Le mystère Montréal + addendum

Épisode de vie. Ce matin, c’est Paul Arcand au 98,5 FM qui m’accompagnait lors de mon retour à Québec après un séjour de quelques jours dans la banlieue montréalaise. À 6 heures du matin, puis à plusieurs reprises durant son émission, l’animateur #1 des ondes de Montréal se montrait surpris de ce que le Journal de Montréal semblait lui apprendre.

Après avoir accumulé 200 journées de maladie, une fonctionnaire du ministère du Revenu devançait sa retraite de 13 mois. Deux cents belles journées de pré-retraite aux frais du contribuable québécois, payées au salaire d’aujourd’hui, par temps de supposée austérité.

Comment est-ce possible, se demandait l’animateur. « Ça n’a pas de bon sens! », réagit-il.

Bien sûr que ça n’a pas de bon sens. Mais est-ce que les gens de Montréal apprennent cela ce matin? Pourquoi semble-t-il si surpris? Indigné même? Avec raison, vous me direz, mais quand même, ne sait-il pas qu’il s’agit là d’une pratique courante? Qu’il y a une part importante de la dette publique (avoisinant le milliard $) qui s’explique par cette gigantesque banque de congés de maladie des fonctionnaires?

Et puis, je me suis dit: « Voilà probablement une partie de l’explication du mystère Montréal ». Parce que voyez-vous, chers Montréalais, ce genre d’annonce ne surprend personne de la région de Québec. De telles aberrations, nous en sommes témoins à tous les jours. Dans chacune de nos familles, il y a des pré-retraités âgés à peine d’un peu plus de 50 ans.

Ce matin, sur une station radio de Québec, un travailleur témoignait du fait qu’il était le plus vieux dans sa rue. Il était le seul à se lever le matin et à devoir se rendre au travail.

Mieux encore. Ayant été jadis architecte de système pour la CSST et la SAAQ, il n’était pas rare qu’un pré-retraité se serve de sa « banque de maladies » pour parfaire son score au golf… pour revenir travailler pratiquement au même poste… à titre de consultant… au double du tarif horaire.

Je me suis déjà fait offrir, en qualité de pigiste externe (j’avais quitté volontairement la fonction publique après quelques années), un poste de chargé de projet informatique, chose qui m’apparaissait pas très judicieuse. « Mais pourquoi confier ce poste stratégique à un « externe », avais-je posé au patron. Sa réponse: « Parce que les gens à l’interne ne veulent plus de ce genre de poste. Trop d’heures le soir et les fins de semaine lorsqu’arrive la période des essais de système », m’avait-il répondu. Ah bon.

Vous comprenez que j’ai un sourire en coin quand j’entends les syndicats décrier la trop forte présence des consultants sur les planchers de la fonction publique, d’autant qu’on ne peut pas congédier le fonctionnaire qui refuse un poste plus exigeant.

Tout compte fait, il m’apparaissait que j’avais résolu une partie du mystère Montréal, ce Montréal qui ne s’explique pas pourquoi la région de Québec est plus « à droite » sur le plan économique, plus exigeante en termes de rigueur budgétaire et de finances publiques. Le gaspillage, les « marges de manoeuvre », les excès, les manoeuvres technocratiques, Québec en est témoin à tous les jours.

Ah oui. Montréal, ce matin, se penche sérieusement sur l’avenir des sacs de plastique et en fera une consultation publique. Je ne blague même pas.

Ben coudonc.

ADDENDUM – Je ne veux pas en rajouter inutilement mais voici un commentaire recueilli sur ma page Facebook suite à ce blogue. C’est-tu assez fort ça?

J’ai personnellement pris ma retraite avec plus de 500 jours de congés maladie et vacances accumulées. Il s’agit d’un article des conventions collectives négocié dans les années 60. D’un autre côté, les gens qui ont accumulés d’aussi grosses banques étaient souvent les seuls au bureau pour tenir le fort les vendredis après-midi de canicule.

24 réflexions sur “Le mystère Montréal + addendum

  1. Moi ça ne m’a pas surpris non plus. Je suis témoin que les congés maladie sont pris comme congé alors qu’ils devraient être pris lors de réelle maladie. C’était le but premier mais cela s’est corrompu et les gens ont triché en se déclarant malade alors qu’ils ne le sont pas. Tout cela est le fruit d’abus. Il va falloir maintenant que l’équilibre se fasse mais les syndicats vont résister et se justifier de toutes sortes de façon.

  2. Ils vont nous sortir un cas pathétique d’une employee avec une fibromyalgie chronique par exemple. Les syndicats vont dire que la pression au public est telle que les employés tombent comme des mouches. Je demeure souvent au Delta QUébec et il ne se passe pas une semaine sans que je voie un party de retraite au bar d’un employé dans la jeune cinquantaine.

    Les burn-outs sont frequent a la function publique parce que les conventions collectives le permettent. Pathétique. Le gouvernement liberal va avoir un travail de Titan quand il va s’attaquer aux  »acquis » incogrus d’une époque révolue. On paie les fonctionnaires 54 semaines pour en travailler 52, mpoins les vacances, séminaires, meetings etc etc etc. Cela promet.

    • «Les burn-outs sont frequent a la function publique parce que les conventions collectives le permettent.» Je vous ferais remarquer que les épuisements professionnels sont un phénomène bien réel. Ne comparez pas des pommes avec des oranges.

  3. Les (le) medecin(s) qui signent pour ces congés de maladie ont une résposibilité aussi. Tres difficile pour l’employeur de questioner l’opinion d’un médecin. Ca se fait de temps en temps, mais pas souvent.

  4. C’est automatique pour tous les fonctionnaires, cols bleus et blancs syndiqués. La majorité les prennent durant l’année surtout qu’ils ont peur de perdre ce droit acquis. Il n’y pas de raison à donner au jour le jour et même annoncée aouvent plusieurs jours à l’avance.

    Cela sert aussi comme perte de salaire pour une offense. Ici à ma ville ils ont surpris plusieurs cols bleus boire de la bière au travail, sur la route. Suspension de 10 jours, alors le syndicat va leurs payer 5 et ils prennent 5 jours de maladie. Ils ont bien ri de la suspension en prenant des vacances sur mes taxes….

  5. Peut-être que ça ne surprend pas les gens de Québec, mais ça ne les empêche pas de voter pour les libéraux, eux qui ont grandement contribué à ériger et protéger ce système! Pensez-vous vraiment que Couillard et Coiteux vont s’attaquer aux vices du système? Ben non, ils vont simplement couper quelques postes, qui seront très rapidement recréés d’ici quelques temps. Ils n’ont visiblement pas le courage de réaliser une réforme en profondeur.

    • Ben oui les liberaux mon coco….Tout le monde PQ et PLQ…comme la faillite lamentable de l’education…une responsabilite collective.

  6. J’apprécie la plupart de vos billets, mais celui-ci me laisse froid… Comme pigiste externe, vous avez probablement profiter de ce « manque de rigueur » budgétaire. Dans mon experience, les « consultants externes » ne font pas grand chose et charge trop cher!

  7. Je suis entré au gouvernement fédéral en 1980, en ayant, joie suprême, un poste à Québec. Plus chanceux que ça, tu meurs. Je ne connais pas l’historique de ce droit des fonctionnaires provinciaux, mais c’était et c’est toujours connu de tous, autrement dit, de commune renommée. De moi, en particulier, parce nous avions souvent affaire à eux – droit autochtone oblige. Au fédéral, c’était aussi 15 jours de congés de maladie par année, accumulables certes, mais que l’on perdait à la retraite, tout simplement, sans aucune compensation, financière ou autre. C’est ce qui m’est arrivé. Par contre, sauf ce petit  » bonus  » des provinciaux, toutes ou à peu près toutes nos conditions étaient meilleures, surtout sur le plan salarial, parce qu’il fallait donner le même salaire à tout le monde au Canada, de Terre-neuve à la Colombie-Britannique. J’étais géographiquement au milieu et les provinciaux étaient plutôt jaloux. Si je me fie à la dernière étude sur le sujet – qui confond tous les fonctionnaires au Québec et est de ce fait biaisée – ça n’a pas trop changé. En pratique, tout ça peut être vu comme une prime de départ camouflée pour ce fonctionnaire provincial qui a eu la chance de ne pas être trop malade dans sa carrière. Moi, j’ai eu un  » cash out « , assez intéressant pour équivaloir à ça. Il est sans doute temps de mettre fin à ces droits et privilèges, ce que fait effectivement le gouvernement Harper : réduction des congés de maladie, assurance plus rapide, élimination du cash out, etc., alors même que tout le monde est quand même syndiqué. Même à la retraite, prise à 60 ans, pas 50, j’en entend parler. Il faut que la province fasse de même, mais les syndicats, de ce côté- là, ont des tendances plutôt violentes, à tous égards, qui font peur aux dirigeants. Pas pour rien que le fédéral trouve que le Québec n’agit pas pour économiser alors que lui le fait, ce qui donne les surplus connus.
    Yves Cazelais

  8. C’est simple, quelques journées en temps supplémentaire qui sont remises en journées mobile ( en temps), donc on ne touche pas à nos journées de maladies, et hop on les accumulent…. Belle société!

  9. On va bien voir avec l’élection de Jean Talon si les gens de Québec ont compris. Avec le bon libéral Bolduc qui vient de nous siphonner de plus de 350 000$ de primes pour abandonner ses patients et ensuite abandonner ses électeurs, j’espère que vous avez eu votre leçon une fois pour toute! Si les gens de Québec votent encore pour ce parti de profiteurs, c’est qu’ils sont aussi gauchistes que les bobos du plateau.

  10. Il n’y a aucun « mystère » à Montréal. TOUS les Montréalais le moindrement informés savent que les fonfons sont des privilégiés abusifs et paresseux.

    Bien sûr, histoire d’augmenter les cotes d’écoute et de bien harponner leur auditoire, certains chroniqueurs de Montréal jouent aux vierges offensées et décrient ce « scandale » mais je crois que personne n’est dupe de ce petit subterfuge.

    Quiconque qui a une personne près d’elle (famille, ami, voisin, etc…) qui est fonctionnaire provinciale et/ou fédérale est parfaitement informée des innombrables et scandaleuses faveurs que leur octroie leur emploi qui les occupe un gros 50% du temps qu’ils passent dans leurs bureaux.

    J’en connais 2 ou 3 et laissez-moi vous dire que je me retiens au max de leur dire ce que je pense de leurs « problèmes » de vacances et congés de maladie accumulés car je veux continuer à avoir des relations conviviales avec elles. J’imagine leurs sérieuses et profondes conversations autour de la machine à café…

    D’ailleurs, l’une d’entre-elles a récemment pris sa retraite 8 mois avant terme grâce justement à ses congés de « maladie » et autres prérogatives auxquelles je n’ai jamais eu droit personnellement car j’étais travailleur autonome (je travaillais tout en étant quelquefois malade et grippé, chose impensable pour nos fonfons…).

    Bon…j’arrête parce ma pression commence à monter de nouveau…

  11. C’est quoi, ce message impoli, M. François?
    Si c’est pour François 1, il a droit à son opinion lui aussi, même si elle te dérange.
    Et je pense comme lui car j’ai une belle-sœur retraitée de la fonction publique qui a eu droit à 8 mois de congé avant sa retraite à cause de ses congés de maladie. Et elle disait qu’elle ne travaillait pas fort.

    Tu dois être un de ces syndiqués qui profitent du système à cause de conventions signées sous la menace de chefs syndicaux qui disent travailler pour le peuple. Ces chefs syndicaux ne parlent jamais de leurs salaires qui doivent être plus élevés que ceux des députés provinciaux. Eux aussi, ils sont payés avec l’argent du peuple.

  12. D’accord avec vous François 1. Avant de prendre une retraite ultérieurement, une de mes proches a laissé le secteur privé pour aller travailler dans la fonction publique à cause des avantages sociaux et du salaire plus élevé. Alors c’est tout dire…
    OUI, COMBIEN gagnent les CHEFS SYNDICAUX??? Ils se taisent pour ne pas qu’on leur demande combien ils se paient comme salaire à même les cotisations prélevées sur la PAIE DES TRAVAILLEURS.

  13. Bravo, Hélène, je pense comme vous.
    Ce n’est pas toujours la faute du PLQ s’il y a eu des exagérations. Le PQ a eu aussi sa part de responsabilités d’avoir couché avec les syndicats et accordé plein d’avantages aux syndiqués.
    Les syndicats ont toujours été du bord du PQ.
    OUI! Que j’aimerais bien connaître les salaires des chefs syndicaux! Ces derniers arrêteraient peut-être de blâmer le gouvernement libéral et cesseraient peut-être de « crinquer » leurs membres à propos de l’austérité.
    Les syndiqués resteraient peut-être surpris et suivraient moins comme des moutons.

  14. Le problème est qu’une grande partie de ces journées en dollars d’aujourd’hui valent énormément plus qu’il y a 60 ans, et c’est là qu’est l’indécence.

    • En effet. Les congés de « maladie » et les vacances accumulés l’ont été pendant plusieurs années au temps où le fonfon gagnait un salaire moindre mais ils lui sont remboursés au salaire qu’il gagne actuellement ou au salaire qu’il gagne au moment de sa retraite.

  15. J’ai entendu à la radio une suggestion d’un auditeur: pourquoi ne pas payer à l’avance, au début de l’année les congés de « maladie » de l’année en cours à nos fonfons et DÉDUIRE ensuite de leur salaire chaque journée de « maladie » ou autre qu’ils prennent???

    J’ai trouvé ça original… Je suis assuré que les journées de congés dus au « stress » et aux « dépressions » seraient réduites de 95%!!!

  16. C’est fou comme les gens font semblant de s’offusquer, de façon séquentielle. À chaque semaine, il y a un sujet pour s’offusquer. Pour les cotes d’écoutes, j’imagine.

    Ceci dit, si cette personne a pu avoir autant de congés accumulés, c’est que quelqu’un a accepté qu’il en soit ainsi.

    Habituellement, ce sont les gouvernements qui achètent des votes de cette façon en payant un tribu à la mafia-syndicale.

  17. Bonjour Madame.

    Si je vois bien ou vous voulez en venir, je ne comprends pas comment vous pouvez juger une personne malade (à priori) ?

    j’ai un peu de mal à suivre…

    Peut être pourriez vous m’éclairer ?

    Cordialement, Bruno

  18. bon… encore de la désinformation. Ça devient lassant de toujours devoir rectifier les faits que vous chers commentateux de droite lancez à vos mouettes sous alimentées intellectuellement et sans jugement.

    Les banques de maladie accumulables le sont pour une infime proportion de fonctionnaires. Tous les employés de la santé, des services sociaux, municipaux, professionnels et j’en passe, n’ont pas ces conditions.

    Je suis d’accord que d’accumuler des mois de congé est inacceptable, mais SVP, transmettez les vrais infos des fois. C’est une infime proportion qui ont ces conditions.

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