Le pétrole: exploration, oui; solution magique, non!

PétroleJe ne doute pas un seul instant que l’intention des auteurs du Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole était louable. L’argument va comme suit: le Québec est endetté, on consommera du pétrole encore longtemps, nous pourrions au moins consommer du pétrole de chez-nous, il est évident que nous pourrions exploiter cette ressource en tout respect pour l’environnement… Ainsi va le plaidoyer.

Puis, cerise sur le sundae: la Norvège. Avec 51 puits de pétrole en mer, 3 millions de barils de pétrole par jour, la Norvège a réussi à accumuler 645 milliards $ dans un Fonds en prévision du jour où les réserves seraient épuisées. C’est ti pas beau ça?

Ainsi donc, pour reprendre les propos de l’économiste Marc Van Audernrode de l’Université de Sherbrooke, voilà une 4e version d’une

« pensée magique qui résoudrait tous nos problèmes de finances publiques. Il y a dix ans, on allait devenir très riche parce qu’on allait vendre l’hydroélectricité, il y a cinq ans, on allait devenir très riche parce qu’on allait vendre de l’eau, il y a 2 ans, c’était les mines dans le Nord… »

Comprenez-moi bien. Le Québec doit-il encourager l’exploration et l’exploitation ses réserves pétrolières? Absolument! Mais de grâce, ne me faites pas croire qu’il s’agit encore d’une solution magique qui règlera les problèmes inhérents à un modèle québécois qui ne cesse de s’alourdir.

Parlons plutôt d’une tactique qui permet aux politiciens d’éviter d’avoir à présenter les véritables solutions à l’impasse budgétaire: revoir le panier de services de l’État et réformer le contrat fiscal afin de rendre le Québec attrayant et de redynamiser l’économie.

Et s’il est vrai, comme le mentionnent les auteurs du manifeste, que les écolos sont devenus une force incontournable, leur force émane bien plus du manque de courage des politiciens et de la complicité de leurs alliés médiatiques que de leur prétendue représentativité de l’opinion populaire. Selon un sondage Léger Marketing de février 2013, « Ce sont près des deux tiers de la population qui sont favorables à l’exploitation pétrolière. Dans l’est du Québec, cet appui grimpe à 76 %. Le Devoir rapporte que:

Ce sont les répondants d’allégeances libérale et caquiste qui sont les plus prompts à favoriser l’exploitation pétrolière, se disant, dans les deux cas, favorables à 74 %. L’appui reste très élevé chez les péquistes (63 %) et Option nationale (55 %). Seul Québec solidaire se positionne majoritairement contre, mais dans une proportion très serrée (49 % contre -44 % pour).

La population du Québec n’est donc pas si frileuse, malgré les lobbys pour qui l’exploration du pétrole ne se justifie pour aucune considération. À la lumière de ces sondages, les auteurs du Manifeste devraient donc plutôt viser le gouvernement lui-même.

Rappelons que selon un classement de l’Institut Fraser réalisé auprès de l’industrie pétrolière et gazière, le Québec serait l’un des pires endroits du monde pour investir, au 141e rang mondial sur 157, pas loin de pays en guerre comme la Syrie, ou de pays isolés et corrompus comme le Kazakhstan. Ça fait réfléchir, non?

Le Québec est dans les 25 pires pays en ce qui a trait à l’impact négatif de la fiscalité, il est au dernier rang, oui, le dernier, pour les règles environnementales, 150e sur 157 pour l’incertitude de l’interprétation des règlements, encore dernier pour le coût du respect des règles.

Le Québec aura également à choisir entre le « modèle norvégien » (l’État est actionnaire) ou le modèle nord-américain de redevances. On devine facilement les préférences de nos étatistes dont Bernard Landry lui-même. Considérant la nature extrêmement volatile de l’industrie du gaz et du pétrole, c’est bien cela qui me fait le plus peur. Avons-nous vraiment les moyens de nous lancer « collectivement » dans des investissements aussi risqués? Faire ce qu’il doit faire pour encourager l’industrie à investir chez-nous, voilà le rôle de l’État. Laissez donc le privé prendre les risques, quitte à ce qu’il en récolte une plus grande part des profits. Ce ne devrait pas être sorcier. Ne pourrait-il pas s’inspirer de ce qui se passe dans les autres provinces, à Terre-Neuve par exemple?

Enfin, une petite note pour nos auteurs de manifestes et pour nos élus: ne croyez pas une seule seconde que cela vous dispense de proposer des solutions pour sortir le Québec de l’impasse budgétaire et de nos déficits chroniques et systémiques! Si pétrole il y a, et s’il est exploitable, on en verra pas la couleur avant une décennie.

Ah oui! Et s’il vous prenait l’envie de faire un autre manifeste, je vous suggère de proposer au gouvernement des façons de couper dans la colonne des dépenses? Ça vous tenterait pas?

P.S. Ma chronique à Maurais Live, en partie sur ce sujet.

3 réflexions sur “Le pétrole: exploration, oui; solution magique, non!

  1. Bravo! vous avez tout à fait raison.. Mais je pense qu’il est utopique d’espérer que politiciens et citoyens entendent raison! Ils se gavent l’un et l’autre.. Le sevrage n’a pas la cote au Québec.. Lendemains qui déchantent assurés..

  2. Exploitons de façon intelligente et dans le respect des meilleurs pratiques environnementales, le pétrole par un développement par des entrepreneurs privés qui verseront une redevance et un impôt sur leur profit.
    L’État ne doit pas se lancer dans l’exploitation elle-même car nous n’avons pas les ressources financières pour cela quand on a une dette nationale Québécoise de 200 milliards et des viaducs qui perdent des bouts à tout bout de champ. Nous recevons 9.5 milliards de péréquation désormais donc il y a urgence d’agir pour relancer notre économie.

    Le Québec est riche de son électricité pour chauffer nos maisons et faire fonctionner nos usines et notre transport en commun mais l’auto électrique va s’implanter sur une longue période et en attendant, il faut du pétrôle donc soyons réalistes et allons-y.

    Seule une économie plus dynamique, une baisse des taux d’impôt marginaux et le grand ménage dans les finances publiques nous sortirons finalement de notre morosité et feront du Québec un endroit où il fait bon vivre, entreprendre, travailler fort, élever une famille et des citoyens plus libres.

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