Positionnement idéologique des journalistes et chroniqueurs politiques

Écoutez également ma chronique sur le sujet au FM93,3 – Il y a quelques semaines, le doctorant et chargé de cours en science politique de l’Université de Montréal, Alexandre Blanchet, invitait les gens à répondre à un questionnaire en ligne. L’objet de son étude: les perceptions à l’égard des journalistes et chroniqueurs politiques québécois.

Voici quelques-uns des constats qu’on peut tirer d’un premier billet qu’il a lui-même publié sur son blogue. Rappelons que l’idée ici est d’étudier les perceptions qu’ont les mordus de la politique des opinions des journalistes et chroniqueurs politiques, que celles-ci soient fondées ou non.

  • Chantal Hébert et Alec Castonguay se classent au premier rang des journalistes avec qui les « mordus de la politique » sont le plus en accord, à l’exception des partisans du Parti québécois.
  • Les deux journalistes et chroniqueurs avec lesquels les gens sont le plus en désaccord sont l’animatrice de 24/60 (24 heures en 60 minutes à RDI) et le chroniqueur du Journal de Montréal/Québec et animateur à CHOI RadioX, Richard Martineau.

Suivant Chantal Hébert et Alec Castonguay, on retrouve Sébastien Bovet (RDI) et Yves Boisvert (La Presse), tous des gens qu’on peut qualifier de journalistes-reporters. Des gens de contenu qui font rarement dans la chronique d’humeur et à qui, il me semble, il serait difficile de coller une étiquette partisane.

Ce qui étonne ici n’est donc pas le 1er rang qu’occupent ces journalistes, mais bien de constater qu’Anne-Marie Dussault ne s’y retrouve pas. En fait, je me reprends: cela n’étonne pas vraiment. Anne-Marie Dussault est une personne avec lesquelles les électeurs de la CAQ, du PLQ et du PCC sont le plus en désaccord. Ça fait beaucoup de monde. Probablement trop de monde pour que RDI ne se pose pas de questions sur la façon dont sont traités les sujets à 24/60. Qui ne se souvient pas du traitement préférentiel dont ont bénéficié les carrés rouges en 2012? Qui peut honnêtement prétendre que les panels des chroniqueurs commentant l’élection fédérale ne penchaient pas en défaveur des Conservateurs devenus l’adversaire politique à abattre?

Qui peut honnêtement trouver équitable la couverture du mandat des libéraux de Philippe Couillard et tout particulièrement, l’utilisation éhontée du « spin » de l’austérité libérale? (lire Michel Hébert ici ce matin).

Dommage. Parce que le format de l’émission 24/60 est le bon: un retour sur les événements du jour en approfondissant les événements marquants. Seulement, quand l’animatrice est perçue (justement) comme étant biaisée, qu’elle y invite des gens qui ne font qu’ajouter à ses propres penchants idéologiques, que la complicité entre l’équipe éditoriale et ses alliés de la gauche syndicale crève l’écran, difficile de ne pas espérer mieux de la part d’un réseau public qui devrait, en principe, présenter les événements de façon à refléter la diversité des opinions politiques.

Découpage selon les allégeances aux partis provinciaux

En effet, là où ça devient encore plus intéressant, c’est lorsque le chercheur découpe les résultats selon les allégeances partisanes des répondants. Cette même Anne-Marie Dussault, accompagnée des Michel David, Patrick Lagacé, Antoine Robitaille et Josée Legault, sont les journalistes et chroniqueurs avec qui les gens qui votent CAQ et PLQ sont le plus en désaccord. Qu’ont donc ces gens en commun, pourrait-on se demander. Facile: ils sont carrément perçus comme des souverainistes clairement positionnés à la gauche du spectre idéologique.

Message intéressant également pour François Legault de la CAQ, vous ne croyez pas? Ses électeurs sont plus en désaccord avec une Anne-Marie Dussault ou une Josée Legault, qu’un Jean Lapierre qui est au 2e rang des journalistes avec lesquels les électeurs du Parti libéral sont le plus en accord. Food for thought.

Découpage selon les allégeances au niveau fédéral

Une dernière observation portant sur les électeurs au niveau fédéral. Somme toute, les électeurs du Parti libéral du Canada sont relativement d’accord avec les journalistes et chroniqueurs qui font l’objet de ce sondage, à l’exception de Josée Legault et de Richard Martineau, respectivement plus en harmonie avec les électeurs du Bloc québécois et du Parti conservateur du Canada.

À contrario, les électeurs du Parti conservateur du Canada sont ceux qui comptent le plus de journalistes avec lesquels ils sont en désaccord: Vincent Marissal, Michel David, Antoine Robitaille, Patrick Lagacé, Josée Legault et oui… en dernière position, Anne-Marie Dussault.

Découpage selon un « OUI » ou un « NON » à l’indépendance du Québec

Finalement, alors que les partisans du « OUI » sont plus souvent en désaccord avec les Jean Lapierre, Gilbert Lavoie et Richard Martineau, les partisans du « NON » connaissent bien les journalistes et chroniqueurs qu’on associe au mouvement souverainiste et avec lesquels ils sont en désaccord: Michel David Antoine Robitaille, Patrick Lagacé, Anne-Marie Dussault et Josée Legault.

Conclusion

L’objectivité des journalistes et des chroniqueurs politiques est un mythe. Radio-Canada dessert mal la population en étant à ce point réticente à offrir des contrepoids aux idées consensuelles de la gauche souverainiste et syndicale.

En cela, la société Radio-Canada est coupable. Comme on dit en politique, la perception, c’est la réalité, pour les journalistes comme pour les politiciens. Par conséquent, il est temps de revoir non pas le format mais les choix éditoriaux de ses émissions d’affaires publiques et de remplacer la personne (et peut-être même l’équipe éditoriale) à la barre de 24/60, qui de toute évidence, n’incarne pas les standards élevés d’un journalisme juste et équitable (fair and balanced) auquel on est en droit de s’attendre d’une société publique d’information.

P.S. Cela n’arrivera pas. Le nouveau gouvernement fédéral de Justin Trudeau est maintenant en phase avec Radio-Canada et la CBC. Il nous appartiendra donc d’être encore plus vigilant et de multiplier encore davantage nos sources d’information si on veut vraiment avoir l’heure juste sur le monde qui est le nôtre.

5 réflexions sur “Positionnement idéologique des journalistes et chroniqueurs politiques

  1. Pingback: Chronique: Les journalistes et chroniqueurs politiques sont-ils biaisés? | Le blogue de Joanne Marcotte

  2. Très bonne analyse..

    Depuis la victoire de Justin, J’enrage de voir notre classe journalistique danser sur la défaite de Stephen Harper.

    Alain Dubuc, qui dans sa chronique d’hier, disait que les Québécois de la région de Québec devaient se sentir mal d’avoir été aussi à contre courant de la bien-pensance!

    Au contraire! M. Dubuc.. Nous sommes fiers d’avoir apporté notre contribution à la performance des conservateurs. Stephen Harper c’est avec la tête haute qu’il s’est retiré..

    Alain Dubuc semble frustré de voir que les Conservateurs représentent une opposition solide .. Justin Trudeau devra faire ses preuves.. sinon la réjouissance des gauchistes pourrait avoir été de courte durée..

    • … Ave … éh ban voilà … 100% d’accord avec Hélène ( Mme Beaulieu ) … Joyeux Noel ….

  3. Malheureusement, le vote d’un mordu de politique ne compte pas plus que celui de quelqu’un qui n’y connait rien et qui vote selon les rumeurs entendus à gauche et à droite.

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