À Jean-Marc Fournier: De quoi je me mêle?

JeanMarcFournier« Fournier à la défense du modèle québécois« , titre la Une du Devoir de ce matin. « Pour que le modèle québécois dure, il faut qu’il soit performant », selon Jean-Marc Fournier, qui jouerait, selon le Devoir toujours, un rôle central au sein du gouvernement Couillard.

Je n’aime pas ça. Pas plus que je n’aime que Jean-Marc Fournier se prononce sur des enjeux qui relèvent davantage des Leitao, Coiteux, Arcand et Daoust. Je me souviens, hélàs, trop de l’Ilôt Voyageur pour raccorder ma confiance de sitôt à celui qui était alors ministre de l’Éducation…

Et je me souviens également de l’échec lamentable du Comité consultatif sur l’économie et les finances publiques mandaté par le gouvernement Charest en 2010.

Les suggestions de coupures ou de remise en cause du panier des services publics se sont chaque fois heurtées à de fortes oppositions, provenant des clientèles directement concernées, et conduisant à leur rejet. (…) Le comité a donc décidé de centrer sa réflexion sur les façons de dépenser, en prenant bien soin d’isoler cette question de toute référence à une redéfinition des services publics.” (p. 27 du rapport)

Assisterons-nous encore au même scénario? Celui où le gouvernement plie et se soumet aux pressions de ses « clientèles »? Je n’aime pas ça du tout.

Je n’aime pas ça parce que le message de Fournier vient miner celui du premier ministre qui semblait jusqu’à présent clair et limpide, et qui, en prime, recevait l’aval d’une majorité de la population:

Une écrasante majorité de répondants (71 %) estiment que la meilleure chose à faire pour relever les finances publiques serait de « réduire les dépenses du gouvernement et maintenir les taxes et impôts à leurs niveaux actuels ». À peine 14 % suggèrent de reporter l’atteinte de l’équilibre budgétaire. – Sondage Léger, mai 2014, Le Devoir

Dangereux, donc, pour le gouvernement d’envoyer des messages discordants. Ni nécessaire, ni politiquement souhaitable, au pire, nuisible. D’abord, parce qu’un gage de succès du redressement des finances publiques reposera sur la gestion des attentes de la population. Faire croire, pour une millième fois que la solution réside dans le « faire mieux », le « taxer mieux », on connaît. Ça ne mène nulle part ailleurs que des stratégies qui pelletent par en avant et qui alourdissent l’endettement public. Je dirais même qu’envisager le défi des finances publiques sous cet angle est assurément un gage d’échec.

« Been there, done that! »

Dangereux aussi parce que le gouvernement aura besoin de dégager de la cohérence dans le message de réformes, certains disent « d’austérité » (quoique pour ma part, je trouve que l’expression est nettement exagérée). Il aura également besoin d’alliés.

Et ces alliés ne sont pas ceux qui contrairement au consensus social qui se dégage actuellement, veulent faire perdurer le fameux « modèle québécois ». Un modèle basé sur de fausses prétentions et sur un leurre: qu’il est juste, qu’il est équitable, qu’il est solidaire, qu’on a encore les moyens de se payer, bref, QU’IL EST ENCORE POSSIBLE!

En effet, le gouvernement Couillard réussira là où celui de Charest a échoué s’il sait gérer les attentes, préparer les esprits, faire participer l’ensemble des citoyens et des entreprises à l’effort, et surtout ne pas baisser les bras devant les lobbies.

Bref, pour le bénéfice de Jean-Marc Fournier, le modèle québécois n’est pas qu’un ensemble de programmes non performants qu’il faut rendre performants. On pourra s’amuser, certes, à valider l’efficacité des programmes en place ou à nous interroger sur la meilleure façon de financer tout ça. Ce sont des exercices techniques stimulants, nécessaires et qui feront appel à la créativité.

Mais là ne réside pas l’essentiel.

Encore une fois, la question essentielle n’est pas de nous demander quels sont les programmes qui sont inefficaces ou même comment les financer. La vraie question est celle que se posent toutes les familles du Québec.

« Qu’est-ce qu’on peut s’offrir? Quelle est notre véritable marge de manoeuvre? Est-il mieux d’épargner ou d’investir cette année? Dans quoi? Quelle portion de notre budget peut-on raisonnablement allouer à nos soins de santé, à l’éducation de nos enfants, à l’hypothèque? »

En quelques mots: Qu’avons-nous les moyens de nous offrir? Quels sont ces fameux services essentiels qui exigent vraiment une intervention de l’État? Cette question amènera assurément une réflexion sur le panier de services, exercice dont on ne peut faire abstraction… cette fois-ci. Elle amènera à revoir le rôle de l’État, et également le rapport citoyen-Gouvernemaman.

Tant qu’on ne remettra pas en question les fondations du modèle québécois, on continuera de jouer dans la mécanique, dans le moteur, à tenter d’appliquer une couche de cire sur un « body » rouillant et de continuer de prétendre qu’on veut « sauver le modèle québécois ».

En clair, Monsieur Fournier, l’ère Charest est terminée. Du moins, on l’espère. L’époque de l’immobilisme, du nonisme, du crony-capitalisme doit s’écrire au passé. Et puis, pour ce qui est du redressement des finances publiques, nos oeufs sont dans le panier du nouveau quatuor économique. Pas d’un ancien de l’ère Charest. Pas besoin, donc, d’en rajouter et de semer la confusion.

______

Lire également Youri Chassin ainsi qu’un de mes blogues de 2010 toujours d’actualité.

19 réflexions sur “À Jean-Marc Fournier: De quoi je me mêle?

  1. J’ai également tiqué lorsque j’ai lu la nouvelle ce matin.

    Jean-Marc Fournier est Ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne et Ministre responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques. POINT.

    Il devrait se concentrer sur SES responsabilités et seulement sur celles-ci et laisser les dossiers à saveur économique aux économistes.

  2. Les libéraux et le PQ ont main dans la main emmené dans le Québec dans le mur. Faut croire au Père-Noël qu’un des deux partis redressera le bateau.

  3. De quoi vous vous mêlez madame Marcotte ce matin ? Vous nous permettez toutefois de saisir votre stratégie en tentant de nous embarquer dans votre approche « associative », reflet de votre idéologie, pour critiquer un point de vue fort éloquent de monsieur Fournier. Vous n’impressionnez que votre clique, les biens-pensants comme vous ! La performance de votre billet est loin d’être « performante » et ne rejoint pas le « modèle québécois » !!! La sauce ne lève tout simplement pas ! C’est « à foutre » à la poubelle ! Ça vous dérange de voir le parti libéral au pouvoir, hein !

    • Ce qui dérange c ‘est pas de voir le Plq au pouvoir bien au contraire, mais de voir un jean marc Fournier avoir du pouvoir. Cet homme ne m’a jamais inspiré confiance, il faut s’en méfier car il m’a toujours paru être une personne qui cherche le vedettariat politique avant l’intérêt du publique c’est le François lizée libéral .

    • Ça ne me dérange pas de voir le PLQ au pouvoir même que ça m’enchante. Ce qui me dérange cependant c’est de voir M. Fournier vanter le modèle Québécois qui nous a emmené directement dans le mur. J’espère qu’on va le remettre à sa place en s’occupant uniquement de ces ministères et de laisser le trio économique se charger du Budget et de la révision des programmes. Il faut absolument faire le ménage dans les dépenses publiques.

  4. La réaction d’Eric Duhaime, ce matin à CHOi, était plus nuancée face à l’article du Devoir.. Il croit que Fournier n’a pas le choix d’avancer avec prudence, histoire de laisser les stratèges économiques libéraux préparer le premier budget en toute quiétude.

    C’est vraiment aux environs du 9 juin qu’on pourra vraiment être fixé sur la détermination de l’équipe économique libérale..

    Jean-Marc Fournier a été très actif dans la campagne électorale.. Philippe Couilard n’avait pas le choix de lui accorder un ministère.. Probablement qu’au prochain remaniement ministériel Jean-Marc Fournier pourrait être déplacé.. On verra!

    Une revision de tous les programmes a été annoncée par nos deux économistes..

    L’interprétation que je fais d’une revision se traduit par un délestage.. donc en quelque sorte des ajustements pour alléger le modèle québécois sans avoir pour autant à jeter le bébé avec l’eau du bain..

    Je continue de donner la chance aux coureurs. Quel intérêt retireraient les Laetao et Coiteux de se laisser dicter la voie à suivre par Jean-Marc Fournier sinon la perte de leur crédibilité?

    • Moi aussi, je donne la chance au coureur. Et pour cela, il faut surveiller la pression que subira le trio économique. Si on se fie à l’histoire récente, le premier endroit d’où elle proviendra sera au sein même de l’équipe libérale.

  5. Madame Marcotte, vous avez vu juste et commenté comme il le fallait. Qu’y aurait-il à ajouter, c’est tellement clair ce que vous écrivez. Il ne vous reste qu’à continuer à en parler, car pour nous, il faut changer de modèle comme nous avons décidé de changer d’administrateurs.

  6. Modèle québécois: cette simple expression me fait dresser les poils sur les bras!!!

    modèle, nom masculin
    Sens 1 Ce qui sert comme base à l’imitation.

    J’ajouterais à cette définition qu’un modèle suscite l’envie, ce qui porte à l’imiter.

    Je ne connais aucune société dans le monde qui imite le Québec, à la rigueur, seule la France est encore plus idiote que le Québec sur sa façon de se gérer.

    Comme exemple d’un véritable modèle, je citerais le modèle japonais de gestion de la qualité: la plupart des pays avancés ont adopté les différentes techniques niponnes de contrôle de la qualité et d’amélioration continue.

    Je ne connais aucun pays qui ait adopté la façon québécoise de gérer la couleur de la margarine, un prix plancher pour la bière et l’essence, un programme démentiel de garderies syndiquées, déménager tous en même temps et ce, le jour de la fête du Canada…

    Au contraire, tout ce qui nous différencie des autre pays du monde devrait être analysé, pour en mesurer la pertinence. Revoir le concept de Société distincte dans lequel l’on se dit: « Nous on est correct, c’est le reste de la planète qui ne l’est pas »…

  7. Pingback: Chronique à Maurais Live: Le Rapport Ménard + Jean-Marc Fournier | Le blogue de Joanne Marcotte

  8. Moi je crois que le trio économique ne se laissera pas berner et sera solide. M. Couillard semble aussi aller dans le même sens et il leur fait confiance. C’est eux qu’il faut écouter et j’ai confiance!!

  9. Moi c’est quand j’ai vu Jean-Marc Fournier, allé à Ottawa pour contester le projet de loi C-10 du fédéral, et dire qu’il défendait les valeurs québécoises, que j’ai vu en ce politicien, un homme complètement déconnecté des vrais priorités des citoyens québécois.

  10. Mon inquiétude par rapport à Leitao et Coiteux est que ce sont des théoriciens (des pousseux de crayons autrement dit). Ils ont une bonne vision, mais aucune expérience en gestion sur le terrain. J’ai peur qu’ils se fassent manger tout rond par les Fournier, Bolduc, Barette et autres libéraux dépensiers. J’aurais eu pas mal plus confiance en un Christian Dubé de la CAQ, mais les québecois ont peur du changement et ils ont préféré voter pour le statu quo.

  11. @Hugo Breton

    Bonne analyse de Leitao et Coiteux mais surtout de la vieille clique libéral!

    Pour ce qui est des québécois, je suis un peu en désaccord avec vous car voyez-vous, si on regarde de plus prêt les résultats de la CAQ, on peut croire que le centre du Québec, ou le coeur si on veut, est prêt à se serrer la ceinture. Je persiste à croire, que la CAQ a perdu ces élections car son discours doit être raffiné et celui-ci doit inclure les régions beaucoup plus.

    La CAQ a marqué 15% dans les régions ressources sans avoir même y déposé le pieds ou presque! Ce n’est pas rien et c’est même beaucoup mieux que QS.

    C’est une bonne chose que la CAQ soit dans l’opposition, il feront du  »fine tuning ».

    Soyez optimiste, le PQ est dans l’opposition officiel par défaut, les régions comme la Gaspésie, ou la Côte-Nord ne voterons pas toujours pour le PQ, surtout dans les circonstances où le PQ est plutôt en reconstruction qu’en voit de former un gouvernement.

  12. Il semble que c’est tôt pour un remaniement ministériel, mais je pense que M. Couillard devrait lui faire un sérieux rappel.

  13. Le modèle québecois à été loin d’être un succès, mieux ne plus en reparler. Qu’a t’il pensé…fatigué, besoin d’un congé! Ça se peut fort bien, il a du prendre la place de Couillard pour un grand bout de temps, pendant que Couillard se promenait en province.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s