Sommes-nous plus riches qu’en 1976?

NormandeauDuhaime

Chronique du 29 juin 2015 à Normandeau-Duhaime (93,3 FM) –  Il y a des moments où on doit se résigner à ne pas comprendre. C’est le cas de certains tableaux de la dernière étude de Luc Godbout de la Chaire de recherche en fiscalité de l’Université de Sherbrooke. Comment comprendre en effet, que le revenu après impôts médian a diminué pour l’ensemble des unités familiales entre 1976 et 2011 alors qu’il aurait augmenté pour chacune des catégories de familles et ce, de façon parfois très très importante. Oh! ne le blâmez pas; ce ne sont pas ses chiffres. Ce sont les données de Statistiques Canada.

En effet, comment expliquer que le revenu de marché (ensemble des revenus avant impôts qui ne tiennent pas compte des transferts gouvernementaux) a chuté de 17,2% pour l’ensemble des unités familiales mais que pris isolément, chacune des catégories d’unités familiales a vu son revenu augmenter (jusqu’à 68,3% pour les familles monoparentales)?

RevDeMarché1976_2011

Autre tableau. Si on tient compte des transferts gouvernementaux et des impôts, le revenu diminue ici aussi de 3,4% entre 1976 et 2011 pour l’ensemble des unités familiales mais a une croissance positive pour chacune des catégories d’unités familiales? Comprends pas… Si on se fie à ce tableau, les familles monoparentales auraient même bénéficié d’une croissance de 60,7% de leurs revenus entre 1976 et 2011.

RevenuMedianApresImpôts

Dans son cahier de recherche, Luc Godbout attribue le phénomène au fait qu’il y a eu changement dans la composition des types de ménages entre 1976 et 2011 mais encore là, personnellement, je me suis fait à l’idée de passer à autre chose et à me poser des questions sur la pertinence de l’étude.

Et puis, rendu là, mon attention se porte ailleurs et plus particulièrement sur ce que relevait le chroniqueur Alain Dubuc ce matin: que l’augmentation des revenus (s’il en est une) n’est pas tant due à l’augmentation qui provient des revenus du marché (ex: du travail) mais plutôt des « politiques de redistribution et de soutien des gouvernements. »

Bonne nouvelle? Vraiment?

Luc Godbout conclut son étude en nous disant qu’il est faux de prétendre que les Québécois se sont appauvris. Selon lui, les ménages au Québec se sont enrichis. Admettons. Mais s’ils se sont enrichis davantage grâce aux programmes gouvernementaux de redistribution et moins parce qu’ils occupent des emplois plus payants de très grande qualité, est-ce vraiment une bonne nouvelle?

Si l’économie québécoise ne réussit pas à attirer des emplois payants qui feront augmenter le « revenu de marché », si on doit prendre l’argent des uns pour le redistribuer aux autres, le Québec s’enrichit-il vraiment?

Et ces transferts, ils proviennent d’où exactement? Quand on emprunte pour créer des programmes de transferts des uns vers les autres? Quand on compte autant sur le programme de péréquation, donc, de transferts qui viennent – en plus – de l’extérieur du Québec?

Luc Godbout conclut que les Québécois se sont enrichis depuis 1976. Admettons (quoique je ne comprends toujours pas le -17,2% et le -3,4% plus haut…)

Admettons que les politiques publiques québécoises sur-performent en matière de redistribution… ne serait-il pas temps de mettre le focus sur l’enrichissement qui est dû au revenu de marché (celui qui est généré du travail) plutôt que sur de nouveaux programmes de transferts gouvernementaux? Quand la population active (le nombre de travailleurs) diminue en nombre absolu, croyons-nous vraiment qu’on pourra en imposer davantage à ce nombre de plus en plus réduit de travailleurs actifs?

Tant de questions…

Selon l’Institut de la statistique du Québec, le Québec se classe avant-dernier au Canada en matière de revenu disponible par habitant, devançant uniquement l’Île-du-Prince-Édouard par un maigre 335$/habitant.  Autre élément préoccupant, l’écart entre le Québec et le Canada se creuse. Depuis la récession de 2009, la différence entre le Québec et le Canada est passé de 2 777$/habitant à 3 972$/habitant 2013. – Site de l’Antagoniste

Bref, on peut bien s’amuser avec des colonnes de chiffres, catégoriser les ménages, vouloir plaire à Amir Khadir en se disant que le Québec diminue les écarts entre riches et pauvres, il n’en demeure pas moins que les écarts se creusent entre le Québec et le reste du Canada.

Si Luc Godbout et le ministre des Finances croient que les Québécois se sont suffisamment enrichis pour les imposer et les taxer davantage lors de la révision de la fiscalité qui s’amène à l’automne, je pense qu’ils devraient y songer à deux fois.

8 réflexions sur “Sommes-nous plus riches qu’en 1976?

  1. J’ai une question un peu bête mais c’est indiqué nulle part… on parle bien de dollars « actualisés »? Parce que 58,000$ en 1976, c’était un foutu bon revenu! (et avec moins d’impôts, de taxes en plus…)

    • Oui. « L’indice des prix à la consommation (IPC) du Québec a été utilisé pour transformer les données de 1976 en dollars de 2011 ». Étude, p. 3

  2. Merci Joanne… j’en étais presque sûr… mais bon, je ne les trust pas… Il y a une donnée qui pourrait être intéressante à connaître et que ce rapport ne semble pas tenir compte. Je m’explique.

    En 1978, alors étudiant au CEGEP, je travaillais comme plongeur dans un restaurant chinois populaire de Charlesbourg (je souligne, à Charlesbourg en 1978, lointaine banlieue alors, pas sur la Grande-Allée). L’achalandage était tel, que je devais travailler le vendredi jusqu’à 2h00-3h00 du matin, le samedi jusqu’à 4h00-5h00 du matin et le dimanche jusqu’à 23h00 et +… parce que, dans ce temps là, les vendredi et samedi, À PARTIR de 23h00-minuit, les gens faisaient la file devant le restaurant, et ce, jusqu’à 3h00 du matin, heure légale de fermeture. Ces gens revenaient souvent d’une soirée au cinéma. au théâtre, du hockey. Bref, ils avaient passé la soirée à dépenser et terminaient la soirée à dépenser à manger. Je souligne également que ce restaurant n’était pas le seul dans cette situation. Toute la ville de Québec bouillonnait d’activités!

    Que se passe-t-il aujourd’hui? Combien de restaurants sont ouverts après 23h00, aujourd’hui, en 2015? Et surtout, quels restaurants doivent gérer des « line-up » de clients qui viennent manger à 1h00 du matin? Réponse simple: AUCUN et NULLE PART! Comptez-vous même chanceux si vous trouvez un restaurant qui a sa cuisine ouverte après 21h00…

    Quel indice de « Statistique Canada » pourrait illustrer ce fait? Parce qu’il exprime bien un fait concret: quand tu n’as plus d’argent, quand tes cartes de crédit sont pleines, quand tu paies 40 à 50% d’impôt, et bien tu ne sors pas dépenser, tu n’en as plus d’argent. .

    Sachant que tout l’argent qui est envoyé au gouvernement, n’est plus disponible pour autre chose (loisirs, achats de meubles, etc.), nous avons un début de réponse, non? Et que dire des niveaux de taxations municipales usuraires qui étranglent nos commerçants à Québec? Refiler une partie ou la totalité aux clients? Ils n’ont pas le choix. Encore moins d’argent dans nos poches.

    La conclusion de ton billet est révélatrice d’une mentalité politique qui a tuée le Québec au cours des 30 dernières années… De voir un rapport qui clame sans aucune pudeur: « les québécois se sont enrichis au cours des dernières années » est tout simplement scandaleux! Et qu’un gouvernement irresponsable l’utilise (ou l’utilisera) pour se justifier dans leur soif de voler encore plus de notre argent pour mieux alimenter la « machine », l’ogre insatiable, au grand plaisir des syndicats (pour une assurance de pseudo « paix sociale » i.e. faites nous pas chier sinon on va foutre le bordel!) et de médias en mal d' »égalité sociale égalitaire » (sic), est HONTEUX!

    Il faudra donc qu’on descendent TOUS ensemble, solidairement, encore et toujours plus bas pour, un jour, frapper le mur sans aucune marge de manœuvre et se dire: « Amir Khadir avait raison, c’est la faute au capitalisme! » .

    Grande illusion! Nous sommes tous déjà dans la merde et on se dit que l’odeur n’est pas si pire, et même que ça sent bon… au fond. Mais, consolons-nous, tout ça est très bien: la merde c’est écologique!😦

  3. Bien observé Joanne, comme c’est son habitude Luc Godbout (comme son collègue Fortin) s’évertue à défendre le modèle socialiste Québécois, au grand plaisir d’Amir Kadhir!

    Au mieux on constate que l’état Québécois ne cesse de grossir et consomme systématiquement la richesse créée par les Québécois. Le drame est qu’on sait très bien que la croissance de l’état Québécois n’est pas soutenable, pire elle de fait aux dépens et étouffe celle de l’économie privée qui y perd sa masse critique.

    Autrement dit une partie de la prospérité du Québec n’est rien d’autre qu’un mirage qui fera tôt ou tard place à la réalité. Et on a même pas encore parlé de l’endettement des ménages qui fait qu’une bonne partie de l’économie privée est aussi un mirage.

    La réalité est que les bases économiques du Québec n’ont jamais été aussi fragiles. Et ça se voit déjà facilement pour ceux qui prennent la peine de regarder.

  4. — En effet, comment expliquer que le revenu de marché (ensemble des revenus avant impôts qui ne tiennent pas compte des transferts gouvernementaux) a chuté de 17,2% pour l’ensemble des unités familiales mais que pris isolément, chacune des catégories d’unités familiales a vu son revenu augmenter (jusqu’à 68,3% pour les familles monoparentales)?

    Je tente une explication. C’est une question de pondération. Combien de familles monoparentales en 1976 et en 2011 ? En supposant une grande différence, i.e. beaucoup plus en 2011 qu’en 1976, on peut alors comprendre que le faible revenu de type d’unité familiale tire la moyenne vers le bas. Plus qu’en 1976. Même raisonnement pour les autres unités familiales à faible revenu, comme les personnes âgées et les personnes seules.

    Il est raisonnable de penser qu’il y a aujourd’hui plus de ces unités familiales à « faible » revenu qu’en 1976. Malgré l’augmentation de revenu pour chaque type, cela ne compense pas l’augmentation des ménages à faible revenu. Conséquemment, la moyenne globale diminue par rapport à 1976.

    C’est mon hypothèse, que je n’ai pas validé avec les données de l’étude. Alors, ça vaut ce que ça vaut !

    • Je n’avais pas pris le temps de lire l’étude. J’aurais du le faire avant de commenter. Le chercheur répond au questionnement de Joanne sur la régression des revenus moyens par rapport à l’augmentation des revenus par unité familiale. Ce me semble clair. Je suis étonné que cela ait pu vous échapper.

    • Cela ne m’a pas échappé. J’ai lu attentivement mais je ne comprends juste pas. Il y a des choses comme ça.😉 Merci pour votre explication. Elle était en parfait lien avec celle de Godbout.

  5. Au Québec, au lieu d’encourager les gens à se dépasser et obtenir des emplois plus payants et intéressants, on a mis en place un système social qui encourage le nivellement par le bas.

    Quand tu as travaillé très fort pour obtenir un travail valorisant et payant et que tu vois à la fin de l’année les impôts que tu paies, c’est peu motivant.

    Il existe plein de façons rapides et peu dispendieuses d’encourager les gens à travailler mais il y a trop de gens qui profitent du système pour que ceux qui font la différence aient l’écoute des politiciens….

    Ton merveilleux travail de sensibilisation va dans la bonne direction Joanne !!!

    Merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s