Éducation: Une chance qu’on a Francis Vailles

J’étais une « fan » de Claude Picher, ancien chroniqueur économique de La Presse. Lorsqu’il a pris sa retraite, j’étais un peu triste. Je me demandais bien qui allait le remplacer et pouvoir faire aussi bien en matière de vulgarisation de la réalité économique québécoise. Après tout, les bons chroniqueurs économiques sont rares au Québec en plus de ne pas être les préférés des émissions d’affaires publiques.

Eh bien, on a été bien servis. Francis Vailles est un « must-read » pour qui s’intéresse à la politique publique sous ses aspects financiers.

Depuis un mois maintenant, Vailles a produit trois textes touchant les budgets de l’éducation au Québec. Son but: dans un premier temps, valider la thèse selon laquelle il  y aurait eu coupures en éducation et dans un second, trouver où est allé l’argent?

Voici, en gros, ce qu’on y apprend:

  1. Depuis 10 ans, la hausse des dépenses d’éducation a été de 41%, donc supérieure à l’inflation (19%) et à la croissance économique au Québec (38%).
  2. Depuis 10 ans, il y a eu une baisse de 1% par année du nombre d’élèves dans nos écoles publiques primaires et secondaires alors qu’on observe une hausse de 1% dans nos cégeps et 2% à l’université.
  3. Si on séparait les réseaux primaire/secondaire et post-secondaire (cégeps/universités), l’augmentation se chiffre à environ 33% sur 10 ans pour le primaire/secondaire, tandis qu’au post-secondaire, la hausse est de quelque 51% (la différence est expliquée par un abaissement du nombre d’élèves dans le réseau primaire/secondaire vs. une augmentation du nombre d’élèves dans le post-secondaire).
  4. La dépense par élève au primaire et au secondaire est de 11,091$, soit une hausse annuelle récurrente de 2161$ par élève depuis 10 ans, ou une augmentation d’argent frais de 24%. Ces dépenses de fonctionnement excluent l’immobilier.

La question qui tue: Où est allé ce 2161$ par élève d’argent neuf qu’on a ajouté? Vailles y répond. Parmi les dépenses les plus importantes:

  1. 19% ont servi à absorber l’augmentation du nombre d’élèves en difficulté (EHDAA)
  2. 18% ont servi à diminuer le nombre d’élèves par classe et à ajouter 90 minutes de formation
  3. 21% ont été requis pour l’équité salariale et la reconnaissance des 32 heures de travail des profs
  4. 12% sont allés pour absorber l’augmentation de la fréquentation des services de garde
  5. 8% ont été dépensés pour les différents « plans nationaux ministériels » (ex: aide aux devoirs, etc.)

Autres constats intéressants:

  1. Les recettes de taxes scolaires ont crû d’environ 65 % depuis 10 ans et les droits de scolarité universitaires, d’environ 38 %, encore là, bien au-delà de l’inflation.
  2. Le nombre d’élèves en difficulté, est passé de 15 à 25% du total en quelques années
  3. En 2010, 400 postes de professionnels ont été ajoutés dans le réseau pour soutenir les élèves à risque, qu’il s’agisse d’orthopédagogues, d’orthophonistes ou d’autres psychologues.
  4. Au cours des quatre dernières années, les classes de 5e et 6e année du primaire sont passées de 27 à 24 élèves et celles de 1re et 2e secondaire, de 30 à 26 ou 27 élèves. Ces classes moins nombreuses ont eu pour effet d’augmenter le personnel et la masse salariale.

Conclusions (les miennes cette fois)

De toute évidence, le discours des centrales syndicales en éducation et du front commun qui s’amuse à faire faire des chaînes humaines autour des écoles publiques est faux. Les contribuables du Québec n’ont pas « abandonné l’école publique ». Je suis gentille, je ne les traite pas de menteurs. Il y a bel et bien eu une augmentation des budgets en éducation depuis 10 ans et ce, même si on tient compte des récentes coupures.

La question devient maintenant la suivante: Les 2000 profs de plus qu’on a embauchés pour baisser les ratios élèves/profs, les nouvelles sommes pour les EHDAA, la reconnaissance des 32 heures de travail et tout le reste… ça a donné quoi comme résultat? Pas sûr que c’est si jojo que ça. A-t-on mal dépensé? Pourrait-on remettre tout ça en question?

Et le problème, il est bien là. Je doute qu’on puisse remettre quoique ce soit en question. Cela fait maintenant partie des avantages consentis, des fameux « acquis ».

Et pourtant, il se trouve bien dans le système d’éducation des gens qui osent. Prenez cette courageuse enseignante qui exprime dans une lettre ouverte, son désaccord avec son syndicat et qui remet en question le processus de grève. En parlant de son syndicat:

« Tout ce qu’ils veulent, c’est aller dans la rue comme le faisaient nos parents et nos grands-parents. Ils ne cherchent pas à évoluer. Ils sont même allés jusqu’à manipuler le débat le soir du vote, faisant témoigner le président de l’assemblée durant le temps consacré aux enseignants et demandant, par la suite, à un membre de leur groupe de mettre fin à la période de questions, laissant derrière les micros plusieurs enseignants prêts à expliquer les raisons pour lesquelles ils n’allaient pas voter pour la grève. Je sais que le président avait le droit de le faire, mais puisqu’il s’était exprimé pendant plus de deux heures à l’avant, n’aurait-il pas été respectueux de laisser le temps aux enseignants pour donner leur opinion? »

Ou encore ce directeur de l’école Leblanc à Laval qui fait passer le taux de diplomation de ses étudiants de 54% à 83%!!! En 5 ans!!! Rien à apprendre de l’Ontario, Mesdames et Messieurs du Conseil des Ministres. Ça, ça se passe chez-nous.

Non. La solution n’est pas dans l’organisation de forums sur l’éducation et ne se résume pas non plus à une question d’argent. Elle ne réside pas plus chez les fonctionnaires du ministère de l’Éducation ou des Commissions scolaires. Ce directeur et bien d’autres en sont la preuve.

Maintenant: Est-ce que la vision de l’école du gouvernement libéral saura respecter cela et libérer les écoles des contraintes et des rigidités de conventions collectives qu’on leur impose depuis trop longtemps? On attend toujours.

—————-

15 réflexions sur “Éducation: Une chance qu’on a Francis Vailles

  1. Je pense que le militantisme syndical a transformé les professeurs (entres autres) en revendicateurs, et que ceux-ci à leur tour essayent de transformer leurs propres élèves en revendicateurs, comme si ces professeurs détenaient seuls la vérité. Donc aucune preuve par les nombres ne viendra ébranler leur croisade d’évangélisation syndicale.
    Pour ce qui est de Claude Piché, moi aussi j’étais un fan; je reproduis ici un de ses articles des plus éclairants, même s’il n’était pas l’auteur d’origine, que j’ai conservé.

    Chers lecteurs (c’est Paul Piché qui parle), je vous laisse apprécier par vous-mêmes, en gardant à l’esprit que le dixième homme, le plus riche, dans cette histoire, représente les Québécois qui gagnent 50 000$ ou plus.
    Supposons que tous les jours, 10 hommes se retrouvent pour boire une bière et que l’addition se monte à 50$ (normalement, 5$ chacun). S’ils payaient la note de la façon que l’on paie les impôts, selon les revenus de chacun, on aurait l’exemple suivant:
    Les quatre premiers, les plus pauvres, ne paieraient rien, zéro cent.
    Le cinquième paierait 50 cents.
    Le sixième paierait 1,50$.
    Le septième paierait 3,50$.
    Le huitième paierait 6$.
    Le neuvième paierait 9$.
    Le dernier, le plus riche, devrait payer 29,50$ à lui tout seul.
    On arrive donc bien à 50$.
    Ils décidèrent de procéder comme décrit. Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblèrent assez contents de leur arrangement. Jusqu’au jour où le tenancier du bar les plaça devant un dilemme: «Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j’ai décidé de vous faire une remise de 10$. Vous ne paierez donc vos dix bières que 40$.»
    Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres, les clients payants, allaient-ils diviser les 10$ de remise de façon équitable? Ils réalisèrent que 10$ divisés par 6 faisaient 1,66$.
    Mais s’ils soustrayaient cette somme de leur partage, alors le cinquième et le sixième homme allaient être payés pour boire leur bière (1,16$ et 16 cents). Le tenancier suggéra qu’il serait plus judicieux de réduire l’addition de chacun selon le même barème et fit donc les calculs.
    Alors?
    Le cinquième homme, comme les quatre premiers, ne paya plus rien, Un pauvre de plus.
    Le sixième paya 1$ au lieu de 1,50$ (33% de réduction).
    Le septième paya 2,50$ au lieu de 3,50$ (28% de réduction).
    Le septième paya 2,50$ au lieu de 3,50$ (28% de réduction).
    Le huitième paya 4,50$ au lieu de 6$ (25% de réduction).
    Le neuvième paya 7,50$ au lieu de 9$ (17% de réduction).
    Le dixième paya 24,50$ au lieu de 29,50$ (16% de réduction).
    On arrive bien à un total de 40$.
    Chacun des six clients payants paya moins qu’avant, et les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement.
    Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie.
    «J’ai seulement eu 50 cents sur les 10$ de remise», dit le sixième et il ajouta, montrant du doigt le dixième: «Lui, il a eu 5$!!!»
    «C’est vrai», s’exclama le septième. «Pourquoi il aurait eu 5$ de rabais alors que moi je n’ai eu que 1$? Le plus riche a eu la plus grosse réduction!»
    «Attendez une minute, cria le premier homme. Nous quatre n’avons rien eu du tout. Le système exploite les pauvres».
    Les neuf hommes cernèrent le dixième et l’insultèrent.
    Le jour suivant, le dixième homme ne vint pas. Les neuf autres s’assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer, ils découvrirent quelque chose d’important: ils n’avaient pas assez d’argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l’addition.
    Et cela est le reflet de notre système d’imposition. Les gens qui paient le plus d’impôts tirent le plus de bénéfice d’une réduction de taxe et, c’est vrai, ils resteront plus riches. Mais si vous les taxez encore plus fort et les condamnez à cause de leur richesse, ils risquent de ne plus se montrer.
    Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire.
    Pour ceux qui n’ont pas compris, aucune explication n’est possible.

    • Très bel exemple..En faisant le compte de l’escompte de 10.$ les chiffres s’additionnent à 42.50 au lieu de 40.$;, certainement une erreur de frappe. Votre exemple démontre que l’on n’enrichit pas les plus pauvres en appauvrissant les riches…

    • J’ai fait exprès de changer un peu le nom pour voir s’il y en a qui s’en apercevraient que ce n’était pas tout à fait le bon, et je suis bien contente qu’il y en a eu!

  2. Félicitations et comme vous je suis un adepte de Francis Vailles qui sait toujours faire la part des choses et clarifier les dépenses publiés :FÉLICITATIONS à Francis Vailles

  3. J’aimerais Joanne que tout le monde lise ce texte, je n’en peux plus de les voir se plaindre,
    comme disaient mes parents, ils se plaignent le ventre plein. Merci de nous dire que nous ne
    sommes pas les seuls à penser ainsi.

  4. Vous oubliez le coût des fameux tableaux électroniques commandés par les libéraux de Jean Charest. Il paraît que la majorité ne fonctionne pas dû à un manque de techniciens pour les réparer. Quel bel exemple de gaspillage.

    Francis Vailles est effectivement un trés bon journaliste, mais il commet souvent des erreurs dans ses articles, qu’il corrige par la suite. Avec un peu plus d’expérience, il devrait accoter Picher.

  5. Je crois sincèrement qu’à part les syndigaleux enragés, plus aucune personne saine d’esprit n’écoute les revendications déconnectées des syndicats de la fonction publique. Il n’ont pas la faveur des électeurs.

    Autour de moi, personne, absolument per-son-ne n’appuie ces syndicats et ce, même si plusieurs de mes connaissances ont des enfants qui vont à l’école. De dire publiquement comme le font les syndicats et quelques bolchéviks nostalgiques que « tous » les parents appuient les profs est très loin de la vérité.

  6. J’ai une incompréhension totale sur pourquoi le gouvernement ne sort pas ces chiffres publiquement lui-même pour débouter les syndicats et leur démagogie. Ça prend un journaliste pour analyser les budgets que le gouvernement et le Ministère de l’Éducation font eux-même! C’est à croire que le gouvernement fait exprès pour laisser le champs libre à la désinformation syndicale et que les politiciens sont heureux de servir de punching bag… ou ils sont complètement incompétents et n’ont pas les capacités intellectuelles pour formuler une argumentation factuelle, ou quoi?

    • Là, vous avez tellement raison. Je trouve toujours que le gouvernement n’est pas un bon vendeur. En matière de négos, on se refuse à tout commentaire. Dommage.

    • Probablement parce qu’il n’y a pas suffisamment de fonfons dans les différents ministères pour procéder à ce genre d’analyse…

      Irony off!

  7. Le syndicalisme est un peu comme la religion.
    Certains sont des dogmatiques, des puristes qui croient au principe universel de la solidarité. Ce sont les gardiens du bien commun, du bien collectif…des membres.

    De fervents croyants cherchent à jouer avec les consciences par des discours qui définissent le gouvernement ou les patrons comme des ennemis, des représentants du mal. Affirmer sa dissidence est risquée, car un syndicat, ça défend ses membres, c’est donc bon! Impossible de penser autrement, de dire qu’on pourrait penser autrement.

    On fait des collectes obligatoires pour faire vivre la gamique, je paie 1300$ par année, mais je ne retire «nothing» pour mes trois premières journées de grève(!) à part un gilet que je porte les mardis, des fanions, le transport en autobus pour aller manifester… Pas de fond de grève! J’ai donc déjà donné 525$ au gouvernement pour cette grève et mon syndicat est certain que le gouvernement va imposer mes conditions de travail!

    Mon syndicat aurait-il le courage d’améliorer les salaires des jeunes enseignants? Pour un jeune enseignant qui sort de quatre ans de formation, 40000$ c’est peu, surtout que souvent il travaille à 50% de tâche. La différence est immense entre le début et la fin de l’échelle salariale, soit 35000$ de plus? Voilà l’injustice que le gouvernement devrait améliorer, pas grossir le haut de l’échelle salariale comme le veut Martin Coiteux avec 2,3%.
    Est-ce normal qu’un stagiaire ne reçoit rien pour ses stages quand il prend 50% de la tâche de l’enseignant pendant trois mois, mais le maître reçoit, lui, une légère rémunération supplémentaire?
    Voilà ma contre-proposition au gouvernement sur certains points:
    – une augmentation de 5% sur quatre ans, plus la révision des échelons pour favoriser les jeunes enseignants. Une partie des augmentations reviennent au gouvernement par les taxes et impôts, on ne peut pas dire que c’est excessif et ça couvre l’inflation. Mes collègues diront que c’est peu, mais je crois que c’est réaliste!
    – un engagement à réinvestir en éducation au moment du retour à l’équilibre budgétaire et à faire de l’éducation une priorité de la société québécoise (revoir la formation des maîtres, engagement de spécialistes pour les élèves en difficulté, resserrer les critères d’acceptation à l’université, etc.)
    – maintenir les ratios maître-élève actuels au primaire et en 1re secondaire.
    – maintenir l’âge de la retraite à 60 ans, mais pénaliser ceux qui partent avant (comme proposé par le gouvernement, de 4 à 7%.)

    Là où mon syndicat a raison, c’est quand il dénonce son manque de vision en éducation.
    Pour ma part, je suis déçu du gouvernement. Après plus de 18 mois en place, l’éducation est l’enfant pauvre… Le ministre de l’Agriculture défend son milieu, la ministre du Tourisme agit pour améliorer cette industrie, le ministre Barrette, qu’on soit d’accord ou non avec lui, a tout de même une démarche pour changer ce milieu, etc. Que fait François Blais? Les défis sont immenses, on attend encore sa vision, son énergie à défendre le milieu.

    Qu’en pensez-vous madame Marcotte?

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