Négos: Qui dit vrai?

Le président du Conseil du trésor Martin Coiteux n’était pas de bonne humeur vendredi dernier lorsqu’il a fait la tournée des médias pour présenter une « offre bonifiée » aux employés de l’État. Dans l’après-midi même, tous les syndicats (CSN, FTQ, CSQ, SFPQ, APTS, FIQ, FAE) avaient déjà rejeté l’offre et annoncé que le mouvement de grève se poursuivrait encore un temps. Pas plus compliqué que ça.

«C’est quatre trente sous pour une piastre», selon le président de la FTQ, Daniel Boyer, tel que rapporté par Le Soleil. « C’est une opération pour faire croire que le gouvernement agit de bonne foi », selon la présidente de la FIQ, Régine Laurent. Que le gouvernement devance d’une année l’augmentation de 1% ne change rien, nous dit Jacques Létourneau de la CSN à 24/60. Cela demeure tout de même une augmentation de 3% au bout de 5 ans, selon lui.

Au contraire, défend Coiteux. C’est loin d’être 4 trente sous pour une piastre. « C’est 1,7 milliard de dollars de plus que le gouvernement met sur la table afin d’en arriver à une entente négociée », selon le communiqué du gouvernement. Voici l’idée. En considérant:

  • que cette année (l’an #1), les employés du gouvernement recevront tout de même une augmentation de salaire négociée dans le cadre de l’entente précédente;
  • que l’on devancera d’une année l’augmentation de 1% initialement prévue à l’année #3 (on passe de 0-0-1-1-1 à 0-1-1-1-0);
  • que pour les années #2, #3 et #4, il y aura donc une augmentation de 1%;
  • que pour l’année #5, une nouvelle injection de 550 millions $ s’ajoutera à la masse salariale pour régler certaines iniquités dans les échelles salariales (l’équivalent d’une augmentation de 2,3%);

il en résulte qu’il n’y aurait aucune année où il n’y aurait pas d’augmentation de salaire. Si on ajoute à ça que:

  • « 40 % des employés de l’État sont en progression salariale et verront leur salaire augmenter en moyenne de 3,6 % par année, et cela en sus des propositions du gouvernement » (voir communiqué);
  • que le Québec peine encore à atteindre l’équilibre budgétaire à la fin de cette année sans compter qu’il devra encore comprimer ses dépenses dans l’exercice 2016-17 qui suivra;
  • qu’avec des taux d’endettement et des ratios dette/PIB inférieurs à ceux du Québec, des provinces comme l’Ontario et l’Alberta vont DIMINUER leurs dépenses alors qu’ici, on continue de les augmenter (lire ici);

on peut comprendre que le gouvernement croit avoir fait un honnête effort, à la hauteur de ce qu’il croit pouvoir offrir. Au bout du compte, avec cette nouvelle offre:

  • On aura ajouté 1,2 milliard $ à la masse salariale au bout de 5 ans, sur une base récurrente;
  • Les augmentations de salaire auront coûté 3,6 milliards $ sur toute la période de 5 ans (au lieu de 2,4 G$ dans le scénario 0-0-1-1-1 – le devancement coûte 1,2 milliard $)
  • L’ajout de 550 millions pour l’exercice de relativité salariale à l’année #5 fera en sorte qu’on aura ajouté 1,750 milliard $ à la masse salariale au bout de 5 ans, sur une base récurrente;
  • En incluant la relativité salariale, les contribuables auront absorbé des dépenses de 4,15 milliards$ (3,6 G$ + 550 M$) durant la période de 5 ans.

C’est donc Coiteux qui a raison. Il y a bel et bien un ajout d’autour de 1,7 milliard $ dans la proposition gouvernementale bonifiée, soit 4,15 G$ – 2,4 G$. Et cela, si je comprends bien, n’inclut pas les augmentations automatiques d’échelons.

La question qui tue

Considérant le contexte, le niveau d’endettement du Québec et ce qui se passe dans les autres provinces, cette offre bonifiée mérite-t-elle vraiment d’être écartée? Les patients, parents et contribuables ont-ils vraiment à subir la poursuite des grèves? Croyez-vous que le gouvernement n’est pas assez généreux? Trop? A-t-il raison d’ajouter l’équivalent de 2,3% à l’année #5 pour corriger des iniquités dans les échelles de salaires, proposition qu’il dit avoir travaillée durant de longs mois AVEC les syndicats?

Et puis, donneriez-vous raison au gouvernement s’il se décidait à en finir avec les négociations en imposant un décret avant Noël? Bref, vous en pensez quoi?

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Voici comment je suis arrivée à ces conclusions. Si vous y voyez des erreurs, s.v.p. aviser.

OffreBonifiée

 

17 réflexions sur “Négos: Qui dit vrai?

  1. A mon humble avis M. Coiteux en as mis trop sur la table, avec le refus systématique des syndicats le gouvernement doit voter une loi spéciale pour faire cesser les grèves de ces enfants gâtés. Les payeurs de taxes en ont assé d’être privé de services par des gens qui ont déjà beaucoup plus que n’importe quel travailleur dans le secteur privé.

  2. Ce qui fait toujours défaut dans toute cette réflexion concerne l’idée d’envisager d’autres pistes de solution comme par exemple la réduction du nombre de salariés. Considérant une masse salariale fixe si les salaires doivent être augmentés pour répondre aux besoins du marché de l’emploi faut alors considérer la réduction du nombre de postes. Une logique d’affaires implacable qui ne semble pas s’appliquer au public

    • Les syndicats n’accepteront jamais ce genre de proposition. Ils ont leurs revenus selon le nombre de membres. Couper de employés pour donner plus à d’autres, c’est couper des revenus aux syndicats!

  3. Je pense surtout que les grèves dans les services publics sont une solution dépassée. Les syndicats se retrouvent enfermés dans une dynamique de demandes salariales et autres revendications mises de l’avant pour montrer à leurs membres que les cotisations payées et la lourde bureaucratie syndicale servent à quelque chose, alors que les gouvernements ne peuvent raisonnablement pas se rendre à ces demandes. Inévitablement, tout ça ne peut finir que par une loi spéciale. Dans cette dynamique, il m’apparaît que les syndicats ne cherchent pas le bien de leurs membres mais d’abord le leur.

  4. On voit bien que ce qui fait notre affaire….Curieux que les profs et infirmières soient toujours les « pas fines »…médecins, politiciens, policiers, eux on en parle si peu et pourtant…Je ne dis pas qu’ils ne méritent pas mais c’est un peu notre histoire…Femmes de vocations (bonnes soeurs) au départ les enseignantes et infirmières doivent toujours faire + avec de moins en moins…ce sont des métiers rénumérés « correctement lorsque en haut de l’échelle mais pour ce qui de leur avenir …

  5.  »Ce qui fait toujours défaut dans toute cette réflexion concerne l’idée d’envisager d’autres pistes de solution comme par exemple la réduction du nombre de salariés »

    Exactement comme lors des fusions municipales; aucune mise à pied. Comment peut-on unifier la Ville et avoir le même nombre de chefs et d’indiens?

    Les syndicats oublient aussi la ridicule équité salariale qui nous a coûté une terre en bois debout dans les années 2000. Cette équité en plus devenait un dû pour les syndicats, en plus des augmentations salariales et de bénéfices.

    Le Québec vit dans une bulle; même en Suède, pays tant admiré par Pauline, les retraites ne sont plus à prestations déterminées depuis 2004.

    Cela sent la loi spéciale, pas le choix.

  6. Dans la plus pure tradition libérale, Coiteux est incapable de contrôler les dépenses. Il est en train de plier devant les syndicaleux. En plus, il ne s’attaque pas aux vrais problèmes (régimes de pension, sécurité d’emploi, etc.). Pendant ce temps là Daoust dilapide notre argent dans une cimenterie et un modèle d’avion dont le marché ne veut pas.

  7. Depuis le dépôt des demandes syndicale il est évident que la seule solution pour le gouvernement se résume à recourir à une loi spéciale.
    La stratégie syndicale demeure inchangée, demander l’impossible, prétendre que le gouvernement refuse de négocier alors que c’est le contraire, menacer avec le recours à la grève en prenant la opulation en otage et inonder les médias avec de la désinformation mur à mur.

  8. Gros problème inhérent au secteur public, sa faible productivité. À terme cela mène à une faible création de richesse et un environnement économique stagnant voire même déflationniste. Au bout du compte les fonds manquent et il faut rationner les services, restreindre les augmentations et taxer davantage, tout le monde est perdant. C’est le prix à payer pour éviter de réformer sérieusement le «modèle».

    Malheureusement on voit bien que les rapports de force en place ne permettraient pas au gouvernement d’aller plus loin, simplement le fait de vouloir restreindre la croissance des dépenses et c’est presque la révolution! Au mieux les actions du gouvernement Couillard permettront d’étirer un peu plus l’élastique mais le fait demeure que sur le plan de la productivité nous continuons de prendre de retard sur le reste du continent (une réflexion qui s’applique au Canada dans son ensemble). C’est normal, le socialisme est un système économique inepte qui étouffe l’innovation et mène à l’appauvrissement, c’est exactement ce qui nous arrive et en ce qui me concerne ça va continuer comme ça encore longtemps (et probablement s’accentuer notamment avec l’élection d’un PM socialiste à Ottawa).

    Pas jojo comme commentaire je l’admets, il ne faut pas s’attendre à des solutions collectives, il existe bien sûr des solutions mais sur le plan individuel.

    • La faible productivité du secteur public est dû aux mauvaises décisions des (incompétents) gestionnaires qui, en plus de gaspiller les budgets par des décisions couteuses et non logiques, ne sont absolument pas imputables de leurs actions et décisions.
      Si le public serait géré comme au privé, ce problème ne se poserait pas.

  9. Notre gouvernement dit contrôler les dépenses mais elles augmentent quand même…..Quel contrôle ???? De nouvelles taxes nous attendent encore avec la mise à jour de M. Leitao fin novembre, début Décembre….Le gros problème n’est pas les salaires qui sont payés, mais le nombre d’employés et une paperasse trop lourde….Qu’attend-t-on pour reviser toutes les formules qui existent dans tous les Ministères?? Aussitôt qu’il y a un nouveau ministre, on invente des nouvelles formules, mais on n’annule pas les autres qui étaient inutiles….et la pile continue de croître..et les fonctionnaires remplissent des formules sans se questionner à savoir si elles sont encore nécessaires……Quant aux négociations présentement en cours je ne sais pas qui a raison, mais une chose est certaine, le gouvt n’a pas les moyens d’offrir plus….et un décret serait justifié….nous n’avons tout simplement les moyens…

  10. C’est simple pourtant. L’offre de 3% sur 5 ans, c’est bien en deçà de l’inflation, donc une perte de salaire. Peu importe ce qui disent les syndicats ou le gouvernement, le calcul est simple et clair. Nos services coûtent trop cher? Allez voir au privé, aux États-Unis, juste les coûts de santé (privée) représentent maintenant 30% du salaire moyen. Oubliez pas d’ajoutez à cela l’éducation, les médicaments, les routes, l’eau, les poubelles… Le privé reprend son terme original: c’est ce dont on prive autrui! Nous avons, en fin de compte, tous ces services pour une bouchée de pain, et on crache sur ceux/celles qui nous les fournissent. Bravo…

  11. Pingback: CHRONIQUE: « Écofiscalité  et négos dans le secteur public | Le blogue de Joanne Marcotte «

  12. D’après moi les chiffres du ministre Coiteux sont bons, mais sa méthode ne l’est pas.
    Je pense que, en plus de fixer (à la baisse) les conditions de travail pour tout le secteur public s’il faut une loi spéciale, et très rapidement; il faudrait également revoir le code du travail de sorte que lorsque les retraites sont payées par l’État, la syndicalisation devienne à souscription individuelle et non à syndicalisation automatique mur à mur.
    De toute façon le code du travail est à revoir en profondeur, si ce n’est que pour un souci de justice et d’équité.

  13. il manque quelque chose dans le calcul.. les impôts payés sur ces augmentations qui retourneront au gouvernement…
    Disons un beau 20% de ces augmentations vont retourner dans les coffres pas le biais des impôts. Faites le calcul et modifiez votre tableau svp pour qu’il reflète ce concept..
    De plus, la majorité de ces montants seront de toute façon dépensés dans notre économie Québécoise par ces fonctionnaires.. on appelle ça faire rouler l’économie.
    C’est plus difficile à calculer précisément mais cet argent ne disparaitra pas, elle sera dépensée, et investie au Québec. C’est comme ça qu’on crée de l’emploi.. en donnant les moyens aux citoyens de consommer des biens et services au lieu de diminuer leur pouvoir d’achat d’année en année..

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