Au 3e ministre de l’Éducation, Pierre Moreau

Écoutez également ma chronique sur le sujet au FM93,3 – Le Journal de Québec nous apprenait samedi dernier qu’une école avait trouvé la recette du succès et fait passer de 79% à 92% le taux de réussite d’un examen de français du secondaire V. J’adore ça! Une bonne nouvelle! On parle ici d’une école publique où il n’y a aucune sélection d’élèves, plus précisément de l’école Samuel-de-Champlain à Beauport dirigée par un dénommé Carl Ouellet. Bravo à ce directeur et aux enseignants de l’école.

Comment ils ont fait? Ils ont évalué les élèves en leur attribuant des codes de couleur (jaune, rouge, vert), fait appel à un orthopédagogue qui pouvait rencontrer jusqu’à 4 fois la semaine des élèves en difficulté et fait suivre un programme « Français Assurance » à ceux qui avaient encore de la difficulté en Secondaire V.

Ma question est la suivante: Pourquoi est-ce que ce genre d’histoire n’est pas généralisé? Cette école publique ne vit-elle pas dans le même régime de supposé « austérité » que les autres écoles du Québec?

Quand comprendra-t-on que le succès des élèves repose essentiellement sur la qualité de la direction de l’école, de ses professeurs et de la valeur que la famille attribue à l’éducation?

Un 3e ministre de l’Éducation en moins de 2 ans

Ce qui m’amène au mandat du 3e ministre de l’Éducation de Philippe Couillard, Pierre Moreau. Est-ce que la réforme de la gouvernance des écoles proposée par le gouvernement est vraiment la bonne? Le projet de loi assurera-t-il vraiment une plus grande autonomie des écoles, autonomie qui explique en grande partie le succès des écoles privées du Québec?

Plutôt que d’y aller à coups de grandes réformes, ne serait-il pas plus sage de miser sur la qualité des directions d’écoles et des enseignants? François Blais a légué quelque chose d’intéressant à son successeur: Cette idée d’être plus sélectifs pour ce qui est des programmes d’enseignement, quitte à déboucher sur une forme de contingentement. « Les enseignants devront mieux maîtriser le français », disait-il. Selon Le Journal,

D’abord, la note de passage du Tecfée passera de 70 % à 75 %. De plus, le nombre de reprises du Tecfée pour les étudiants qui l’échoueront sera limité à trois.

Il n’est pas rare que des étudiants reprennent le Tecfée à quatre, cinq ou même six reprises, ce qui fait dire au Ministère que le programme de formation des maîtres accueille des étudiants trop faibles en français.

Alors qu’en Finlande, on retient un candidat sur 10, les supposés défenseurs de la langue française préfèrent encore plus haïr l’anglais que de défendre une plus grande qualité de l’enseignement du français…

Une question de budget, clament les manifestants. Des coupures qui font mal! Des manifestations de solidarité pour « sauver l’école publique ». Des chaînes humaines de politiciens et d’enfants autour des écoles…

Et si c’était le cas, comment expliquer le succès de l’École Samuel-de-Champlain et de sans doute plusieurs autres partout sur le territoire québécois dont on n’entend que très peu parler? Le Devoir nous raconte ce matin que le:

…budget annuel de la CSDM s’élève à près de 1 milliard de dollars. De cette somme, pas moins de 78 % sont consacrés aux salaires ou aux avantages sociaux, une proportion importante, même pour un organisme de cette taille. Elle compte en outre 16 000 employés, dont un peu plus de la moitié sont des enseignants.

« Un peu plus de la moitié sont des enseignants »… Êtes-vous en train de me dire qu’il y a un ratio de presque 1 membre du personnel administratif pour 1 enseignant??? Un problème de budget???

La contribution des écoles privées

Ce qui m’amène finalement à une récente étude de l’économiste Pierre Emmanuel Paradis sur le financement des écoles privées. Comment se fait-il que les élèves des écoles privées réussissent davantage à obtenir leur diplôme (Taux d’obtention d’un diplôme de Secondaire V en 5 ans: 87% dans le privé; 59% dans le réseau public).

J’ai idée que cela a, justement, à voir avec une autonomie accrue des écoles privées. Selon l’auteur:

L’autonomie accrue des établissements privés n’est pas une illusion. Tant au Canada que dans la moyenne des pays de l’OCDE, on observe que l’école privée est beaucoup plus autonome que l’école publique pour ses décisions d’affectation des ressources (embauche, évaluation et congédiement de professeurs; gestion des ressources matérielles) et de choix des programmes et évaluations (politiques d’évaluation, choix et contenu des cours, choix des manuels scolaires).

Solution impensable dans le réseau public où l’on codifie jusqu’à la seconde près les tâches des enseignants, me direz-vous. Malheureusement, vous auriez raison. Rabattons-nous alors sur la solution des gens qui détestent plus le privé qu’ils n’aiment la qualité de l’enseignement: réduisons le financement public des écoles privées! Facile, non?

Non. Par des analyses économiques tenant compte de l’élasticité de la demande (!), la recherche conclut ce qui suit:

  • La répartition des élèves entre le public et le privé passerait de 89/11% à 93/7%. Autrement dit, on augmenterait de 4% le nombre d’élèves dans le réseau public.
  • le coût moyen pondéré par élève que supporterait le gouvernement du Québec augmenterait à 9 284 $, donc de 100 $ par élève (soit 108,3 millions de $ pour l’ensemble des élèves).

« Et puis, selon l’auteur, ces résultats ne tiennent pas compte des coûts additionnels (et probablement substantiels) liés à l’absorption des nouvelles clientèles par les écoles publiques, de même que les impacts financiers néfastes que cela aurait sur les établissements privés. »

Mieux que ça, l’étude révèle autre chose: « la hausse de la subvention publique par élève du secteur privé pourrait même diminuer les coûts totaux de l’éducation au Québec. En effet, l’application inverse de la même formule, soit avec des hausses de subventions, révèle qu’une hausse de subventions de 10 % par élève produirait des économies globales de 27,9 M $ pour le MÉESR, tandis qu’une hausse de 25 % générerait des économies de 37,1 M $. »

Conclusion

Le ministre Moreau a probablement, à mon sens, le plus important rôle au gouvernement du Québec. Je lui souhaite de tout coeur qu’il sache concentrer ses efforts sur ce qui est le plus important: ce qui se passe dans les écoles et dans les classes. C’est simple: c’est là que ça se passe et tant qu’on n’aura pas compris ça, on se confondra en réformes nuisibles qui nourrissent les psycho-pédagogues du Ministère ou les ingénieurs sociaux en quête de remodeler, à leur image, l’humain de demain.

La correction est pourtant simple. Permettre une plus grande autonomie des équipes-écoles (publiques ET privées), observer ce qui fonctionne, les préserver, et s’en inspirer. Pas besoin d’un Forum pour ça. Nous avons nos propres champions. Qu’ils se reproduisent!

3 réflexions sur “Au 3e ministre de l’Éducation, Pierre Moreau

  1. Joanne, le gros bon sens! en quelque sorte…

    « Des réformes nuisibles qui nourrissent les psycho-pédagogues du Ministère ou les ingénieurs sociaux en quête de remodeler à leur image l’humain de demain. » Cet énoncé expose avec tellement de justesse le cœur du problème..

    Le Ministre Moreau aura du pain sur la planche.. mais il est un des rares qui, s’il est suffisamment déterminé pour agir, pourrait arriver à bousculer l’ordre établi.

    Voilà une analyse à être absolument portée à l’attention du Ministre Moreau..

  2. S’il y a quelqu’un dans ce gouvt qui peut redresser le ministère de l’éducation, c’est bien Pierre Moreau. Je mets cependant une condition et c’est que Couillard le laisse aller à sa manière. J’ai de plus en plus l’impression que notre enverdeur de PM est un autocrate….Les ministres doivent se plier à ses caprices sinon ils en paient le prix. Robert Poëti en sait quelque chose. Après avoir défendu mordicus l’augmentation de 3% pour les fonctionnaires pendant près de deux ans, Martin Coiteux a dû plier pour 10% et je suis certain qu’il n’en est pas fier….>Que penser des 3-4 ministres faibles qui sont demeurés dans le caucus. On dit qu’un gestionnaire faible s’entoure de gens faibles….Il semble qu’avec M. Couillard ce soit MY WAY OR THE HIGHWAY.

  3. «Plutôt que d’y aller à coups de grandes réformes, ne serait-il pas plus sage de miser sur la qualité des directions d’écoles et des enseignants.» Voilà le cœur du problème! La formation des enseignants est à revoir et bien sûr, à bonifier! Plusieurs étudiants se retrouvent à la faculté d’éducation car c’est la seule qui leur ouvre les portes… et qui leur offre un diplôme dont la valeur est discutable…

    Il faudrait augmenter les critères d’admission pour les aspirants à la profession, leur donner une solide formation universitaire qui les prépare à l’exercice de leurs fonctions et augmenter le salaire pour attirer des candidats intéressants.

    Concernant l’autonomie des écoles privées, elle est d’autant plus grande du fait qu’elle n’est pas freinée par la présence syndicale. En cette année d’intenses négociations où les moyens de pressions vont parfois à l’encontre des devoirs et des responsabilités des enseignants, il y a lieu de s’interroger sur le rôle des leaders syndicaux… Quels sont leurs intérêts réels? Qui sont ceux qu’ils tiennent à protéger? Pour qui travaillent-ils???

    J’attends beaucoup du ministre Pierre Moreau.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s