La classe moyenne, le marché et l’État: fascinant!

Qui fait partie de la classe moyenne? La classe moyenne s’érode-t-elle? S’enrichit-elle? Dans sa plus récente étude, le chercheur François Delorme de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke propose des réponses à ces questions.

Mise à part l’originalité de cette étude qui définit, pour chaque type de ménage, ce que constitue la « classe moyenne » (amusez-vous ici), voici les conclusions largement véhiculées dans les médias:

  • La classe moyenne n’est pas en déclin – elle compte pour 46,7% des ménages (45,8% en 1976).
  • La classe moyenne est maintenant très diversifiée et ne peut plus se décrire comme étant  « deux parents, deux enfants », cette catégorie de ménages ne représentant plus que 25% des ménages se situant dans la classe moyenne (49,8% en 1976).
  • Pour l’ensemble des catégories de ménages, à l’exception des familles biparentales, les résultats indiquent une augmentation de la proportion des ménages qualifiés de classe moyenne. Une proportion importante de familles biparentales (deux parents), quant à elle, a migré vers la catégorie des familles à revenus plus élevés (comptent pour 32% des ménages à revenus élevés en 2010; c’était 15% en 1976).

Voilà ce qui peut réconforter, non? Pas tout à fait. Si la classe moyenne n’est pas en déclin, ce n’est pas dû aux revenus qu’elle tire du « marché » (revenus de travail, d’entreprise, de placements), bien au contraire. Selon le chercheur Delorme,

Sur la base des revenus de marché, la proportion des ménages faisant partie de la classe moyenne s’étiole. Le ratio des familles biparentales faisant partie de la classe moyenne chute de 51% à 34% de 1976 à 2010.

De manière globale, pour tous les types de ménages, la classe moyenne a même perdu de son importance entre 1976 et 2010 – de 36,8% à 29,4% si on ne tient compte que des revenus du marché.

Ce qui « sauve » la classe moyenne? Un extraordinaire appareillage de redistribution de la richesse par le biais de transferts gouvernementaux, mesures fiscales ou crédits d’impôts de toutes sortes. Regardez:

ClasseMoyenne1

Remarquez également l’importante contribution des ménages à revenus élevés dont la proportion passe de 31,1% à 21,5% lorsqu’on considère le facteur redistributif de leur richesse. La classe moyenne augmente non pas essentiellement parce que la redistribution augmente la richesse des familles à faibles revenus, mais également parce qu’elle « appauvrit » les gens plus aisés. Le nivellement des revenus serait possiblement un terme plus juste.

Voilà, pour moi, ce qui m’apparaît fascinant et intéressant dans cette étude, hormis le fait que les gens peuvent maintenant savoir s’ils appartiennent ou non à la classe moyenne, définie comme ayant des revenus entre 0,75 et 1,50 du revenu médian des ménages.

Revenu médian: une moitié de la population dispose d’un revenu plus élevé que le revenu médian, et l’autre moitié, d’un revenu moins élevé.

Mais alors, on fait quoi avec cette information? D’abord on conclut qu’on doit sérieusement nous poser des questions sur l’incapacité du « marché » à maintenir et à hausser à lui seul le pouvoir d’achat des ménages. Contrairement à d’autres qui l’affirment bien fièrement, je ne crois que c’est une bonne nouvelle de constater que ce sont « les transferts et la fiscalité » qui protègent la classe moyenne, pratiquement à eux seuls.

Pourquoi en est-il ainsi? Est-ce parce que notre système d’éducation échoue à produire des travailleurs spécialisés dans des domaines payants? Ou encore parce qu’on finance collectivement en trop grand nombre des finissants dont le marché n’a pas besoin? Les transferts gouvernementaux et mesures fiscales, bien que jouant un rôle essentiel comme levier pour les familles à faibles revenus sont-ils trop généreux pour la classe moyenne? Incitent-ils vraiment les gens à faire des choix qui les assureraient d’une autonomie financière plus grande?

Et on n’a seulement pas parlé de l’effet du déclin démographique sur le revenu du marché, lequel diminue presqu’invariablement lorsqu’on se retire du marché du travail…

Chose certaine, la classe moyenne qui se plaint d’une lourdeur fiscale doit se raviser. Elle est celle qui profite le plus de cette redistribution. Si elle veut des diminutions de son fardeau fiscal, peut-être faudrait-il qu’elle réalise qu’elle devra moins compter sur l’État pour préserver son propre pouvoir d’achat.

Quant à la question « La classe moyenne s’enrichit-elle? », le revenu médian après impôts et ajusté à l’inflation, pour toutes les catégories de ménages, a augmenté de 0,1% entre 1976 et 2010.

Une nouvelle un peu moins réjouissante toutefois est que si le revenu médian du marché des ménages canadiens s’établissait à 68 000$ en 2011, il n’était que de 60 000 $ pour les ménages québécois. Mais ça, c’est le prix de la distinction québécoise…

Lire: Connaissez-vous la classe moyenne?, Faites-vous partie de la classe moyenne? (RC), La classe moyenne est-elle vraiment en difficulté? (RC), L’étude complète de François Delorme et Suzie St-Cerny

2 réflexions sur “La classe moyenne, le marché et l’État: fascinant!

  1. Merci ! Je viens d’apprendre que je suis même pas dans la catégorie « classe moyenne » (même pas dans le bas de l’échelle). Ce qui explique que nous en arrachons… avec deux enfants et un conjoint travailleur autonome (zéro avantage… mais c’est un sale entrepreneur capitaliste). Et pourtant, on me classe dans la braquette d’impôts de la classe moyenne. En fait, si j’étais un peu plus pauvre…je serais plus riche parce que je passerais à la braquette inférieure.

  2. La social-démocratie et en particulier le socialisme, c’est régressif du point de vue de la compétitivité et donc de l’enrichissement. Acheter l’appui politique des plus pauvres en arrachant la richesse aux plus riches donc souvent aux plus débrouillards équivaut à tuer la motivation de ces derniers si ça devient excessif. Dans une économie de marché, cela provoque nécessairement une baisse du dynamisme entrepreneurial et donc un appauvrissement. Comme dans le cas du Québec avec ses politiques sociales à outrance.

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