CAQ: Faire rêver

CAQLegaultPas facile d’être un parti politique ces temps-ci. La confiance est au plancher, le cynisme atteint un sommet et la Commission Charbonneau nous révèle ce que nous soupçonnions tous. La refonte de nos infrastructures désuètes n’en finit plus d’être réévaluée à la hausse, les entreprises annulent des projets de développement et le ministre des Finances échoue à trouver de nouvelles sources de revenus pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Pendant ce temps, le nouveau chef du PLQ veut parler de constitution et celui de la CAQ veut… nous faire rêver.

L’opération charme passe donc, pour François Legault et ses spécialistes en communication, par Le Projet St-Laurent, un énorme plan de relance émotivement chargé de la valeur symbolique chère aux Québecois, le majestueux fleuve St-Laurent.

La vision d’une « Vallée de l’innovation du St-Laurent », empruntée de celle de la Silicon Valley,

mise sur l’économie du savoir, plutôt que sur une industrie cyclique ou la simple exploitation de nos ressources naturelles. Il vise à favoriser l’émergence d’une culture d’innovation au Québec, et à générer des synergies importantes entre entreprises, centres de recherche et milieux de vie. Plus important encore, le Projet Saint-Laurent constitue un véritable projet de société, qui intègre qualité de vie, environnement, réappropriation du territoire, lutte au décrochage, valorisation de l’éducation et urbanisme contemporain. Source ici.

Personne ne peut être contre une telle vision d’avenir. Le problème avec François Legault et ses conseillers aux communications n’est donc pas dans l’objectif. Il est dans les moyens.

Comme beaucoup d’autres éléments du programme de François Legault, le chef de la CAQ prétend que ce projet « collectif » sera à coût nul, que l’État pourra décontaminer des sols et les revendre en récupérant sa mise. Il prétend qu’il abolira pour 2 milliards $ de crédits d’impôts aux entreprises pour les « réinvestir » dans ce nouveau plan de relance (au lieu d’équilibrer le budget).

Tant qu’à y être, saisissons l’occasion pour faire investir l’État dans des entreprises à haut risque à hauteur de 50%!

Le problème réside donc non pas dans sa vision d’avenir, mais plutôt dans sa vision du rôle de l’État et peut-être même dans sa vision du présent.

MauraisLes fondamentaux d’une économie prospère sont connus. Tous les politiciens les connaissent. Étude après étude, ils sont mesurés, vérifiés et validés. Une économie est prospère lorsque les conditions y sont: une fiscalité concurrentielle, une réglementation du travail flexible, une main-d’oeuvre qualifiée, des infrastructures modernes et une bureaucratie minimale.

Considérant les malheureux signaux envoyés par le Parti québécois à l’entreprise privée, s’ajoutent à cette liste la valorisation de l’entreprenariat et un contexte linguistique harmonieux et ouvert. (Cliquez ici pour écouter ma chronique à Maurais Live)

Relisez ces facteurs de prospérité et jugez par vous-mêmes. Vous croyez vraiment qu’en décontaminant quelques berges le long du St-Laurent, les entreprises accoureront?

Vous croyez que les Électrolux et MABE ont fui aux États-Unis parce qu’il y avait des terres fraîchement décontaminées? Que les réformes de la législation du travail, le « Right-to-Work » aux États-Unis, c’est le « Right-to-Work » sur des terrains décontaminés? Y a-t-il un taux suprêmement élevé de vacance dans les parcs industriels du Québec?

« Build it and they will come »? Je ne crois pas. Plutôt « Get out of the way and they will come ».

Bref, pour des intendants étatistes à saveur interventionniste, il y aura toujours une place pour investir l’argent des autres. Pour réaliser un « grand rêve collectif », un grand « projet collectif »avec nos « outils collectifs nationaux ». Comme c’est joli. Soutenus, créés, financés et promus par l’État et donc, avec vos impôts.

Le Plan St-Laurent de la CAQ? Une tentative de faire rêver en conciliant la très forte valeur symbolique du fleuve St-Laurent avec un nationalisme économique d’une rare amplitude.

Pourquoi tout ça? Parce que si le rôle de l’État se limitait à créer les conditions de prospérité économique, ce serait plate en maudit pour notre classe politique habituée à se prendre pour des entrepreneurs et de plus… c’est pas trop vendeur. Les Québécois ont été habitués à acheter du rêve. Offrons leur en.

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8 réflexions sur “CAQ: Faire rêver

  1. Il faut laissé tout ça au privé. Pourquoi pense-t-il que les usines accoureront? Ici en Mauricie nous avons le parc Industriel de Bécancour. Il y a encore de la place. Alors pourquoi ne viennent-ils pas? 1- L’atmosphère. Quand l’anglais est percu par les gens comme une langue étrangère, ce n’est guère encourageant pour les gens de l’extérieur. Les chicanes courantes ici au Québec font fuir les compagnies. Sans parler de nos chers écologistes. Voulez-vous bien me dire pourquoi lorsqu’on implante une usine comme c’est le cas présentement à Bécancour, on doit avoir une réunion avec les écologistes. Il y a tellement de contraintes ici au Québec, qu’on fait fuir les investisseurs, et ceux qui ont le courage de venir s’implanter ne dure pas longtemps parce que les syndicats les étouffent. Les usines viennent s’implanter au Canada parce que nous faisons partie du Canada. Mais l’atmosphère avec la gauche présentement qui met les bâtons dans les roues pour l’exploitation des ressources naturelles font fuir les investisseurs. Misère que ça fait dur au Québec. Comme je suis anglophone, je me demande si je ne devrais pas déménagé en Ontario. Je vous ai écouté ce matin à Dominic Maurais. Vous faites toujours plein de sens. D’ailleurs je vous ai rencontré lors de votre venue à Trois-Rivières.

    • Nos politiciens ne changeront pas de façon d’agir tant et aussi longtemps que l’argent sera fourni par les travailleurs.Ces gens comme vous dites se pensent des hommes d,affaires. Ce qu’ils ne réalisent pas c’est qu’ils utilisent l’argent des citoyens pour jouer aux hommes d’affaires. Travaillez a bâtir des conditions favorables a la venue des gens d’affaire. Pour cela vous devrez prendre des décisions qui feront que vous ne serez JAMAIS élus. Donc on est voué a végéter tant que l’argent entrera dans vos ministères. Bonne chance pour l’avenir.

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