Le Québec : un assisté social?

MichaelBinnionIl semble donc que celui qui a succédé à Lucien Bouchard à la tête de l’Association pétrolière et gazière du Québec ait heurté quelques sensibilités en début de semaine. « Un PDG traite le Québec d’assisté social« , dénonce la journaliste Denise Proulx de l’Agence QMI.

« Le gouvernement du Québec ressemble à un bénéficiaire de l’aide sociale« , écrivait Binnion sur son blogue en début de semaine.(1)

C’est que Binnion n’est pas du genre politiquement correct, voyez-vous. Et il est périlleux de dire les choses telles qu’on les pense au Québec. Lucien Bouchard et quelques autres en savent quelque chose. J’entends déjà les hauts cris de nos têtes parlantes s’offusquer du « Quebec bashing ».

Mais soyons honnêtes deux secondes. Non seulement cette phrase traduit le sentiment de plus en plus de Québécois avisés et informés de l’état de notre dépendance envers la péréquation et transferts, Binnion n’est pas le premier et surtout pas le seul à faire le rapprochement entre d’un côté, un assisté social qui refuse d’accroître ses revenus sous peine de perdre des prestations sociales et de l’autre, le Québec qui refuse de développer ses ressources sous peine de perdre de la péréquation.

En 2010, le chroniqueur Claude Picher de La Presse avait écrit un sublime article pour expliquer la chose. À ce moment, le Québec envisageait d’augmenter les tarifs d’hydroélectricité… jusqu’à ce qu’il réalise qu’il recevrait moins de péréquation. Selon l’analyse de l’économiste Claude Montmarquette, « l’amputation de la péréquation annulera la moitié des recettes provenant d’une hausse des tarifs ». On avait rebroussé chemin. En clair, le gouvernement du Québec avait préféré cracher sur des revenus supplémentaires de 800 millions $!

Hallucinant! avait écrit Picher. Montmarquette n’avait pas non plus mâché ses mots.

«C’est comme un assisté social qui refuserait d’avoir un salaire parce qu’il craint de perdre son chèque d’aide sociale » – Claude Montmarquette, mars 2010

Michael Binnion est aussi le président de Questerre Energy, une firme qui avait fondé – et curieusement fonde toujours – des espoirs sur le développement du gaz de shale au Québec. Volubile, coloré, divertissant, passionné, Binnion est un gars de Calgary résolu à éventuellement développer le gaz naturel au Québec.

Binnion parle maintenant le français, langue dont il ne connaissait rien il y a à peine 2 ans. Si quelqu’un discrédite son propos en le traitant de biaisé, il vous répondra « Ce n’est pas parce que je suis biaisé que je n’ai pas raison. » (lire article du Globe and Mail ici). Un gars comme ça, tu l’invites aux Francs-tireurs!

QUI BLÂMER?

Mais pour revenir au texte de Binnion, selon l’éditeur émérite du journal Les Affaires, Jean-Paul Gagné, Ottawa a perçu du Québec 40 milliards $ en 2010 alors que

les particuliers du Québec, les entreprises qui y oeuvrent, les institutions, le gouvernement et divers organismes ont reçu du fédéral en 2010 des versements totalisant 58 G$, soit 18 G$ de plus que ce que ce dernier a perçu au Québec.

Dans l’année qui vient de passer,  plusieurs centres de recherche se sont penché sur le programme de péréquation. Dans La péréquation à risque avec le refus du gaz de schiste, l’analyste financier René Vézina trouve implacable la logique du chercheur de l’Institut de recherche en politiques publiques. Le Québec ne peut se contenter de tendre la main alors que d’autres provinces exploitent leurs ressources et contribuent positivement à la création de la richesse au pays, écrivait-il.

Malgré tout cela, Binnion ne blâme ni la population du Québec, ni même son gouvernement. Le vrai coupable, selon lui, est le gouvernement d’Ottawa qui entretient un régime de péréquation qui neutralise toute incitation au développement économique et à l’accroissement des revenus autonomes du Québec.

LA SOLUTION

L’homme, comme les États, répondent à un ensemble d’incitatifs. Lorsqu’ils n’y sont pas, c’est plutôt la paresse ou la dépendance envers autrui (ou les autres provinces) qui sont encouragées. (Lire excellent texte de Tasha Kheiriddin ici)

Contrairement à ce que peut laisser voir le titre du Devoir (Sans exploitation, pas de péréquation, dit Michael Binnion), la solution que propose Binnion n’est donc pas un régime punitif. Elle est, curieusement et généreusement, une solution inspirée de ce qu’a obtenu Terre-Neuve lorsque la province a voulu développer ses ressources au large de ses côtes.

Pour Binnion, le gouvernement du Québec devrait faire pression auprès du gouvernement d’Ottawa pour mettre en place un système de péréquation qui permettrait au Québec de continuer de recevoir les sommes de péréquation tout en augmentant ses revenus par l’exploitation de ses ressources naturelles. Une sorte de « prime au travail » si vous voulez.

Pas fou. Somme toute une solution que je qualifierais plutôt de généreuse, vous ne trouvez pas? Le problème, c’est que le gouvernement du Québec devrait d’abord affronter ses propres troupes d’écologistes durs. De plus, si le gouvernement Marois s’aventure à entreprendre de telles discussions, les souverainistes (oups!), les indépendantistes, l’accuseront de vouloir faire fonctionner le Canada…

Ah, misère.

___________

(1) Remarquez qu’il fait référence ici au « gouvernement du Québec » et non au Québec, contrairement au titre de l’article ci-haut mentionné.

10 réflexions sur “Le Québec : un assisté social?

  1. Si le modele « QUÉBÉCOIS » s’inspireraIt de celui de la Norvège de 2013 plutot que de celui de 1970, devinez sur quelle industrie leur économie repose aujouird’hui???

    Le pétrole.

  2. Eh oui le Québec est un gros B.S. JE suis tanné de nous voir dans cette position. Arrêtons et regardons ce que nous pouvons faire pour notre pays au lieu de ce que peut faire le pays pour nous.

  3. @ Renee Houde:

    « Comment le Quebec surviverait sans les Milliards des provinces riches? »

    Simple: voir ce qui s’est passé à Chypre: confisquation arbitraire de la richesse des autres!

    Souvenez-vous, après l’élection des séparatistes, de l’impôt rétroactif à laquelle nous avons heureusement échappé simplement grâce au fait que ces suffisants potentats sont minoritaires. S’ils avaient été majoritaires, nous aurions été volés scandaleusement.

    Imaginez ce qu’ils auraient entrepris si les Québécois avaient accepté d’entrer docilement dans leur cage à homards…

  4. Sur et certain Que Binnion ne reste pas a coté d’un de ses puits. Sur et certain qu’il ne sera pas sur une plage a netoyer la merde causée par le pétrole. Sur que son compte de banque est généreusement garnie par les pétroliéres. Sur aussi qu’il va s’opposer a un project comme le monorail Trans-Quebec.

  5. Les  »Indépendantises » devrait se libèrer de la dépendance sur la péréquation d’abord!
    Harper na pas les couilles de Thatcher mais il fa faire du bon travail maintenant qu’une majorité et possible sans le Québec.

  6. Pourquoi pas étant donné que M. Bernard Landry, ancien premier ministre, parle d’indépendance et à mis le terme général souveraineté à la poubelle faire la promotion des choses suivantes en premier :
    1- indépendance énergétique en développant notre autonomie : électricité (on l’a déjà ) et pétrole (à faire)
    2-Indépendance alimentaire ( on l’avait au temps de René Lévesque avec Jean Garon) Il faudrait y revenir
    3-indépendance financière : en gelant d’abord la dette du Québec et en la réduisant par la suite en comprimant nos dépenses de notre État du Québec de 10 milliards par an en coupant dans la bureaucratie, en éliminant nos garderies à 7$ et l’assurance médicaments, en augmentant les dividendes payés par Hydro-Québec en réduisant le personnel d’Hydro-Québec de façon massive, en éliminant une partie des subventions aux entreprises, en révisant tous les ministères, abolir les commissions scolaires, en réduisants le nombre de ministres (7-8 + le premier ministre c’est en masse pour un État fédéré), en réformant le monstre des pensions des fonctionnaires! Une véritable révolution dans la façon de gérer l’État du Québec.
    4-Une fois la situation redressée ; Le peuple Québécois aura un meilleur rapport de force soit pour devenir indépendant ou renégocier ses pouvoirs à l’intérieur du Canada par un élargissement de ceux-çi et des réformes à la constitution comme l’abolition du sénat et de la monarchie et la reconnaissance de notre nation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s