separation et de langue tout le jours .

    Il ne faut pas arreter ca fait 30 ans que nous parlons de cela, nous devons reussir sur ces projets avant de s occuper de l education et de la santé.

    Voyons il nous faut se donner un pays, apres cela tout ira sur les roulettes!

  8. Vous avez entièrement raison.. Une analyse très peu porteuse d’espoir.. Reste à attendre que le Québec se retrouve comme la Grèce, ce qui ne saurait trop tarder.. Qu’espérer d’autres quand les bien-pensants restent accrochés à celui d’une autre époque.

  9. Toutes ces idées sont merveilleuses,mais les parents et les jeunes ne savent pas jouer de la casserolle et aller dans la rue. Les universitaires se fouent carrément des jeunes de la population du Québec. Tout ce qu’ils veulent c,est pour eux seulement.
    n.y.grenier

  10. T’es trop bon Richard, quoiqu’en pensent les étudiants radicaux anarchistes dont tu as été la cible. La gratuité universitaire n’est ni souhaitable, ni pensable, ni même faisable. Dans le présent contexte, de grâce, n’ajoutons pas aux illusions…

    Est-ce que le sommet sera gratuit ? Ou bien il fait payer un droit d’entrée ?
    Ce qui expliquerait pourquoi les l’ASSÉ seront absents.
    SP

  11. je vous invite a lire la chronique de J Jacques Samson (les parasites de l assé) et lisez les commentaires c est épouvantables Mr Samson se fait traité de tous les noms
    il y en as meme un qui dis que les gauchistes n ont pas de préjugé ils onts des arguments simonac

  12. Vérité ? Honnêteté ? Assez des mensonges des hommes politiques ? Je vous recommande de vous pencher sur l’Union Populaire Républicaine (UPR), parti politique français fondé par François Asselineau, un inspecteur des finances passé par HEC et l’ENA. L’UPR propose de sortir la France de l’Union Européenne, de l’euro et de l’OTAN. L’Union Européenne détruit notre démocratie en laissant à des fonctionnaires non élus, souvent étrangers de décider pour nous. L’euro détruit notre industrie, nos emplois, notre protection sociale parce qu’il est totalement inadapté, en raison de son cours vis-à-vis des autres monnaies, à l’état de notre économie. Enfin, il faut sortir de l’OTAN pour recouvrer notre pleine indépendance et une politique étrangère autonome et spécifique.

    Allez voir la conférence d’Asselineau « qui gouverne la France et l’Europe ? » sur Youtube et lisez la charte fondatrice sur le site du parti.

    Vive la France et vive le Québec indépendant !
    http://www.u-p-r.fr http://www.facebook.com/upr.francoisasselineau

  13. Madame Marcotte,

    Vous affirmez ceci:

    « L’intention était tout à fait louable. L’accès aux études ne doit pas être conditionnel à la situation financière de son milieu familial ni réservé à une certaine élite. Or, il n’y a personne qui va me convaincre qu’un étudiant québécois ne puisse poursuivre ses études pour des raisons financières. J’en sais quelque chose. »

    Mais avez-vous réussi à rembourser l’intégralité de votre prêt étudiant lorsque vous avez fait votre bac en génie informatique et votre maîtrise en affaires publiques? Qu’on ne veuille ou non, l’argent est le noeud principal de l’accessibilité aux études universitaires.

    Cela dit, je donne raison à Richard Martineau sur l’excellence du dossier scolaire pour des études universitaires gratuites. Mais pour ce faire, ne faudrait-il pas redresser la situation préoccupante de l’éducation qui favorise le nivellement par le bas au lieu de promouvoir l’excellence et la diversification du potentiel de chacun?

    Peut-être qu’ainsi, le taux de décrochage scolaire serait moins dramatique et la société ne se priverait pas de nombreux talents…

    • Oui. J’ai tout remboursé… en 10 ans comme tout le monde de mon époque. Pour le reste, j’avoue que des critères d’excellence plus exigeants règlerait peut-être beaucoup de choses au niveau de la qualité de l’enseignement, des professeurs et du décrochage scolaire.

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