Drainville, Lisée et… Jefferson???

jeffersonDans la catégorie « On se prend pas pour n’importe qui » de l’année, voilà que Bernard Drainville et Jean-François Lisée en sont rendus à comparer la Charte péquiste aux travaux de Thomas Jefferson, 3e président des États-Unis et un des rédacteurs de la Déclaration d’indépendance. Il faut le faire!

En réaction au texte de Martin Patriquin du New York Times qui faisait un rapprochement entre le Tea Party et le Parti québécois (un peu tordu, j’avoue…), les deux ministres ont cru bon y répondre en étalant de façon splendide toute la prétention et l’ignorance dont l’élite péquiste est capable.

Prétextant que la Charte péquiste des valeurs puisse se comparer à une loi jeffersonnienne prônant la séparation de l’Église et de l’État, nos valeureux chartistes démontrent plutôt la facilité avec laquelle ils sont capables de travestir l’histoire à leurs fins, prenant les Québécois pour des cons prêts à avaler n’importe quoi.

En effet. La séparation de l’État et de l’Église pour un Jefferson n’impliquait en rien le déni de l’expression religieuse du croyant. Rappelons le contexte.

Parmi les treize colonies américaines de l’époque, il ne faisait pas bon être quaker dans le Massachussetts puritain non plus qu’il faisait bon d’être puritain dans la Virginie anglicane. Pour faire des 13 colonies américaines un seul pays, la pensée jeffersonnienne visait donc à amoindrir ces frictions entre confessions religieuses. L’objectif: éviter que l’allégeance religieuse serve de prétexte à discriminer ou exclure des personnes qui aspireraient à un poste électif ou à travailler pour l’État.

Si l’Angleterre avait une religion d’État (anglicane) qui persécutait les protestants puritains et si la France catholique, quant à elle, persécutait les protestants (les huguenots), l’Amérique aspirait à une liberté d’expression religieuse plus grande pour ses citoyens.

Soyons clairs. Les travaux des rédacteurs de la constitution américaine, loin de nier le caractère religieux de l’humain, visaient plutôt à faire en sorte que la confession religieuse personnelle (anglicane, quaker ou autre) ne serve de motif pour empêcher un citoyen d’obtenir un poste élevé dans la direction du pays. Désormais, on ne pouvait vexer, discriminer ou persécuter sur une base religieuse.

Nous sommes bien loin de la Charte québécoise péquiste.

Car contrairement à la prétention des MM. Drainville et Lisée, un Jefferson, aujourd’hui, serait fort probablement vu tellement tolérant qu’il leur serait intolérable. Un Jefferson, aujourd’hui, au Québec, serait traité de multiculturaliste, de naïf, de tolérant à outrance et de relativiste religieux.

Rappelons également que contrairement à l’anglophobie des élites péquistes, Jefferson était un amoureux des langues et incidemment, francophile. Très attaché aux droits de l’homme, il reprend les idées de John Locke dont la philosophie politique est fondatrice du libéralisme et du concept d’État de droit.

Admettons qu’ici aussi, on soit très très loin de ce qui peut s’apparenter à la pensée collectiviste péquiste de nos champions.

On peut reconnaître la maladresse de Philippe Couillard à gérer le projet de charte du Parti québécois, mais en réalité, la pensée jeffersonnienne se rapprocherait davantage de ce qu’il a exprimé aujourd’hui. En effet, Jefferson aurait peut-être dénoncé le fait que selon la Charte péquiste actuelle, une Malala, une Mère Thérésa ou une Indira Gandhi ne pourraient trouver un emploi dans la fonction publique québécoise… et donc, contreviendrait à l’esprit du 1er amendement de la constitution américaine.

9 réflexions sur “Drainville, Lisée et… Jefferson???

  1. Mme Marcotte, je trouve les commentaires du duo Lisée-Drainville d’une malhonnêteté crasse. Ils utilisent Thomas Jefferson en ne citant que quelques mots d’une citation afin de donner une crédibilité à leur démagogie. Ce que Jefferson a dit et je cite

    <>

    Essentiellement Jefferson dit le contraire en exprimant qu’une législature ne devrait faire aucune loi relative à une religion ou l’exercice d’une religion. Quand je lis ce que ces deux représentants du PQ, je ne peux conclure qu’à une machination machiavélique visant à diviser les résidents de la province et à poursuivre leur marche vers la souveraineté.

    C’est à en pleurer…

    Robert Lanthier

  2. Mme Marcotte, je trouve les commentaires du duo Lisée-Drainville d’une malhonnêteté crasse. Ils utilisent Thomas Jefferson en ne citant que quelques mots d’une citation afin de donner une crédibilité à leur démagogie. Ce que Jefferson a dit et je cite

    Believing with you that religion is a matter which lies solely between Man and his God, that he owes account to none other for his faith or his worship, that the legitimate powers of government reach actions only, and not opinions, I contemplate with sovereign reverence that act of the whole American people which declared that their legislature should  » make no laws respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof, » thus building a wall of separation between Church and State.

    Essentiellement Jefferson dit le contraire en exprimant qu’une législature ne devrait faire aucune loi relative à une religion ou l’exercice d’une religion. Quand je lis ce que ces deux représentants du PQ, je ne peux conclure qu’à une machination machiavélique visant à diviser les résidents de la province et à poursuivre leur marche vers la souveraineté.

    C’est à en pleurer…

    Robert Lanthier

  3. Lisée et Drainville, s’ils n’étaient pas en plein délire nationaliste, se devraient de jouer leurs cartes autrement avec les Américains.

    C’est une image forte et crédible que se devraient de propager des porteurs du projet indépendantiste. La désagrégation du Canada ne serait pas sans conséquence pour l’économie américaine.

    Pas certaine que le texte pondu par les Lisée et Drainville va servir la Cause.. au contraire, ce texte ne peut servir qu’à disqualifier des auteurs qui se permettent aussi cavalièrement de travestir une page d’histoire.

    Les Américains ne sont pas des cons prêts à avaler n’importe quoi.

    Quelle amateurisme! L’art de se tirer dans le pied!

  4. J’aime beaucoup la confusion qu’on entretient au sujet de la charte. Les anti chartes disent que la charte tue le droit d’être croyant. Très habile mais faux. J’ai toujours le droit comme fonctionnaire d’être catholique, musulman ou autre. On me demande de ne pas l’afficher de façon ostentatoire pendant mes heures de travail. Rien de plus. Mais quand on déteste le PQ on déforme la charte pour en faire une monstruosité qui persécute les Islamiste.

    • Bravo M. Julien. Vous avez presque réussi à me faire changer d’avis. Cependant, je ne peux pas m’empêcher de me poser la question, pourquoi est-ce si important de faire disparaître ces symboles? Vous le dites vous même dans votre commentaire, cette charte n’empêche personne de croire en ce qu’il veut! Alors, qu’est-ce qui dérange? Est-ce qu’on est si intolérant au point de les obliger à ce cacher? Ou ne serait-ce que nous avons peur? Si ce n’est pas ça, alors quoi? Parce que le gouvernement se doit d’être neutre religieusement? Pour faire comme en Europe ou la réalité n’est pas du tout la même qu’ici? Mais il ne l’est pas de toute manière puisque selon la charte des droits et libertés, il est discriminant de ne pas embaucher une personne parce qu’elle est boudiste ou musulman ou autre. Je ne peux m’empêcher de penser que cette charte est une manière détourné de pouvoir les discriminer et c’est inadmissible. Moi, je ne soutiendrai pas ça. Selon moi, il y a anguille sous roche. Ça n’a pas l’air très honnête. C’est déjà le chaos un peu partout au Québec. On n’avait pas besoin de ça en plus…

  5. La charte péquiste n’a d’objectifs que de nier l’Islam. Depuis l’arrivée des Juifs au 18e siècle, nous avons toujours vécu en tolérant les autres religions mais là à cause des accommodements nous demandons de banir tous les signes religieux.

    Personnellement je crois que la charte est inutile si on encadre les accommodements. Dans le passé j’ai eu a accommoder différentes personnes et les critères pour les accommoder étaient simple: Est-ce que l’accommodement cause un problème de sécurité, est-ce que l’accommodement engendre des coûts déraisonnables. En satisfaisant à ces deux simples critères j’ai pu au cours des années offrir certains accommodement tout en respectant les personnes.

  6. Pingback: Vos préférés de 2013 | Le blogue de Joanne Marcotte

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