Institut du Québec: Un rapport inutile

Le nouvel Institut du Québec (IdQ) formé d’une association entre le Conference Board du Canada et HEC Montréal propose ce matin une première analyse intitulée « Choc démographique et finances publiques: Pour un contrat social durable. »

On l’aura deviné: un Xième rapport qui ressasse les mêmes constats et qui conclut à l’inévitabilité « d’aligner les dépenses publiques sur les revenus anticipés de l’État ». Plus encore, selon les auteurs du rapport, il « ne serait pas réaliste de croire que la croissance économique pourra résoudre le déséquilibre structurel des finances publiques du Québec. »

En clair, cessons de ne compter que sur la croissance économique, sur des gains de productivité ou encore sur une hausse des investissements. La solution réside dans la colonne des dépenses et le succès dépend de la volonté politique du gouvernement.

Voilà ce qu’il y a de bon dans ce rapport. Pour le reste, je me demande sincèrement en quoi les auteurs ont cru utile de répéter ces évidences si ce n’est que pour enfoncer le clou davantage sans véritablement offrir de solution.

MÉNAGER LA CHÈVRE ET LE CHOU

Oh, ils donnent bien leur avis sur la démarche que le gouvernement devra suivre pour cesser de s’enfoncer dans un statu quo qui produirait des déficits projetés de 7 G $ en 2020-2021 et 35 milliards $ dans 20 ans… Mais paradoxalement, comme l’avait fait en 2010 un comité mandaté par le ministre des Finances de l’époque Raymond Bachand, on maintient encore qu’il soit possible de « préserver l’essentiel du contrat social », que « des réformes n’impliquent pas l’abandon du contrat social québécois » et que le Québec « dispose d’une marge de manoeuvre qui lui permet de réduire ses dépenses sans pour autant renoncer à son contrat social unique ».

On marche visiblement sur des oeufs. Cette marge de manoeuvre? Elle résiderait dans le fait que l’État québécois offre 11 milliards $ de plus de services que la moyenne du Canada (chiffre pris dans le Plan budgétaire 2014-2015, p. F.17). Alors quoi, on le conserve ce contrat social ou on le remet en question, dites-moi? Pourquoi tenter de ménager la chèvre et le chou? Quelle partie de ce 11 milliards $ du contrat social n’est pas essentiel, Messieurs et Dames? N’est-il pas temps d’aller au-delà des voeux pieux et des projections chiffrées et de nous prononcer sur ce que constitue de fameux « essentiel du contrat social »? (en supposant, bien sûr, qu’il s’agit bien d’un contrat social – ce qui n’est pas le cas, avouons-le).

Il est là le défi maintenant. Cessons de tourner en rond autour des constats et des projections chiffrées! On le sait maintenant. Le mur, il est là. Passons aux solutions!

Difficile également de comprendre d’où vient ce chiffre de 11 milliards. En 2010, le comité consultatif sur l’économie et les finances publiques avait plutôt conclut que « si le Québec offrait aux citoyens le panier de services financé publiquement par l’Ontario, il réduirait annuellement ses dépenses de 17,5 milliards de dollars.” (Le Québec face à ses défis, Fascicule 1, p. 11)

En tout cas…

MISER SUR LE CONTRÔLE DES DÉPENSES DE SANTÉ – OUI, MAIS ENCORE?

Pour revenir sur ce premier rapport de l’Institut de Québec, les auteurs proposent tout de même une solution: celle de réduire la croissance des dépenses de santé à 4,2% plutôt que le 5,2 % observé dans la dernière décennie. Pour eux, donc, « le contrôle des dépenses de soins de santé constitue donc le nerf de la guerre ».

Cette idée de ramener le taux de croissance des dépenses de santé à quelque chose de plus raisonnable n’est pas nouvelle. De nombreuses analyses ont également abouti à cette recommandation. En quoi l’Institut du Québec croyait ajouter à la réflexion? Je ne le vois pas. Autrement que de prétendre qu’il s’agit là d’une solution (magique?) qui nous permettrait de préserver ce fameux contrat social?

Chose certaine, il semble que les auteurs ont fait un choix: celui de miser essentiellement sur le budget de la santé. Croient-ils qu’il serait politiquement plus risqué – et donc, irréaliste – de remettre en question d’autres dépenses de l’État? Veulent-ils éviter par là, une remise plus fondamentale du modèle québécois?

VEUT, VEUT PAS: LA SANTÉ PRENDRA UNE PLUS GRANDE PART DANS L’ÉCONOMIE

Et puis, il y a un mot qui manque dans cette grande recommandation. Le mot « publiques », comme dans « dépenses publiques de santé ». Le secteur de la santé sera dans les 2 prochaines décennies, un secteur en expansion. Qu’on le veuille ou non. L’OCDE observe que les soins de longue durée augmenteront de façon significative. Les dépenses de santé prendront de plus en plus de place dans l’économie également.

Vous me voyez venir, non? Dans un monde où le secteur de la santé souffre de la superposition de deux monopoles (celui du financement et celui de la production), on fait quoi quand on a atteint le plafond des dépenses publiques autorisées? Quand on a atteint une croissance des dépenses publiques de 4,2%? On rationne? On ajoute aux listes d’attente? On revoit le panier de services?

Si l’Institut du Québec avait voulu ajouter à la réflexion et se rendre utile, voilà le genre de dilemme sur lequel le Québec doit se pencher. Se limiter à pondre un taux fictif de 4,2% ne résout rien. Cela ne sert qu’à faire des graphiques et à coucher sur papier une fiction.

Pour ma part, je suis parfaitement d’accord avec l’idée de lier le taux de croissance des dépenses publiques de santé avec celle de la croissance économique. Je comprends également que le gouvernement fédéral ait voulu revoir l’entente de 2004 qui préconisait des augmentations de 6% par année des transferts en santé.

Mais proposer de « contrôler les dépenses publiques de santé » n’est pas suffisant. Il faut aussi permettre au secteur de la santé de répondre à des besoins qui augmenteront, qu’on le veuille ou pas. Et ça, ça passe par la remise en question des dogmes et des idéologies persistantes dans le système de santé et chez ceux qui défendent davantage un système public de santé plutôt que de défendre les patients eux-mêmes.

Bref, ce 1er rapport de l’Institut du Québec n’apporte rien de nouveau. Ce genre de rapport, il y en a déjà tout plein. Dommage.

P.S. L’Institut du Québec est présidé par Raymond Bachand. Le même qui a commandé des études en 2009-2010, qui a refusé de réviser le panier de services, et qui a donc probablement été un grand défenseur du modèle québécois dans la dernière décennie.

4 réflexions sur “Institut du Québec: Un rapport inutile

  1. L’institut du Québec est présidé par Raymond Bachand ????Ce n’est pas ce que j’appellerais une bonne nouvelle; ce même Bachand qui nous a fourrés il y a 3 ou 4 ans en essayant de nous faire croire que l’état se serrerait la ceinture de 2/3 et nous 1/3…….en augmentant les tarifs que nous payons, il disait que c’était la part du gouvernement. .J’ai encore de la difficulté à comprendre…..de toute façon c’était une patente à gosses qu’il défendait assez bien. Comment ces incompétents s’y prennent-ils pour se trouver de gros postes et qui sont les irresponsables qui les embauchent????? Il y a une clique que je n’arrive pas à percer ……….tous partis confondus…..

  2. Ce qui me surprend face à ce rapport c’est le fait que M. Bachand soit le président de cet institut. Selon son expertise il dit ce qu’on doit faire. La question que je me pose c’est: son expertise, elle était ou lorsqu’il était Ministre au Gouvernement. S’il avait appliqué ce qu’il préconise maintenant lorsqu’il était au Gouvernement, nous serions peut-être moins dans la «merde» présentement. Je ne comprends pas cette différence avec les gens qui font de la politique. Lorsqu’ils sont en politique, ils ne font qu’augmenter les impôts et les taxes pour faire de l’argent sans jamais regarder dans les programmes et les services, à savoir si ce programme ou ce dit service est nécessaire. Lorsqu’il retourne dans le privé, «oups» soudainement on a une expertise. Cet expertise il aurait du l’appliquer lorsqu’il était au Gouvernement. Je crois avoir la réponse. Lorsqu’ils sont en politique, ils doivent compter sur l’appui des gens pour être élu. Ils ont les mains attachés par tous les groupes de pressions et par les syndicats dans le système publique. Lorsqu’on est élu, il y a beaucoup de contraintes. Lorsqu’ils retournent au privé, les contraintes ne sont plus là. Facile maintenant pour M. Bachand de dire ce qu’on doit faire. Ce que j’aurais aimé de lui lorsqu’il était Ministre, c’est d’avoir eu le «guts» de faire ce qu’il préconise maintenant. Ce rapport est inutile, puisque maintenant il n’a plus de pouvoir décisionnel. Ça fait juste un autre rapport qu’on classera dans la filière no. 13.

  3. De quoi se mêle Raymond Bachand? D’abord il n’a plus aucune crédibilité en donneur de leçons.. Que cache cette sortie à ce moment-ci? De qui Bachand se fait-il le porte-parole?

    Il me semble que les citoyens ont été assez clairs.. le temps pour le jovialisme a assez duré.

    Le PLQ de Philippe Couillard semble en inquiéter certains.. c’est bon signe!

    Reste au PLQ à refuser de se laisser distraire par les tentatives démagogiques d’ingérence qui se feront de plus en plus nombreuses.

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