Alcoa: un modèle en sursis?

AlcoaQuelle belle entrevue structurante que celle qu’a offerte Dominic Maurais ce matin à Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada. Voici ce qu’on y apprend.

– Depuis fin des années 90, la Chine est devenue, et de loin, la plus grande productrice d’aluminium dans le monde. Sa production sert principalement à ses besoins intérieurs, en plus d’importer 10% de la production mondiale!

– Deuxième phénomène: Le Moyen Orient qui ne produisait à peu près pas d’aluminium il y a une douzaine d’années, produit aujourd’hui plus d’aluminium que le Québec. On y retrouve maintenant les alumineries les plus grandes au monde. Une seule usine là-bas peut produire plus que toutes les usines du Saguenay. De plus, la croissance de production d’aluminium prévue au Moyen Orient vise le marché en croissance des États-Unis (le nôtre!).

– Au Québec, l’énergie hydroélectrique a servi de levier pour la création de la richesse, pour les alumineries et pour les 4000 entreprises qui fournissent ces usines en biens et services. Ce que je comprends: l’électricité a été jusqu’à présent un des fondamentaux très très importants de notre économie.

LE PROBLÈME?

– Le Québec hésite à diminuer le tarif énergétique pour rendre les alumineries au Québec plus concurrentielles.

Une 20taine d’alumineries ont fermé dans le monde, des usines qui se trouvaient dans le 3e ou 4e quartiles des coûts de production. Le tarif L du Québec (à 4,6 sous) nous amène dans le 4e quartile. Or, 90% des usines qui ont fermé dans le monde étaient dans le 4e quartile.

A-T-ON RAISON D’ÊTRE INQUIETS? – Maurais

Réponse (Jean Simard): Oui. Alcoa a déclaré 280 millions de profits cette année pour ses 21 alumineries dans huit pays alors qu’elle se retrouve avec une augmentation de sa facture d’énergie de 220 millions $ au Québec seulement.

Comme je disais, très bonne entrevue.

AUTRES INFORMATIONS INTÉRESSANTES

– Le prix de la tonne d’aluminium s’est effondré ces dernières années, passant de 2750 $US en 2011 à 1850 $US. (lire article ici)

– Selon une analyse de l’agence Bloomberg, 50 % de la production mondiale est déficitaire lorsque le prix de l’aluminium baisse sous la barre des 2000 $US la tonne.

– Aux États-Unis, la révolution du gaz naturel (de schiste) permet d’offrir aux alumineries des tarifs sous la barre des 3 ¢ le kilowattheure. (Au Québec, on a passé tout droit là-dessus). Selon le spécialiste des questions énergétiques des HEC-Montréal,  M. Pineau,

«en Arabie Saoudite, Alcoa a obtenu des contrats d’approvisionnement en électricité lui permettant de produire des lingots d’aluminium pour aussi peu que 2 ¢ le kilowattheure», fait valoir l’expert M. Pineau.

LES QUESTIONS FONDAMENTALES

Aujourd’hui, Alcoa a informé son fournisseur (Hydro-Québec) qu’elle pourrait fermer ses usines si ses tarifs augmentent de 60% tel que négocié en 2008. Méchant casse-tête! Pris au piège, le politique n’aura probablement d’autre choix que de céder. Et pourtant…

Si une telle annonce ébranle, c’est que le politique a un jour décidé de miser sur l’hydroélectricité comme levier de développement économique régional. Quitte à subventionner à grands frais les emplois de l’industrie, subventions évaluées parfois à des centaines de milliers de dollars par emploi. Selon des analystes en énergie tels que Jean-François Blain ou Jean-Thomas Bernard, l’industrie de l’aluminium a plus ou moins été soutenue à perte.

Selon Blain, la reconduction du tarif à 3 ¢ plutôt qu’à 4,4 ¢ (le tarif L) pourrait se traduire par une nouvelle subvention directe annuelle de 53 000 $ par emploi à la multinationale! Jean-Thomas Bernard avait évalué à 274 000 $ par emploi un projet d’usine à Jonquière.

Comme le conclut cet article, après 24 ans d’existence, les ententes entre les alumineries et Hydro-Québec n’ont jamais été rentables pour Hydro-Québec. Depuis 1987, la société d’État a déclaré des manques à gagner cumulés de plus de 3 milliards $.

Est-ce à dire qu’il faut tourner la page, encourager la fermeture des usines et dire « Au Revoir Alcoa »? (quoique la décision n’est ultimement pas celle de Québec).

Probablement pas dans l’immédiat.  Surtout que par les temps qui courent, Hydro-Québec est en surplus d’électricité; par conséquent, le coût d’opportunité de tarifs préférentiels aux alumineries n’est plus ce qu’il était. Cela dit, le contexte mondial a changé, le Québec a passé tout droit et des questions se posent.

Est-ce que le Québec veut continuer d’utiliser l’hydroélectricité comme levier de développement économique régional quitte à continuer de subventionner à grands frais les emplois de cette industrie (pendant que les particuliers continueront d’absorber des hausses de tarifs?)

Après avoir chassé les secteurs sur lesquels notre gouvernement idéologue lève le nez, peut-on se permettre de provoquer des bouleversements aussi structurels de certaines économies régionales? Le gouvernement a-t-il seulement l’intelligence et la vision d’imaginer une transition vers des économies plus diversifiées pour les régions mono-industrielles? Pourquoi avantager une seule grande industrie plutôt que d’alléger le fardeau fiscal ou les coûts de production de l’ensemble des entreprises du Québec?

Pour ma part, j’avais réalisé que le modèle social québécois était désuet. Je réalise aujourd’hui qu’un des fondamentaux au modèle québécois économique l’est peut-être tout autant…

Mais la question encore plus fondamentale est celle-ci.

Si on ne réussira plus à attirer les investisseurs avec un dollar faible ou des tarifs préférentiels d’hydroélectricité, il reste quoi au Québec comme avantage comparatif pour séduire les investisseurs?

Surtout quand on sait que déjà, certains investisseurs étrangers ont compris que le Québec est « Closed for business » depuis quelque temps et ce, pour toutes sortes de raisons: l’instabilité résultant de la « question nationale », gouvernement souverainiste en place, lois du travail, ingérence syndicale, vexations linguistiques, infrastructures déficientes, fardeau fiscal des entreprises et de la main-d’oeuvre plus élevé qu’ailleurs.

Ironiquement, pendant que le gouvernement Marois et ses activistes écolos s’évertuent à vouloir augmenter les redevances et à faire fuir les minières, il est condamné à vendre encore plus à perte l’hydroélectricité aux alumineries.

Cela dit, je vais tout de même terminer avec une bonne nouvelle. Aujourd’hui, on apprend que la CAQ et le PLQ forcent par subpeona le ministre des Finances Nicolas Marceau à comparaître en commission parlementaire pour rentre compte des finances du Québec. Mieux que ça, le député de Lévis Christian Dubé (CAQ) a déposé un projet de loi (#497) pour régler les déficits des régimes de retraite des employés municipaux. Comme quoi, il y en a qui s’affairent peut-être à préparer le jour où on pourra voir (enfin!) au-delà du mur.

3 réflexions sur “Alcoa: un modèle en sursis?

  1. Gaz de shiste pour produire electricité pour quelques sous, mais l’environment mange la claque. Mais quand l’argent entre en jeu; la didscusion inteligente prend le bord. Pensez au roi Midas.

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