La Caisse savait et a participé au dérapage: Chapeau au Journal!

cdpqLes Québécois ont fini par avoir l’heure juste sur ce qui est arrivé, en 2008, à leur bas de laine géré par la Caisse de dépôt et de placement. Souvenons-nous de l’importance de l’événement: des pertes de 38 milliards $ dont une certaine proportion est due au produit toxique des PCAA.

Une perte de cette proportion aux États-Unis se chiffrerait à 1,628 billion (1628 milliards $), soit un montant plus élevé que tous les programmes de stimulants économiques votés par ce pays. Ce n’est pas un problème, c’est un dégât de gigantesques proportions. – Léon Courville, économiste, Le Devoir, 24 février 2009

Oh, il y a bien eu une Commission parlementaire à laquelle étaient conviés l’ex-PDG de la Caisse de dépôt et de placement, Henri-Paul Rousseau, et la ministre des Finances de l’époque, Monique Jérôme-Forget. Cela dit, les véritables responsables de la Caisse d’avoir acheté en aussi grande quantité le produit financier toxique n’y étaient pas, la ministre a feint l’ignorance et l’ex-PDG a fait croire que son organisation n’avait rien vu venir. Où étaient donc ces enregistrements à l’époque?

Bref, encore une fois, le Québec Inc., celui qui se protège, ce petit monde où on passe d’une institution à une autre (le grand responsable du dérapage à la Caisse, Luc Verville, est maintenant chef des placements du fonds des travailleurs Fondaction de la CSN!) et où on couvre ses arrières au détriment de l’investisseur québécois, aura réussi à s’éviter des représailles. La vérité ne viendra ni de la Commission parlementaire, ni de la ministre des Finances de l’époque (Monique Jérôme-Forget), ni de l’Autorité des marchés financiers, organisme sensé protéger l’investisseur québécois.

Non, la vérité viendra de l’écoute, de la transcription et de la traduction des conversations enregistrées entre les responsables de la Caisse (l’acheteur), la Banque nationale (le distributeur) et la firme Coventree (le fabricant du PCAA dont la Caisse détenait la majorité de l’actionnariat, soit dit en passant!), conversations obtenues dans le cadre d’un procès en Ontario! Selon le Journal,

C’est en Ontario qu’a eu lieu l’unique procès des acteurs impliqués dans cette crise, soit celui de la firme Coventree, qui avait vendu à la Caisse de dépôt la majeure partie de ses papiers commerciaux toxiques.

Pire, selon Andrew McIntosh, chef du Bureau d’enquête du Journal,

Encore aujourd’hui, l’Autorité des marchés financiers du Québec (AMF) refuse même de confirmer l’existence de ces enregistrements.

En novembre 2007, le journaliste Denis Lessard de La Presse écrivait ceci:

Selon Mario Dumont, il est difficile d’expliquer pourquoi la Caisse a acheté en masse de ces papiers commerciaux même quand leur valeur piquait du nez à compter d’août dernier. Du même souffle la Caisse a encouragé d’autres caisses de retraite publiques à s’engager dans cette voie. Elle est d’ailleurs l’actionnaire principal de Coventry «qui créait, vendait et se faisait le promoteur» de ce type d’investissement.

Aujourd’hui, la vérité éclate. La Caisse SAVAIT! Pire, elle a rempiré la situation en achetant encore davantage des PCAA pour soutenir le marché, en clair, pour soutenir son vendeur, la Banque nationale qui n’avait pas de marge de crédit suffisante pour racheter les PCAA qu’elle avait vendus à la Caisse.

Aujourd’hui, l’histoire se répète. Ce sont maintenant le gouvernement du Parti québécois et le Parti libéral du Québec qui se refusent à une enquête en profondeur réclamée par la CAQ.

La vraie morale de l’histoire? Le vrai coupable? Le corporatisme financier québécois où le tandem coupable est formé de la Banque nationale, le grand fournisseur de papier commercial non bancaire, et de son plus gros demandeur qui est la Caisse de dépôt.

Ajoutez à cela que l’actionnaire principal de l’époque de la firme Coventree (celle qui fabriquait le produit toxique de PCAA) était la Caisse et vous avez là la démonstration des effets pervers d’un nationalisme économique à la faveur, cette fois-ci, de la Banque nationale en très mauvaise posture.

Encore une fois, voilà également une démonstration d’un Québec du no-fault. Alors qu’aux États-Unis, on n’hésite pas à poursuivre des JPMorgan Chase et des Wells Fargo, ici, l’Autorité des marchés financiers étouffe les poursuites et nie même l’existence d’enregistrements compromettants.

« La Caisse a ni plus ni moins sauvé la Banque nationale », me confiait un analyste avisé. Et les Québécois paieront pour ça. Comme ils ont payé lorsque le gouvernement a voulu favoriser l’émergence d’un gestionnaire de fonds québécois nommé Norbourg et dirigé par un dénommé Lacroix, un ancien de la Caisse, soit dit en passant.

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Lire également Nos dépôts perdus de Mario Dumont et les articles du Journal Cinq ans après la criseJe n’ai reçu aucune nouvelle sur cette merde-làDes enregistrements font mal paraître la Caisse de dépôt,  Des enregistrements qui donnent un nouvel éclairageLes principaux acteurs de la crise des PCAA – Que sont-ils devenus?L’impact sur le Québec est énormePas de poursuites au Québec malgré le gâchis à la Caisse de dépôt 

13 réflexions sur “La Caisse savait et a participé au dérapage: Chapeau au Journal!

  1. je ne cotise pas à la RRQ depuis que j’ai parti ma cie il y a 10 ans – ma comptable a quasiment fait une crise cardiaque – mais je n’étais pas pour mettre mon cash dans un ponzi scheme par definition – il n’y aurait plus de cash lorsque sera venu mon tour – ça c’est sûr – deuxio – philosophiquement ma retraite c’est ma responsabilité – surtout pas celle de l’état – haut lieu de l’incompétence – la leçon que les gens ont de la misère à comprendre est qu’il est complètement irrationnel de céder son cash à des « gestionnaires financiers » ou des fonds (quand ils feront leur argent sur le rendement des fonds et non en % du montant investi – ils pourront venir me voir – tu as pas besoin d’un phd en finances pour faire ça)- CSN et FTQ – ah oui des syndicats qui vont gérer des investissements… non mais…J’ai une bonne retraite dans le secteur public … ah oui – on verra…(Detroit…) et oui ils sont tous copains dans ce milieu – évidemment – comme aux USA et partout ailleurs – donc une fois qu’on comprend ça – il me semble – arrêter de leur donner votre cash. Les gens ironiquement sont prêts à tout investir pour un petit rendement et une fausse illusion de sécurité – alors qu’en fait logiquement – tu es mieux de garder 90% hyper safe-voire liquide et jouer 10% pour un rendement stratosphérique (que tu sais que tu peux perdre) mais les gens font le contraire et … quand ça crash – perdent tout…l’industrie de la finance ne vous disent pas ces choses là évidemment…

  2. Vincent Lacroix est un enfant d’école à côté des responsables de la Caisse de dépôts. C’est plus que de l’incompétence. Après cinq ans de camoufflage, on en sait un peu. Qui avaient intérêt à cacher les choses? Pourquoi? Ce n’est pas parce que ce n’était pas connu. La défunte ADQ avait été mise au courant et l’avait révélé au public. Qu’ont fait les autres partis? Le PLQ, le PQ et Qs?

  3. Bonjour,

    J’en parlais…

    http://benhur.teluq.uquebec.ca/~journal/2009_12/politique2.html

    ===================================
    Tiens, si on compare ces 10 milliards de « Kerviel-dollars » perdus, vaporisés dans la nature; ça correspond à peu près, par habitant à un milliard de dollars à l’échelle du Québec (environ 1/10e de la population française) et à environ 40 milliards de dollars à l’échelle des États-Unis. Ça donne une idée.

    Vincent Lacroix (un escroc, lui), est encore 10 fois plus petit. Une question de morale maintenant :

    – Est-il plus grave de voler une douzaine d’œufs ou de perdre en bourse les 2000 dollars que notre vieille tante nous aurait confiés? Attention, je dis bien « perdre en bourse », après une spéculation par exemple; je ne parle pas de voler sa vieille tante à son insu. Quelqu’un a la réponse?

    – Tiens, je formule la question différemment: Est-il plus grave de voler 100 millions de dollars à des individus qui vous ont fait confiance ou de perdre en bourse 40 milliards de dollars que la collectivité nous a confiés?

    La France a eu son mini-Rambo de la finance privée; ici nous avons eu le Terminator de l’argent public. Le Québec a connu lui aussi un cas d’incompétence notoire encore plus énorme que le cas Kerviel. Moins de 6 mois plus tard, on n’en parle déjà presque plus. C’est beau l’amnésie délibérée… Oui, oui, la Caisse de dépôt. À l’échelle de la France, notre ami Henri-Paul Rousseau a « égaré » l’équivalent de 400 milliards de dollars. C’est ce que représentent, proportionnellement, les 40 milliards de la Caisse de dépôt. Proportionnellement, c’est quarante fois plus que Kerviel. Lui aussi en prenant des risques inconsidérés, sur le dos de la collectivité.

    À l’échelle des États-Unis, cela représente la totalité de la première phase du « plan de relance » d’Obama ; vous savez, le plan de 800 milliards suggéré par ses brillants conseillers. Le plan qui aurait dû être nommé « Sauvons les riches, ruinons les pauvres » et du même coup, exterminons les autres (les très pauvres). Kerviel a fait de la prison. Rousseau démissionne en grand seigneur en se payant au passage un petit dédouanement médiatique (noble discours style conférence de presse à la Chambre de commerce) et ramasse un petit magot d’un demi-million de dollars au passage. Elle n’est pas belle la vie?
    —————————–
    Jérôme Kerviel et Henri-Paul Rousseau sont eux à mettre dans le même panier l’un que l’autre. Mêmes causes, mêmes effets. On prend des risques inconsidérés sur le dos des autres (la banque, la collectivité sociale) et on joue au casino avec l’argent des autres. Ensuite, c’est « après moi le déluge !». Des sanctions pour Kerviel, l’absolution (rémunérée!) pour Rousseau. Kerviel lui n’a pas eu le temps de quitter le navire au bon moment. Il ne pouvait mettre quasiment personne d’autre que lui en cause en tant que « co-responsable » puisque, justement, il s’arrangeait pour tout faire en douce et en secret. Rousseau, lui, peut nommer une liste « longue comme ça » de politiciens, collègues et autres qui l’ont soutenu ou qui ont collaboré à ses brillants états de services. Finalement, c’est la faute de
    plusieurs : personne n’est seul coupable à 100 %.

  4. Faudrait aussi parler de la décision de nommer Michaël Sabia pour réparer les pots cassés.

    Bernard Drainville en 2009 dénonçait cette nomination par les Libéraux d’un anglophone et prédisait un avenir encore plus sombre pour la Caisse.

    Michaël Sabia a été plus qu’à la hauteur. A preuve, il est un des rares à ne pas avoir été tassé par les nominations partisanes du PQ.

    Dans quel état serait la Caisse de dépôt « aujourd’hui » si l’opposition péquiste avait réussi en 2009 dans sa tentative de diabolisation de Michael Sabia!

    Je pense que ce dossier, sorti à ce moment-ci, l’a été pour faire diversion et éviter à notre PM de tremper dans un scandale qui implique son conjoint.

    L’information sur la Caisse de dépôts n’est pas sans pertinence mais les priorités, à mon sens, devraient se situer à la situation qui prévaut au Québec « présentement »..

    Attendre cinq ans comme ce fut le cas pour la Caisse de dépôts avant de connaître les dessous des relations incestueuses PQ/FTQ/Fonds de solidarité?

    Alors que c’est « maintenant » que la lumière devrait être faite pour freiner la dilapidation des fonds publics..

  5. C’est épouvantable mais c’est la vie. Tout gestionnaire intelligent est capable de couvrir ses erreurs par la population.C’est ce qui est arrivé dans le cas des PCAA. Et croyez moi il y a tellement de gens important du côté financier impliqué que rien ne se saura jamais quoiqu’on fasse ou dise.

  6. C’est bien beau analyser des transactions qui ont déjà été effectuées, on n’y peut rien changer. Comme disait mon grand-père: ¨ on ne peut pas reculer le cadran ¨ . Cependant, nous avons des résultats qui nous démontrent une très grande incompétence des administrateurs de la Caisse de Dépôt et Placement à ce moment-là. Voilà ce que ça donne lorsqu’une province comme le Québec adopte une mentalité d’assistés-sociaux. La population du Québec en est aussi responsable que les administrateurs du temps car elle appuyait le fameux Jean Charest qui avait nommé des personnes provenant en grande partie du milieu public. Pourtant, l’ADQ dont j’étais un des organisateurs très actifs préconisait de meilleures organisations de nos services publics basés sur des résultats financiers et dont les administrateurs en seraient imputables. Mais les québécois de mentalité d’assistés sociaux préféraient appuyer le petit Jean Charest qui conduisait le Québec au bord du précipice. Voilà, tant et aussi longtemps que les québécois ne changeront pas leur mentalité d’assistés sociaux, nous assisteront à de tels désastres. Nous, québécois, devons adopter une attitude de richesse et non de pauvreté à se faire vivre par le gouvernement.

  7. Le plus étrange dans l’histoire c’est que Henri Paul Rousseau a été engagé par Power Corporation immédiatement après son départ de la caisse. Pourquoi Power a engagé un loser financier, est-ce un retour d’ascenseur suite à une faveur? La caisse a-t-elle racheté le papier commercial de Power? Il faut se poser la question. Le Québec Inc., la caisse de dépôt, le fonds de solidarité ont été corrompu et s’est inquiétant, ils faisaient la fierté du Québec, auparavant!

  8. J’ai des inquiétudes a propos des Rentes du Québec. Lorsque je suis revenue au Quebec de l’Ontario, il m’a fallu transferer m RSPS ou une certaine partie au Québec. Ce n’étais pas claire pourquoi….et maintenant je me demande si je retournais à Toronto si le gouvernement québecois transfererais mon FERR ce que je voudrais bien qu’il fasse.

    J’aimerais savoir qu’est ce qui en cas ou, il y aurait une autre crise tel le PQ s’emparant de nos pensions pour renflouer leurs coffres vides ou forcer M. Sabia a pitcher des Millions au petits amis du PQ, comme Péladeau & Co.

  9. Renee – il y aura toujours un risque d avoir son argent garde par l etat – i.e des bandits – a la crise de 2008 et apres plusieurs pays europeens dont la france ont pris une partie de l argent des pensions des employes de l etat pour renflouer leur coffre – aux usa le social security fund n est pas capitalise – il n y a pas d argent dans le fonds ils payent as you go et empruntent le reste – une chance qu ils peuvent imprimer des dollars us – donc malheureusement les REER et tout montant d argent qui est controle par le gvt n est pas safe par definition – les politiciens s ils ont besoin de cash vont se servir car ils peuvent le faire a court terme – a long terme ils ne seront plus la … Et on cash non plus…

  10. Une suggestion pour les gens ; le Celi nous permet de toucher notre argent quand on le veut et les intérêts sont pas imposables, on peut aussi investir à la bourse dans un compte céli et les dividendes et gains de capital sont pas imposables dans un céli. La seule différence avec le Réer est qu’on n’a pas la déduction d’impôt lorsqu’on investit le capital mais on est pas taxé à la sortie de ce même capital + rendement. Ce qui donne une grande liberté. Je pense que le mieux est d’aller chercher le maximum du Réer (18% du revenu gagné l’année d’avant + le solde accumulé) et le max du Céli 5,500$ par an si on a les moyens.

    La combinaison des deux nous donnant une flexibilité pour sortir le Céli en cas de besoin, le Réer une année de faible revenu et pour la retraite et ainsi atteindre nos objectifs à court et long terme au niveau financier.

  11. Excellent billet comme à l’accoutumée madame Marcotte, ça fait réfléchir. Imputabilité j’écris ton nom dirait le poète… quand on pense que M. Verville est passé au Fondaction.
    Michael Sabia fait du bon travail.

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