Négociations dans le secteur public : Geler les salaires ou abolir des postes?

La résolution du gouvernement Couillard d’équilibrer le budget du Québec en 2015-16 semble inébranlable. Voilà une bonne nouvelle. Après plusieurs années de déficits et après avoir reporté de deux ans l’atteinte du déficit zéro – initialement prévue en 2013-2014 – il semble que cette fois-ci soit la bonne.

Mais cette fois-ci, les leviers dont dispose le gouvernement sont moins nombreux. Après avoir surimposé, surtaxé (+2% TVQ) et ajouté un impôt-santé, on semble se résoudre à enfin réduire les dépenses. Seulement, voici:

60% de sa colonne des dépenses du gouvernement est composée de la masse salariale de ses employés.

Inconcevable donc que les employés du secteur public ne soit pas appelés à contribuer au redressement des finances publiques. Malgré les cris et grincements de dents, la pièce de résistance pour diminuer la colonne des dépenses du gouvernement a été déposée lundi le 15 décembre: gel salarial pour les 2 premières années d’une convention collective de 5 ans, suivi d’une augmentation de salaire de 1% pour les 3 années suivantes.

Y aurait-il eu une autre façon de dégager les milliards dont le gouvernement a besoin pour boucler son budget?

François Legault de la CAQ par exemple suggère dans un Tweet que …

LegaultTweet

En gelant l’effectif total du secteur public au niveau de 2013 (570 000 postes) durant toute la durée d’un mandat, la CAQ prétend qu’elle aurait fait des économies de plus de 5 milliards $ (voir leur document ici). Réduction de la taille de l’État? Pas vraiment si on est honnête. Il n’y a ni congédiement ni mise à pied dans la solution de la CAQ non plus. Il s’agit, ici aussi, d’un gel du nombre d’employés… ce qui est déjà ça.

L’originalité de la CAQ réside plutôt dans le fait qu’on n’aurait moins remplacé les employés qui ne donnent pas de services directs à la population alors qu’on aurait augmenté le nombre de postes dits de première ligne (enseignants, infirmières par exemple). Cela suppose une révision des tâches administratives, un délaissement de tâches jugées non essentielles et une plus grande souplesse dans la mobilité du personnel. Possible? Certes. Mais convenons que les syndicats y auraient fort probablement résisté.

Comme mentionné dans la chronique d’Alain Dubuc de ce matin, « une réduction des effectifs n’est pas une mince tâche. On peut sans doute éliminer quelques structures inutiles, mais il sera difficile de vraiment réduire le nombre d’employés de l’État sans repenser le rôle de celui-ci et ses façons de faire. » Les syndicats en sont-ils capables? La « machine » en est-elle capable, à commencer par les ministres eux-mêmes? Quant à moi, j’en doute…

Voyez comment les conventions collectives briment toute possibilité de réorganisation du travail. Tout y est codé, tout y est compté, tout y est planifié, centralisé et rigidifié. Compter sur la « machine » pour revoir le rôle de l’État et revoir ses façons de faire? Je ne crois pas ça. N’a-t-on pas constaté la très forte résistance des ministres eux-mêmes à modifier quoique ce soit à leur organisation? « Been there, done that », comme on dit en anglais.

Le chroniqueur économique de La Presse, Francis Vailles, quant à lui, se surprend que le gouvernement libéral ait repris la formule du gel salarial plutôt que celle d’abolir des postes. Il s’est amusé à compter le nombre de postes qu’il faudrait abolir pour offrir une augmentation de 1,5% par année sur une période de 5 ans. Résultat?

« Il faudrait sacrifier 10 400 postes par année parmi les fonctionnaires, infirmières et professeurs pour offrir une hausse de salaire décente », avance-t-il, cette « hausse décente » étant définie comme +1,5% par année.

Si on prend pour hypothèse que les conventions collectives desservent 541 000 employés, l’on devra diminuer de 2% leur nombre à chaque année pendant 5 ans. Pas très loin du 2% de gains de productivité dont parlait Martin Coiteux récemment. (Rappelons par ailleurs qu’on estime que 15 000 employés partiront à la retraite à chaque année au cours des prochaines années. Sont-ils tous vraiment irremplaçables?)

La négociation entre le gouvernement et les représentants syndicaux pourrait-elle aboutir à marchander des hausses de salaires moyennant une diminution réelle du nombre d’employés de l’État? Si j’étais syndiquée et employée du gouvernement, c’est ce que je demanderais à mon syndicat. Aurais-je espoir qu’il ait la maturité requise pour y réfléchir. J’en doute. Ma thèse est que le gouvernement en doute aussi et que c’est la raison pour laquelle il aurait choisi la voie facile: un gel des salaire suivi de maigres augmentations de 1% pour les 3 dernières années de la convention.(1)

Cela dit, le gouvernement libéral n’est pas très loin de l’objectif poursuivi par la CAQ, sinon va plus loin que la solution préconisée par François Legault. En effet. Selon la Presse canadienne, non seulement le projet de loi 15 du président du Conseil du trésor gèle les effectifs pour l’ensemble de l’appareil de l’État, il y ajoute un gel de l’embauche pour le secteur public.

Trop sévère? Certainement pas pour ce qui est de l’actuel mandat du PLQ. On a connu les promesses de remplacer un départ à la retraite sur deux. Peut-on leur faire confiance? Non s’ils n’y sont pas forcés. Ce fut un échec total. L’épreuve des faits le confirme. De 2008 à 2012 – en seulement 4 ans – le nombre de fonctionnaires a augmenté de 25 055, soit une moyenne de 6,2%!

En somme, ni la CAQ ni le PLQ ne propose de diminuer le nombre d’employés. Tout au plus, proposent-ils tous les deux un gel de l’effectif. Austérité? Destruction de l’État québécois? Attaque en règle des services publics? On se calme. Et que ceux qui s’excitent (rappelons la crise nationale en 2003 entourant la modification de l’article 45 du Code du travail…) réalisent au moins que ce qui se passe aujourd’hui n’est que la conséquence de préserver les « choix collectifs » défendus par les mêmes personnes qui se voient maintenant obligées d’en payer le prix.

On veut un gros État? Que l’État planifie, produise, distribue et contrôle l’ensemble des services publics? On préfère beaucoup d’employés qui ont de la difficulté à obtenir des gains salariaux plutôt que moins d’employés véritablement concentrés sur les missions essentielles de l’État? Eh bien, en voilà les conséquences.

Triste pour les gens qui rendent des services directs à la population, c’est vrai. Mais cela dit, considérant le contexte économique difficile, il leur sera très difficile de ne pas au moins être heureux des conditions que leur offrent l’ensemble des Québécois. Pour le reste, il faudra en parler avec leurs syndicats. Les mêmes qui prônent l’uniformité, l’égalité, le nivellement vers le bas, et tout le reste. Pour eux, sachez-le, c’est le nombre qui compte. Le nombre… et les cotisations syndicales qui en découlent. À ce compte-là, ils n’ont pas trop à se plaindre eux non plus.

(1) 40% des travailleurs continueront progresser dans les échelons salariaux, augmentation qui peut représenter 3,6% par année. Les employés recevront au printemps 2015 une augmentation de 1% (clause de la convention collective actuelle).

8 réflexions sur “Négociations dans le secteur public : Geler les salaires ou abolir des postes?

  1. «La meilleure façon de réduire la taille de l`État n`est pas de mal payer les employés mais de réduire le nombre»

    François Legault

    Bien sûr.

    La meilleur façon de réduire l`État, c`est aussi réduire le nombre de ceux qui l`engraissent constamment, c`est à dire les politiciens eux-même. On a trop de politiciens. Mais quand on a un Martin Coiteux qui dit que l`Assemblée National est «souveraine» et à l`abris des coupures, ça part mal pour réduire l`État et montrer l`exemple dans le reste de la population. On a 60 députés de trop comparé à l`Ontario au Québec.

    • Exact, mon cher georgipatton. Commençons par donner l’exemple. Moins de députés. Moins d’argent pour les caisses électorales. Et demande une tonne de statistiques à la minute près Mme Turcotte? LKes journalistes et les députés Arrêtez de demander toutes sortes de stats et vous allez pouvoir couper dans la fonction publique. Ceux qui font des stats ne donnent pas de services directs à la population mais doivent quand même être payés et ce, de la part d’un ex-employé de l’état. Si vous verriez toutes les formules que l’on doit remplir pour nos supérieurs, qui eux, les font compiler par d’autres employés, analysés, etc. Vous en tomberiez en bas de votre chaise. Et la journée que l’on ne saura pas comment coûte un clou de trop, le bordel dans les médias.

  2. Encore une fois Coûteux n’ose pas s’attaquer aux problèmes structuraux et il choisit la facilité. Il n’a clairement pas le courage d’affronter les syndicats. Un bon libéral quoi.

    En plus, Couillard qui décide qu’on ne doit pas déveloper le gaz de schiste!!! Quel beau réflexe de gauchiste, c’est Martine Ouellette qui va jubiler.

    Une belle gang de pleutres.

    • Là Hugo, vous êtes trop sévère. Je trouve que Coiteux (et non Coûteux) a fait le maximum de ce qu’il peut faire. Au-delà même de ce que j’espérais. Et la CAQ n’aurait pas fait mieux. En fait, les deux propositions se ressemblent énormément. Pour ce qui est de Couillard, je crois qu’il a été irresponsable.

  3. Joanne, merci un très bon billet. J’espère que le gouvernement ne reculera pas dans ses démarches pour couper, couper, couper. Je crainds que la péréquation sera minime en 2016 dû à la chute des prix du pétrole. Ca va fesser dure. Par contre , il faut que le Québec commence à apprendre à vivre selon ses moyens.

  4. De un, Hugo, les commentaires qui désigneront Coiteux comme Coûteux seront effacés. De deux, mon texte en était un de real-politik. Ma conclusion est la suivante: celle de conclure qu’il est impossible de diminuer le nombre d’employés au gouvernement pour toutes sortes de raisons: sécurité d’emploi, culture des acquis, résistance au changement, etc. À défaut de pouvoir cela, préfèreriez-vous ne rien faire? De toute façon, il semble qu’il y en a plusieurs dans les plus vieux qui veulent partir à cause des modifications à leur régimes de retraite. Si vous étiez un peu plus honnête, vous pourriez penser qu’il y a plusieurs façons (voulues ou non) de « clairer du monde ». Ne cherchez pas votre commentaire. Il a été effacé.

  5. Mme Marcotte,
    Je suis contre un gel des salaires. Les employés de l’État ne sont apparemment pas trop payés…Quand on veut couper dans les employés, il faut arrêter de couper en bas; car ce sont eux qui font l’ouvrage. Souvent les gens plus hauts demandent toutes sortes de maudits rapports inutiles, ce qui crée de l’ouvrage pour les employés plus bas dans l’échelon. Qu’attend le gouvernement pour couper dans les hauts fonctionnaires??? Je sais que je l’ai déjà mentionné dans le passé, mais j’ai travaillé 31 ans pour une multinationale et, à tous les 4 ou 5 ans, on nous demandait de couper le nombre de nos employés. C’est un reflexe naturel de couper en bas car ce sont les employés qui ont le moins de pouvoirs et donc plus faciles à gérer. Nous connaissions tous le petit jeu et chacun de nous s’arrangeait pour en couper le moins possible dans son département et justifier le nombre. J’ai vécu quatre réorganisations de 1967 à 1990. Quand ils nous ont annoncé la réorganisation de 1990, nous pensions tous que ce serait la même chose que les réorganisations précédentes. SURPRiSE !! SURPRISE..!!! SURPRISE!!!! au lieu de nous demander de couper en bas, comme c’était l’habitude, ils ont commencé par couper en haut, de sorte que des dizaines de vice-présidents ou directeurs généraux se sont retrouvés sans emploi…..Ensuite ils ont descendu dans la hiérarchie, de sorte qu’en 1992 (deux ans plus tard) nous sommes passés de 8000 employés à 3800 employés, ( seulement au Canada) et pourtant nous ne travaillions pas plus fort après la réorganisation, mais les structures avaient été de beaucoup allégées. Peut-être qu’avec le 0% d’augmentation pour trois ans tel que suggéré par m. Coiteux, plusieurs fonctionnaires «inutiles» quitteront et le but du gouvt sera quand même atteint, soit la réduction des dépenses…

    • D’accord avec vous Marius. Il semble y avoir trop de chefs et pas assez d’indiens. Les représentants syndicaux défendent très mal les gens sur le terrain. Cela dit, c’est ça qu’ils veulent. J’espère comme vous qu’il y aura une fuite d’un certain nombre de cadres suite aux offres en matière de régimes de retraite. On va espérer qu’ils ne seront pas remplacés.

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