Détroit: L’inévitable mur

Detroit3Ce qui est tout à fait fascinant dans l’histoire de Détroit, c’est que l’état de décrépitude dans lequel se trouve la ville ne s’est pas passé du jour au lendemain. Depuis des décennies maintenant, Détroit s’enfonce, s’endette et ignore les signaux.

Étonnamment, malgré tous les signaux, aucune correction, aucun changement structurel n’a pu s’orchestrer de façon à éviter à ses citoyens le pire.

Les blessures sont maintenant des plus profondes: infrastructures délaissées, services publics rationnés, exode de la moitié de la population vers d’autres villes et d’autres États. Aujourd’hui, une grande partie de Détroit revête un décor post-apocalyptique digne d’un lieu de tournage de Walking Dead. Voyez les images.

Un tiers de la ville est dans un état de dévastation complet. Selon Mark Steyn, d’une ville qui jouissait en 1960 du plus haut revenu per capita aux États-Unis, Détroit compte maintenant 47% de citoyens fonctionnellement analphabètes!

Et pourtant… On a laissé faire. On a retardé le moment des grandes décisions. On a géré en vue de la prochaine élection. On a « espéré » que la solution vienne de je ne sais où. On a plié devant des revendications absolument irréalistes des syndicats de la ville. Résultat: la moitié de la dette est due aux fonds de pension sous-capitalisés des employés du secteur public et aux coûts de santé de ses retraités. (Voir graphique plus bas; source ici)

Detroit2

Le gouverneur de l’État de Michigan n’avait plus le choix. Détroit peut et doit déclarer faillite (on verra bien dans quelle mesure les syndicats de la ville réussiront à contester cette décision en cour). C’est dire toute la puissance d’une force d’inertie (ou d’impuissance face aux forces corporatistes) qui en vient à paralyser littéralement une ville et ses citoyens.

Cette force d’inertie fait peur à voir. Encore une fois, comme en Grèce, comme en France, comme ici, la démonstration est claire. Cela prend l’écroulement d’un viaduc pour justifier la mise à niveau des infrastructures. Cela prend un centre-ville qui brûle pour que nous nous intéressions au transport des matières dangereuses. Cela prend, notamment, la pression des financiers et du FMI pour justifier « la réduction de la fonction publique grecque, aux effectifs augmentés durant des décennies par les pratiques clientélistes des partis politiques ».

Il me semble qu’il y a là des leçons à tirer, d’abord que la prospérité et la qualité de vie n’est pas un acquis. Puis, qu’il y a bel et bien une réflexion à y avoir sur l’endettement public de nos sociétés.

Oh! Il y a bien ceux qui n’y croiront pas encore. À ceux-là, il faudrait leur suggérer de parler à un policier de Détroit, retraité depuis 6 ans. Il s’est fait dire par le gestionnaire de la crise Kevyn Orr que son fonds de pension et plan d’assurance santé était l’abri pour encore… six mois.

“We have made a decision that for the balance of this year, the next six months, we’re not touching pension or health care,” Orr said in an interview with Free Press editors and reporters. “So all pensioners, all employees you should understand: It’s status quo for the next six months.”

Rassurant non? Alors dites-moi donc quelque chose. Cette fameuse générosité dont se targuent les ingénieurs sociaux de tels systèmes en faillite, elle se classe comment? Y a-t-il de quoi être fier lorsqu’on amène une ville, un État, des générations sur le bord de la faillite? Lorsqu’on s’obstine à faire perdurer un modèle financier qui ne peut qu’inévitablement frapper le mur? Généreux? Pas sûre…

Enfin, vous croyez vraiment que les Québécois sont à l’abri d’un tel dénouement? Comme on dit en anglais, « Think again ». Ou du moins, préparez-vous à payer et à combler les fonds de pension des employés du gouvernement et des municipalités, comme c’est déjà le cas. Attendez-vous également à ce que les maires soient contraints de négliger les investissements dans leurs infrastructures encore davantage. Enfin, attendez-vous à ce que les maires du Québec demandent que le « provincial » leur vienne en aide. Et le « provincial », c’est vous et moi, les amis.

_____

Écouter également l’entrevue de Germain Belzile, économiste, professeur aux HEC-Montréal.

3 réflexions sur “Détroit: L’inévitable mur

  1. La seule chose que ça prouve est: faites confiance aux politiciens et vous allez perdre votre argent. C’est simple. Et bien – y a pu d’argent. Le résultat de la mafia légalisée qu’est la démocratie: les politiciens qui achètent des votes en promettant aux sangsues des transferts (vol de propriété des autres) des autres citoyens (producteurs) qui n’ont mot à dire (mais ils finissent par voter avec leur pieds). La solution: seul ceux qui contribuent ont droit de vote – croyez-vous qu’on en serait rendu là? Voler via le vote est facile. La pension un droit? Ben voyons… s’il y a de l’argent mais les juges ne peuvent pas faire apparaître les ressources qui n’existent pas. C’est la même chose ici – les fonctionnaires du gvt du Qc qui pensent qu’ils vont avoir une retraite dorée advitam eternam… et bien … capitalisé à 60% – le fonds de pension est dans une zone dangereuse… et non tu ne pourras pas taxer plus, non tu n’auras pas des rendements extra going forward, non tu ne pourras pas emprunter plus (à des taux acceptables), non le Québec ne peut pas imprimer des dollars comme Détroit d’ailleurs… il n’y aura pas de réflexion.. ben oui des comités de ci et de ça mais comme on dit – ce qui ne peut continuer a tendance à arrêter…

  2. Je suis d’accord avec votre commentaire et je vous remercie d’avoir joint l’entrevue de Germain Belzile.
    Pour moi, la situation est assez claire:
    En 1960, les émeutes raciales « organisées » par la gauche ont signé la mort de Détroit. Je suis pour l’égalité de droit entre les blancs et les noirs; mais contre les émeutes pour faire des gains dans une société démocratique.
    Face à cette situation intenable, l’industrie de l’automobile a décidé d’abandonner Détroit aux mains de la gauche syndicalo-socialo-politique. Pour ces derniers vivre selon ses moyens, ça n’existe pas; il faut toujours demander plus. On voit maintenant ce que ça donne.
    J’espère que les centrales syndicales au Québec vont en prendre pour leur rhume.
    Pour faire un parallèle avec le printemps érable, je pense que l’excellent travail des policiers a éviter que la situation ne tourne aux émeutes. Nous avons évité le pire.
    J’espère que la gauche québécoise va en prendre pour son rhume.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s