Projet de loi no 10: Pour le bâillon

Il y a bien plusieurs jours maintenant, sinon plusieurs semaines que l’animatrice de 24 heures en 60 minutes à RDI courtisait sur Twitter le ministre de la santé Gaétan Barrette. Mercredi soir, elle a réussi à le faire venir à son émission. Dommage qu’elle s’est employée davantage à faire du character bashing du personnage plutôt que de lui faire exposer sa vision d’ensemble et les résultats attendus de ses réformes (et surtout comment on prévoyait vérifier les résultats).

On le sait. La culture québécoise est très axée sur la concertation, sur la forme plutôt que le fond, sur les « façons de faire » plutôt que sur les résultats. On apprécie le dialogue; on craint la décision. J’écoute cette émission. Je trouve que le format de l’émission est le bon, généralement trois segments où on va en profondeur dans les sujets du jour. Bien sûr, le choix des commentateurs revête une couleur qui est celle de Radio-Canada: plutôt de centre-gauche, anti-libérale dans tous les sens du terme, attachée à la culture du consensus social et sur la forme (plutôt que sur le fond), etc.

« Cela dit », bon sang qu’on pourrait faire mieux.

Le Collège des médecins qui feint l’ignorance?

Le Collège des médecins s’est plaint cette semaine qu’on ne connaît pas la vision globale et le plan d’ensemble du Docteur Barrette. Comment avoir accepté de se faire dire pareille chose? Ils sont sérieux là? N’habitaient-ils pas le Québec lorsque rapport par-dessus rapport, on dénonce la prise en otage du système de santé par tous les groupes corporatistes? Comment se fait-il que le Québec ne compte pas plus d’infirmières praticiennes? Je vous donne un indice. Ça commence par « Collège…« .

En 2013, Guylaine Desrosiers, la présidente d’alors de l’Ordre des infirmières du Québec, se désolait qu’on ne puisse confier à des infirmières praticiennes spécialisées des cas non urgents, ou qu’elles ne puissent pratiquer dans des CHSLD. Mais pourquoi donc, me direz-vous? La réponse commence par un « F »; « F » comme dans Fédérations. La dame était tellement désolée de la chose qu’elle s’est présentée comme candidate aux dernières élections. Dommage qu’elle ait choisi le Parti québécois…

Les fédérations et groupes corporatistes de médecins qui attirent l’attention des médias aujourd’hui sont les principaux responsables de l’attente au Québec. Bénéficiant d’un statut de travailleur autonome dans une situation de quasi-monopole, jouissant d’un employeur unique (l’État) qui a sorti le chéquier et la carte de crédit pour leur offrir des conditions comparables à leurs collègues hors-Québec, ces groupes se permettent maintenant de se plaindre sur les ondes publiques à la manière d’un syndiqué qui pleurniche de « ne pas se sentir valorisé »?

C’est franchement dégoûtant et fait peine à voir: une profession aussi noble se transformer en bande de pleureuses au mantra « C’est pas de notre faute », « On veut s’asseoir et en jaser » et ce, sans jamais proposer des solutions concrètes.

Heureusement, il n’en est pas ainsi partout dans le système de santé québécois. Lors de ma participation au Comité portant sur le financement des services de santé au Québec, on a bien compris que l’organisation du travail était la pièce maîtresse qui assurait la bonne marche et un bon climat de travail d’équipe. Les hôpitaux anglophones roulaient plus rondement que les hôpitaux francophones par exemple. Certaines cliniques médicales s’étaient dotées d’un système de rendez-vous plus efficace. Zéro attente. Pourquoi n’en est-il pas de même partout?

Le Collège des médecins et les Fédérations de médecins qui ne connaîtraient pas là où veut en venir le ministre Barrette? Rassurez-vous. Ils le savent très bien. C’est juste qu’ils s’y opposent et trouvent des médias complaisants qui répèteront leurs complaintes.

Blocage systématique du Parti québécois

Aujourd’hui, le Parti québécois qui a tout fait pour bloquer l’étude du projet de loi no 10 s’offusque du bâillon que pourrait appliquer le gouvernement. Contrairement à la CAQ qui selon les dires du ministre Barrette, a proposé des amendements et y est allée de façon constructive, le PQ, ben… c’est le PQ.

Le PQ comme d’autres groupes réclament de la part du ministre sa vision de façon transparente. La vision du ministre Barrette? Le Collège des médecins la connaît. Les Fédérations des médecins omnipraticiens et spécialistes la connaissent. Les gens du milieu la connaissent. La voici.

Le gouvernement libéral croit au système public. Il croit qu’on peut, en re-dessinant l’organisation du système, diminuer la bureaucratie générée par la multiplicité des agences de santé et améliorer la productivité du réseau. Il croit qu’en exigeant des résultats concrets de la part des médecins de première ligne, on peut assurer à tous l’accès à un médecin de famille. Il croit qu’en exigeant des spécialistes d’être plus disponibles pour des cas référés par les médecins de famille, on peut améliorer la fluidité du traitement du malade.

Les moyens? Puisque Madame Dussault n’a pas saisi l’occasion de poser la question au Docteur Barrette, on ne peut que nous rappeler les conclusions des nombreuses analyses sur le sujet: plus grand rôle des infirmières et des pharmaciens, travail d’équipe dans les cliniques de médecine familiale, corridors de service pour les soins spécialisés, plateaux de diagnostic accessibles à la première ligne, etc.

Le gouvernement de Philippe Couillard croit en l’État payeur unique. Il croit en l’universalité et à la gratuité des soins de santé (entendons-là; on paie pas mal d’impôt).. Assisté de son ministre Gaétan Barrette, il croit même qu’il peut dégager des marges de manoeuvre… (vous pouvez rire ici).

Je vous laisse juger de la faisabilité de ce projet qui n’existe à nulle part au monde. Tout cela dit, si j’étais une partisane du tout à l’État comme le sont le premier ministre et le Docteur Barrette, je ne suis pas certaine que mon jeu serait d’étaler au grand public mes états d’âme d’adolescent frustré, voyez-vous. Parce que si, cette fois, le tandem Couillard/Barrette ne réussit pas à ce que les Québécois en aient pour leur argent, le constat sera encore plus clair qu’il ne l’est maintenant: le système public de santé n’est non seulement plus viable, il est désespérément inhumain à la fois pour les gens qui y travaillent et pour les patients.

Autrement dit, ça passe ou ça casse. Et si ça casse, les partisans du système public n’auront plus qu’à sécher leurs larmes.

20 réflexions sur “Projet de loi no 10: Pour le bâillon

  1. Les fédérations des médecins sont les deux syndicats les plus puissants au Québec. La CSN et même la FTQ, c’est de la petite bière à côté de ça. Avec les augmentations faramineuses consenties par Bolduc à Barrette lors du dernier mandat de Charest, on est dans de beaux draps. Nos médecins sont maintenant mieux payés qu’aux USA, ils travaillent moins, et ne rendent de compte à personne.

  2. Bravo et encore BRAVO, Mme Marcotte, pour votre analyse juste et franche de la situation en santé.
    Comme vous avez raison! Il est urgent que le ministre de la Santé agisse et j’ai une grande confiance au Dr Barrette pour braver la tempête. Il est solide et n’a pas froid aux yeux. Il ne s’en laisse pas imposer.
    Pour ce qui est du Collège des médecins, certains membres se prennent pour des superstars et ne veulent pas que les superinfirmières prennent leurs places. Pourtant, ces dernières pourraient améliorer la situation.
    Les personnes dans le monde hospitalier savent que ça ne fonctionne plus. Mais « pas touche à mes avantages »……

    Et le PQ? Qui se plaît à mettre des bâtons dans les roues!
    Là, il va pouvoir crier à l’indignation…….

    À RDI, Mme Dussault déteste tellement le parti libéral qu’elle ne peut pas être objective quand elle interview des gens de ce parti. Pas mal plus complaisante avec les péquistes.C’est flagrant!!! Je ne suis plus capable de l’écouter…..

    Je suis tellement d’accord avec vous, Mme Marcotte. Il est temps que quelqu’un se tienne debout au gouvernement.
    Je pense que M. Barrette est l’homme de la situation. Je l’appuie à 100%.

  3. Bravo! Joanne.. pour le baillon, moi aussi.. ça passe ou ça casse!

    Je pense que la majorité des Québécois se range derrière le Dr Barrette.. et si ça casse, le cynisme atteindra un niveau jamais égalé.. les « politicos » jouent leur réputation..

  4. Il y a un intéressant article dans La Presse de jeudi par Ariane Krol  »En finir avec le guichet unique »
    L’Ontario a depuis 10 ans maintenant 25 climiques externes sans rendez-vous par des infirmières praticiennes comme première ligne et de faire le suivi d’un patient. Le collège des médecins au Québec veut garder le plein pouvoir $$$ des visites non urgentes et de savoir que le code de facturation à +1000 pages cela explique bien pourquoi qu’il est devenu impossible d’avoir un médecin de famille si son cas ne sera pas payant et à répétition (suivi).
    Pour ce qui est de R.C. (RDI) le PQ a un temps de couverture plus qu’a TVA nouvelles….

  5. MAIS DUSSAULT SIGNE ET PERSISTE.

    Ce soir, elle a frappé un noeud avec un groupe de personnes qui était pour le changement. Mais elle revient (elle devrait s’en aller au PQ direct) toujours: mais il faudrait discuter, il faudrait s’entendre. Cela a toujours été le problème du PQ: parler pour parler.

  6. Très bon article, comme d’habitude……J’ai écouté l’entrevue de Mme Dussault avec M. Barrette. J’écoute rarement cette émission, mais je l’avais enregistrée parce que je savais que le Dr. Barrette y serait. J’ai trouvé Mme Dussault agressive avec M. Barrette, mais il a su garder son calme. Après avoir entendu ses réponses, quand elle ne lui coupait pas la parole, j’ai encore plus confiance en cet homme…..que j’en avais avant…..

  7. J’ai aussi visionné cette entrevue! Dr Barrette était calme et répondait avec précision à Mme Dussault qui a tout fait pour le déstabiliser mais à la fin, c’est elle qui l’était je crois:) Vs avez raison Joanne, elle ne lui donnait pas la chance d’expliquer clairement ce qu’il veut faire, elle essayait de le coincer comme elle le fait toujours avec le PLQ!! Je ne comprends pas cette animatrice qui manque à son devoir de neutralité et d’objectivité! Quand au PQ il a tout fait pour qu’il y est un bâillon et maintenant il va pleurnicher et se scandaliser ds tous les médias! Pourtant dans le passé le PLQ a collaboré pour la loi sur la fin de vie de Mme Hivon. Le PQ est mesquin et ne veut surtout pas que ces 2 projets fonctionnent !!!

  8. En effet ça passe ou ça casse. Si le Collège des médecins refuse de jeter du lest, c’est-à-dire de faire plus de place aux infirmières et aux pharmaciens tout en maintenant le paiement à l’acte tout azimut et bien c’en est fait de notre système de santé public. On a perdu, depuis un bon moment, la masse critique qui permet à notre système de santé de demeurer viable et on n’est pas près de la retrouver avec le vieillissement prononcé de la population. Posons-nous donc la vraie question qui tue. A-t-on les moyens au Canada (et encore plus au Québec) de maintenir un système de santé 100% public? Poser la question c’est y répondre selon moi car des systèmes de santé 100% publics il n’en reste plus que trois dans le monde : Canada, Cuba et Corée du Nord! Tirez-en vos propres conclusions. Tant qu’ à moi toutes les réformes qu’on entreprend ne servent qu’à gagner du temps avant que l’inévitable se produise.

    • « On a perdu, depuis un bon moment, la masse critique qui permet à notre système de santé de demeurer viable () » : c’est-à-dire ??????. Les services de santé au canada (et au Québec sont financés à 70 % par le public et 30 % par le privé. C’est connu. Et néanmoins, malgré la pauvreté de votre argumentation,vous avez tout bon: le PL 10, en démolissant le réseau et en faisant en sorte que pendant les 4 prochaines années, les gens y cherchent leur repère, il fera en sorte que le peuple réclamera à grands cris, une place plus grande au privé en santé. Et attendez de voir le projet de loi sur le financement à l’activité qui suivra le PL 20, et vous verrez si vous êtes satisfait d’être obligé d’aller vous faire opérer dans un hôpital loin de chez vous parce que votre hôpital local n’est pas performant et qu.il est limité dans le nombre de ses opérations.

  9. Merci encore Joanne!
    J’appuie le Dr Barrette dans la réforme en profondeur et pour le baillon. De toute façon, le PQ ne sait faire autre chose que de nuire au PLQ. Nous avons besoin d’une réforme en santé au Québec. Il se fait des dépenses inutiles. Je m’excuse de personnaliser mais une proche, dans une clinique, a dû repasser en janvier un examen déjà fait en décembre par un 2e spécialiste prétextant ne pas trouver son dossier malgré ses protestations. Elle a reçu des gouttes à profusion, est repartie après plusieurs heures sans soin, sans diagnostic…. Le clic clic de la carte était fait. Une superinfirmière aurait sans doute pu faire mieux et faire le suivi.
    Bonne chance Dr Barrette.

  10. Vouloir modifier le système de santé Québecois c’est s’attaquer au sacro-saint modèle Québecois.
    Modèle d’une autre époque, couteux, inefficace.
    Pourquoi une telle résistance à s’attaquer au modèle Québecois?
    Pour le savoir, faut chercher à qui il profite encore.
    Collège des médecins, fédérations, syndicats etc. etc.

  11. Oui, je crois qu’un plan B (pour bâillon) est préférable à aucun plan du tout, et que l’obstruction systématique est anti-démocratique et contre productive.
    Le premier problème, c’est que les médecins se font considérer comme des entrepreneurs, contrairement à tous les autre employés de l’État. Selon eux vu qu’ils ne sont pas au service de l’État, c’est l’État qui est à leur service, avec toutes les dérives qui en découlent.

    J’ai une petite citation pour les péquistes et les égalitaires:
    « Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. »
    — Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique, T. I, première partie, chap. III (Vrin).

  12. @ Robert Ste-Marie

    De toute évidence vous ne comprenez pas le concept de masse critique. Pour demeurer viable, notre système de santé se doit d’être alimenté par des fonds publics qui proviennent d’une pyramide démographique avec un sommet beaucoup plus ténu que sa base. Actuellement, cette pyramide s’inverse à vitesse grand V. Le budget de la santé accapare tout près de 50% du budget de la province et cela ne va pas s’améliorer malgré les innombrables réformes vécues et à venir. C’est d’une logique mathématique implacable. La solution se trouve du côté de l’Europe du nord et de l’ouest et non au sud de notre frontière. Dans ces systèmes mixtes européens personne ne perd sa chemise à se faire soigner et de plus, ils sont reconnus comme étant plus efficaces et performant que le nôtre tout en étant justes et équitables. Alors, s’il vous plaît, rangez vos épouvantails qui démontre hors de tout doute votre incommensurable pauvreté argumentaire.

    • Je ne comprends toujours pas votre argumentaire :En Europe du Nord et de l’Ouest, où se trouve la solution dites-vous, la pyramide des âges est plus inversé qu’ici, (le taux des personnes âgées varie de 18 à 22 % alors que nous sommes à 14 %). Le niveau de financement du public est plus élevé qu’ici : 75 à 90 %). Je n’ai pas déployé d’épouvantail et je n’ai toujours pas compris le lien avec le PL 10. Le connaissez-vous ? Si oui, expliquez-moi où dans ce projet de loi-pour lequel il y a le baillon- on parle de la place aux infirmières ou aux pharmaciens ? Il ne faut pas tout mêler si on veut bien débattre. Vous mélangez avec le PL 20, sans doute.

  13. Vos écrits traduisent exactement la situation contraignante qui entoure la loi 10. Le bâillon s’est imposé, car 10 à 12 heures pour s’entendre sur la première ligne du projet et 70 heures pour passer 10% du contenu, c’est de l’inefficacité consommée. Pendant trop longtemps, nous avons entretenu une culture de la médiocrité et cette façon de faire s’observe dans tous les domaines: en quelque part, nous n’avons plus les moyens d’être autrement que performants; nous devons réussir. M. le Ministre Barrette est le meilleur pour faire avancer cette réforme absolument nécessaire.

  14. Bien sur qu’Anne-Marie Dusssault a un biais pour la gauche. Mais cela ne change rien au fait que le ministre n’a pas énoncé son plan d’ensemble et ne projet de loi n’est pas clair du tout. Les fonctionnaires devront travailler très fort pour donner du sens à tour cela. L’avez-vous lu le projet de loi? On dirait que non parce que ce dont vous parlez relève plutôt du projet de loi 20. Avez-vous écouté quelques instants des commissions parlementaires où Diane Lamarrr posait des questions très concrètes et précises auxquelles le ministre ne pouvait jamais répondre?

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