« Toi, mon tabarnak, je vais t’acheter. Combien tu coûtes ? »

Voilà ce qu’aurait lancé Pierre Karl Péladeau, à Pierre Céré, autre candidat au poste de chef du Parti québécois. En point de presse tout juste auprès le 4e débat du PQ à Rimouski dimanche, le candidat PKP n’a pas nié avoir tenu de tels propos. Démontrant des signes d’impatience devant les journalistes qui auraient bien voulu entendre Péladeau confirmer la chose, celui-ci s’est contenté de les rediriger vers le « pamphlétaire qui s’appelle Martin Patriquin », nom qu’il a prononcé en français, puis à l’anglaise, traduisant sans doute son mépris pour l’anglo du Macleans (du compétiteur canadien Rogers).

Si cela n’a certainement pas plu au magnat de presse de se voir qualifier par Céré de « Citizen Péladeau » (référence à un film Citizen Kane dont le personnage principal est un magnat de presse aux aspirations politiques) lors du dernier conseil général du PQ, on peut imaginer la rage qu’il a éprouvée en lisant le dernier article du journaliste du Macleans Martin Patriquin.

Dans un article intitulé Citizen Péladeau’: What will the PQ do with their Péladeau moment?, Patriquin dresse le portrait d’un homme colérique, à l’esprit vengeur, qui s’en prend physiquement (il le prend au collet) à un certain Pierre Rodrigue, administrateur d’Astral Média, et ce, en plein événement mondain où sont assemblés les Lucien Bouchard, Bernard Landry et Jean Chrétien de ce monde. Cela s’ajoute bien sûr aux autres sautes d’humeur (en Français!!!) et au manque de savoir vivre étalés sur la page Facebook du candidat.

À défaut d’entendre les Lisée et Drainville qui se sont soumis à la volonté d’un parti qui veut « vivre son moment Péladeau » et à 10 jours du vote du prochain chef du Parti québécois, il semble que les langues se délient et que quelques braves voix expriment leurs craintes.

C’est le cas de Pierre Céré qui, aux Coulisses du pouvoir, confiait son inquiétude, et d’un panel de journalistes à la dernière de Tout le monde en parle dimanche soir où Guy A. Lepage lui-même avouait que s’il avait à faire un choix entre la propriété de l’héritage de son père et le poste de premier ministre, il laisserait tomber ses envies politiques.

À la question, donc, de Lepage « À votre avis, PKP peut-il demeurer actionnaire de contrôle de l’empire Québecor tout en étant député et chef du PQ et qui sait, peut-être premier ministre? », la réponse de la journaliste politique Chantal Hébert est on ne peut plus percutante:

« Y’a pas de réponse autre que de se départir d’un empire médiatique quand on devient chef de parti ou premier ministre. Pas besoin de passer un test de personnalité pour savoir si on est fin ou pas fin. Moi, je suis journaliste politique et je n’écrirais pas pour une entreprise de presse sur la politique dont le propriétaire est le chef d’un parti. C’est même pas le jour où il est premier ministre. C’est une situation impossible dans un environnement où c’est déjà difficile pour les journalistes de durer – parce qu’on est dans un marché précaire – l’idée que quelqu’un va se sentir libre d’écrire sur quelqu’un qui est chef d’un parti qui est aussi le propriétaire de son entreprise et donc, son boss, moi, je crois pas à ça. »

La journaliste Josée Blanchette du Devoir est également catégorique. Selon elle, on ne peut être propriétaire de 40% des médias et également premier ministre. Patrick Lagacé, de La Presse quant à lui, est heureux de ne pas devoir se poser la question.

Fait remarquable. Le 4e journaliste du panel, François Bugingo, ne répond pas à la question. « C’est heureux qu’on se pose la question maintenant » est le plus loin qu’il se donne le droit d’aller. « Je suis très content que la question se pose, il faut poser la question, il faut le faire maintenant », semble-t-il nous dire, mais bon sang, je ne répondrai pas à cette question. Pas plus que la journaliste Mélodie Lamoureux du Journal n’ose mentionner le très intéressant segment portant sur PKP dans son article de ce matin qui raconte en détail la dernière de TLMEP.

Ce n’est donc pas toute la gauche et tous les journalistes qui souffrent d’aveuglement volontaire ou qui participent au silence complice entourant la personne de PKP. En effet, ce mal semble affecter très spécifiquement les membres du Parti québécois pour qui Pierre Karl Péladeau ne semble souffrir d’aucun tort, d’écart de conduite ou de manque d’éthique. Il semble donc que ce sont les péquistes et les amis proches du power couple qui renient leurs valeurs démocratiques et font taire leurs craintes.

Car c’est bien de cela dont il s’agit: le Québec doit-il se protéger de la possibilité qu’un magnat de la presse puisse accéder à la plus haute fonction de premier ministre du Québec?

Les tentatives de la CAQ et du PLQ de débattre de la question et d’aboutir à une révision du code d’éthique des élus ont échoué. À défaut de s’entendre avec le PQ qui en toute circonstance, obéit à une règle du « deux poids, deux mesures », il semble qu’on s’en remette à la sagesse populaire.

En ne préservant pas l’étanchéité entre les élus et le 4e pouvoir, c’est pourtant tout l’héritage du Parti québécois de René Lévesque que l’on trahit. La réforme du financement des partis politiques de l’époque ne visait-elle pas précisément à créer un fossé entre le pouvoir des élus et celui d’une classe aux poches bien garnies? Entre le pouvoir des élus et l’influence de certains qui contrôlent, intimident, achètent les voix discordantes?

En est-on rendu à baisser les bras quand un des fondements à notre démocratie – la séparation du pouvoir exécutif et de la presse – est mis en péril?

En se taisant, les défenseurs de Pierre Karl Péladeau sont non seulement aveuglés par leur désir d’indépendance (ou leur amitié sincère); ils sont complices d’un tort irréparable à notre démocratie. Alors qu’ils s’objectaient à la mise à jour du code d’éthique des élus sous prétexte qu’on ne peut s’objecter à ce qu’un simple député détienne 40% des médias québécois, voilà maintenant qu’ils sont confortables avec l’idée qu’une fois élu chef du Parti québécois, on ne peut revenir en arrière et changer les règles. « S’il est élu PM, c’est que les Québécois auront voté pour lui en toute connaissance de cause », clament certains qui se défilent d’avoir à poser un jugement déchirant ou un geste qui nuirait à leur amitié ou carrière. Bien sûr…

Mais c’est à travers des événements concrets (et des silences gênants) que l’on voit la solidité du sens moral et le véritable attachement des gens aux valeurs démocrates. Que l’on saisit ou non la fragilité de nos institutions et que l’on distingue leurs véritables défenseurs. Pour l’instant, on voit bien que pour les péquistes qui s’apprêtent à voter pour le « Citizen Péladeau » comme pour ceux qui se taisent, les manques de jugement et les silences sont pour le moins gênants.

Lire également Le Devoir

17 réflexions sur “« Toi, mon tabarnak, je vais t’acheter. Combien tu coûtes ? »

  1. Quelle belle soirée à TLMEP:) enfin on a des invités qui n’ont pas peur des mots et du citizen PKP! Chantal Hébert a tranché et vlan dans les dents!! Josée Blanchette a été aussi percutante dans son analyse! Même Guy-A a ajouté son grain de sel!!
    A voir le résumé de la soirée des le journal de Montréal, celà en dit déjà beaucoup sur la liberté de presse de cette journaliste!!
    L’article de Patriquin dévoile le côté obscur et machiavélique de PKP!!
    Comment les péquistes peuvent-ils être aussi aveugles?? Lisée doit rire dans « sa barbe », lui qui fut le 1er péquiste à voir clair et à le dire ouvertement au prix de perdre toute crédibilité au sein du caucus !!
    Bonne journée Joanne

  2. Après le passage de Mitch Garber à TLMEP, lequel avait semé la controverse en contournant la loi du silence entourant PKP qui fait consensus au Québec, voici que Guy-A a récidivé hier en provoquant un débat sur la liberté de presse.

    On peut présumer sans se tromper que le choix des invités était révélateur d’une inquiétude grandissante que pourrait susciter le couronnement de PKP.. et je pousse un soupir de soulagement..

    Le silence qui se fait complice en raison d’amitié, de crainte pour son emploi mais aussi de la tournure fanatique du mouvement souverainiste. La fin justifie les moyens.

    Même Denise Bombardier s’est laissée emporter par l’exaltation. Un peu à l’instar d’une Lise Payette qui voyait Jésus au temple dans Gabriel Nadeau Dubois, Mme Bombardier arrive difficilement à cacher l’Aura que le Sauveur désigné exerce sur elle.

    Les débats gauche\droite ne peuvent survivre que dans un cadre démocratique. Et en ce moment ce sont les règles démocratiques qui se retrouvent transgressées par le PQ.

    Bravo! À Guy A Lepage tout en devinant que ce qui le motive ce soit davantage la menace que représente PKP pour la vision gauchiste…

  3. Pingback: Chronique à Maurais Live: PKP qui veut « acheter  Céré | «Le blogue de Joanne Marcotte

  4. Depuis longtemps, je cherchais une raison valable de voter «Oui» au prochain référendum. Je l’ai enfin trouvée:
    «Les pieds de nez du gouvernement fédéral, notamment le « remplacement des toiles d’Alfred Pellan par des photos de la reine Élisabeth », témoignent de l’urgence de faire l’indépendance du Québec, selon Martine Ouellet.» (Le Devoir, 4 mai 2015)
    On rit pus ! C’est urgent !!

  5. «Si vous avez des médias qui ne sont pas rentables, quelles sont les motivations de maintenir des choses semblables?» -PKP
    Absurde que la POSSIBILITÉ de partialité de Québécor préoccupe plus que la bien RÉELLE partialité de SRC/GESCA.
    Répartition des journalistes Gesca- Journal de Montréal
    À noter que Foglia est maintenent à la retraite de La Presse !
    https://www.facebook.com/#!/photo.php?fbid=10153354187848140&set=a.232916908139.169388.652793139&type=1&theater

  6. Bon, ça va faire les folies, même à la mode de Gérard Laliberté. On vient d’avoir la preuve que le Québec ne doit pas avoir un couple de guignols pour nous diriger. Il est imposible de croire que les québécois, incluant les péquistes, pourraient voter comme des poules avec des dentiers mais sans trou pour faire sortir les oeufs pour un personnage aussi insignifiant que PKP. Un minimum de sérieux svp.

  7. Je ne possède plus de télévision depuis des années, un choix dont je me félicite jour après jour…

    Nous sommes dans une nouvelle ère…A la souveraineté un peu fade du PQ des dernières années va se substituer un PQ, si PKP en prend la direction dont les lignes d’actions vont probablement être;

    Une agressivité pour ne pas dire une agression permanente, le personnage PKP ne peut être autrement, c’est un héritier qui n’accepte pas de se faire dire non, on ne change pas après 50 ans…

    La démonisation d’Ottawa en permanence, la routine, avec une sauce xénophobe, à la limite raciste, cachée sous les jupes des valeurs québécoises, quelques épices pour les menaces imaginaires, un brin de disparition et de louisanisation, la dénonciation des fédérastes, des colonisés, rien d’autre.

    Une ré-organisation du PQ de fond en comble, les victimes vont être nombreuses, comme le soulignait l’excellent Michel Hebert, on prépare les valises, on vide les tiroirs, que se passera t-il dans les circonscriptions, a voir ?

    Maintenant retour sur le sujet de votre chronique. PKP ne peut envisager de se départir de ce que son père a construit. Il y a en ce lieu, quelque chose de très freudien, l’impossibilité de tuer le père, le géniteur, le modèle qu’il tente depuis des années de dépasser, de temps en temps, au hasard d’écoute à la radio, il me fait penser a un petit garcon en culottes courtes…il tentera de parler de Radio-Canada, de Gesca, peu importe…

    Seul un vote du PLQ et de la CAQ et pourquoi pas de QS pourrait le forcer a faire quelque chose, mais il peut aussi s’adresser aux tribunaux, nous sommes là dans un terrain inconnu.

    Je tentais d’écrire, pas sous mon nom pour répondre a MBC, au JDM, j’ai renoncé, toucher a PKP, rappeler son peu de succés en affaire, pour ne pas dire sa collection d’échecs, est systématiquement censuré. La dernière campagne, a propos d’une société avec lequelle Couillard n’avait plus aucun lien depuis des années est symptomatique de l’alignement du journal, Le Devoir dont certains nationalistes se plaignent, comme Le Hir dans Vigile, est dans la même ligne…

    Le PQ a son moment ‘secte’….quand on lit sous la plume de cacochymes, rescapés du RIN, comme Ferretti que les syndicalistes qui n’appuient pas PKP sont des traîtres, on peut juger ou l’on en est…

    Reste le personnage, dont je pense que le premier ennemi est lui-même, impulsif, arrogant, vindicatif, très mauvais communicateur, il va finir par lasser les gens.

    Sur le fonds cette campagne n’a servi à rien, les questions qui fâchent on été évacué, article 1, référendum dans le premier mandat ou pas, etc. Des sondages lui accordent seulement 40 % des voix au premier tour, Cloutier aurait 33 %, j’ai du mal à croire ceci, avec presque 20 % des membres indécis….

    Il y a quand même un signe..Les chroniques de Le Hir dans Vigile, un site qui ne peut rien refuser à l’héritier…., ou il parle depuis une semaine de ceci, une lecture instructive, qui montre que l’inquiétude n’est pas absente…

    http://vigile.quebec/Les-tendances-suicidaires-du-PQ

    http://vigile.quebec/Le-retour-du-Bonhomme-Sept-Heures-68626

    Notons les attaques contre les gens accusés d’être des complices du système fédéral…Le Devoir…!!! Il faut le faire…il s’indigne bien sûr mais le déballage sur Couillard dans le JDM une semaine avant c’était de l’information…un nouvel état d’esprit…

    La liste des 101 artistes supportant PKP comporte de nombreux noms, qui ne sont pas des artistes et je trouve que les manquants sont bien plus significatifs…que ceux qui ont signé…

  8. Tout ceci est aberrant voir quasi incroyable. Je suis aucunement pequiste, mais je trouve tout ceci d’une tristesse incroyable. Rene Levesque doit être tres incomfortable dans sa tombe…honte a ceux du PQ qui devaient garder bien haut ce qu’il restait du flambeau. Bizzarement, plus je vois et entend Pedalo et plus Lisée me manque…

  9. « En ne préservant pas l’étanchéité entre les élus et le 4e pouvoir, »

    J’aimerais bien savoir de quelle étancheité vous faites référence, car au nombre d’ancien journalistes qui sont sautés en politique ces dernières années, je crois qu’on peut faire une croix la-dessus!

    Serieusement, est-ce vraiment surprenant considérant que les futurs politiciens et journalistes passent par les mêmes cours (sc.politique et compagnie) ? De les voir ne pas sortir les questions qui dérangent VRAIMENT quand il est parfaitement dans le domaine du possible que la cible soit un eventuel collègue en chambre des communes?

    Plein de choses s’explique tout d’un coup -_- ..

  10. Mauviettes s’abstenir…http://pierreyallard.blogspot.ca/2015/05/mauviettes-sabstenir.html Quand je scrute la faune politique, je ne cherche pas les saints, les Gandhi ou les peace and love avec des fleurs dans les cheveux… Ils n’y sont pas… Le truc, c’est de déceler dans la bagarre ceux et celles qui (au-delà d’objectifs auxquels je peux souscrire) apparaissent les plus intègres, ceux et celles dont les actions se conformeront le plus aux discours et aux programmes qu’ils présentent. Ceux et celles qui ne nous passeront pas un «Couillard» au prochain scrutin…

  11. Ayant habité la region de Orford au Québec, je me souviens très bien à l’époque que le gouvernement Charest voulait libèrer les terres gouvernementales du Mont Orford pour un vaste developpement immobilier, qui ne s’est finalement pas matérialisé compte tenu des manifs de la population), et bien j’ai appris par ces mêmes developeurs immobiliers que OUI LES JOURNALISTES SONT ACHETABLES, UNE PRATIQUE TRÈS COURANTE PAR LES LIBÉRAUX / FÉDÉRALISTES. Des dangereux bien organisés ……. pour des esprits faibles. Visionner « JEAN JACQUES NANTEL » sur Youtube, une trentaine de vidéos de 15 – 20 minutes chacun tous nouveaux et très informatifs sur l’indépendance du Québec, on en apprend des choses. .

  12. Pingback: Denis Julien au FM93,3: Mandat de PKP et indépendance des médias | Le blogue de Joanne Marcotte

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