Régimes de retraite – La sacralisation du compromis

Le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a beau faire croire que la solution au problème gigantesque des fonds de pension passe par la négociation entre les villes et les syndicats, il doit savoir qu’il n’en sera rien. Si le gouvernement refuse de corriger le déséquilibre du rapport de force (présentement à la faveur des syndicats), le résultat ne peut être qu’une augmentation des taxes municipales des citoyens qui peinent à garnir leurs propres régimes de retraite.

Soyons honnêtes et regardons ça froidement: le « compromis », le mythe de la négociation et les « choix collectifs » qui les accompagnent ne sont que d’autres fondations d’un modèle ruineux indifférent à la capacité de payer des contribuables.

Écoutez ici Mario Dumont qui explique bien pourquoi il y a un déficit réel dans le rapport de force entre les administrations municipales et les syndicats.

Est-il si impensable que le gouvernement saisisse l’occasion pour faire quelque chose de vraiment utile? « La ministre du Travail Agnès Maltais doit déposer «prochainement» un plan d’action sur les régimes de retraite », nous dit Sylvain Gaudreault. Bien sûr…

Un plan d’action qui appellera fort probablement à une autre consultation, à laquelle se joindra peut-être les jeunes indignés (aidés des syndicats) qui réalisent sur le tard l’incapacité des administrations publiques à respecter leurs promesses. (Cela dit, si l’histoire se répète, on pourra probablement compter sur ces jeunes pour se réclamer des mêmes avantages dont ont bénéficies leurs parents et grands-parents boomers). Pour l’Union des municipalités, la cloche a sonné:

Le rapport d’Amours a reconnu l’urgence d’agir et la pertinence de traiter le problème des régimes de retraite des employés municipaux distinctement des autres régimes de retraite. Le projet de loi 497 (de la CAQ) répondait notamment à ces objectifs et proposait des solutions législatives qui auraient très bien pu être bonifiées, comme tout projet de loi.

L’heure n’est plus au comité de travail. Nous avons derrière nous trois ans de consultation, un comité d’experts, nommément le Comité d’Amours, un rapport de commission parlementaire sur le rapport d’Amours. Il faut maintenant avoir le courage de mettre les solutions législatives sur la table et d’en discuter en commission parlementaire afin de trouver les meilleures mesures pour assurer la pérennité et l’équité des régimes de retraite des employés municipaux », a déclaré le président de l’UMQ et maire de Rimouski, monsieur Éric Forest.

Vous voulez « mettre vos culottes » pour quelque chose qui en vaut la peine? Pour quelque chose qui corrigerait une iniquité invraisemblable? N’aimez-vous pas vous qualifier de solidaires, d’équitables? Voici une belle opportunité pour le faire, d’autant que la CAQ a déjà fait le travail.

Oh, nous ne le savons que trop bien. Vous préférerez rencontrer les grands de la CSN, vos alliés naturels, bien sûr. Ou encore « sous-traiter » le problème et les hausses de taxes aux municipalités, comme vous l’avez fait pour les commissions scolaires. Pire, réclamer des hausses de taxes sur la masse salariale des entreprises. Toutes ces solutions sont inacceptables. Selon la première ministre Pauline Marois,

«Il y a différentes façons de faire; la meilleure, à mon point de vue, c’est tenter de rapprocher les parties pour qu’elles conviennent ensemble d’une solution (…). Souvent, les solutions équitables sont complexes. Plus elles sont appuyées par ceux et celles qui sont concernés, plus elles ont de chances de réussir.»

FAUX! Historiquement, au Québec, les solutions que vous qualifiez d’équitables ne sont en fait que des solutions au bénéfice departenaires et de lobbys, alliés naturels du gouvernement, solutions sur le dos du citoyen, du propriétaire, du parent, des entreprises, du contribuable. Et de deux « ceux et celles qui sont concernés » sont AUSSI les citoyens des villes. Ceux-là ne sont jamais assis à la table de négociation.LabeaumeAuxCoulisses

Lors de son passage aux Coulisses du pouvoir (RDI), le maire Régis Labeaume qualifie d’angélisme l’opinion selon laquelle la résolution du problème relié aux régimes de retraite (3:00) peut se faire dans l’harmonie avec les syndicats. Il parle ici de la notion de « compromis », du rôle des syndicats (défendre des intérêts privés), du rôle des syndicats dans le secteur public (une vache à lait qui ont besoin de beaucoup d’argent du public), les conséquences d’une non-résolution (augmentation des taxes), etc.

Un bon passage est à 9:28. Écoutez bien la réponse qu’offre Labeaume à la question de Madame Latraverse portant sur le gouvernement actuel. Est-il vraiment intéressé à régler la chose? Peut-il régler la chose? Labeaume y répond parfaitement. Puis, il répond à 13:40 sur ce qu’il pense de la stratégie de « bâtir des consensus ». Priceless!

Lire également: Claude Garcia, Les fonctionnaires municipaux sont trop payés. Juste un petit extrait qui devrait allumer quelques lumières:

Cette question attire davantage l’attention depuis l’adoption du budget de la Ville de Montréal pour l’année 2012 dans lequel 56 % de la hausse des dépenses était consacrée à une cotisation accrue de l’employeur à ses différents régimes de retraite. La Ville de Québec a fait face à une situation similaire puisque 60 % de sa hausse de taxes de 25 millions, pour l’année 2013, étaient consacrés aux régimes de retraite.

2 réflexions sur “Régimes de retraite – La sacralisation du compromis

  1. Labeaume est sur la bonne voie. Il faut réformer ces fonds de pension ; une bonne solution le gel des prestations et la fin de son indexation sinon le Québec et les villes vont devoir nous refiler la facture et ce serait injuste pour les contribuables.

    Du côté, de la fiscalité foncière, je souhaite l’abolition de la taxe scolaire et donc des département de perception de cette taxe et l’abolition des postes de commissaires scolaires. Il faudrait faire la transformation de ces commissions scolaires en centre de services gérés comme une coopérative par les directeurs d’école qui remplaceraient les commissaires scolaires pour gérer ces organismes de services. Le financement scolaire vient déjà à majorité du Gouvernement du Québec et la balance devrait venir de celui-ci en consacrant 100% de la TVQ pour financer nos écoles.

    La simplification de structures permettra de mettre les ressources à la bonne place. Il faut donner un peu de répit à notre population surtaxé et c’est une solution de libérer un peu les propriétaires qui ont connu plusieurs hausses ces dernières années. Pourquoi un retraité devrait payer une lourde taxe scolaire alors qu’il n’a plus d’enfant à la maison. Pour la taxe municipale, les villes pourraient utiliser plus de tarification aux consommateurs et moins de taxation uniforme pour tous.

  2. J’ai entendu le Maire de Trois Rivières à Bouchard en parle la semaine dernière. Le Maire de Trois-Rivières est un exemple de bonne gestion d’une ville. Il a su prévenir plutôt que guérir. Suite aux fusions, il n’a pas, suite aux fusions, fixé comme la ville de Québec l’a fait les conditions de salaire des employés de la ville fusionnée selon le plus haut dénominateur commun.
    Les syndicats à Trois-Rivières ont fait des compromis. La compétence avant l’ancienneté, entre autres, c’est ce qui prévaut à Trois-Rivières.
    Le Maire Tremblay de Saguenay a lui aussi su gérer ses relations avec les syndicats.
    Je pense que « la mission » de s’attaquer aux régimes de retraite a été planifiée stratégiquement par « le conseiller de Pauline ».. C’est Régis Labeaume qui a été mandaté pour ce faire.
    Pauline Marois se doit de ménager la chèvre et le chou avec ses alliés syndicaux. Le PQ pour garder le pouvoir ne peut se les mettre à dos.
    Ce dossier est entre les mains de souverainistes. Ils doivent le gérer tout en évitant de nuire au PQ. Les réactions à venir de la part du PQ seront stratégiques.
    L’élection de Denis Coderre a mêlé les cartes. Si, comme il l’a laissé entendre le soir des élections, il a l’intention de consulter Marcel Côté, je ne pense pas que dans un tel scénario Denis Coderre deviendrait un allié de Régis Labeaume.
    Marcel Côté est d’avis que les changements dans les régimes de retraite doivent venir par le haut, prêcher par l’exemple, pour ensuite, entreprendre des négociations en conformité au rapport d’Amours.
    Ainsi, ni le Maire de Trois-Rivières, il l’a dit, ni le Maire de Montréal n’appuieront Régis Labeaume dans ses démarches à moins que ce dernier apporte des nuances dans ses méthodes.
    Aussi la révolution de Régis Labeaume risque de tomber à plat.
    Et peut-être que les vecteurs du changement dans les régimes de retraite proviendront davantage de Montréal que de Québec.
    Chantale Hébert connait bien Denis Coderre. Elle dit que comme tout politicien qui a duré il a su gagner le respect. Son expérience à Ottawa, comme Ministre entre autres, pourra lui servir dans ses affrontements avec les deux gouvernements.
    à suivre….

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