Le Face à Face TVA? Un débat de trop

Il vient un temps où les chefs ont dit ce qu’ils avaient à dire. La campagne aura beau être plus longue, les sujets sont épuisés et les grandes lignes ont été données. Je ne connais pas quelles ont été les cotes d’écoute du Face à Face TVA vendredi soir mais je parierais qu’elles n’ont pas été très élevées.

Ce 5e débat que j’ai écouté a aussi confirmé chez-moi que la formule des débats et/ou des Face à Face au Québec ne rend pas service aux citoyens. Non seulement la formule est viciée dû à la présence du chef du Bloc québécois, elle ne permet pas aux candidats de s’exprimer en toute liberté à la population sans être bombardés d’interruptions. Bref, tannée des débats au Québec.

Si on avait vraiment à coeur d’informer la population, je règlerais deux problèmes fondamentaux.

Le premier est la présence du chef d’un parti essentiellement provincial, en l’occurence, Gilles Duceppe. Le simple fait que Gilles Duceppe soit présent à ces débats est un vice de forme. Les débats en anglais l’ont réalisé; il faudrait peut-être que le Québec allume également. En clair, le Bloc québécois n’a tout simplement pas d’affaire là. Oh je le sais. On s’y est habitué. On se dit que c’est la démocratie qui parle. Qu’un chef de parti qui détient des sièges au Parlement canadien a un droit de présence. Cela dit, fondamentalement, Gilles Duceppe ne postule pas et ne postulera jamais pour le poste de Premier ministre du Canada. Fondamentalement, il ne se qualifie pas. Tout ce qu’il peut faire, c’est de jouer un double rôle de procureur et de juge des propositions des autres candidats. S’il voulait vraiment se rendre utile, c’est à Québec que Gilles Duceppe devrait contribuer.

Je proposerais donc une réforme à Élections Canada de façon à au moins exiger que les partis « nationaux » soient effectivement des partis « nationaux », c’est-à-dire qu’ils proposent des candidats dans un minimum de provinces afin de se qualifier pour le débat des chefs « nationaux ». Ça ne se fera pas, je le sais, mais ça ne rend pas légitime pour autant la présence d’un faux candidat, voire un imposteur, à de tels débats.

Voilà pour ça.

Pour le reste, si on voulait vraiment informer la population, je proposerais à TVA de revenir à une formule qui a fait sensation en 2007. La formule était la suivante: TVA avait organisé une soirée d’échange entre chacun des chefs de partis et une salle de citoyens, un peu à la manière d’un « town-hall meeting ». Ça n’a pas besoin d’être long. Une heure suffirait. Les gens avaient posé leurs questions; le chef répondait. Dans une formule plus relax, le candidat au poste de premier ministre pouvait bouger, prendre le temps qu’il fallait, expliquer, se connecter avec l’auditoire. Les gens pouvaient évaluer non seulement les éléments de contenu mais l’aisance avec laquelle le chef s’exprimait, sa gestuelle, ses compétences intellectuelles aussi bien que son intelligence émotionnelle.

Ça, ça informe. Autrement, ce n’est qu’un spectacle pour les maniaques de politique qui prendront plaisir à interpréter (spinner) pour le commun des mortels, la teneur du débat chaotique de la veille. Résultat? Cynisme, écoeurantite aigüe de la politique, diminution de la participation au vote citoyen.

Le Face à Face de TVA

Pour ce qui est du Face à Face de TVA de vendredi soir dernier, je pourrais résumer la chose de la façon suivante. Ce Face à Face était ni plus ni moins un débat sur le bilan Harper plutôt que sur l’offre politique de tous les partis en lice. Plusieurs questions prenaient la forme suivante: « Harper a fait ça – Vous en pensez quoi? », « Harper a dit ça – Vous en pensez quoi? » La meilleure a été la dernière. La question était posée à Gilles Duceppe: « Harper a dit que les débats constitutionnels, c’était passé date; vous en pensez quoi? ». Ayoye.

Pour ma part, je n’y ai rien appris et le meilleur débat a été le débat Munk, magnifiquement construit, avec de véritables candidats nationaux, des questions intelligentes et une consigne respectée du droit de parole des uns et des autres. Bref, un débat en français, ça suffirait amplement. Je reproduirai toutefois ici, dans l’ordre, ce que j’ai retenu des mots de clôture de chacun des chefs.

Harper:

  • La situation de l’économie/sécurité mondiale demeure inquiétante
  • Pas le temps de prendre des risques avec des gens qui veulent retourner à des déficits permanents
  • Propose une réduction de taxes et d’impôts/dépenses abordables/budget équilibré
  • Ses solutions offrent bon avenir à tous et de bonne retraites pour nos aînés
  • « J’ai besoin d’avoir plus de Québécois dans mon équipe. »
  • Ses mots-clés: protéger économie, assurer la sécurité, protéger nos valeurs

Mulcair:

  • « Ce soir, j’ai parlé de vous »
  • Harper: 10 années de noirceur; on a reculé sur le plan social et économique
  • Je vais ramener l’âge de la retraite à 65 ans
  • Les réductions des impôts- on annule ça.
  • Je vous représenterai à Paris
  • Je suis le seul chef à dire je vais mettre fin au combat en Syrie
  • Harper coupe tout: Postes Canada, santé
  • J’ai l’expérience pour remplacer Mr. Harper
  • Cette fois-ci, on peut changer pour de bon.

Duceppe

  • La vraie question: qui est le mieux placé pour nous représenter à Ottawa
  • Demande la balance du pouvoir

Trudeau

  • C’est assez 10 ans d’un gouvernement qui n’écoute pas
  • C’est assez un PM qui mise sur la peur et la division
  • Nous les Québécois, on doit reprendre notre place au sein du Canada
  • On doit se créer un Canada à notre image
  • Pour choisir un nouveau gouvernement, il faut choisir un nouveau PM
  • J’ai confiance; je compte sur vous

12 réflexions sur “Le Face à Face TVA? Un débat de trop

  1. je pense la même chose et oui je me suis tanne après une demi heure j’ai lâché prise car c’était toute la même chose que l’autre débat avec les mêmes lignes

  2. En fin de compte, le seul qui a parlé de vraies choses est M. Harper. Vous avez raison. M. Duceppe n’avait pas à être là puisqu’il ne représentera jamais tous les Canadiens.

  3. J’ai quand même remarqué que M. Trudeau apprenait vite et qu’il était plus en confiance lors du dernier débat. Ceci étant dit, ce débat n’était qu’un match de tir à la cible…. avec les commentaires venteux de M. Duceppe qui a toujours eu la vie facile dans le rôle qu’il s’est donné.

  4. Félicitation Joanne ! En plein dans le mille.. Vous avez bien résumé la non pertinence des débats politiques dans leur forme actuelle. Je crois aussi comme vous que Duceppe n’a pas sa place dans les débats au fédéral puisqu’il s’acharne à vouloir détruire le Canada. Nous avons des élections tous les 4 ans afin de nous donner le choix de changer de gouvernement si nous les citoyens le désiront ( c’est la démocratie ) alors je ne vois pas pourquoi il y aurait des candidats qui veulent détruire l’unité de ce même pays, ça ne fait aucun sens.

  5. Duceppe était présent mais pas May qui a un député de PLUS que lui et qui représente un parti national.

    On viendra me dire après ça que PKP n’a rien à voir là-dedans…

  6. Je sais pas, Joanne. le débat de TVA a permis deux ou trois cocasseries (mon amour), on a vu Duceppe se contredire complètement (allez-vous investir en santé, avec droit de retrait, tout d’un coup qu’on voudrait faire otchoz ak l’argent… mais faut investir en santé)… Bref, moi, je l’ai trouvé plus éclairant que la cacophonie de rad can-téléQc… ne serait-ce que par son format… et plus divertissant… ce qui est du mandat de TVA

  7. La mise en scène du débat TVA a été en parfaite conformité avec les objectifs de ceux qui la possèdent. Reste à imaginer ce que pourrait représenter un débat à TVA aux prochaines élections provinciales…

  8. M. Duceppe nous a donner du « comic relief » avec ses references a « Art » Carney. J’aimais bien Art Carney quand il a jouer le role de Ed Norton sur « The Honeymooners » avec Jackie Gleason. We all need a laugh from time-to-time.

  9. Le punch que je retient vient de Mulcair: « Pourquoi me coupez-vous la parole M. Trudeau? Personne ici ne vous a interrompu, je vous demande donc le même respect. » Je l’ai ri de bon cœur tellement elle était bien placée.

  10. Même si Gilles Duceppe ne postule pas le poste de premier ministre Canadien, il est un chef d’un grand parti qui trouve sa légitimité dans le vote de ses électeurs. Le problème est notre système parlementaire britannique qui fait qu’on vote pour le parti qui aura le plus de députés et qui formera le gouvernement. Dans un régime présidentiel élu au suffrage universel, le Bloc n’aurait pas sa place mais pourrait se présenter à la chambre des représentants ou chambre des communes pour défendre ses dossiers et ceux de ses électeurs. Les indépendantistes tant qu’ils éliront des députés bloquistes au fédéral auront leur place dans les débats. Nous verrons après l’élection ce qu’il en est.

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