TDAH: Il va où, le 2,3 milliards pour les élèves en difficulté?

TDAHLe socioéconomiste Jean-Claude St-Onge et militant dénonciateur de l’industrie pharmaceutique a récidivé la semaine dernière en lançant son dernier ouvrage TDAH? Pour en finir avec le dopage des enfants.

Mettons de côté pour l’instant le fait que St-Onge qualifie le TDAH (Trouble Déficit de l’attention et de l’hyperactivité), d’une « maladie fictive » et qu’il conteste que le TDAH soit un trouble du cerveau ou encore une maladie génétique et héréditaire. Faisons abstraction également de son profond scepticisme envers les outils de diagnostic (qu’il qualifie de subjectifs et donc, non valables) et de son aversion envers une industrie pharmaceutique dont l’influence auprès des médecins, parents et enseignants est grandissante. Tout cela dit, il demeure que St-Onge soulève une interrogation importante: Y a-t-il surdiagnostic du TDAH au Québec, maintenant champion canadien de la consommation de psychostimulants (ex: Ritalin)?

Les données sont ahurissantes:

  • En 10 ans, de 2000-2009, le nombre d’ordonnances de psychostimulants a pratiquement quadruplé.
  • De 2010-2014 (en 5 ans), la quantité de comprimés vendus en pharmacie a augmenté de 56%.
  • Québec bat le record de consommation des psychostimulants. En 2011, Québec compte 23% de la population mais consomme 35% des psychostimulants
  • Les EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation) représentent maintenant 20% de tous les élèves, contre 12% il y a 10 ans.

La question qui tue: Y a-t-il surdiagnostic?

Oui, répond clairement le pédiatre Jean-François Chicoine (écoutez ici son commentaire). « Si on est rendus à 13%, c’est sûr qu’on en traite trop. St-Onge a raison pour ce qui est de la multiplication du diagnostic« , conclut-il, ce 13% faisant référence au pourcentage d’élèves du secondaire qui ont reçu un diagnostic pour le TDAH. Plus encore, selon St-Onge,

Le Centre du TDAH de l’hôpital de Rivière-des-Prairies à Montréal retire 60% de ces diagnostics aux enfants qui leur sont envoyés par des médecins soupçonnant l,existence d’un TDAH ou ayant posé un tel diagnostic. Le TDAH est surdiagnostiqué ou fait l’objet d’erreurs de diagnostic. Le ministre québécois de la Santé estime que les psychostimulants sont surprescrits et le Collège des médecins du Québec déclarait en février 2015: « On est conscient qu’il y a un problème de surdiagnostic », les généralistes sont « mal outillés » pour poser des diagnostics liés aux troubles de l,apprentissage et du comportement. – TDAH?, p. 21.

Donnée tout à fait intéressante: 60% des enfants qui prennent des psychostimulants sont nés en juillet, août et septembre. Explication possible? Plusieurs cas s’expliquent par un simple manque de maturité. Les enfants sont juste trop jeunes et ont plus de difficulté à suivre le groupe. Rien à voir avec un trouble de neurotransmetteurs du cerveau… avis aux parents.

Selon l’auteur, plusieurs autres causes de type social ou environnemental peuvent être à l’origine d’un trouble d’inattention: manque de sommeil, toxines, troubles à la maison, etc.

Et puis, il y a la question des incitatifs financiers…

Les commissions scolaires se livrent à une «course» pour obtenir des diagnostics d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) et ainsi toucher plus de subventions. C’est ce qui explique en partie l’explosion du nombre de diagnostics, estime Québec.

Pour chaque EHDAA qu’elle déclare, une commission scolaire reçoit une allocation de base qui varie de 10 000$ à un peu plus de 18 000$, selon le handicap identifié par un «code de difficulté». Cette allocation est de 5000$ pour un élève régulier. – La Presse, février 2015

BouchardEnParleLa Rue est-elle la meilleure amie des élèves en difficulté?

Alors qu’on annonce des grèves dans le milieu scolaire, qu’on y exerce des moyens de pression qui troublent la qualité de vie des jeunes et des parents (annonce de grèves), nous serions en droit de nous demander si les sommes versées aux commissions scolaires sont utilisées à bon escient, non?

Vérification faite auprès du Cabinet du ministre de l’Éducation, c’est 7,3 milliards $ (budget 2015-16) qui sont versés spécifiquement aux commissions scolaires. De ce 7,3 milliards, tenez-vous bien, c’est 2,3 milliards qui sont destinées aux élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage (EHDAA). 2,3 milliards !!! 32% du 7,3 milliards !!!

32% de ce qui est versé aux commissions scolaires devrait, en principe, servir à offrir des services directs aux élèves en difficulté.

Est-ce le cas? Est-il possible qu’encore une fois, fidèle au modèle québécois, on répartisse trop et trop mal des sommes qui devraient être mieux ciblées? Ce 2,3 milliards, va-t-il vraiment à des services directs en assistance aux enseignants? On en doute. Selon le ministère, « il s’avère qu’environ 40% du temps de travail des spécialistes en adaptation scolaire servirait à des tâches administratives ».

Les enseignants qui portent le macaron et des T-shirt au sigle de leur syndicat, sont-ils bien certains qu’ils visent le véritable coupable? Se peut-il que du cash, il n’en manque pas, mais qu’on est loin d’être certain qu’il aille dans les classes, là où sont les élèves.

Se peut-il également qu’on « trippe » pas mal trop « diagnostic », mais qu’on néglige l’assistance et le soutien direct aux enseignants et aux élèves?

Une généreuse enseignante me faisait part que sa classe comptait 18 élèves. De ce nombre, 8 étaient TDAH! Quatre élèves dans son groupe requéraient des plans d’intervention individualisés. Lorsqu’un élève avait un résultat de 73%, on le considérait « à risque ». Vraiment? À risque à 73%?

Lors de l’analyse des crédits du ministère de l’Éducation, on apprend que les EHDAA constituent 28,6 % de la clientèle de la Commission scolaire de Montréal, ce qui est plus élevé que le réseau dont le taux s’élève à 25,8 %. Un élève sur quatre dans tout le réseau…

Crime que j’ai d’la misère à gober ça.

10 réflexions sur “TDAH: Il va où, le 2,3 milliards pour les élèves en difficulté?

  1. Pingback: Chronique au 93,3 : TDAH? + la CAQ qui veut faire rembourser les études des exilés | Le blogue de Joanne Marcotte

  2. « Donnée tout à fait intéressante: 60% des enfants qui prennent des psychostimulants sont nés en juillet, août et septembre. Explication possible? Plusieurs cas s’expliquent par un simple manque de maturité. Les enfants sont juste trop jeunes et ont plus de difficulté à suivre le groupe. Rien à voir avec un trouble de neurotransmetteurs du cerveau… avis aux parents ».

    Bonjour Joanne,

    mon fils est né le 25 septembre 1989, il était heureux chez sa gardienne, je le trouvais un peu jeune pour le « garrocher » à l’école. La plupart des parents se battaient à coups de demandes de dérogation pour faire entrer leurs enfants plus tôt à l’école afin d’économiser sur les frais de garderie: à l’époque, je paysais 15$ par jour! J’ai été obligé de demander une dérogation (eh oui!) pour retarder d’un an l’entrée de mon fils à l’école, à la demande du directeur, car il était légalement en âge pour ce faire. J’ai souvent reçu des félicitations du personnel de l’école à ce sujet: les professeurs me disaient que plus de parents devraient suivre cet exemple, surtout pour les garçons. Je pourrais écrire une thèse sur le sujet…

    Mon fils a complété un bac en géographie à l’Université Laval et est présentement à la maîtrise en océanographie à l’Université du Québeec à Rimouski.

  3. Tres intéressant et pas surpris , nous sommes devenu tellement intolérant , trop de gens ne tolère plus les enfants , les personnes âgées , les anglais , les si les ça etc…Bref ! au nom du bien commun Syndicale , notre petite personne avant tout .

  4. Oui Mme Marcotte, je considère que vous mettez vraiment le doigt sur le bobo. L argent va de mon en moins aux services, mais de plus en plus à la « GESTION » des services. Et ce ne sont pas les syndicats qui vont ébruiter la situation. en effet, plus de gestion signifie plus de fonctionnaires, donc plus de cotisations… à preuve, tout les ÉNORMES ministères qui constituent notre gouvernement. Nous ne pouvons pas compter non plus sur les élus, eux qui se doivent d acheter la paix pour être réélus ! Donc on comprends mieux ici l absurdité de la chose lorsqu en éducation le ministre préfère nous parler de couper des spécialistes (souvent à contrat) plutôt que de sabrer dans les commissions scolaires !

  5. Bon billet Mme Marcotte. Il semble vrai que les commissions scolaires visent à mal faire paraître le gouvernement en coupant dans les services aux élèves pendant qu’eux ne procèdent pas à des coupures dans leurs propres structures. Et qui écope? Les élèves et leurs enseignants.

  6. Sans oublier les plans d’intégration en milieu de garde, le code 50 , subventions du ministère de la famille, le malheur des enfants commence dans les CPE , ou les enfants son étiqueter ,n’a pas conscience du danger  »pour avoir lâcher le ruban, » des subventions un minimum de 20 000$ utilisées a d’autres fins dans les CEP oui, avec des répercussions désastreuses pour l’enfant taxé d’handicapé

    • Vous avez parfaitement raison Aline. Cela commence au CPE. Parfois, j’espère que le cas est rare, l’enfant est préparé à être observé par une éducatrice externe (CLSC) au CPE, à savoir qu’on le met dans un état d’excitation (ou d’angoisse) provoqué pour le faire déclarer handicapé. Pour mon fils, il y a quelques années, ça a été de lui enlever ses lunettes (il ne voyait rien sans ses lunettes), de l’avoir éloigné de ses amis, d’avoir provoqué l’angoisse et même d’avoir changé d’éducateur rien que pour l’observation (et probablement la subvention que le CPE comptait obtenir)… Cela n’a pas fonctionné. La directrice du CPE a donc téléphoné à l’école pour communiquer son diagnostic… Nous avons dû quitter l’école en urgence. Cela s’est passé à Montréal. 5 ans plus tard, mon fils est soigné pour sa déficience visuelle et il est parfaitement normal. Certes, sa déficience visuelle avait été mal évaluée par les médecins, mais il reste pour nous que ce CPE a maltraité notre fils. Nous n’avons rien pu faire auprès des autorités. La chaîne était huilée dans ce CPE qui n’en n’était pas à son premier coup d’essai. Nous avons pris énormément de retard dans les soins (plus de deux ans). Aucune plainte n’a abouti auprès du ministère.

  7. C’est inquiétant cette histoire de subvention pour les TDAH et la sur-prescription de pilules. L’argent ne va pas à la bonne place et on doit douter des taux exorbitants de cas de déficit d’attention ou bien on fait affaire à un problème causé par notre mode de vie qui va vite et stressant pour les enfants et les technologies qui rendent multitâches plutôt que de favoriser la concentration comme la lecture de livre, etc. Est-ce la conséquence aussi des garderies publiques dans lesquelles on met en très bas âge les enfants à 1 an – 2 ans?

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