Cours d’histoire souverainiste

MalavoyNe nous leurrons pas. Quand le Parti québécois afflige à peu près toutes les désignations québécoises du qualificatif « national », c’est qu’ils ont en tête de conditionner la population à s’imaginer vivre dans un État souverain et indépendant du reste du Canada.

Mais lorsque le gouvernement du Parti québécois se mêle de définir le contenu des cours d’histoire, cela devient carrément grotesque et frise ce qu’on observe dans certains pays où il y a une histoire « officielle » et une autre histoire qu’il serait dangereux de faire connaître par le bon peuple.

L’article du Soleil de ce matin me trouble et il devrait troubler tous les amoureux de l’histoire si tant est qu’ils n’aient pas été conditionnés eux-mêmes par une histoire victimaire et qu’ils ne profitent pas de leur position d’autorité pour promouvoir leur agenda politique. Encore là, peut-être faudra-t-il se désillusionner. Le printemps 2012 nous aura enseigné qu’il est peut-être déjà trop tard. Comme l’écrit le chroniqueur J.-Jacques Samson ce matin:

Cet enseignement reviendra à des professeurs syndiqués et carrés rouges, à très forte majorité souverainiste, dont l’organisation syndicale appuie ouvertement le Parti québécois et est engagée dans les mouvements qui militent pour la souveraineté.

Mais à la guerre comme à la guerre. La transformation des esprits, ça commence sur les bancs de nos écoles. Les mêmes personnes qui s’objectent férocement au cours d’éducation et de culture religieuse (qu’ils jugent trop « accommodante » pour ce qui est de transmettre les valeurs de multiculturalisme), sont maintenant en faveur d’un cours d’histoire qui misera fortement sur la question nationale.

La ministre Malavoy a donc créé un nouveau comité pour lui faire des propositions sur le contenu d’un cours d’histoire à saveur « nationaliste ». C’est que l’ancien comité, voyez-vous, ne correspondait pas tout à fait aux exigences. Son porte-parole Robert Comeau avait en horreur la présence de l’historien Jocelyn Létourneau.

« Alors si vous le mettez dans ce comité-là, c’est sûr qu’il va y avoir de la bisbille et qu’on va se chicaner», a raconté mardi le professeur d’histoire à l’UQAM. »

Onnnn. Monsieur pensait qu’il allait y avoir de la « chicane ». Pourquoi ça ne me surprend pas que ce supposé prof d’histoire enseigne à l’UQAM? « Québec évite la bisbille« , titre La Tribune de Sherbrooke.

Franchement, le monde. Si des professeurs d’histoire (peut-être suis-je trop généreuse en les qualifiant de professeurs?) ne sont pas capables de s’asseoir autour d’une table pour discuter du contenu d’un cours d’histoire, ça dit quoi de votre professionalisme? Ça dit quoi de votre partisanerie politique?

Franchement honteux. Mais la fin justifie les moyens, n’est-ce pas?

23 réflexions sur “Cours d’histoire souverainiste

  1. Les modifications qui pourraient survenir iront sûrement vers une propagande visant à promouvoir la séparation du Canada. C’est dommage mais pas étonnant de voir un tel manque d’intégrité de la part de ce gouvernement.

    Comme exemple on a balayé du revers de la main la guerre de 1812 au Québec. Par hasard, j’ai voyagé et je me suit rendu compte en visitant différentes provinces que cette guerre a été très importante malgré ce qu’en disent les Vaugeois de ce monde. Il y a eu la bataille de Châteauguay, des batailles en Nouvelle-Écosse et en Ontario comme quoi ce n’était pas de simples rixes mais bien un conflit Anglo-Américain important.

    Les américains on même donné le nom d’un général américain Zebulon Pike à une montagne du Colorado ( Pike’s Peak) qui a participé à la bataille de York qu’il a d’ailleurs perdue.

    Tout ceci pour en venir à mon absence totale de confiance en la réécriture de l’histoire à la manière péquiste.

    Je suis toujours étonné de voir l’isolationnisme institutionnel et médiatique du Québec. Une réécriture de l’histoire ne fera qu’enfoncer notre peuple dans son nombril nationaliste…Quelle déception.

  2. « L’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères , superbes, insupportables et vaines. »
    Paul Valéry (1871-1945)

    • Et c’est ce que fait allègrement le parti Québécois depuis des lustres. Un professeur péquiste convaincu comme un caribou transmet ses émotions. Que ses émotions!

      Qui est là pour encadrer le contenu de leurs cours quand ils sont à l’intérieur de leur classe? Au secondaire, les élèves boivent leur parole sans aller plus loin dans leur questionnement. Si l’enseignant le dit, ce doit être vrai. Ils sont encore, une belle pâte à modeler, malheureusement pour eux.

      Commencer par les plus malléables pour arriver à leurs fins, c’est la stratégie du PQ. Pas surprenant qu’ils rêvent de descendre le droit de vote à 16 ans. Ce serait dans la poche pour eux. L’émotion étoufferait la raison.

  3. Il est certain que ce programme « d’histoire » sera en fait une réécriture de l’Histoire avec une savoir victimaire, gauchiste et indépendantiste. Il est fort à parier qu’il y a de longs chapitres sur « La Grande Noirceur », « La Révolution Tranquille », « La Nuit Des Longs Couteaux ». Tout ça dans le but d’endoctriner et non pas d’instruire. Le PQ, et le soi-disant modèle québécois, est pitoyable.

  4. Donc le PQ veut son Histoire sans histoires. Il est fidèle à lui-même. Ça fait 45 ans que le PQ existe. Il ne s’est jamais soucié que la bonne Histoire soit enseignée; parce qu’il croyait dure comme fer que « La Terre était à l’année 0 », donc sans Histoire. Maintenant qu’il a réussi à étatiser l’enseignement de la Religion, il entreprend d’étatiser l’enseignement de l’Histoire.
    Je suggère que les trois principaux partis à l’Assemblée nationale écrivent chacun une Histoire du Québec et qu’elle soit enseignée à tour de rôle en la changeant à chaque année. Il vaut mieux en avoir trois bien orientées qu’une seule mauvaise.

  5. Mme Marcotte, c’est tellement grossier, il faut réagir. Jocelyn Létourneau, historien, est méprisé par Mathieu Bock Côté, qui, lui, prétend détenir la Vérité..

    Pourquoi? parce qu’on ne doit pas laisser les chastes oreilles du peuple québécois entendre des hérésies telles..

    « Il s’agit d’abandonner les vieux récits victimaires où les Québécois sont des éternels losers. »

    « En ce qui concerne la question nationale, les Québécois développent une ambivalence de sentiments, d’attitudes, de jugements et de positions politiques. »

    « Plutôt que de postuler une éternelle aliénation d’un peuple qui ne connaîtrait pas son histoire, qui aurait perdu sa mémoire ou qui serait éternellement déboussolé, »

    « plutôt que d’accepter la formule toute faite du « destin inaccompli », il vaudrait mieux prendre acte de cette ambivalence, »

    « la théoriser comme telle, comme une vision du monde et non comme un défaut, un manque, une lacune. »

    « C’est dans l’ambivalence que les Canadiens, les Canadiens français et les Québécois se sont élevés historiquement. »

    « Ce qu’il faut c’est « passer à l’avenir » écrire de nouveaux récits dans la pluralisation des cultures avec, comme horizon, la nécessité d’inventer un nouveau lien social. »

    « Réexaminer le passé aux fins de la construction d’un avenir aussi viable que possible. »

    Me semble qu’un Éric Duhaime. ou un Stéphane Gasse, les seuls de radio X indépendants de Québecor, pourraient inviter Jocelyn Létourneau..

    Les Québécois sont assez grands pour se faire leur idée.

    Laisser à un fanatique nationaliste comme Mathieu Bock Côté et sa clique St-Jean Baptiste enfoncer leur idéologie dans la tête de nos enfants c’est inacceptable.

    Si ces disciples de Lionel Groulx prennent ainsi tout la place, c’est qu’on la leur laisse..non?

  6. Ma chère Mme Marcotte. Je le dis depuis 10 ans a moins que Mme Marois a un agenda bien préparé. Souvenez vous que c’est elle qui a implantée les garderies syndicalisées.Prochaine étape le primaire et le secondaire avec le cours d,histoire pour embrigader nos enfants. C’est le modèle utilidé dans les pays que l’on aime détester,sans les nommer.

  7. J’aimerais ajouter.. et pendant ce temps-là qui profite de l’incompétence du gouvernement en place? La francophonie canadienne..

    Depuis les deux dernières années, Toronto met les bouchées doubles dans l’enseignement de la langue française et à renforts de publicité tente d’attirer les immigrants francophones…

    Ce matin, aux nouvelles, on faisait l’annonce de l’ouverture à Toronto de quelques écoles françaises pour jeunes enfants..

    TV5 francophonie canadienne et québécoise rejoint désormais « tous » les francophones canadiens..

    Entendu à la fin du bulletin de TV5 il y a 2 jours, « Merci à vous qui nous écoutez de Toronto. »

    Zacharie Richard a accepté, à la demande d’intellectuels québécois, la présidence d’un mouvement créé pour promouvoir le français en Amérique.

    Tout ça pour dire.. que feront les jeunes Québécois les plus talentueux dans un Québec replié sur lui-même.

    L’alternative francophone qui se dessine clairement pourra leur faciliter l’exode.

    Montréal a été détrôné par Toronto dans son rôle de métropole, ne serait-il pas ironique que Toronto lui fasse compétition dans sur quoi repose l’identité québécoise, la langue française?

    Farfelu?

    • Ce n’est pas si farfelu que ça. On y voit un exemple avec le festival des films du monde de Toronto a pris beaucoup d’importance au fil des ans et détronant le festival des films du monde de Montréal qui s’est endormi sur ses lauriers et à bout de souffle tel que mentionné dans un billet de Richard Martineau.

      J’imagine comment Pierre Curzi réagirait quand Toronto entrera en compétition contre Montréal sur quoi repose l’identité québécoise, la langue française. Il aura du mal à digérer la pilule, lol. 🙂

  8. Oui, je sais que l’Histoire que l’on enseigne à l’école s’écrit avec une majuscule.Il me semblait avoir porté attention à ça.C’est une coquille. Mes excuses à ceux qui savent.
    On ne fera pas toute une histoire pour ça.

  9. Ah…les Péquistes presque tous diplômés en sciences sociales pas de maths et syndicalistes. Pas surprenant de les voir accorder une importnce disproportionnée aux cours de LEUR histoire propagandiste et complètement passer sous silence que notre économie nationale est en train de tomber en lambeaux.

    Nos écoles sont remplies de moisissures? Pas grave.
    Notre taux de chômage approche des pires stats canadiennes? Pas grave.
    Nos taxes et impôts sont les plus élevées en Amérique? Pas grave.

    On va avoir une belle charte de nos valeurs de nos « valeurs » (la dépendance morbide à l’État, la corruption et la collusion endémiques au Québec en feront-elles partie?) et en plus, un beau cours d’histoire péquiste.

    Host.. qu’on est épais au Québec!

  10. Notre taux de chômage? C’est pas hier que les chiffres de StatCan montraient que le Québec avait le 3ème plus haut taux d’emploi du monde occidental , 5% de plus que les États-Unis?. (Statistiques Canada étant un repaire de carrés rouges syndiqués comme on le sait…) . Anyway, je ne lis pas ce blog pour m’informer.

  11. On pourrait au moins s’entendre sur les faits historiques. Leur interprétation ? Depuis toujours elles sont multiples. Je ferais confiance à un large comité d’historiens. Les gens qui sont contre tout nationalisme jugeront la bataille des Plaines d’Abraham comme une victoire pour un Canada fort et uni. Les autres non. Enseigner les faits et laisser les gens les interpréter. De toute manière on n’y échappe pas et ça ne convaincra personne de l’importance ou non du français au Québec par exemple. Les partisans de l’économie avant tout, la valeur universelle et première nous diront que le français doit demeurer à la maison. Les défenseurs de l’identité québécoise diront le contraire. Bien connaitre les faits et à vous de juger comment les interpréter.

  12. Depuis mes premiers pas dans le monde adulte que je ne comprend pas pourquoi nous appelons notre assemblée provinciale, « l’assemblée nationale ». Quand on parle de consultation populaire, on dit « consultation nationale ». On parle même de Capitale-Nationale quand on parle de la région de Québec… Allo?

    • Parce qu’une nation a une capitale nationale et qu’une province , qui veut dire en latin « pour les vaincus », a une capitale pour les vaincus. Dépend comment on se voit et comment on s’aime finalement…

  13. Concernant les « vaincus » on est forcé d’admettre que toutes les nations du monde furent vaincues à un moment ou l’autre de leur Histoire.
    Il faut juste remonter assez loin dans le temps.
    Par contre il faut savoir revenir dans le présent pour vivre sa vie.

    • Revenir dans le présent, c’est précisément de ne pas s’appeler « province ». La Finlande n’est plus une province de la Suède ni un Grand-Duché de la Russie. Leur suggérer qu’ils auraient dû le rester les ferait doucement rigoler.

  14. À propos de province et vaincu : « Le préfixe est clairement pro-. Le radical n’est pas [1] le vincere militaire (« vaincre ») mais vincire (« lier ») que l’on retrouve dans vinculum (« lien ») avec la même métaphore de « lien » qu’il y a dans obligatio. »

    • J’ai fait mon classique. La « province » lie les vaincus au pouvoir…En proto-latin, vincere et vinculum sont de la même origine. Le signe de la victoire , c’est qu’on lie les mains du vaincu pour l’amener en esclavage. Bon, on ne fera pas de la philologie et de la linguistique. À noter qu’il n’y a jamais eu de province de Paris,de Rome,de Stockholm ou de Moscou…Le Canada est à ma connaissance et corrigez-moi s’il le faut le seul à avoir ressuscité ce vieux terme romain. Il y a peut-être une raison. Il redevient utilisé juste après la Conquête ( pardon la « cession » disent les trudeauistes, rien ne remontant le moral comme de se faire rappeler qu’on était au même rang que le bétail…).
      Bon, étant un prof paresseux et syndiqué, je retourne à mes corrections en compagnie des deux autres dans mon couloir ( pour les autres étages, je ne sais pas ni pour ceux qui travaillent à la maison…)

  15. Je vais être très clair, parce qu’il n’est nullement de question de propaghande indépendantiste dans ce projet. L’histoire du Québec qu’on le veuille a comme ligne directrice la question nationale et ce depuis la conquête, du moins en ce qui concerne l’histoire politique du Québec. Rarement le politique n’a-t-il pas été mêlé à la question nationale depuis 1759, de l’Acte de Québec de 1774 en passant, par la Rébellion des Patriotes, par la confédération de 1867 puis du duplessisme à la Révolution tranquille jusqu’au référendum, voir même les élections fédéral de 2011. Que l’on soit fédéraliste ou indépendantiste c’est un fait qui est de mon humble vis difficilement niable. À ce sujet, je vous suggère de lire sur les divers écoles historiographiques québecoises qui en sont la démontration. Tous partent d’un postulat, celui des effets de la conquête sur le peuple majoritaire du Québec, les canadiens français. Certains croient que la conquête anglaise fut providentielle alors que d’autres estiment qu’elle a amené le peuple canadien français dans une infériorité économique jusqu’à l’avénement de la Révolution tranquille. Libre à vous de croire qu’une telle ligne directrice est propaghandiste, mais le problème d’historiens tel Létourneau est qu’ils proposent une histoire hétérogénéisée très sociale se concentrant des sujets relativement trop ciblée. On peut consacrer quelques heures sur le phénomènes des autochtones et celui des femmes, des minorités ethniques quelconque, des communautés agricole au Québec, mais cette histoire ne peut compromettre une histoire plus événnementielle qui s’axent autour du développement politique et économique générale du Québec de la Nouvelle-France à aujourd’hui et inévitablement lorsque l’on traite des grands événnements du Québec on passe par la question nationale. On peut accuser cette histoire d’être généraliste, mais on ne peut couvrir aisémment plus de 400 ans d’histoire en une année ou deux. L’élève aura dès lors au moins le mérite de s’être fait une tête générale sur le récit du Québec et du Canada et cela l’aidera à être un meilleur citoyen, faisant des choix plus lucide. Pour vous donner un exemple, avoir une bonne conscience historique, de par mon étude des bouleversements du Québec depuis cette dite Révolution tranquille m’a permis de mieux comprendre le point de vue d’une frange de la droite québecoise à laquelle vous êtes étroitement associé madame Marcotte et de pouvoir mieux y réfléchir et non je ne suis pas nécessairement à gauche, ni souverainiste. J’estime simplement que ma connaissance de l’histoire du Québec me permet de mieux réfléchir, d’être plus critique par rapport à la situation actuelle.

    • Je n’ai pas l’habitude de répondre aux « anonymes’, mais merci pour votre commentaire. Je vous comprends parfaitement. P.S. Pourquoi ne pas vous afficher avec votre vrai nom?

  16. Pingback: Libres de débattre: vraiment? – Le blogue de Joanne Marcotte

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