À Maxime Bernier: Vous ne me choquez pas du tout!

Maxime BernierJ’ai beau lire et relire le discours du député conservateur Maxime Bernier (la version anglaise ici), il n’y a rien là qui me choque. En fait, je me demande même pourquoi on en fait tout un plat. La Presse parle d’une « levée de boucliers » des députés du Québec. Les députés libéraux comme péquistes se défendent de « quémander » à Ottawa, nous rapporte-on.

Je veux bien reconnaître qu’il n’est pas plaisant d’être perçus comme des « quémandeurs« , il n’en demeure pas moins que le gouvernement libéral, par la voix de son ministre des Finances Leitao, a été vite sur la gachette. Un mois après l’élection, Leitao souhaite effectivement que Ottawa fasse profiter les provinces de sa marge de manoeuvre financière. La réponse n’a pas tardé. Il n’en est pas question, lui répond Denis Lebel le lendemain.

Il serait souhaitable que le Québec devienne un contributeur au programme de péréquation, selon le nouveau ministre fédéral des Finances, Joe Oliver. Enfin, Maxime Bernier en rajoute aujourd’hui: « Cessons de quémander toujours plus d’argent à Ottawa et réglons nos problèmes nous-mêmes. » Voilà. C’est dit. Qu’est-ce qu’il y a de si choquant là-dedans?

S’il y a des surplus à Ottawa, on peut donc s’attendre (période électorale fédérale prévue en 2015) à des baisses d’impôts ou de taxes du gouvernement fédéral, une baisse qui sera vraisemblablement récupérée et annulée par l’ogre québécois qui en a pris l’habitude (récupération des 2 points de TPS en TVQ).

Cela dit, aurait-il été si inimaginable que le gouvernement du Québec exprime (comme l’a d’ailleurs fait la CAQ) son malaise à recevoir autant de péréquation canadienne? Pourquoi ne pas tout simplement et résolument viser cette autonomie financière à laquelle aspirent les Québécois?

Bref, si on revient sur la conférence de Maxime Bernier qui fait tant jaser, il faut quand même lui reconnaître l’audace de lever des tabous. En effet. Bien que pour bon nombre d’entre nous, cela relève de l’évidence, il faut avoir du front tout le tour de la tête pour énoncer que « l’anglais fait partie de l’identité québécoise« . J’imagine bien les soupirs d’indignation et d’horreur de nos nationalo-identitaires à la lecture des quelques lignes suivantes:

En particulier, la rectitude politique nationaliste exige qu’on dise que le Québec est une société uniquement francophone, que le français est la seule langue qui définit l’identité québécoise. Alors que c’est tout simplement faux.

L’anglais n’est pas la langue d’une minorité étrangère qu’on doit tolérer parce que nous respectons les droits fondamentaux de la personne. Une importante population anglophone vit au Québec et ce, depuis très longtemps. À moins de croire que seuls les descendants des colons français sont de « vrais » Québécois, il faut se rendre à l’évidence que l’anglais fait aussi partie de l’identité québécoise depuis un quart de millénaire.

Ne peut-on pas reconnaître cela clairement une fois pour toute? Reconnaître que l’anglais fait partie de nous, de notre histoire, de notre culture, de notre identité. Reconnaître que l’anglais n’est pas une langue étrangère mais est aussi une langue québécoise.

Et que dire des paragraphes suivants:

On peut bien déplorer autant qu’on veut la défaite des Plaines d’Abraham et la conquête britannique. Mais il va falloir finir par accepter le fait que cela s’est passé il y a plus de 250 ans. Et que le Québec d’aujourd’hui est celui qui a été façonné pendant ces 250 ans, ce n’est pas une sorte de Nouvelle-France corrompue par la présence anglo-canadienne et à laquelle il faudrait redonner sa pureté d’antan.

En plus de l’héritage français, la langue anglaise, les institutions et les symboles britanniques, puis canadiens, ont façonné ce que nous sommes. Notre identité, ça inclut tout cela.  Exactement comme le fait français fait partie de l’identité de tous les Canadiens.

Ayoye! Je ne sais pas pourquoi Maxime Bernier a décidé de frapper à ce moment-ci. Est-ce en préparation de la prochaine campagne électorale fédérale? Aspire-t-il être chef éventuellement? Est-il en réaction face à l’interminable couverture du Parti québécois, de son avenir, de sa course à la chefferie, alors que les Québécois ont bel et bien choisi un gouvernement fédéraliste? Peut-être tout cela à la fois.

Il n’en demeure pas moins que je soupçonne que ce qu’il exprime rejoint une bonne partie de la population québécoise. Au grand dam de ceux qui y voient les effets de la Conquête… Ah! La Conquête…

 

28 réflexions sur “À Maxime Bernier: Vous ne me choquez pas du tout!

  1. En plus nous faisons tout pour empêcher les Albertains de nous approvisionner de leur pétrole par lequel 9 milliards de BS nous sont retournés… Nous les empêchons en refusant d’inverser le pipe-line existant et en les empêchant d’en construire un tout neuf.

    J’ai tellement honte…

    Peut-on imaginer une seconde les Ontariens interdisant la construction d’une ligne électrique sur leur territoire qui permettrait au Québec d’exporter son électricité aux États-Unis?

    Maxime Bernier a tout mon respect.

    • Avoir du respect pour Bernier tache impossible; un pauvre con de premiere. Que faite vous de ses gaffes passés. Il a le jugement d’un moineau. Excusez-moi les moineaux.

    • « Avoir du respect pour Bernier tache impossible; un pauvre con de premiere. Que faite vous de ses gaffes passés. Il a le jugement d’un moineau. Excusez-moi les moineaux. »

      Sauf votre respect M. Patrice, je ne vois pas le lien entre ce que vous écrivez et mon énoncé sur notre comportement de BS vis-à-vis des Albertains qui nous envoient 9 milliards de péréquation et dont nous empoisonnons la vie en les empêchant de nous vendre leur pétrole et de l’exporter à l’étranger…

    • À Patrice, Recourir aux insultes (traiter quelqu’un de con) n’est pas encouragé ni accepté sur ce blogue. Ne soyez pas étonné que votre commentaire soit effacé éventuellement.

  2. Totalement d’accord avec M.Bernier et d’ailleurs, la critique de M.Marceau déresponsabilisante, agressive et totalement déconnecté de la réalité économique nous prouve que le PQ est encore en mode arrogance.

    Je crois que Maxime Bernier a beaucoup plus d’écoute dans la population que nos analyses politique ou la clique péquiste.

  3. lui reconnaître l’audacité

    lui reconnaître l’audace….

    Pour le reste du discours tout ce qu’il faut a MBC et aux autres pour brûler une soupape…

  4. Je me reconnais dans ses propos. Maintenant si les paresseux décident finalement de lui pardonner son écart à la sécurité, (parce qu’il a eu sa leçon) et lui ficher la paix, M. Bernier pourra continuer à brasser notre cage pour nous remettre sur les rails du bon sens. Ce qu’il dit est tout simplement une vérité de Lapalice que plusieurs refusent d’accepter. Un vrai vent de fraîcheur de la part de ce Beauceron dynamique.

  5. Ça n’aura pas pris de temps à Leitao pour adopter la vieille rengaine du PLQ/PQ sur le déséquilibre fiscal! Pas très encourageant…

    • Très désapointant. Ces politiciens sont des bouffons trop souvent. Leitao a dit sur RDI Economie que le Québec était riche, il voulait dire en richesses, mais ça n’a pas sorti comme il faut et Filion n’a pas questionné, comme de raison vu qu’il lui avait demandé la question « Est ce que le Québec est pauvre? » Mais non, mais non…le QUÉBEC EST RICHES….

      Ensuite Fillion lui a fait avoué que la Charte était la raison principale pourquoi Leitao avait décidé de rentrer en politique….pour chef des finances, ça fait plus que bizarre. Fillion n’est vraiment pas neutre, il lui a mis plein de mots dans la bouche. Really bad interview!

  6. Il faut savoir battre le fer quand il est chaud.

    Il n’a pas été long avant que les propos tenus par Maxime Bernier aient fait l’objet de critiques condescendantes et à RC et à TVA..

    Tous les partis, la CAQ y compris, ont semblé pris de court par l’audace de Maxime Bernier. Les politiciens arrivaient difficilement à cacher un malaise certain dans leurs réponses aux journalistes.

    Habitués qu’ils sont à ménager les susceptibilités de la bien-pensance québécoise. ils se sont retrouvés confondus par la témérité de Maxime Bernier.

    Rentrer le fer dans la plaie alors que les Péquistes sont encore sonnés par leur défaite et que les tuiles s’ajoutent, je ne suis pas certaine de l’accueil que lui réserveront les Québécois..

    Trop, trop tôt?

    Pour Maxime Bernier par contre, dont la crédibilité a été minée par les bons soins de nos médias québécois, choisir de faire cette sortie à ce moment-ci était judicieux.. il livre tout haut et le message de la CAQ et le message identitaire fédéraliste.

    Reste à voir comment réagiront et le PLQ et la CAQ. Étaient-ils vraiment prêts à aller aussi loin « aussi vite » que les pousse maintenant cette sortie de Maxime Bernier?

    • Naturellement que la stupidité de Bernier est la faute au journaliste. Le jupon dépasse madame.

  7. Intéressante analyse Hélène, souhaitons pour nous que la CAQ et les libéraux reconnaissent que Bernier a raison.

    D’un côté, les québécois voulaient un état fédéral plus dépensier mais une province plus autonome et de l’autre certain voulait l’indépendance mais critiquait quand le fédéral n’était pas assez généreux.

    Les québécois ont parlé des deux côtés de la bouche assez longtemps, cette hypocrisie a assez durée. Il est temps que le Québec vote pour un gouvernement fédéral plus petit, moins dépensier, qui impose moins et s’impose moins dans nos vies.

    C’est le seul gouvernement qui ferait l’affaire des camps fédéralistes et des souverainistes moins radicales.

    C’est le gouvernement qui ferait l’affaire de la plus part des provinces d’ailleurs.

  8. En accord avec Maxime Bernier. Il fallait entendre M. Marceau scandaliser parce qu’il disait qu’on envoyait 50$ milliards et que c’était normal qu’on en demande. Il n’a pas encore compris qu’on en reçoit plus qu’on en donne. J’espère que le PLQ et la CAQ vont être en accord avec Maxime Bernier.

  9. Je me reconnais de plus en plus dans les discours de Maxime Bernier et je partage en très…très grande partie ses valeurs québécoises.

    Il est temps que quelqu’un nous mette les yeux en face des trous.

  10. Le min. Leitao veut peut être les $ et vite pour arriver devant les électeurs et dire « vous voyez je suis efficace je contrôle le déficit,en appliquant cet $ au déficit » et justement je disais la même chose hier en d’autres mots On peut lire »le QC doit arrêter de fier sur son chèque de BS » au lieu de « Le Québec doit cesser de «quêter »
    Marceau lui,ancien « grand argentier » du pq crois normal que le QC demande toujours l’aide du fédéral,oui mais un moment donné faut s’aider nous même non ?
    Faut pas que çà devienne comme « donne un poisson à une personne et tu le nourrira toute la journée…montre lui à pêcher et il boira de la bière toute la journée » !

  11. Économiquement l’argumentaire de M. Bernier est incontestable.
    Il a également raison de suggérer que notre maxime passe du « Je me souviens » au « Tous pour un Québec fort », et d’exprimer que notre identitaire est forgé du français et de l’anglais, c’est d’ailleurs cet alliage qui en fait la force.

    • En effet, je lève mon chapeau à Maxime Bernier. Je n’ai rien à dire sur l’aspect économique. Le seul point où j’ai accrochais un peu est sur l’argument identitaire. Je me souviens d’un gestionnaire qui nous répétait ce qui est bon pour pitou est bon pour minou. Je m’explique, en effet, la culture britannique fait partie intégrante de notre culture. Je suis d’avis que le Québec doit tenir compte de cet élément, mais le fait français est bel et bien présent dans la plupart des provinces canadiennes aussi. Ainsi, je m’attends à que des mesures soit prises dans le pays entier, ce qui n’est pas le cas présentement.

    • Effectivement j’aurais pu être un peu moins égoïste, cependant il faut reconnaître que le Québec jouit d’un statut particulier en rapport aux autres provinces canadiennes, du fait que le début du Canada est issu du Québec à l’origine une colonie française. Les francophones sont donc majoritaires au Québec alors que minoritaires dans les autres provinces et conséquemment le rapport de force est bien différent.
      Vous avez néanmoins raison en souhaitant de meilleures conditions pour les francophones hors Québec.
      Tel que je l’avouais au début de ce commentaire je demeure égoïste dans mon propos et crois que « charité bien ordonnée commence par sois même ».

  12. Tout à fait d’accord avec M Bernier et sans détour ce qui a pris de court tous les partis politiques du Québec. La grande majorité des Québecois ne savent pas combien nous recevons en retour de plus sur ce que nous payons en taxe fédérale.
    Difficile de briser cette mentalité d’ingérence du fédéral avec LA province quand ce sont nous politiciens qui ont créé tous les mêmes services en insistant pour recevoir une compensation monétaire. Dire que se sont les indépendentistes qui exigent le plus du fédéral normal qu’ils ont peur de faire un référendum.

  13. La réaction des parlementaires québécois au discours de Maxime Bernier est une copie à peu près conforme de leur réaction après la publication par Maclean’s de son reportage sur la corruption au Québec. C’était avant les audiences de la Commission Charbonneau!!!

    • Imaginez une commission Charbonneau sur le gouvernement conservateur; comme cela serais intéressant. Les autre parties auraient l’air d’enfant choeur devant Harper et cie.

  14. Madame Marcotte , Maxime Bernier à l’habitude de dire n’importe quoi la plupart du temps sans comprendre , de croire que ses propos sont réfléchis est une énorme erreur . Il serait bien mal foutu d’expliquer le système de péréquation et aussi l’histoire du Québec . Donc il est préférable pour lui de s’adresser à un public déjà conquis qui craint de poser des questions par crainte d’avoir l’air ridicule .
    De plus j’aimerais vous voir commenter et expliquer le système de péréquation et aussi l’histoire du Québec . J’ai eu l’impression en vous lisant que vous résumiez l’histoire du Québec à la langue .
    Saviez – vous madame que les canadiens Français ont eu le droit de vote parce que les conquérants leur ont permis .Saviez- vous que cela ne fait pas 250 ans
    Que les irlandais et écossais ne parlent plus leur langue parce que le conquérant leur avait interdit
    Pour vous aider et aider vos lecteurs à se faire une opinion sur la péréquation vous pourriez faire suivre ce lien
    http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/francis-vailles/201405/31/01-4771694-sommes-nous-les-bs-du-canada.php

    • Et pourtant, la réponse se trouve dans le texte auquel vous faites référence:

      Certains diront que les Québécois s’opposent au développement de leur propre pétrole, mais encore faut-il que des réserves soient prouvées et exploitables, ce qui n’est pas encore le cas.

      Le point est là… tout est fait actuellement pour empêcher les entreprises d’évaluer pleinement le potentiel énergétique réel du territoire québécois, que ce soit par la ville de Gaspé, par les Madelinots pour Old Harry ou une minorité des quelques habitants d’Anticosti. La dernière trouvaille des ayatollahs de l’environnement, consiste à vouloir empêcher la prise de relevés dans le port de Gros Cacouna, pour protéger les bélugas. Si l’entreprise privée (et non le gouvernement) est prête à investir ses sous, il faut l’encourager à le faire et non lui empoisonner la vie. Le Québec est pauvre par choix, il pourrait devenir riche aussi par choix. Je souhaite de tout mon coeur que la péréquation nous soit coupée, le Québec aura ainsi à apprendre à vivre selon ses moyens et non sur le bras des autres. La fierté de ceux qui rêvent à un pays devrait commencer là…

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