Fonds des travailleurs: On se calme là…

FondsTrav« Déclaration de guerre« , « Subvention canadienne pour l’empoigne« , « La FTQ et la CSN crient au sabotage« .

Pire encore, le Journal de Montréal qui récupère à la UNE le spin syndical:  « Ottawa s’attaque aux petits épargnants »! Boy, il fait mauvais…

Nos chroniqueurs sont enflammés. Marissal dénonce la « méthode Harper » qui, s’il avait été honnête, aurait pu être comparée à la « méthode Marois » des derniers jours. En effet, qui peut raisonnablement croire que les forums et consultations du gouvernement péquiste (Loi 101, redevances) n’étaient pas parfaitement bidons?

Le chroniqueur Michel Girard du Journal de Montréal récupère le « spin » syndical de la FTQ. Abolir le crédit d’impôt fédéral supplémentaire de 15% aux fonds des travailleurs affecte majoritairement le Québec. C’est sûr, M. Girard! L’autre province très populeuse, l’Ontario, avait mis fin à ce programme inefficace et coûteux il y a déjà quelques années, les ayant jugés comme inefficaces et trop coûteux.

Le gouvernement conservateur « s’en prend aux petits épargnants », nous dit-on. Ben oui. On sait ça. La dernière fois que le Parti conservateur a voulu aider le « petit épargnant », il a baissé de 2 points la TPS. On sait ce qui est arrivé. Le gouvernement québécois a fait grimper la TVQ de 2 points. Lâchez-moi le « On s’en prend aux petits épargnants! ou bien reconnaissez au moins qu’il n’est pas le seul à le faire. »

Et puis, s’il faut parler du « mépris pour le petit épargnant », on fait quoi du mépris envers le petit contribuable qui n’a même pas d’argent pour épargner lui-même mais qui paie avec ses impôts, une déduction fiscale dont il ne bénéficiera jamais? Ajoutez à cela le fait que le Fonds de solidarité de la FTQ et celui de la CSN reçoivent tellement d’argent à chaque année qu’ils sont obligés de déborder de leur mandat qui visait essentiellement à offrir du capital de risque aux PME québécoises.

« Une attaque frontale, un sabotage économique! », selon le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau. Le même Nicolas Marceau qui avait peine à répondre à Mario Dumont ce matin lorsqu’il lui demandait la composition de ces fonds. Étaient-ils bien placés au Québec??? Euh… « C’est ce qu’on me dit »…

OK. On se calme là. Ça va être correct, la mise en scène et les effets de théâtre.

ENCORE UN DÉBAT ÉMOTIF ET UNE ATTAQUE FRONTALE À LA « NATION »

Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi autant d’émotions? À entendre le PQ, le PLQ et la CAQ, le Québec est sous attaque parce que le gouvernement conservateur a décidé de mettre fin sur une période de quelques années à une déduction fiscale supplémentaire de 15% sur des REERs placés dans le Fonds de solidarité de la FTQ ou le FondAction de la CSN.

Il se passe ce qui se passe toujours. Le Québec est incapable d’évaluer une politique publique sans tomber dans une dynamique guerrière avec Ottawa.

POURTANT…

Vous avez essayé d’obtenir la composition des fonds des travailleurs? Vous faites vraiment confiance au Conseil d’administration de ces organisations syndicales? N’aimeriez-vous pas savoir dans quelle mesure on exige des entreprises qui reçoivent de l’aide qu’elles soient syndiquées? Ça vous tente pas de savoir ce qui vous coûte, comme contribuable, autour de 150-200 millions de dollars par année, seulement au Québec?

Le professeur Jean-Marc Suret de l’Université Laval a longtemps étudié la chose. Il déplorait le faible rendement de ces fonds et le fait qu’ils se soient largement distancés de leur mission initiale. À la limite, le crédit d’impôt supplémentaire ne devrait-il pas être appliqué seulement sur le capital de risque des PME, se demandait-il?

Selon le député conservateur Maxime Bernier, seulement 12% de ces fonds vont au capital de risque. C’est bien peu mais peut-être suffisant. Pourquoi donner des crédits d’impôts sur les centaines de millions que ces fonds recueillent à chaque année?

Les syndicats québécois n’étaient pas au huis-clos du budget. « On ne l’a pas vu venir! », nous confient les syndicats et le gouvernement du Québec. Eille! Il fallait être sourd et aveugle pour ne pas savoir que les conservateurs contemplaient la chose. Êtes-vous tellement dans votre bulle que vous ne surveillez pas vos affaires?

UN PROGRAMME INÉQUITABLE, UNE CONCURRENCE DÉLOYALE

Problème d’équité? Vous faites quoi de l’iniquité envers les contribuables canadiens qui défraient les coûts d’une déduction d’impôt dont bénéficient essentiellement les habitants du Québec? Des dernières nouvelles du fonds de la FTQ concernent les accointances des dirigeants du fonds avec un dénommé Accurso? Vous faites quoi de l’iniquité d’un régime de privilèges pour les fonds des travailleurs et de la concurrence déloyale envers les autres compagnies de placement?

À l’émission de Richard Martineau de vendredi, un invité prétend que le Québec a besoin de ses outils « nationaux » pour encourager l’investissement et aider l’entreprise québécoise. Pourquoi? Ne peut-on pas remettre en question des « outils nationaux » hérités de la Révolution tranquille et des gouvernements précédents? Ne nous faisons-nous pas suffisamment confiance? Et puis, curieusement, on aura beau avoir tous les « outils nationaux » qu’on veut, avouons que les dernières semaines nous montrent que le PQ fait plutôt fuir l’investissement et ce, de façon extraordinairement efficace.

Cet invité se demande aussi pourquoi Bachand du PLQ et Legault de la CAQ sont d’accord avec le PQ et s’enflamment tout autant contre la mesure du gouvernement conservateur. Facile! Parce que ce sont des interventionnistes économiques qui ont soit bénéficié soit construit le modèle québécois que l’on connaît aujourd’hui et qui est absolument impossible de remettre en question.

Pénible…

ENCORE UNE OPPORTUNITÉ RATÉE

Québec devrait saisir l’opportunité de revoir le rôle de l’État et des fonds des travailleurs en matière de capital de risque. Il s’agit ici d’une occasion de revoir un vice structurel hérité d’une alliance entre les gouvernements et le monde syndical dont on peut douter de l’efficacité, de l’expertise et de la compétence.

De grâce, saisissons l’opportunité de lever le voile sur les fonds des travailleurs, d’exiger la transparence et de ramener le débat à un niveau plus rationnel. C’est ce à quoi on serait en droit de s’attendre des partis de l’opposition.

19 réflexions sur “Fonds des travailleurs: On se calme là…

  1. Pingback: Entrevue: À Maurais Live sur les fonds des travailleurs – Le blogue de Joanne Marcotte

    • Parfaitement d’accord avec le fédéral. Ce programme était temporaire mais au Québec quand c’est temporaire c’est a vie. Essayez de me faire accroire que les gens des syndicats sont plus futés que des spécialistes en placements et capital de risque. C’est sur que leur méthode de collection est peut etre meilleure mais pour le reste on repassera. De plus les taxes payées par les contribuables pour compenser pour les déductions accordées est scandaleux. La majorité des gens ne le réalisent pas mais qui comble le retour d’impôt? Nous les poissons.D’autant plus que cet argent a permis a certains d’acheter des compagnies en faillite et capitaliser leur compagnie pour faire des entourloupettes a Montréal comme nous le démontre la commission Charbonneau. ASSEZ C’EST ASSEZ.

  2. On est champion au Québec pour déchirer sa chemise. Je suis pour le retrait du crédit d’impôt au fédéral mais aussi au provincial. Pourquoi j’aurais à payer pour quelque chose dont je ne bénéficierais pas. À les entrendre parler les fonds vont pour aider les petites entreprises du Québec. J’en doute. Est-ce que la petite PME doit être syndiqué??????? Je ne sais pas si c’est le fait que je suis anglophone mais bonté divine je suis fatiguée de ce qui se passe au Québec. Pourtant je suis Québécoise.

    • Non Anne. Ça n’a rien à voir avec le fait que vous êtes anglophone. Les francos sont fatigués aussi… On essaie de s’encourager entre nous.

  3. Tout à fait d’accord.

    En plus, la valeur des investissements de ces Fonds de travailleurs dans des Sociétés privées est basée sur leurs valeurs comptables (« juste valeur » ?) étant donné qu’elles ne sont pas cotés en Bourse… cette évaluation étant reflétée dans la « valeur de l’action » ! Ça fonctionne tant que les entrées de nouveaux fonds excèdent les rachats des retraités, un peu comme un schème de Ponzy. Si des changements dans la déduction fiscale affectent négativement les entrées de nouveaux capitaux pour ces Fonds et qu’ils doivent commencer à vendre des placements faits pour les mauvaises raisons dans des Sociétés syndiqués ou autres immeubles développés par leurs amis mafieux, attendez-vous à ce que les pertes commencent à s’accumuler.

    Il ne serait pas surprenant que les déductions fiscales obtenues dans le passé par les « actionnaires » de ces fonds soient largement surpassées par les pertes à venir. À mon avis, si êtes retraités (car en plus si vous investissez dans ces Fonds, pas question de récupérer votre mise avant la retraite) et pouvez fuir avant que le bateau coule… n’attendez pas trop !

  4. Question : si ce n’était du crédit d’impôt, investirait-on dans ces entreprises? Si oui, c’est qu’elles n’ont pas besoin de ce crédit d’impôt. Sinon, parce que ce sont des canards boiteux? Ce crédit d’impôt a été créé pour permettre du financement aux PME dans une période où les taux d’intérêt étaient élevés et où les banques ne prêtaient pas. 30 ans plus tard, est-il possible de remettre cela en question et de constater que les conditions qui prévalaient à l’époque ne justifient plus ce crédit d’impôt?

    • À Philippe David. Oui j’ai acheté le livre lors de la rencontre à Trois-Rivières dernièrement. C’est hallucinant.

  5. Merci Madame Marcotte pour toute cette information ainsi qu’à Serge pour le lien envers la chronique de Descôteaux que j’avais lu il y a quelques années mais que j’avais de la difficulté à retrouver.

    Je suis assuré que le discours de Marceau était écrit bien avant le budget fédéral et qu’il n’avait que quelques blancs à remplir. Ça fait partie de la routine péquiste de s’agosiller et de s’empourprer de façon théâtrale à tous les budgets fédéraux. C’est comme le jour et la nuit. Ça revient régulièrement quoique l’on dise ou fasse.

    BRAVO au gouvernement fédéral de s’attaquer aux privilèges inacceptables de grosses centrales syndicales qui s’acoquinent scandaleusement à la mafia. Il était temps!

  6. En fait ces fonds a haut risque avaient été créer par Brian Mulroney en 1985 pour motiver une « auto injection » de capital pour le lancement d’entreprise et de stimulation pour d’autres qui voulaient se développer.

    L’obligation d’investir 60% de leur capital de risque a eu un certain succès a u moment ou les fonds de la FTQ par exemple se situait a 215 millions, mais aujourd’hui ils sont a 8 milliards, et leur mission est devenu presque impossible a remplir.
    Tout comme les fonds Ontariens, ils doivent donc grace aux mesures fiscales d’exemptions qui les ont aidés a se développer durant les 20-25 ans premieres années de leur existence, commencer a voler de leur propre ailes, tout comme des fond mutuels, ce qu’ils sont devenus en réalités, et que les gouvernements ne peuvent pas éternellement protèger, dans cette pensée de « DROITS ACQUIS » presque de convention collective.

    Grow-up Please!!!

  7. C’est quoi le problème? Québec va probablement augmenter son aide de 15% au fond de la FTQ et de 25% à la CSN, on a les moyens «debord»……sur la carte de crédit???? Une mesure que j’aime bien du dernier budget fédéral c’est les chasseurs de primes qui dénonceront les bandits à cravates pour évasions fiscales…. J’ai un gros poisson, les établissements publics du Québec! On encourage l’embauche au noir, de prendre des assistés sociaux, des retraités, etc et de les payer au noir? Voilà une autre guerre entre le fédéral et le Québec puisqu’il s’agit ici de juridiction de la province de la Gaule à Barbe Rouge. Le travail au noir, la collusion, scandale des commandites, Norbourg, etc…jusqu’à la commission Charbonneau, c’est juste au Québec. Alors si Ottawa veut épingler un gros poisson, ou je dois aller pour «collecter» mon chèque?

  8. Mme Marcotte,
    Félicitations, votre article est clair et percutant.Il faut analyser la question de façon rationnelle. Ces déductions d’impôts sont inéquitables. Ces fonds devront mettre leur publicité sur les pointes de tarte et sur les hamsters à la poubelle. Quel dommage!

  9. Mais que de désinformations dans ces commentaires !!! Premièrement Mme Anne, vous ne payez absolument rien pour ce fonds, ce sont des crédits d’impots, pas des subventions. Et l’autre qui fabule sur le credit d’impot aux entreprises a risques…. c’est pas l’entreprise qui recoit le financement qui a un credit d’impot, ce sont les cotisants au fonds, monsieur madame tout le monde, j’ai bien dit tout le monde, tu n’as pas a etre syndiqué pour cotiser, bien des patrons cotisent au fond de solidarité. La droite monte aux baricades contre ce fond uniquement parcequ’il y a le mot FTQ dedans, si ca s’appeleait le fonds IEDM, ils nous diraient que c’est une merveille, mais la vu que c’est partit d’un groupe de travailleurs, c’est de la marde… Des milliers d’entreprises existent au Quebec grâce au fond FTQ et contrairement a ce qui se lit ici, moins de 10% des ces PME sont syndiquées et ceux le sont, le sont a majorité par des syndicat de boutique non-associés a la ftq. La droite chiale que les fonds de pension de l’etat sont trop genereux mais ils veulent abolir l’incitatif premier d’un fond de pension payé a 100% par le travailleur, où est la logique?

    • C’est faux de dire que je ne paie rien. Le crédit d’impôt qu’on paie à celui qui prend une REER à la FTQ que ce soit fédéral ou provincial vient carrément de ma poche. Cet argent vient carrément de la poche de tous les contribuables qu’ils aient pris un REER ou non. Pourquoi je paierais pour quelque chose que je n’ai pas. Je fais partie de cette catégorie de gens qui ne peut pas se permettre de prendre un REER faute de sous. Alors oui je paie au même titre que tout le monde. Je suis fatiguée de payer pour tout le monde. Il y a beaucoup aussi de petites PME qui se sont fait sans l’aide de la FTQ. Il y a aussi beaucoup de fermeture aussi de compagnies parce que le syndicat était trop exigeant. Il suffit d’avoir un juste milieu. Je suis pour le syndicat du début. Celui qui défendait le pauvre travailleur face aux patrons qui exploitaient. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Lorsque le plus gros lobby du Québec est le syndicat c’est qu’on a un sacré problème. Je vous conseillerais de lire le livre d’Éric Duhaime. Vraiment édifiant.

    • 8 milliards investis en grande partie dans des obligations et compagnies publiques de grande capitalisation… Vous croyez vraiment qu’il faut capitaliser davantage ces fonds de travailleurs pour créer le l’emploi et démarrer des PME ?

      Qui parle de désinformation ?

  10. Je reprends un argument lu ici dans les commentaires. Votre haine majestueuse envers les syndicats vous fait dire n’importe quoi. Le fond a été un levier économique majeur pour le Québec, il a aidé des milliers et des milliers de travailleurs à ne pas se retrouver au chômage( au crochet de l’état dans votre langage!) Et pourtant tout cela avec l’argent des cotisants!! Le crédit d’impôts n’est pas une subvention et si tu ne cotises pas tu ne payes pas pour les autres! Et parlant des cotisants, ce ne sont pas tous des syndiqués au beret vert avec étoile rouge… Au risque de vous choquer, plusieurs employeurs y cotisent et je mettrais ma main dans le feu si aucuns  »économistes » de l’institut économique de Montréal y cotisaient!!!

    • N’importe quoi ? Vraiment ? Vous semblez faire preuve d’aveuglement volontaire de votre côté…

      Les crédits d’impôts accordés aux cotisants sont une dépense nette pour l’état, dépense qui doit être comblée par des revenus fiscaux. N’eu été de ces crédits, le déficit accumulé serait moins important et c’est TOUS les contribuables qui n’auraient pas à subir des hausses d’impôts et taxes pour combler ce déficit.

  11. @ Michel Côté:

    Vous accordez beaucoup trop d’importance aux fonds syndicaux. Les autres provinces qui vivent dans le même Canada que nous n’en ont pas (ou presque) et leurs taux de chômage est en moyenne beaucoup plus bas que le nôtre.

    Ces fonds ont tout simplement pris la place que d’autres systèmes de financement jouaient et rien d’autre. Le tout avec la complicité de nos politiciens favorables sux syndicats.

    Ces fonds qui accordent un privilège aux cotisants (30% d’exonération d’impôts en PLUS de l’exonération du REER!!!) nous coûtent une véritable fortune au Québec et ne jouent aucunement le rôle qu’ils sont supposés jouer et au Canada

    Il est grand temps qu’un gouvernement responsable s’attaque à cette arnaque.

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