Système de santé et Blackberry

MédecinsIl y a trois ans, un dénommé Jean-Guy Pitre, policier à la retraite, souffrait d’un problème cardiaque (la valve de l’aorte était bloquée). On l’a mis sur une liste d’attente. Il a attendu trop longtemps… Il en est mort.

Le 10 septembre dernier, TVA rapportait le décès de Dominic Cantin, 34 ans, décédé après avoir été renvoyé chez-lui par l’Urgence de l’hôpital Chauveau. L’urgence de l’hôpital fermait à 22h… et malgré sa fièvre et son malaise, on n’a pas jugé bon le référer à un autre hôpital de la région.

Harold Paradis aurait pu connaître ce même sort 3 ans plus tôt alors qu’il faisait un infarctus et qu’aucun médecin n’était de garde à l’ouverture de l’urgence. Pas de médecin! Je répète: pas de médecin dans un hôpital qui est sensé offrir un service d’urgence!

Cette semaine, Françoise Parent, 67 ans, est décédée sur une civière de l’urgence de l’hôpital Pierre-Boucher à Longueuil après avoir attendu 13 heures sans voir un médecin.

Et ça, ce sont quelques cas que l’on connaît. Nous avons tous des histoires d’horreur à raconter de gens que l’on connaît, des proches, en attente, en souffrance, patients et subissant l’insoutenable sentiment d’impuissance face au « système ». Ce « système », il se défend: manque d’infirmières, manque de ressources, manque de plateaux diagnostics, manque de lits aux soins intensifs, manque d’argent. Mon oeil!

Blablabla… Pire, on est rendus à devoir se contenter des « excuses » de la part des employées du CSSS Pierre Boucher. Des employées! Mais ils sont où, les administrateurs et les multiples paliers de pousseux de crayons, de faiseux de statistiques pour le Ministère et de concocteux de programmes de santé publique? Elle est où la plus récente nouveauté bureaucratique du Commissaire à la santé et au bien-être? Elle pond des rapports, bien sûr.

Pendant ce temps, le plus récent rapport de l’ICIS (Institut Canadien d’information sur la santé) nous apprend que

« le Québec est l’une des provinces qui comptent le plus de médecins par habitant, avec un ratio de 235 par 100 000 habitants (214 dans l’ensemble du pays).

Bonne nouvelle! Moins bonne nouvelle, le Journal de Montréal nous apprend que « des jeunes médecins finissants n’ont d’autre choix que de quitter le Québec pour se trouver du travail, faute de poste disponible ici. » Un jeune chirurgien cardiaque de 33 ans travaille maintenant aux États-Unis comme plusieurs autres. Il est maintenant à la tête du programme de greffe et de coeur mécanique de son hôpital. Y comprenez-vous quelque chose, vous?

Maintenant qu’on sait que le problème n’est pas un problème d’argent et qu’il n’est pas un manque de médecins, on fait quoi? On continue de dire que c’est un problème de gestion?

On continue de nous imaginer que ce monstre peut se réformer? Qu’il suffit s’asseoir les différents « partenaires » (comme je déteste ce mot!) et de négocier une nouvelle organisation du travail?

Après les rapports Rochon, Clair, Ménard,  Castonguay, on continue d’espérer que tout ce joli monde s’assoira un jour pour optimiser tout ça? N’a-t-on pas vu ce qui s’est passé avec les pharmaciens?

Je vous le dis pour avoir participé à un des nombreux rapports qui ont été tablettés:

Tant qu’on diagnostiquera le problème comme un problème de gestion, on est foutus. Bien sûr que c’est un problème de gestion!!! Et puis après? On va dire ça combien de temps encore?

Blâmer le problème de gestion? La bureaucratie? Les groupes corporatistes qui prennent en otage le « système »? Les syndicats? La fusion des unités d’accréditation ne devait-elle pas régler quelque chose? Est-ce qu’on ne nous avait pas dit qu’il était là le problème?

N’a-t-on pas compris qu’il est dans la nature de la bête DE NE PAS SE RÉFORMER? Vous voulez mariner encore longtemps dans ce foutu merdier? Voir mourir les gens, faire attendre les gens, voir nos meilleurs médecins partir au loin, voir de monstreux CHU se construire pendant qu’on coupe dans les services directs à la population?

Blackberry aussi avait un problème de gestion. Son produit a déçu, la firme n’a pas livré, on a fait face à la concurrence et la compagnie va mourir. Est-ce que les consommateurs seront pénalisés? Pas tant que ça. Il y aura toujours quelqu’un pour offrir mieux, pour se gérer mieux, pour créer, inventer, innover et concurrencer l’étoile du moment.

Ce n’est pas le cas dans un monopole public. On préfèrera toujours faire attendre ou voir mourir les gens plutôt que de promouvoir une nouvelle vision, responsabiliser les gestionnaires (lire « les congédier »), introduire des nouveaux modes de livraison de soins, libéraliser le secteur de la santé, permettre à des nouveaux joueurs ou à de nouvelles organisations de concurrencer le monopole public.

Et devant ce refus de la véritable compassion au profit d’un « système » indifférent à l’attente, le politicien continuera-t-il de nous faire croire qu’il ne s’agit que d’un problème de gestion pendant que le contribuable se voit confisquer le fruit de son travail par une nouvelle taxe-santé et que le patient souffre d’un insoutenable sentiment d’impuissance.

Aura-t-il cette audace? Et continuerons-nous de le croire? Et si oui, jusqu’à quand?

7 réflexions sur “Système de santé et Blackberry

  1. J’ai été témoin d’une grande perte de temps lorsque j’ai oeuvré comme bénévole pendant une dizaine d’années au NICU du Royal Vic. Tout les rapports sont écrit à la main par les infirmières et médecins et il faut que les infirmières puissent déchifrer l’écriture des médecins, chose qui présente des possibilités d’erreurs.

    Je connais plusieurs médecins qui ne savent même pas se servir d’un ordinateur. Dommes nous en 1930. Si ils étaient computer literate, des formulaires genre Excel avec colonnes sur l’ordinateur rendraient tout plus précis et cette façon de procéder sauverait beaucoup de temps et éviterait des problèmes de compréhension. Pour la plupart de l’info des rapports, les infirmieres et médecins pourraient cliquer pour entrer de l’info, sur les sujets qui concernent les patients, spécialement sur les signes vitaux.

    Une chose est sure c’est que toutes les infirmières sont à bout et très stressés due au manque de support pour faciliter leur travail. En plus j’ai remarqué que la plupart des médecins n’apprécient pas les efforts des infirmieres. Je pense que le College des Médecins a du travail à faire pour éduquer nos Dieux de la santé. Hmmm!

    Ce n’est qu’un détail, mais un détail important. Tout semble être dans la merde. Le pire est que le privé est mal supervisé, il y la de la corruption, médeins qui chargent leur « clients » et le gouvernement..oui la aussi. Ah! le Québec est vraiment infecté. Vous êtes surpris?

  2. Quand un système de santé a autant d’employés qui font de la paperasse, des rapports, des statistiques, etc., que d’employés qui donnent des soins aux patients, on peut dire que ça va mal.

    Qu’il y ait 500 à 600 personnes qui meurent à chaque année de maladies nosocomiales et que personne ne s’en inquiète vraiment, c’est assez démonstratif de l’état de complaisance hypocrite du système.

    Mais personne n’est jamais responsable, c’est le système…

  3. Tous les débats sont stériles au Québec et ne mènent nulle part. On sait tous qu’il n’y a rien a faire a part crisser le camp d’ici pour ceux qui peuvent se le permettre. Foutu, complètement foutu. Et c’est peine perdu pour tous ceux comme toi Johanne qui tentent d’éveiller les consciences de nos lobotomisés.

  4. le 80% des gens qui ne savent pas trop où est le nord se contente de ça – c’est fou lorsque je dit à des gens pourtant assez éduqués que c’est le bordel ce système – les réponses vont: ah mais quand même ce n’est pas comme aux USA… là ils meurent dans la rue.. ici tu ne payes pas…Le brainwash est un fait accompli. Le bottom line est que le 80% va se contenter de ça et se la fermera parce que le seigneur l’état l’a dit – ce n,est pas parfait mais sans lui ils mourraient. Le 20% (qui paient) ne perdra pas son temps avec ce système… il va trouver les soins là où ils sont et il va payer. L’autre vague qui s’en vient est que tout ça étant à des années lumières d’être économiques (monopole:coûts montent qualité descend) – la robotisation s’en vient: J&J a mis au point un robot qui fait l’anesthésie (un des métiers les plus payé: $300 000 aux USA) – le robot: $150 la shot. Autre truc intéressant – lorsque les américains vont vraiment voir quel horreur est Obamacare – ils vont déchanter de l’état providence – et c’est déjà commencé – si tu veux assurer des gens déjà malades – c’est comme contracter une assurance feu lorsque ta maison brûle… donc les assureurs font payer les autres dans le pool…donc est-ce que vous pensez que les riches se font ch… avec ce genre de choses… bien sûr que non ils ont des plans avec des assureurs spéciaux… mais la classe moyenne voit ses primes augmenter de centaines de % et les employeurs y voient une porte de sortie pour domper leur employés sur les échanges de Obamacare – et tout ça va être administré par le IRS (revenu canada…) – allez chercher le popcorn ça va être intéressant à regarder!!!

  5. Quel cri du coeur!!!

    Imaginez-vous une seule seconde les déchirages de chemises et les hauts cris de vierges offusquées de la part des syndicaleux et des anarchos-gauchistes de tous acabits si un hôpital privé était accusé des mêmes crimes qui vous nous décrivez ici.

    Une seule solution: faire entrer en compétition directe le public avec le privé. Déjà que le privé est 4 à 6 fois plus rapide et moins cher que le public dans plusieurs domaines…

    • J’ai travaillé 35 ans dans une compagnie de service. Un exercice se faisait a tous les 2 ou3 ans. Ça consistait a mettre en péril tout employé possédant un travail qui n’était pas en contact direct avec la clientèle. Bien sur on était pas syndiqués mais avec des conditions de travail des plus avantageuses. Mais dans le service de santé ça n’existe pas.
      Le ministre de la santé vient de s’appercevoir que tous les gestionnaires de la santé ne se sont jamais rendu compte que les G.M.F. ont reçu des sommes énormes pour donner plus de service a plus de citoyens et ça ne s’est jamais produit. L’argent a servi a quoi? Le ministre ne le sait pas encore c’est sous enquête. C’est comme ça que notre argent est gérée.

  6. Ma vision est peut-être simpliste mais voici ce que j’en pense:

    Le système de santé comme bien d’autres secteurs gouvernementaux souffre de la mise en place de système de vérifications et de comptes.

    Ayant oeuvré dans une organisation pendant plusieurs années, j’ai participer à la mise en place de programme de reddition de compte afin d’assurer que les services rencontraient les objectifs organisationnels. L’utilisation de diverses méthodes comme le tableau de bord prospectif visent essentiellement à l’atteinte d’objectifs stratégiques et économiques. Cette approche en soit est valable mais demande des efforts substantiels.

    On vérifie donc constamment et absolument tout ce qui peut être vérifié, on empiles systèmes par dessus systèmes, on y ajoute la technologie et finalement, l’ensemble visant à améliorer le rendement organisationnel devient de plus en plus lourd jusqu’à paralyser les opérations. Je l’ai vu de mes yeux vu.

    Je crois que c’est ce qui se passe dans plusieurs sphères organisationnelles autant gouvernementales que privées.

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