CAQ: Le pari des baisses d’impôts

François Legault et Christian Dubé de la CAQ ont présenté cet après-midi les suggestions qu’ils ont faites aux ministres libéraux Carlos Leitao et Martin Coiteux. Le débat qui en résulte est très intéressant.

Reconnaissant que l’économie québécoise a véritablement besoin d’un revitalisant, la question devient la suivante: quelle est la meilleure façon d’y arriver? (Avertissement: Les partisans de la décroissance durable peuvent arrêter de lire ici. Rien ne sert de poursuivre.)

Bref, pour « re-pepper » l’économie, est-il mieux de soulager le fardeau fiscal des individus? celui des entreprises? Avoir à choisir entre les deux, laquelle des solutions stimulerait le plus les investissements? Motiverait davantage les entreprises à créer de l’emploi? Pourquoi ne pas transformer la panoplie de subventions aux entreprises en baisses du fardeau fiscal? Selon la CAQ, la consommation des ménages constitue 60% de toute l’économie du Québec. Doit-on alors privilégier les baisses d’impôts des particuliers?

Cela dit, est-il seulement censé d’évoquer l’idée de baisser les impôts et les taxes en période de déficits structurels et de croissance quasi-incontrôlable de la dette publique? Ne pourrait-on pas d’abord atteindre l’équilibre budgétaire en s’en prenant, cette fois-ci, pour vrai, à la colonne des dépenses?

Dans un monde idéal, nous aurions un régime fiscal concurrentiel, les citoyens pourraient à la fois épargner et dépenser, les entreprises créeraient de l’emploi et les revenus que l’État recueillerait de l’activité économique réussiraient à offrir les services essentiels, tels la santé, l’éducation, la justice et les infrastructures.

OK. Nous ne sommes pas dans un monde idéal. Il faut redresser tout ça. Mais comment?

Deux visions qui se confrontent?

La CAQ est d’avis qu’il est urgent, dès le prochain budget, « d’éliminer la taxe santé pour les contribuables gagnant 45 000 $ et moins, et de ramener la hausse des tarifs d’électricité à 2,2% ». François Legault qui, il n’y a pas si longtemps, proposait (comme les libéraux d’ailleurs) de rapatrier les 2 points de TPS dégagés par Ottawa, veut maintenant éliminer la taxe santé sur 2 ans (en 2015 et 2016) ainsi que les taxes scolaires (en 2017 et 2018). Pour le duo Legault/Dubé, si la consommation des ménages est déterminante dans l’économie, alors mettons la priorité là-dessus.

Bonne idée… sauf qu’on s’entend pour dire que l’État n’a pas cet argent. L’État dans le trou.

Du côté des libéraux, on opte plutôt (en tout cas, en campagne électorale) pour des programmes de création d’emploi (ex: LogiRénov), pour poursuivre sur la voie des investissements étatiques (ex: la cimenterie en Gaspésie) et pour augmenter de 1,5 milliard $ par année les investissements dans les infrastructures (on passerait de 9,5 G$ à 11 G$ par année).

Là aussi, on s’entend tous pour dire que l’État n’a pas cet argent. L’État dans le trou. Pour faire tout ça, on emprunte. Peut-être inutilement, qui sait? Ne serait-il pas temps de revoir comment on finance la réfection des infrastructures au Québec, par exemple? Est-il si inimaginable de concevoir des PPP et de recourir au concept d’utilisateur-payeur?

L’équilibre budgétaire d’abord

Bref, dans tous les cas de figure, donc, nous sommes dans une impasse et deux ensembles de solutions se confrontent: La CAQ suggère d’agir de façon urgente sur le fardeau fiscal des individus; le gouvernement semble opter pour encore davantage d’investissements et de programmes gouvernementaux.

Le bug? Le voici: Qu’il s’agisse de réduction du fardeau fiscal (qui pourrait, oui, stimuler la croissance économique) ou de nouveaux programmes gouvernementaux, on n’entend malheureusement pas encore suffisamment, des suggestions pour diminuer la colonne des dépenses. Cet argent, on ne l’a pas!

L’équilibre budgétaire en 2015-16 ne se fera pas autrement qu’en revoyant le rôle de l’État, ses responsabilités et ses priorités.

Je comprends qu’à court terme, le gouvernement ne pourra bénéficier des effets d’une révision de programmes ou de la fiscalité, mais peut-on également comprendre que l’heure n’est pas venue de proposer des idées qui en rajouteraient encore davantage sur la dette publique?

La CAQ a fait une belle sortie aujourd’hui. Elle veut se faire voir comme le parti des contribuables, de la classe moyenne. J’aime l’idée qu’elle rappelle aux libéraux que l’allègement du fardeau fiscal est également et peut-être même davantage un facteur déterminant d’un redressement économique. Mais si elle veut éliminer la taxe santé cette année pour les 45 000 $ et moins, il faudrait qu’elle nous dise là où elle coupe! Concrètement!

Le passage le plus intéressant de la présentation de la CAQ portait, par ailleurs, sur une réflexion importante. Le temps est peut-être venu de considérer l’endettement dans son ensemble (déficits + dette due aux infrastructures). Ajoutez des milliards $, même pour des infrastructures, n’est pas sans conséquence. L’histoire de la bonne dette vs. la mauvaise dette, lorsque la dette atteint des sommets, ce n’est peut-être plus une histoire qui tient la route…

Atteindre le déficit zéro en 2015-16 est possible. Le PM rappelait aujourd’hui en conférence de presse qu’il s’agissait là de la priorité de son gouvernement. Excellent!

Maintenant, la priorité pour tous les partis devrait être exactement cela: avoir le courage de diminuer la colonne des dépenses. Pas de diminuer ici pour en rajouter là.

La diminuer. Tout court!

15 réflexions sur “CAQ: Le pari des baisses d’impôts

  1. On pourra se faire une idée plus précise de la stratégie de notre trio économique lors du dévoilement du budget le 9 juin prochain.. En attendant je préfère laisser la chance aux coureurs et m’attarder aux solutions lancées par l’opposition quand je serai fixée sur les intentions du gouvernement..

  2. «Est-il si inimaginable de concevoir des PPP et de recourir au concept d’utilisateur-payeur?» Ne sommes nous pas déjà des utilisateurs payeurs ? Payant des permis de conduire à un prix exorbitant, des plaques d’immatriculations tout autant inabordables, des taxes sur l’essence d’une hauteur stratosphérique, des taxes foncières et scolaires inimaginablement élevé, des TPS et TVQ qui nous vident le portefeuille ? Je crois sans l’ombre d’un doute être déjà un utilisateur payeur, très payeur, trop payeur; Assez c’est assez !!!!! Comment relevé l’économie si je suis (si nous sommes) incapable de faire de subséquents achats ???

  3. Qu’est-ce que la classe moyenne ? Si on interroge les gens ils aiment se classer dans cette catégorie, plus flatteur que pauvre…Aux USA, la dernière enquête à ce sujet, les gens se définissaient comme appartenant à la classe moyenne avec des revenus de 35.000 $..

    Autrement le discours de la CAQ c’est du populisme pas moins crasse que celui du PQ.

    40 % des gens ne payent pas d’impots au Québec, car trop pauvres.

    10 % payent 50 ou 60 % de l’impôt, je ne sais plus.

    Des baisses de taxes vont profiter principalement à ceux-ci qui consomment déjà le plus et il faudra bien compenser ailleurs…

    Les subventions aux entreprises représentent 14 millions de $ par jour.

    Certains secteurs ont besoin de cette aide concurrence oblige, aéronautique par exemple, mais des subventions à IBM, Microsoft, CGI, HP, pour maintenir des semblants de succursales québécoises ?

    C’est par là qu’il faut commencer. Pertes d’emplois ? Pas sûr.

    Banir les solutions québécoises pour résoudre des problèmes déjà résolus ailleurs. Je pense ici au dossier médical ou des solutions existent déjà ailleurs.

    Mettre le chantier de La Romaine en sommeil, ca va faire hurler la Cote-Nord et le PQ.

    Les fonctionnaires.

    Ne remplacer personne, aucune exception.
    Revoir les délégations générales du Québec à l’étranger (22 au total). Celle de Paris est plus grosse que l’ambassade du Canada..Elle pourrait s’occuper de l’Europe et du Mahgreb.
    Mettre au régime minceur total les machins style OLF, toutes les organisations style Conseil du Statut de la Femme, Registraire des Entreprises, la liste est longue.

    Dans les secteurs de la santé, il y a le nécessaire, l’utile, l’indispensable et ce qui devrait-être à la charge de l’utilisateur (fécondation in-vitro, mères porteuses). Pour moi il y a des cas limites (chirurgie bariatrique par exemple).

    mettre en commun l’achat des médicaments, des fournitures hospitalières, comme en Ontario ( plus de 2 milliard de $ d’économies, refusé par Hébert pour défendre les subventions aux groupes phamas…). Systématisation des produits génériques.

    Malheureusement il est pratiquement impossible de licencier, le secteur de la santé est sur-administré, 16 régies régionales de santé, 70.000 personnes qui ne participent pas aux soins.

    Mettre la hache dans le secteur universitaire pour certains départements (Pourquoi avons-nous encore 3 facultés de théologie ?).

    Arrêter les opérations de promotions immobilières des universités particulièrement en région et l’ouverture de nouveaux départements sans débouchés.

    Nous avons besoin d’un plan spécifique pour Montréal ( plus de 100 organismes s’occupent du transport en commun !!! Montréal et sa région, 200 maires, conseillers municipaux, etc..). Je suis pour un péage sur tous les ponts de Montréal, idem pour les autoroutes, comme en Europe, a Londres, a Stockholm, etc..

    Tout ca va forcément se traduire par des pertes d’emplois, pas de mystère ici.

    • C’est drastique, mais je crois qu’il faudrait en arriver là un jour si on continue tout le temps de piger dans le plat de bonbons. J’ajouterais à ta liste un gel de la masse salariale. La liste d’épicerie des syndicats est complètement indécente. On se dirige tout droit dans le mur et ils ont le culot de faire ces demandes totalement déconnectées de la situation actuelle. Ils ne peuvent plus venir chercher l’argent dans nos poches parce qu’il n’y en a plus.

  4. Une chose est certaine. Monsieur Couillard est dans une situation différente de M.Charest il y a 10 ans. M.Couillard aura la C.A.Q. DANS LE DOS PENDANT 4 ANS. Il est mieux de marcher droit dans les dépenses de l’état.

  5. J’ai entendu ce matin Christian Dubé commenter ses rencontres avec MM. Laetao et Coiteux.

    M. Dubé a tenu des commentaires très positifs sur ces échanges. Il a dit laisser la chance aux coureurs..

    Il semble que ce n’est pas avec la CAQ dans le dos que le PLQ aura à composer mais avec une opposition de bonne foi qui vise le même objectif…

  6. Quelqu’un quelque part pourrait-il sortir PKP des filets des fanatiques en plein délire.

    Lire absolument Mathieu Bock Côté ,en ce 18 mai.. Rien de surprenant sauf de très « malaisant ».. que ces recettes idéologiques pour les Nuls

    Une invitation à la désobéissance civile?. Si PKP endosse ce discours, il est certain qu’il ne s’embarrassera pas de l’éthique pour parvenir à ses fins..

    Voici quelques perles retirées du texte de Bock Côté…

    « Un homme politique doit être attentif au refoulé d’une société.. »

    « Le PQ vit une traversée du désert. Des catégories politiques vieillies presque mortes mais encore « dominantes » parce que disposant d’une force d’inertie. »

    « Il faut savoir s’insérer dans le débat dans une position avantageuse. Savoir définir l’adversaire pour pouvoir censurer son discours.. »

    « La bonne idée de distinguer chez ses adversaires ceux qui peuvent le heurter. Diaboliser l’adversaire, louanger les plus faibles pour l’affronter. La neutralisation de l’adversaire politique est un compliment. »

    « Je parle de manière hypothétique « seulement » de la course à la chefferie?? »

    « Ceux qui fonctionnent dans les paramètre idéologiques du système dominant et ceux qui le remettent en question.. »

    « Se sentir ou ne pas se sentir coupables. Perdra qui avouera ses fautes… »

    « Braver les interdits du système et consentir pour un moment à une mauvaise réputation.. »

    « L’essentiel est de cultiver le sens de l’Histoire, ancrer ses convictions (selon les préceptes de Lionel Groulx?)..

    Gabriel Nadeau Dubois n’aurait su faire mieux.. La chronique de Lysiane Gagnon sur le rapport entre « les médias et le PQ » n’aura aucun effet.

    Dans « les Coulisses du pouvoir » ce matin j’entendais l’animatrice laisser l’opposition (PQ CAQ) utiliser un « ton autoritaire » sur leurs attentes face au PLQ.. les Québécois n’ont pas été assez clairs le 7 avril.. sur le fait qu’ils attendent autre chose que ce que le PQ leur a donné..

    Une pétition ne pourrait-elle pas être lancée pour exiger que PKP tranche entre son Empire médiatique et la politique??..

    Gesca a annoncé la disparition éventuelle de ses quotidiens imprimés. Je trouve tellement hypocrites les réactions des Labeaume et autres chroniqueurs déplorant cette disparition.

    Yves Michaud s’est battu bec et ongles sans ce sens. Les méchants Desmarais ne faisaient pas de profits et utilisaient, selon lui, leurs médias pour fins de propagande. Et on se dit maintenant désolés! « Come on!

    S’il fallait que tout l’espace médiatique soit laissé à Québecor dans le contexte actuel, Berlusconi pourrait aller se rhabiller..

    • Dans la constellation péquisto-péquiste le discours à la mode est l’illégitimité du gouvernement actuel qui n’aurait été élu que par…etc…en oubliant que le gouvernement de la reine Casserole l’était encore moins…

      Vous ne devriez pas prêter trop d’attention aux vomis de MBC qui parle surtout à son ombre. Il s’agite dans tous les médias et avec quels résultats ? Son futur…prof de socio barbichu, bedonnant, chaussé de gougounes, bredouillant dans une université éloignée. La disparition des chaires universitaires sur l’identité québécoise, un machin xénophobe, est pour lui et les autres comme Bédard, un coup très dur…nul doute qu’il aurait été l’un des récipiendaires…

      La tendance semble être maintenant dans la galaxie péquito-péquiste, l’indépendance et rien d’autre, tout de suite, que du bonheur en ce qui me concerne, l’assurance de se faire étriper en 2018…lisez donc vigile.net, instructif, pour apprécier le délire ambiant.

      Pour PKP le dauphin putatif, rien n’est sûr, le groupe Québécor ne va pas si bien, et la course pour être chef du PQ, un bal de vampires dans un château hanté, va laisser des traces, les règlements de compte au PQ n’ont pas réellement commencé, attendez la suite…

  7. Tant qu’on restera du côté droit de la courbe de Laffer, toute tentative de redressement est vouée à l’échec.
    Ce qu’il faut, c’est que l’État se retire de tous les monopoles commerciaux (= de permettre que le privé côtoie le public) ainsi que des monopoles syndicaux.
    Ce qu’il faut, c’est laisser le citoyen faire ses propres choix plutôt que des fonctionnaires lui imposent leurs décisions.
    Ce qu’il faut, c’est une réforme en profondeur des lois du travail pour permettre de travailler à ceux qui veulent travailler.
    Ce qu’il faut, c’est baisser les taxes et impôts pour grandement diminuer le travail au noir (entres autres).
    Ce qu’il faut, c’est arrêter de subventionner toutes ces compagnies qui n’en ont pas besoin.
    Ce qu’il faut, c’est exiger un rendement intéressant sur les subventions restantes qui seront octroyées.
    Ce qu’il faut, c’est de créer l’opportunité économique pour les citoyens, pas donner de l’argent à quelques privilégiés.
    Ce qu’il faut, c’est un gouvernement qui gouverne pour le bien-être de ses citoyens.

  8. Tout ce qu’il faut ne se réalisera jamais avec des médias qui ont choisi leur camp.. celui qui selon eux ne peut gouverner que dans l’intérêt de ses citoyens est exclusivement un gouvernement nationaliste indépendantiste…

    Distinguer chez ses adversaires ceux qui peuvent les heurter. Les diaboliser et louanger les plus faibles.. Neutraliser l’adversaire est un compliment en soi…MBC

    Voilà clairement exposée la stratégie des purs er durs.

    Avec comme chef du PQ le Magnat de la presse et la puissante courroie de transmission dont il dispose, Philippe Couillard aura besoin de se munir d’une armure solide pour se prémunir contre les assauts répétés dont il sera la cible..

    Peu leur importe que le PLQ gouverne dans l’intérêt des citoyens, la couverture médiatique biaisée ne donnera jamais au PLQ le crédit qu’il pourrait mériter.

    Du moins c’est malheureusement la perception que laisse l’entourage de PKP.

    Le Maire Régis Labeaume qui marie le caricaturiste du JDQ… y a rien là!. .Et si c’était le Maire Denis Coderre qui mariait le caricaturiste de la Presse?

    Ce qu’il faut c’est un gouvernement qui gouverne pour le bien-être de ses citoyens.. ce qui ne restera que des vœux pieux tant que les règles démocratiques seront contournées par l’opposition minoritaire…

    Car il devient de plus en plus clair que le PQ fera tout pour ne pas laisser la chance au coureur… Et nous on tolère ça… Qui ne dit mot consent..

    On serait tellement mieux servis dans une république démocratique « autoritaire ».. eux sauraient ce qu’il faut!

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