Le Québec dans le trou – La vérité? On dépense trop!

Vous vous souvenez du manifeste Pour un Québec lucide? C’était en 2005, il y a presque dix ans. Déplorant la « république du statu quo » que devenait le Québec, les auteurs proposaient des « solutions reposant sur la lucidité, la responsabilité et la liberté ».  Lucides eux-mêmes, ils reconnaissaient ce qui est encore vrai une décennie plus tard:

« À l’heure actuelle, le discours social québécois est dominé par des groupes de pression de toutes sortes, dont les grands syndicats, qui ont monopolisé le label «progressiste» pour mieux s’opposer aux changements qu’impose la nouvelle donne. »

Ce qu’on a retenu de l’épisode? Le manifeste « Pour un Québec solidaire » qui a suivi. Fin de l’histoire. Aujourd’hui, aucune de leurs solutions, dont celle de réformer la fiscalité québécoise, n’a vu le jour.

Des rapports et essais sur le cul-de-sac, sur le « mur », sur l’insoutenabilité du modèle québécois (dont L’Illusion tranquille (2006)) ont fait quelques manchettes éphémères depuis. Parmi ceux-là,

  • 2008 – le rapport du comité Castonguay sur le financement de la santé qui répondait au besoin de corriger la trop forte croissance des dépenses publiques de santé (il y avait aussi eu avant lui, le rapport Ménard)
  • 2010 – le rapport du Conference Board en novembre 2010 qui prévenait que les dépenses publiques de santé accapareraient 63% des dépenses du gouvernement d’ici 2030. Pour équilibrer ses comptes, Québec devait augmenter sa taxe de vente à 19,5%!
  • 2013 – un rapport signé par des professeurs de l’Université Laval, qui concluait que pour maintenir constante la part des dépenses en santé, il faudrait augmenter de 60 % tous les impôts et toutes les taxes du gouvernement du Québec.

La semaine dernière, un p’tit dernier de la Chaire de recherche sur la fiscalité de l’Université Sherbrooke. C’est à se demander pourquoi les Québécois ne sont pas plus inquiets et qu’ils continuent de croire aux promesses (de nouveaux programmes ou de baisses d’impôts) de leurs politiciens. Vos théories sont aussi bonnes que les miennes mais j’aimerais revenir sur la persistance d’un tabou: celui qui porte sur la soutenabilité du modèle québécois.

Après tous ces constats et rapports incontestables, n’est-il pas temps de reconnaître qu’il est maintenant l’heure des réformes? Peut-être même est-il trop tard… J’encourage donc les académiciens chercheurs à cesser d’entretenir l’illusion sur la pérennité du modèle québécois.

À titre d’exemple, le Rapport sur la tarification de 2010 (Rapport Montmarquette) n’avait pas osé remettre en question les supposés « choix collectifs » imposés avec le temps au portefeuille du contribuable.

Les suggestions de coupures ou de remise en cause du panier des services publics se sont chaque fois heurtées à de fortes oppositions, provenant des clientèles directement concernées, et conduisant à leur rejet. (…) Le comité a donc décidé de centrer sa réflexion sur les façons de dépenser, en prenant bien soin d’isoler cette question de toute référence à une redéfinition des services publics.” (p. 27)

Lorsque Luc Godbout présente à RDI Économie ses travaux, il reprend la formule consacrée des défenseurs du modèle québécois. « On n’est pas des porteurs de mauvaises nouvelles. » Et puis « ça veut pas dire qu’on dépense moins; ça veut dire qu’on dépense mieux. »

Euh! Non!!! Le Québec dans le rouge à ce point, c’est VRAIMENT UNE MAUVAISE NOUVELLE! Qu’on traîne nonchalamment depuis plus d’une décennie. Et ne peut-on pas maintenant s’avouer l’inéluctable. Il ne suffira plus de dépenser mieux, il faudra dépenser MOINS!!!

Comprenez-moi bien. Il faut apprécier ces porteurs de mauvaises nouvelles. Seulement, la cloche n’a-t-elle pas sonné? A-t-on fini de marcher sur des oeufs? Comment s’étonner par la suite que tous ces efforts soient neutralisés par des gens qui entretiennent le rêve et l’illusion?

Selon Le Devoir,

« plusieurs voix ont souligné que le portrait dressé par l’étude aurait été bien plus sombre encore, mais plus fidèle à la réalité, si ses auteurs avaient porté à la dette les déficits annuels projetés plutôt que de faire comme s’ils étaient épongés chaque année par quelques généreux milliardaires. Ce procédé, a expliqué Luc Godbout, se voulait une façon de mettre en lumière l’ampleur des défis budgétaires en cause et d’éviter« de faire peur à tout le monde avec des déficits cumulés qui auraient rapidement pris toute la place ».

Vous pouvez « faire peur au monde », MM. Godbout et Fortin. Dans ce cas-ci, c’est votre rôle. Sinon, qui le fera? Et si vous en doutez, on peut se rappeler que le Québec reçoit bien davantage d’Ottawa que ce qu’il envoie comme impôts, taxes et autres. Plus de 16 milliards $! (Lire ici Michel Hébert et l’Antagoniste). Est-il si impossible de penser qu’un jour, Ottawa se tannera de transférer autant de sommes dans une province qui refuse de prospérer et de se prendre en main?

Chapeau donc à ceux qui osent donner l’heure juste. Un exemple, Yves-Thomas Dorval chez Mario Dumont. Lire également Le JournalMario Dumont, Francis Vailles, François Pouliot, Pierre Duhamel, Éric Desrosiers, Stéphanie Grammond, Alain Dubuc, Joseph Facal.

3 réflexions sur “Le Québec dans le trou – La vérité? On dépense trop!

  1. Pingback: Le Québec dans le trou: Pis après? | Le blogue de Joanne Marcotte

  2. Pingback: Le Québec dans le trou: Pis après? | Le blogue de Joanne Marcotte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s