Éducation: Un déplacement du centre de gravité décisionnel vers les écoles?

En fin de semaine avait lieu le 3e forum organisé par le Parti libéral du Québec et cette fois-ci, la thématique portait sur un « Système d’éducation pour le 21e siècle« . Si ces forums sont intéressants pour ceux qui y participent, ils le sont probablement surtout pour les officiers du gouvernement qui s’en inspirent pour déterminer leurs orientations, établir leurs priorités et rédiger leurs projets de loi. En ce sens, on peut voir ça comme des congrès de formation continue des députés et des ministres de l’équipe gouvernementale.

Pour nous, public, qui pouvait assister en direct aux conférences via le web (et en différé ici), la video la plus intéressante est probablement celle du premier ministre Philippe Couillard qui rend compte à la fin de l’événement de ce qu’il a retenu. Dans ce cas-ci, voici ce qu’il nous dit:

  • Qu’il est préoccupé par la formation générale des étudiants québécois;
  • Qu’il est heurté par le pourcentage de 53% d’analphabètes fonctionnels au Québec;
  • Que l’intention du gouvernement n’est absolument pas de faire un grand redressage de structures;
  • Que c’est une erreur d’imposer des moyens d’en haut, en espérant qu’on aura les résultats souhaités (ex: aide aux devoirs);
  • Que le centre de gravité doit être déplacé et que les décisions doivent être plus près des élèves – ce qui est plus exigeant en termes d’imputabilité;
  • Qu’il a été séduit par le concept du « leadership du milieu » (celui des directions d’écoles) et par le réseautage des écoles entre elles;
  • Que l’engagement, la présence et l’influence des communautés locales sont primordiaux et essentiels à la réussite;
  • Qu’il « ne sera pas question d’avoir de désignation par le ministre de l’Éducation, de nommer des gens pour diriger l’éducation dans un territoire »; Qu’il aimerait qu’il y ait un plus grand rôle pour les parents et les enseignants;
  • Qu’il est convaincu que ce n’est pas en injectant des sommes d’argent massives qu’on obtient des résultats meilleurs.

Bref, on peut espérer que ce que nous présentera le ministre de l’Éducation François Blais ira dans le sens d’un déplacement du centre de gravité décisionnel vers les directions d’écoles plutôt que des solutions imposées par le ministère. On peut aussi s’attendre à ce que les écoles doivent se contenter de budgets aux taux de croissance plus modestes que par les années passées.

Enfin, les orientations du gouvernement risquent d’être inspirées des expériences menées en Ontario, là où on a fait passer le taux de diplomatie secondaire de 68% en 2003 à 84% en 2013. Et vous savez ce que le gars (Michael Fullan) avait à raconter? Qu’il y avait certaines choses qui ne marchaient pas et à mettre dans la liste des choses à ne pas faire:

  • des réformes de structures – dans ses mots, le top-down ne marche pas et le bottom-up ne marche pas; ce qui marche ce sont les écoles en réseau et de fortes équipes locales de direction (middle leadership);
  • des plans stratégiques qui n’en finissent pas – mieux vaut un plan en quelques pages avec un nombre limités d’objectifs (focus focus focus) que de volumineux plans stratégiques;
  • une obsession sur les technologies où il a été démontré qu’investir dans les technologies n’a pas d’impacts mesurables sur les apprentissages (des tableaux interactifs à la grandeur du Québec, ça vous dit quelque chose?)

Ajoutez à cela qu’il n’a pas été démontré non plus que la diminution du nombre d’élèves dans une classe est pas toujours garant de résultats et vous avez là certaines caractéristiques du système d’éducation du Québec.

À lire également Couillard reste sourd aux arguments de Gérin-Lajoie, Une erreur de croire que l’argent apporte des résultats en éducation, Couillard critique le corporatisme des syndicats,

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P.S.

Le chroniqueur de La Presse, Francis Vailles, nous rappelle récemment que la hausse des dépenses en éducation était de 50% depuis 10 ans, une hausse supérieure à l’inflation (19%) et au PIB (38%). Autrement dit, non seulement les sommes injectées en éducation ont été supérieures à l’inflation; elles ont été supérieures à la croissance des revenus du gouvernement et donc, à notre capacité de payer.

Le 30 septembre, certains de nos enseignants feront grève. Le 1er octobre, on aura une autre séance de chaîne humaine autour des écoles. Sous prétexte qu’on a coupé dans les budgets de l’éducation, sous prétexte qu’on a coupé dans les services. Et pourtant, toujours selon Francis Vailles,

Le nombre d’élèves par classe a été abaissé dans les écoles primaires et secondaires. Au cours des quatre dernières années, par exemple, les classes de 5e et 6eannée du primaire sont passées de 27 à 24 élèves et celles de 1re et 2e secondaire, de 30 à 26 ou 27 élèves. Ces classes moins nombreuses ont eu pour effet d’augmenter le personnel et la masse salariale.

En 2010, 400 postes de professionnels ont été ajoutés dans le réseau pour soutenir les élèves à risque, qu’il s’agisse d’orthopédagogues, d’orthophonistes ou d’autres psychologues.

Coupures de services? Bonification de services plutôt… Ou plutôt augmentation du nombre d’employés et de la masse salariale, ce qui, inévitablement augmente le nombre de syndiqués et de cotisations syndicales. Pas fous, nos syndicats, non?

5 réflexions sur “Éducation: Un déplacement du centre de gravité décisionnel vers les écoles?

  1. De plus, il faudrait endoctriner les jeunes qui commencent au primaire et leur enseigner que ce seront leurs propres enfants à naître qui seront obligés de payer pour les avantages syndicaux et de retraite dont jouissent le personnel d’aujourd’hui. Pas drôle n’est-ce pas?

  2. Mme Marcotte, je suis un peut mêlé en lisant les statistiques que vous postez à la fin de votre blog. Ce n’est pas du tout ce que j’entends dans les médias. Serions nous soumis à de la désinformation de la part de certains groupes d’intérêts?

    • Idem…

      J’ai été estomaqué de lire l’article, incluant le correctif de Monsieur Vailles pour lequel j’ai beaucoup de respect vu sa crédibilité jusqu’à maintenant. Ça va totalement à l’encontre des histoires de peur que nous ânonnent les syndicaleux de l’enseignement depuis des mois.

      Comment se fait-il que les médias n’en parlent pas plus? L’article a pourtant été publié il y a quelques jours…

  3. Il faut se préoccuper de la qualité de l’éducation dans nos écoles, de l’analphabétisme, du décrochage, etc. C’est pas mal plus important que de débattre de maudites niaiseries comme la gratuité scolaire à l’université.

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