Pauvreté, mobilité sociale et l’enfer dans nos écoles

Sondage aux constats quelque peu tristes dans La Presse ce matin. 31% des Québécois « se disent » pauvres; 50% ont peur de l’être. S’il y a une bonne nouvelle parmi les réponses à toutes les questions posées, c’est qu’à la question « Quels acteurs devraient avoir le plus de pouvoir au Québec? », les syndicats arrivent à la fin de la liste, soit 8e sur 8, avec évidemment, le Gouvernemaman en première position.

En réalité, la bonne réponse à mon avis devrait être l’individu, le citoyen, les familles, les entrepreneurs, soit ceux qui ont un réel pouvoir d’améliorer leur propre qualité de vie. Ce qui m’amène au concept de mobilité sociale.

Mobilité sociale

Une étude sur la mobilité sociale de l’IEDM va sûrement remonter le moral à ces personnes qui se sentent peut-être impuissantes à améliorer leurs conditions de vie. D’abord, qu’est-ce que la mobilité sociale en quelques mots? En gros, c’est la possibilité pour un individu de passer d’une catégorie de revenus à une autre, c’est-à-dire la capacité d’une personne de faire des revenus plus élevés. Cela se mesure de deux façons.

D’abord en évaluant dans quelle mesure le revenu d’une personne dépend ou est influencé par le revenu de ses parents (un enfant né dans une famille aux revenus plus modestes est-il condamné à avoir des revenus plus modestes et vice versa?). Sur ce plan, le Canada se classe 4e sur 16 pays de l’OCDE. Pas pire, non?

Puis, en évaluant dans quelle mesure un individu, tout au long de sa vie, arrive à passer d’un échelon salarial à un autre. Résultat?

Au Canada, entre 1990 et 2009 (20 ans), seulement 13% qui se trouvaient dans le 1er quintile des revenus (les revenus les plus faibles) le sont encore 20 ans plus tard.

La morale de l’histoire? Au Canada, il n’y a aucune raison pour que la pauvreté soit un état permanent (à moins, bien sûr, d’être dans l’incapacité totale d’occuper un emploi, auquel cas les familles et la collectivité doit jouer un rôle de soutien plus important). Au Canada, la mobilité sociale est élevée, les programmes d’éducation sont nombreux et les entreprises se cherchent désespérément des travailleurs qualifiés. Ce qui m’amène à l’éducation…

L’école, c’est l’enfer

Encore une chronique ce matin dans La Presse qui raconte l’enfer que vivent les enseignants au Québec. Aujourd’hui, 275 000 élèves seront privés de leurs classes parce que leurs enseignants seront en grève. Demain, on revivra le scénario des chaînes humaines autour des écoles et on mettra dans les mains de nos jeunes des pancartes dont ils ignorent totalement le sens.

Il semble qu’au Québec, l’école, ce soit l’enfer. On a réduit le nombre d’élèves dans les classes, mais c’est encore l’enfer. En 2010, on a engagé 400 « orthos ». Les résultats de ça? Des cotisations syndicales de plus, mais pour le reste, on ne sait pas trop; chose certaine, ce serait toujours l’enfer dans les écoles. On a introduit des nouvelles technologies (tableaux interactifs), mais encore là, c’est toujours l’enfer, surtout si on se rappelle de l’histoire politique entourant ces fameux tableaux interactifs.

Depuis 10 ans, les dépenses en éducation ont augmenté de 50%, une hausse supérieure à l’inflation (19%) et supérieure à notre capacité de payer (le PIB n’a augmenté que de 38%). Il semble que ce soit encore insuffisant.

Alors là, il se passe quoi dans nos écoles, bon sang? Est-ce si pire que ça? Est-ce que les enseignants croient vraiment qu’une augmentation de 13% va régler comme pas magie leur enfer quotidien? Je suis certaine que non. Je suis même certaine que les syndicats les représentent affreusement mal.

En fait, je suis certaine que la source du problème réside précisément à quelque part dans les conventions collectives de ces soi-disants professionnels à qui on impose un mode de travail codifié où le patron… ben, le patron, c’est le syndicat. Je serais même prête à parier que c’est là la grande différence entre le secteur public et privé.

Autre profond agacement: la façon dont se négocient les conditions de travail des enseignants du Québec. Convaincue que les négociations centralisées nuisent, coupent les professionnels de leur milieu de travail, brisent le lien avec les directions d’écoles et leurs communautés respectives et étouffent l’initiative, la souplesse et le sentiment d’appartenance à « son » école.

Et puis, il se passe quoi exactement derrière les portes closes des salles de négos? Alors que les syndicats se permettent de tempêter sur la place publique, claquer les portes, convoquer des conférences de presse où accourent les médias, le gouvernement, lui, il dit quoi? Il fait quoi?

« Ben… euh… nous, on ne négocie pas sur la place publique. »

Ah oui? Ben, il le faudrait. Il vient un temps où on a le goût de connaître ce qui se passe vraiment dans ces salles-là. Se peut-il que l’organisation du travail dans les écoles ne doive PAS faire l’objet de négociations collectives centralisées? Se peut-il que le gouvernement ne se mêle pas de ses affaires pour certains sujets? Se peut-il que toute cette question d’assignation d’enseignants par les commissions scolaires, de « bumping », d’ancienneté n’ait aucun bon sens? Comment arriver à assurer une stabilité des équipes-écoles quand à tout moment, on risque d’être expulsé pour je ne sais quel avantage négocié?

Je suis ouverte. Si vous êtes enseignant, je veux savoir. Exprimez-vous. Regroupez-vous. On vous demande aujourd’hui de faire la grève. Je suis à peu près certaine que vous êtes nombreux à ne pas vouloir y aller. Mais vous allez y être quand même, pour ne pas avoir de trouble… avec votre syndicat. N’est-ce pas?

Une chose là-dessus. Quand on se soumet à la bêtise, on se fait traiter bêtement. Il est temps que vous vous affranchissiez de votre lien de dépendance envers une organisation qui, j’en suis certaine, vous représente mal. Vous êtes trop importants pour ça.

14 réflexions sur “Pauvreté, mobilité sociale et l’enfer dans nos écoles

  1. Joanne, excellent texte et d’accord avec vous. J’ai une personne très proche dans mon entourage qui travaille dans le milieu scolaire et je peux vous dire qu’elle est convaincue que c’est la faute du gouvernement car c’est ce que son syndicat avec la complicité de la commission scolaire lui ont enseigné…. Elle dit que les employés et les profs ne sont pas bien traités et sont sous-payés. Mais où va l’argent que les CS reçoivent du gouvernement ? J’ai essayé d’argumenter sur ce sujet et elle garde ses positions et continue de dire que c’est la faute du gouvernement… Combien de temps encore cette désinformation véhiculée par le syndicat et les CS va circuler dans les écoles ? Je suis une anti-syndicaliste depuis plusieurs années car c’est devenu une force destructrice de notre économie… Le syndicat ne sert plus les travailleurs mais se sert de leurs cotisations pour s’enrichir et obtenir le pouvoir.

  2. Je viens d’entendre Philippe Couillard sur LCN:

    « On ne peut pas réfléchir à l’éducation uniquement sous l’angle, dans le prisme syndical ». Bravo!

    « Ce n’est pas nécessairement le cas qu’un dollar dans la convention collective va améliorer les services. Parfois c’est le cas; parfois par nécessairement. »

    « Aux enseignants, je leur demanderais ceci: Quelle est la place des enseignants actuellement dans la gestion régionale des institutions d’éducation? Y’en a pas. Quelle est la place des dirigeants d’écoles? Y’en a pas. Des parents? Y’en a pas. »

    Parfaitement d’accord avec l’ensemble de ces propos. Très hâte de voir le projet de loi du ministre Blais.

  3. Oui bravo à Mr.Couillard ! J’ai aussi très hâte de voir ce fameux projet du ministre. Il est temps que le système scolaire change car en bout de ligne ce sont nos enfants qui écopent pour les malveillances syndicales.

  4. Moi ce qui m’inquiète c’est que nos enseignants soient aussi faciles à manipuler…

    Comment ne pas remarquer l’absence de gros bon sens chez ceux-là mêmes qui ont pour mission d’éduquer nos enfants…

    C’est leur petit nombril qui prime. La noblesse du métier d’enseigner leur échappe complètement…

    Bravo! Joanne et j’espère que Philippe Couillard fera ses bottines suivre ses babines.

    • Que connaissez-vous du milieu? M. Couillard a effectivement penser a son nombril et à ses amis…
      La noblesse et leur nombril, l’ insignifiance des enseignants comme vs dite…que de jugements gratuits et d’idées préconçues.On se demande qui est manipulé ? Que de préjugés.. Il ne disent(gouvernement) rien parce que tout est planifié et que la démocratie n’est plus et l’intégrité importe peu de nos jours…
      Moi c’est l’ignorance et l’arrogance des individus qui me trouble…

  5. Bien d’accord avec votre article! Je me permets de cibler deux problèmes que je considère majeurs en lien avec le système de l’éducation. D’abord, l’augmentation constante des enfants qui ne sont pas prêts à commencer leur cours primaire à cause de carences importantes sur les plans affectif, moteur, social, langagier. « Tout se joue avant six ans », titrait un célèbre ouvrage. Que se passe-t-il au Québec, ou plutôt, que ne se passe-t-il pas durant la petite enfance pour qu’un nombre croissant d’enfants commencent leur parcours scolaire avec un retard qui nécessite l’intervention de spécialistes (orthopédagogues, orthophonistes, psychologues…) dès la première année? Les écoles sont dépassées par le nombre d’enfants en difficulté d’apprentissage et de comportement. Ensuite, la formation des maîtres. Les critères d’admission peu élevés aux aspirants à la profession ainsi que la formation universitaire à des années-lumière de la réalité scolaire ne favorisent ni le maintien des enseignants dans la profession ni la réussite des élèves. Ces deux problèmes ne sont pas l’affaire des syndicats, bien évidemment… N’empêche que tant qu’on ne traite pas la cause, non seulement on piétine, mais on s’enfonce.

    • Je doute fortement de la façon que l’on évalue les besoins d’un enfant d’être suivi par un quelconque spécialiste. Les budgets des écoles sont définis en fonction des besoins identifiés par les directions d’écoles. Moi, j’ai de bonnes raisons de croire qu’elles sont tentées à les faire exagérer:

      Ayant immigrés au Québec, il y a plus de 20 ans, nous avons deux enfants nés ici qui ont frequentés la garderie (en français) avant d’aller à l’école. Lorsqu’est venu le temps pour l’aîné d’aller à la maternelle, nous avons été surpris d’apprendre que l’école (publique) voulait l’intégrer dans une classe spéciale (avec plus de cours de français) pour la seule et unique raison qu’à la maison au lieu de parler français il communiquait avec nous dans notre langue maternelle. Lorsque nous avons exprimé notre désaccord et estimé qu’il n’a aucunement besoin de cela, la directrice nous a répondu que les demandes au ministère pour avoir plus de budget alloué se font avant le début de l’année scolaire. Une façon de faire donc, qui resulte du mode de financement. Une façon de gaspiller de fonds publics. L’argent qui aurait été alloué pour notre fils, aurait pu très bien être utilisé à d’autres fins.

      Comme pour nous, il était hors de question que notre fils se sente traité différemment par rapport à ses copains de la garderie, nous sommes allés l’inscrire deux rues plus loin, à l’école privée (collège Stanislas). À l’époque les listes d’attente étaient inexistantes, les subventions de l’Etat aussi. Aujourd’hui, mon fils est complètement bilingue ( sans avoir fait le cégep anglophone) et continue de communiquer avec ses parents dans sa langue maternelle, ce qui ne l’empêche pas de ne parler avec son frère qu’en français.

    • Comme c’est intéressant cette histoire. Cela confirmerait mes soupçons. Il y a une enflure des besoins pour avoir plus de budgets. Puis-je connaître votre langue maternelle?

  6. C’est sûr que lorsqu’on utilise l’ancienneté plutôt que la compétence comme base du système, on ouvre la porte à du n’importe quoi.

    Les profs se disent des professionnels de l’enseignement? OK!

    À quand alors un ordre professionnel pour les enseignants, ordre contre lequel s’est toujours opposé les syndicats et qui servirait, entre autres, à évaluer chaque enseignant?

    Tout comme vous, j’ai lu l’article de Francis Vailles qui est d’une rigueur exemplaire mais qui n’a bénéficié d’à peu près aucune visibilité dans les médias, ces derniers préférant plutôt la facilité en servant de porte voix à la propagande syndicale.

    http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/francis-vailles/201509/25/01-4903775-chronique-plate-pour-leducation.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_francis-vailles_2108209_section_POS1

  7. Mme Marcotte, je suis tellement d’accord avec vous au sujet des négociations du syndicat des professeurs. J’ai écris quelques commentaires à ce sujet sur mon compte facebook (Louis-Martin Auclair) et je me suis fait complêtement ramassé par certains amis.

    Certains ne comprennent pas que les enfants ne sont pas comme des moteurs sur une chaîne d’assemblage dans une manufacture.

    J’ai expliqué à mes fils (9 et 11 ans) que les profs sont en colère contre leur patron et qu’ils les mettent, mes enfants, en punition pour montrer cette colère à tous le monde. Ils se font dire par leurs profs que le sport parascolaire et la course Terry Fox, entre autres, n’ont pas lieu cette année à cause du gouvernement…

    J’en aurait tellement à dire, Mme Marcotte, tellement je suis mal à l’aise avec l’utilisation que font certains parents et professeurs de nos enfants à des fins politiques. Il existe des lois sévères qui régissent les publicités destinées aux enfants. Ne serait-il pas le temps de légiférer pour protéger nos enfants contre l’exploitation politique?

    On a besoin d’une voix comme la vôtre, ici à Montréal!

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