Trudeau au féminin

Oh, je ne me ferai pas aimer par certains groupes féministes aujourd’hui. Quoique bien franchement, en y réfléchissant deux secondes, on ne sait plus trop comment on peut définir ou qualifier le féminisme de nos jours.

Bref, il y a quelque chose qui m’agace dans le discours politique depuis toujours et c’est cette manie d’en appeler au discours vertueux. Vous le savez, c’est quelque chose que j’ai dénoncé dans L’Illusion tranquille puis dans Pour en finir avec le Gouvernemaman.

Écoutez bien les politiciens. N’entendez-vous pas de façon quasi-abusive leurs slogans de « solidarité », « d’équité », de « justice sociale »? Ne voyez-vous pas l’usage excessif de ces sentiments nobles dans leur publicité? Jusque dans le titre de leurs projets de loi? Surveillez, vous verrez bien. En êtes-vous rendus comme moi, à vous dire qu’un tel charabia reflète un manque de contenu et une piste d’atterrissage facile quand on perd pied ou qu’on n’a carrément rien de structuré à proposer? Quand on veut enrober la défense d’un groupe corporatiste (ex: les taxis, les hôtels vs Uber & Airbnb) avec le noble discours d’équité?

Désolée. Je n’achète pas. C’est partout et ça m’exaspère. Je n’y suis aucunement sensible. Pour moi, ce qui compte, ce sont les résultats, peu importe l’emballage. Je ne dois pas être normale; après tout, je suis Québécoise. Les Québécois sont « emo », nous a-t-on appris. On vote avec le coeur.

Bref, pour en venir à Trudeau, je n’avais pas tout à fait identifié ce qui m’agaçait chez Trudeau fils lors du débat Maclean’s. Il m’avait paru trop… féminin. « On va jaser », « Finies les divisions », « On va s’entendre avec les provinces ». N’est-ce pas comme cela qu’on qualifie (probablement à tort) la façon dont les femmes exercent le pouvoir? La concertation? Le besoin d’atteindre un compromis? Dire qu’il y en a qui croient ça… Chez les femmes, veut-on nous faire voir, à quelque part, tout le monde a raison, personne n’a tort et à terme, tout le monde va payer pour contenter tout le monde. Avouez! On va rester des ami(es) et on va pouvoir continuer de travailler ensemble… dans l’harmonie, la paix et la solidarité. C’est-y pas joli ça?

Contrastez ça avec l’approche Harper qui ne voit aucune utilité à « s’asseoir avec les provinces » lorsqu’il connaît trop bien que sur certains sujets (ex: la pertinence du Sénat), il n’y a rien à faire et qu’aucun consensus n’est même possible. Ni à court terme, ni à long terme. Rien à faire. Pas de temps à perdre, semble être sa philosophie. Laissons le temps faire son oeuvre et les choses évoluer… Pas de slogan là. Pas de fausses prétentions. Pas de détours pour plaire à celui-ci ou à celle-là.

Il y a aussi un petit côté étonnamment paternaliste chez Trudeau. Je n’ai jamais aimé ce ton chez nos politiciens. Croit-il que ce ton plaît davantage aux femmes qu’aux hommes? Est-ce pour cette raison qu’il n’hésite aucunement à caresser le ventre d’une femme enceinte ou à poser avec une femme aux seins nus? Peut-être… Peut-être n’y a-t-il plus aucune zone d’intimité au-delà de laquelle le politicien ou même l’inconnu ne peut traverser.

Remarquez que la femme elle-même participe peut-être à cette désacralisation dont parle Denise Bombardier dans sa chronique (VIP) d’aujourd’hui. Bien franchement, peut-on seulement exprimer l’opinion que des séances « d’allaitement collectif » dans les espaces publics ou la publication de mères allaitant des enfants de 3 ou 4 ans ne sont pas exactement des images qui entretiennent l’idée qu’il y a quelque chose d’intime, de précieux et d’exclusif dans la relation mère-enfant.

Est-il seulement possible d’exprimer un malaise face à cet étalage de femmes qui semblent avoir besoin de donner une leçon à la société tout en donnant le sein? C’est ce qu’on verra…

Pour revenir encore une fois sur notre Trudeau, cette semaine, le chef du Parti libéral du Canada déclarait ce qui suit:

“We’re proposing a strong and real plan, one that invests in the middle class so that we can grow the economy not from the top down the way Mr. Harper wants to, but from the heart outwards,” Trudeau said. – Source

« From the heart outwards »… Quessé ça?

Autre pièce à conviction? Le commentaire que Justin Trudeau a livré aux Canadiens à la fin du débat de Maclean’s (écoutez à partir de 1:57:07; ça vaut la peine!). Avez-vous déjà entendu pareille insignifiance sentimentale? « Le Canada qui coule dans ses veines? »

Enfin, une élection est une occasion, bien sûr, de choisir un gouvernement dont les politiques correspondent à notre vision du rôle de l’État et dont les priorités permettent une plus grande prospérité pour le pays et une plus grande liberté des individus à se réaliser.

Lâchez-moi les nobles sentiments, voulez-vous? Les histoires de coeur, la victimisation de grands pans de l’électorat et l’approche féminine, je n’achète pas. Ça, c’est bon pour le courrier du coeur et pour les magazines féminins.

Ajout de dernière heure: Justin Trudeau’s Care Bear Economics

6 réflexions sur “Trudeau au féminin

  1. Ah que je suis entièrement d’accord avec vous Joanne ! J’ai un grand malaise avec le comportement de Justin Trudeau moi aussi. Il sait que beaucoup de femmes vont voter pour lui ( pour sa belle gueule ) et il leur en met plein la vue… Ex: flatter le bedon d’une femme enceinte ça c’est vendeur….Son attitude me déplaît énormément et il n’aura pas mon vote en tant que femme car j’ai une tête et pas seulement des seins..Concernant le féminisme je crois que s’en est devenu ridicule et inutile dans certains cas… Ex: FEMEN enragée, je ne me reconnais pas dans leur revendications embrouillées. Merci Joanne pour cet excellent texte.

  2. Vous avez tellement raison..

    Qu’autant de citoyens cèdent à ces discours infantilisants, n’y aurait-il pas là l’indice d’un niveau de carence affective individuel alarmant??

    Comment ne peut-on plus arriver à départager le rationnel de l’irrationnel dans les discours politiques? Pourtant c’est tellement grossier par les temps qui courent….

    Nous sommes devenus pour les politiciens de la bonne pâte à modeler…

    Il faut absolument retrouver notre esprit critique. Il faut refuser de se laisser exploiter par l’usage détournée « des bons sentiments »..

    Non à la peoplisation, non à la politique Star system. Vivement un retour à la maturité!..

    Je pense par contre que les Québécois savent lire entre les lignes et que la limite acceptable a été dépassée.

    « Peace and love ». C’est avec son frère Alexandre que Justin Trudeau devrait parcourir le monde… faire preuve d’autant de naïveté c’est vraiment méconnaître le monde politique…

  3. Vous avez entièrement raison, surtout en ce qui concerne le toucher du bédon d’une femme enceinte Je suis définitivement dépassé par les habitudes de certains politiciens et je suis définitivement vieux jeu. Il y a longtemps, longtemps,,,,longtemps, nous étions quatre couples amis dont les quatre femmes étaient enceintes, à quelques mois d’intervalle (Non, nous n’étions pas allés au même party) et jamais il ne m’aurait effleuré l’esprit et, je crois, mes amis non plus, de commencer à caresser les bédons des femmes enceintes de nos amis…Je crois que si un de nous avait osé, il y aurait des échanges de claques sur la gueule C’est quoi ces maudites niaiseries ??? Je suis membre du PCC et j’envoie du financement chaque année­ car j’apprécie ce que Harper a fait pour nous en ces temps difficiles. Nous sommes chanceux de l’avoir eu comme PM durant ces années de crise financière mondiale….En 2006, je n’ai pas voté pour Harper, ne le connaissant pas assez….j’ai changé d’avis depuis …..Mme Bombardier a écrit un bon texte, mais à mon goût, elle s’est trop éloignée du sujet principal…..qui était l’attitude de J. Trudeau……Si elle s’est fait taponner dans un coin quelque part quand elle était jeune n’a rien à faire avec le politicaillage de Trudeau….il n’était même pas né……

  4. Bien dit. Parraît-il que le gars est en mission – une qui est émotive. Bon, d’accord, parfait. On a tous des émotions et des choses que nous tenons à cœur. Mais au moment du scrutin, l’électorat s’intéresse à la ligne de fond, sur l’impact direct sur son portefeuille, et sur les répercussions des décisions sur l’avenir.

    De parler du pays qui coule dans ses veines, ou le cœur qui doit tirer les ficelles dans le kit, là là, c’est le meilleur moyen de perdre sa crédibilité auprès du public, et leur attention. Tout ce que le public veut entendre c’est :

    1. Voici les enjeux, clairs et simples! BING
    2. Je fera ceci! BANG
    3. Voici mon plan! Court et efficace! BOOM

    Lorsqu’on embarque sur « Mon plan se dote de fleurs et cœurs », là, on perd l’électorat, et… surprise… l’élection (surtout si les deux autres chefs sont assez efficaces lorsqu’ils sortent leur propre « Bing, Bang, Boom », peut importe leurs convictions émotives ou leurs idéologiques).

    Bing, Bang, Boom!

  5. « On va s’entendre avec les provinces »

    Lire : On va dépenser pour les provinces. Rappelons que notre PM du Québec a une grosse liste d`épicerie pour Ottawa. Et la PM de l`Ontario aussi. Déficits assurés à venir à Ottawa, que ça soit le PLC ou le NPD.

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